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Quelques lectures pour l’été : l’Afrique du sud au nord dans des romans parus depuis le début de l’année. En prime une belle image des amis Guy et Eric.

coudercFrédéric Couderc, Un été blanc et noir, éd. Flammarion, 2013
1968. Marianne, une jeune Française professeur de lettres, est dépêchée en Afrique du Sud pour enseigner à l’université du Cap, ville dont le cadre idyllique renferme à la fois la liberté des swinging sixties et l’horreur de la ségrégation. Elle fait la connaissance de Denise, une avocate blanche engagée dans la lutte contre les lois raciales. Inséparables, les deux jeunes femmes se voient bientôt mêlées à un événement exceptionnel : la première greffe du coeur jamais réalisée…
Par le biais de Denise, Marianne rencontre Victor, Afrikaner charmeur et désinvolte. Elle va l’aimer passionnément, mais avec l’impression de ne pas vraiment le connaître. Car les apparences sont trompeuses au pays de l’apartheid.
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ScholesKatherine Scholes, La lionne, éd. Belfond, 2013

En Tanzanie, de nos jours. Avec sa fille Angel, sept ans, Laura, infirmière au grand coeur, sillonne la brousse tanzanienne pour porter secours aux malades. Un jour, la tragédie frappe : mordue par un serpent, Laura meurt sur le coup, laissant Angel seule dans le désert. Terrifiée, encerclée par les vautours et les hyènes, la petite fille est promise à une mort certaine. Quand surgit une lionne… Non loin de là, Emma Lindberg, biologiste australienne, est venue visiter la station où travaillait sa mère, virologue décédée vingt ans auparavant, dans l’espoir de faire son deuil.
Mais, lorsque les chameaux de Laura et Angel débarquent à la station, la vie si bien organisée d’Emma bascule. Aidée de Daniel, séduisant docteur Masaï, la jeune biologiste se lance à la recherche de la petite fille. Mais où chercher ? Pourquoi Angel est-elle introuvable ? Et si George Lawrence, celui que chacun surnomme l' »Homme aux lions », avait la réponse ? D’un campement où animaux et hommes vivent en harmonie, aux étendus sauvages et dangereuses de la savane tanzanienne, cette quête va emmener Emma bien plus loin qu’elle ne l’aurait cru… Et si le vieil adage était vrai ? Et si l’Afrique transformait à jamais ceux qui s’y aventurent ?
Le site de Katherine Scholes (en anglais)

MuttMutt-Lon, Ceux qui sortent dans la nuit, éd. Grasset, 2013

Ceux qui sortent dans la nuit est un roman qui se déroule dans les arcanes du monde des ewusus, ces gens qui hantent les nuits et que la légende africaine pare de pouvoirs aussi extravagants que l’invisibilité, la lévitation, la capacité à remonter le temps.Alain Nsona, le personnage principal, veut venger sa soeur et pour ce faire, devenir lui-même un ewusu, c’est-à-dire quelqu’un qui, la nuit venue, quitte son corps et a le don d’ubiquité. Il va rencontrer le vieil ewusu, Jean-Paul Ada, qui deviendra son gourou.
Ce dernier lui propose une mission qui consiste à remonter le temps jusqu’en 1705 dans un village africain à la recherche d’un certain Jam-Libe, ewusu du temps jadis, qui posséderait le pouvoir de dématérialiser les objets. Ce pouvoir est convoité par Ada et quelques autres ewusus qui ambitionnent de provoquer une révolution qui libèrerait l’Afrique.L’action se déroule alors en 1705. Alain Nsona, qui se croyait seul représentant de notre époque, a la surprise de rencontrer Tikyo, son contemporain qui avait été envoyé pour la même mission.
A travers ces deux jeunes gens, Nsona l’Africain moderne et Tikyo le conservateur, s’opposent deux perspectives de l’Afrique.

ananissohThéo Ananissoh, L’invitation, éd. Elyzad, 2013

Comme un carnet de voyage, ou presque : pour une fois, le regard d’un écrivain africain sur la vie dans un village français, et non l’inverse ! Moisant en Touraine, au nord de la Loire. Dans ce village de mille habitants, un écrivain venu d’une région chaude est accueilli en résidence d’écriture pour quatre mois. On l’installe dans un ancien presbytère, on l’invite à déjeuner, on lui présente les uns et les autres.
Un unique café, une place du village à peine animée en cet automne ensoleillé, une église déserte. Ces endroits sans aspérités, ces gens plus ou moins retirés de la vie active, prennent peu à peu du relief. Les habitants se muent en personnages de roman. Car les meurtrissures ne sont pas rares, mine de rien ; la haine et la générosité non plus. Tous les ingrédients concourent à faire de Moisant le tranquille théâtre d’un questionnement sur la place de l’autre dans nos sociétés.
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congoCollectif, Chroniques du Congo, éd. Sépia, 2013

Sélectionnés à l’occasion du Sommet de la Francophonie de Kinshasa d’octobre 2012, ces dix-neuf textes attestent de la vitalité de la langue française en République Démocratique du Congo. Issus de diverses régions de ce vaste territoire, leurs auteurs veulent être à la fois les témoins d’une réalité complexe et douloureuse et hérauts d’une langue qui permet d’entrer en relation.
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ebodeEugène Ebodé, La Rose dans le bus jaune, éd. Gallimard (Continents noirs), 2013

«Young Man, J’ai reçu votre charmante lettre. Il m’aurait plu de m’entretenir avec vous, même un court instant, de l’année du boycott à Montgomery que vous avez joliment appelée notre « odyssée de l’égalité ». Hélas, la médecine m’oblige à garder la chambre. Non, votre question sur ma résistance dans le fameux bus jaune ne m’agace pas. Ce geste ne fut pas prémédité. Je suis simplement restée assise pour tenir debout.
Nous avons, Blancs et Noirs, bravé férocité, intimidations, crachats et intempéries au nom de la dignité humaine. Ah ! si vous saviez combien les images des chiens aux yeux luisants, aux babines rouge sang, et lancés à nos trousses lors des marches pacifiques ont mis du temps à s’effacer de ma mémoire. Mais le « I have a dream » de Martin Luther King, ponctué de vibrants « Yes sir ! » devant le Lincoln Memorial à Washington, résonne encore en moi comme un puissant hymne de fraternité.
J’ai côtoyé des êtres exceptionnels et des gens haineux et stupides ! Ils venaient de tous les camps, y compris du nôtre. Dans le texte que je vous envoie, je parle enfin de Douglas White junior, ce Blanc qui voulut s’asseoir à ma place et que l’histoire a ignoré. Il fait partie de ces incroyables personnages que le combat pour les droits civiques m’a aussi permis de découvrir. Lisez-moi, young man, et n’oubliez pas de me répondre, ne n’oubliez pas.
Rosa»
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BehrMarc Behr, Les rois du Paradis, éd. JC Lattès, 2013

Lorsque Michiel Steyn revient en Afrique du Sud pour l’enterrement de sa mère, il a passé plus de la moitié de sa vie à l’étranger : à Londres, en Australie, aux îles Salomon, à San Francisco surtout, où il enseigne l’anglais à des étudiants étrangers. Pourtant, malgré ces quinze années d’absence, Michiel n’a pas oublié ce qui l’a poussé à fuir la ferme familiale Le Paradis. Des arbres fruitiers, des champs à perte de vue, une source, du bétail, des voisins fermiers, les ouvriers noirs et les servantes travaillant pour les maitres : c’est là que Michiel a grandi avec ses parents, et ses deux frères, les rois d’un royaume menacé.
Le rite du deuil et de la nostalgie se mêlent. Les souvenirs affleurent : la colère toujours vive d’un père, la mort d’un frère, la perte d’un enfant, la trahison d’un amour et le souvenir honni et honteux de l’Apartheid. Michiel doit affronter la douleur d’avoir perdu sa mère et les conséquences de sa disparition, de son silence. Personne n’est innocent. Michiel cherche les traces d’un monde disparu, les traces de son enfance et de sa jeunesse, de l’homme qu’il était.
Son retour au pays ne dure qu’une journée à peine, le temps des funérailles et d’une nuit avec les siens. Partout Michiel perçoit l’odeur de sa mère qui est aussi celle d’un pays oublié, d’un passé enfoui.
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nimrodNimrod, Un balcon sur l’Algérois, éd. Actes sud, 2013

Un balcon sur l’Algérois est le récit d’une fulgurance amoureuse – celle d’un jeune Africain avide de culture et de beauté venu s’installer à Paris dans les années 1970 avec une grande bourgeoise française, sorte de mante religieuse des Lettres, femme de pouvoir à qui rien ne doit être refusé. Dans une langue toujours plus poétique, jouant, comme dans Les Jambes d’Alice, avec l’autofiction sans jamais renoncer à l’imaginaire, Nimrod écrit les amours possessifs et passionnels de deux êtres diamétralement opposés.
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azerguiLhoussain Azergui, Le pain des corbeaux, Casa-express éditions, 2013

Ce roman est l’histoire d’un jeune journaliste recherché par la police militaire après avoir écrit un article sur la situation qui prévaut dans son pays et voyage clandestinement dans la montagne. Inspiré de faits réels au cours des  » années de plomb « , ce texte, traduit par l’auteur de l’amazigh au français, témoigne d’une époque révolue, antérieure à la création de l’Institut Royal de la Culture Amazigh et de l’inscription de cette langue dans la constitution marocaine en 2011.
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al azabMohamed Salah Al-Azab, Mauvaises passes, éd. Seuil, 2013

Mohammed Ibrahim, jeune Cairote d’une vingtaine d’années, décide avec son ami Moneim de partager un studio dans le centre-ville, loin de sa famille et loin du terne destin conjugal qu’il est appelé à connaître aux côtés de sa cousine Hind, sa fiancée, avec qui il entretient une relation beaucoup trop convenable à son goût. S’il affirme à ses parents que ce pied-à-terre facilitera ses recherches d’emploi, Mohammed entend surtout disposer d’une garçonnière, condition sine qua non pour multiplier à son gré les conquêtes féminines. Mais, dans cette métropole où l’intimité est un combat de tous les jours, où l’homme est tour à tour un loup et un pigeon pour l’homme, où la vie réserve souvent de mauvaises surprises, les choses ne sont pas si simples, et les déconvenues nombreuses.
Dans ce récit, Mohammed Salah al-Azab jette une lumière crue sur la misère sexuelle de la jeunesse masculine du Caire, tout en décrivant avec beaucoup de justesse et un humour ravageur les combats ordinaires de sa génération, sur fond de crise du logement et de corruption généralisée. Un roman vif et malicieux.
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GhachemMoncef Ghachem, Mugelières, éd. Apogée, 2013

 » Belle bouffé d’oxygène iodé que ce témoignage de Moncef Ghachem qui nous permet de recouvrer les brises et meltem d’une époque où les pêcheurs étaient des êtres « chevronnés… authentiques et compétents », des hommes fiers du métier qu’ils exerçaient en toute sérénité, en ce temps pas si lointains où les enfants rêvaient d’être marins, pirates, aventuriers, explorateurs… plutôt que traders, homme d’affaires, stars du showbiz, martyrs ou mercennaires… » Alain Jégou.
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aslanIbrahim Aslân, Deux chambres avec séjour : Petit feuilleton domestique, éd. Actes sud (Sinbdad), 2013

Khalil et sa femme Ihsan vivent seuls dans un petit appartement de deux chambres avec séjour, qu’ils ne quittent pratiquement jamais. Depuis qu’il a pris sa retraite et que leurs deux enfants se sont mariés, ils n’ont plus rien à faire de leurs journées, sinon se quereller gentiment pour des broutilles, comme la manière de cuire les fèves, le choix des programmes télévisés ou la manie qu’a Khalil de commencer toutes ses phrases par « je pense ».
Puis Ihsan meurt, laissant Khalil dans une extrême solitude, en proie aux soucis de la vieillesse, et c’est alors qu’il renoue avec son ancien quartier, ses anciens amis, et que le monde extérieur s’engouffre dans son vieil appartement, dont la porte reste désormais toujours ouverte… Composé de courtes scènes apparemment banales de la vie quotidienne, mais dont chacune, sans le moindre artifice, s’ouvre sur des questionnements essentiels, ce feuilleton domestique est l’oeuvre ultime d’Ibrahim Aslân, décédé il y a quelques mois.
Avec son style dépouillé, son regard minutieux sur les êtres et les choses, et la douce mélancolie qui s’en dégage, il nous plonge avec malice, comme par enchantement, dans l’étrangeté de l’ordinaire.
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Petite livraison romanesque de cette « rentrée » 2013. Une belle année qui commence que nous vous souhaitons littéraire et passionnée.

Congo Brazzaville :

manbanckouAlain Manbanckou , Lumières de Pointe Noire, éd. Seuil, 2013
Vingt-trois ans après avoir quitté le Congo pour aller étudier en France, Alain Mabanckou retourne pour la première fois dans son pays d’origine, avec sa compagne, et entreprend le tour des lieux et des personnages de son enfance et adolescence. Entretemps, sa mère Pauline Kengué, dont il était l’enfant unique, est morte. En 1995. Il ne s’est pas rendu aux funérailles, ni à celles de son beau-père Roger quelques années plus tard. Le voyage prend alors l’allure d’un travail du deuil, qui réveille plein de souvenirs à travers lesquels l’auteur nous ouvre sa petite valise fondamentale, celle des années passées autrefois dans la ville portuaire de Pointe-Noire.
Ce retour est aussi l’expérience compliquée de revenir chez soi en étranger, comme « le Français » ou « l’Américain » dont beaucoup attendent miracles, merveilles et argent. Le choc tient exactement à cela : les croyances héritées d’une part, la distance apprise d’autre part, comme un court-circuit du temps qui permet de mesurer à la fois l’évolution et la permanence d’un pays où le surnaturel garde toute sa puissance d’enchantement et de vérité.
En 25 chapitres qui portent le titre de films vus dans autrefois au cinéma Rex devenu une église évangéliste, Alain Mabanckou nous livre le récit d’une enfance qu’il regarde avec les yeux d’un adulte devenu écrivain. Avec des photos de Caroline Blache

Lybie :

Alessandro Spina(1)Alessandro Spina, Triptyque lybien, éd. L’âge d’homme, 2013
Les textes présentés sont trois récits qui, d’une certaine façon, s’enchaînent et couvrent exactement la période de la « conquête » italienne de la Lybie, de 1911 à 1927, date de la défaite des derniers patriotes senoussites.
De longueur décroissante, ces trois récits mettent en scène des personnages complexes et tourmentés par une inquiétude sur leur identité, que la situation militaire, puis coloniale, rend plus aiguë, à travers des aventures dignes des Mille et une nuits ? et qui parfois en proviennent.
Dans les trois récits, se développe somptueusement le thème du double, de la gémellité presque comme nature, de l’amitié d’autant plus désirée qu’elle est impossible, de la quête de soi dans l’autre qui ne peut aboutir qu’à la mort, les personnages se constituent en couples de jumeaux qui se cherchent, croient se trouver et se comprendre, sont violement séparés par la désorganisation de la société et la négation de l’histoire qu’entraîne la colonisation

Nigéria :

kayJackie Kay, Poussière rouge, éd. Métailié, 2013
Jackie Kay n’a pas la même couleur de peau que ses parents bien-aimés, formidablement généreux et sympathiques. Hantée par des images de poussière africaine et de mystérieuse infirmière des Highlands elle a la sensation inexorable d’être étrangère à elle-même. A 27 ans elle part à la recherche de ses parents biologiques, la tête pleine des histoires que sa mère lui a racontées sur un chef africain reparti sur ses terres loin de son grand amour écossais.
S’ensuit un voyage chaotique entre Lagos et Aberdeen, entre étrangeté et familiarité, entre prêche évangélique du père et début d’Alzheimer de la mère, entre fratrie et étrangers, entre surprises et émotions. Dans ce texte pétri de chaleur, d’humour et de compassion elle découvre que son héritage va au-delà des gènes et que notre paysage intérieur est aussi important que celui dans lequel nous nous déplaçons.
J.Kay écrit le récit plein de vie d’une quête de la mémoire, parfois cocasse, et toujours pleine d’énergie et d’amour.

AdichieChimamanda Ngozi Adichie, Autour du cou, éd. Gallimard, 2013
Lauréate de la loterie des visas, Akunna quitte le Nigeria pour les États-Unis ; elle y découvre un pays qui a bien peu à voir avec celui de ses attentes. À Kano, dans le nord du Nigeria, une violente émeute intercommunautaire réunit deux femmes que tout sépare : une marchande d’oignons musulmane et une étudiante issue de la bourgeoisie chrétienne de Lagos. Dans Nsukka blanchie par l’harmattan, James Nwoye, ancien universitaire au soir de sa vie, repense au rêve biafrais et attend, la nuit, les visites de sa femme défunte, qui vient caresser ses jambes fatiguées.
Voici quelques-uns des personnages des nouvelles d’Adichie ; ils composent une image complexe et riche de la réalité nigériane d’aujourd’hui, qui prend ses racines dans le passé et se prolonge dans l’expérience de l’émigration, une plongée émouvante, souvent poignante, tour à tour terrible et drôle, toujours vibrante d’humanité.

Mozambique :

coutoMia Couto, Poisons de dieu, remèdes du diable, éd. Métailié, 2013
Sidónio Rosa est tombé éperdument amoureux de Deolinda, une jeune Mozambicaine, au cours d’un congrès médical à Lisbonne, ils se sont aimés puis elle est repartie chez elle. Il part à sa recherche et s’installe comme coopérant à Villa Cacimba. Il y rencontre les parents de sa bien-aimée, entame des relations ambiguës avec son père et attend patiemment qu’elle revienne de son stage. Mais reviendra-t-elle un jour ? Là, dans la brume qui envahit paysage et âmes, il découvre les secrets et les mystères de la petite ville, la famille des Sozihno, Munda et Bartolomeo, le vieux marin.
L’Administrateur et sa Petite Épouse, la messagère mystérieuse à la robe grise qui répand les fleurs de l’oubli. Les femmes désirantes et abandonnées. L’absence dont on ne guérit jamais. Un roman au charme inquiétant écrit dans une langue unique.

Cameroun :

camerounCollectif, Chroniques du Cameroun, éd. Sepia Eds, 2013
Ce petit ouvrage de poche propose dix nouvelles d’auteurs camerounais. Les sujets abordés sont ceux de la société contemporaine : corruption, guerre civile, chômage, le mariage avec un Occidental, les traditions… La variété des thèmes et des écritures font de ce modeste ouvrage une sorte d’échantillon de la littérature camerounaise actuelle.

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MAXLOBEMax Lobé, 39 rue de Berne, éd. Zoé, 2013
Le jeune auteur Max Lobe manie une langue inventive et nonchalante, imagée d’expressions africaines savoureuses qu’il tient de ses origines camerounaises. A la fois drôle et triste, l’histoire attachante balance entre l’Afrique, la rue de Berne à Genève et la cellule d’une prison.
Au Cameroun, pour « sauver » les filles et aider leurs familles, « les bienfaiteurs-philanthropes » les emmènent en Europe où elles finissent sur le trottoir, condamnées à la prostitution pour rembourser leurs dettes avant d’obtenir une liberté vaine et sans papiers…

Kenya :

DraysonNicholas Drayson, Le safari des bêtes à sang chaud et autres meurtres de sang froid, éd. Des Deux Terres, 2013
L’honorable M. Malik est très occupé par l’organisation du safari d’observation annuel de l’Asadi Club. Une fois de plus, l’énigme du meurtre de Lord Erroll, un riche Anglais émigré à Nairobi dans l’entre-deux-guerres, refait surface. Une nouvelle hypothèse suscite de vifs débats. Et la mascotte attitrée du club, la dépouille empaillée du lion Kima Killer, jadis célèbre dans la région pour son appétit féroce, disparaît dans des circonstances suspectes. Sans parler de Petula, la fille de M. Malik, qui hésite à se marier, et du ministre de l’Intérieur, un homme qui menace l’Asadi Club de fermeture. Aidé de ses amis, M. Malik va essayer de percer le mystère d’un assassinat vieux de plusieurs décennies, de retrouver la mascotte et de faire sortir de l’ombre la bête la plus dangereuse d’Afrique.

Drayson pocheNicholas Drayson, Le pari des guetteurs de plumes africaines, éd. J’ai lu, 2013
D’un côté, le très réservé et honorable M Malik. De l’autre, Harry Khan, un arriviste tapageur aux dents aussi blanches que son veston de lin. Le premier est secrètement amoureux de Mme Rose Mbikwa, qui conduit chaque mardi matin la promenade ornithologique. Le second, bourreau de M. Malik au pensionnat, a, bien sûr, des vues sur Rose. Qui l’invitera au bal annuel du Hunt Club ? Celui des deux qui apercevra le plus grand nombre d’oiseaux en une semaine.
Le pari est lancé…

Égypte :

al-AzabMohamed Salah Al-Azab, Mauvaises passes, éd. Seuil, 2013
Mohammed Ibrahim, jeune Cairote d’une vingtaine d’années, décide avec son ami Moneim de partager une chambre dans le centre-ville, loin de sa famille et loin du terne destin conjugal qu’il est appelé à connaître aux côtés de sa cousine Hind, sa fiancée, avec qui il entretient une relation beaucoup trop convenable à son goût. S’il affirme à ses parents que ce pied-à-terre facilitera ses recherches d’emploi, Mohammed entend surtout disposer d’une garçonnière, condition sine qua non pour multiplier à son gré les conquêtes féminines. Mais, dans cette métropole où l’intimité est un combat de tous les jours, où l’homme est un pigeon pour l’homme, où la vie réserve souvent de mauvaises surprises, les déconvenues sont nombreuses.Mohammed Salah al-Azab jette une lumière crue sur la misère sexuelle de la jeunesse masculine du Caire, tout en décrivant avec beaucoup de justesse et un humour ravageur les combats ordinaires de sa génération, sur fond de crise du logement et de corruption généralisée.

AslanIbrahim Aslan, Deux chambres avec séjour : petit feuilleton domestique, éd. Actes sud (Sindbad), 2013 février 2013
Khalil et sa femme Ihsane vivent seuls dans ce petit appartement de deux chambres et un séjour, qu’ils ne quittent pratiquement jamais. Depuis que Khalil a pris sa retraite et que leurs deux enfants se sont mariés, ils n’ont plus rien à faire de leur journée, si ce n’est se quereller gentiment de temps à autre pour des broutilles, comme sur la manière de faire cuire les fèves, l’addiction de Khalil à la télévision ou sa manie de commencer toutes ses phrases par “je crois”.
Jusqu’au jour où Ihsane meurt, laissant Khalil dans une extrême solitude, en proie aux soucis liés à la vieillesse. Il renoue alors avec ses anciens amis et soudain, le monde extérieur s’engouffre dans l’appartement, dont la porte reste désormais toujours ouverte. Composé de courtes scènes de la vie quotidienne apparemment banales, mais dont chacune, sans le moindre artifice, ouvre sur des questionnements essentiels, ce feuilleton domestique est l’oeuvre ultime d’Ibrahim Aslân, décédé il y a quelques mois.

Maroc :

arton3085Mohammed Berrada, Vies voisines, éd. Actes Sud (Sindbad), 2013
Vies voisines entremêle les récits des vies de trois personnages, une femme émancipée à la tête d’un trafic de drogue, un homme du peuple éclairé voué au service des autres et un politicien déluré, qui, après une brillante carrière passée à prôner l’austérité, découvre la vie des plaisirs à l’âge de quatre-vingts ans. Ces personnages se racontent et se confient, se rencontrent et se séduisent, s’entraident et se trompent.
En filigrane de leurs mémoires et de leurs confessions croisées se dessine une société marocaine contemporaine, contradictoire et mouvementée.

binebineMahi Binebine, Le seigneur vous le rendra, éd. Fayard, 2013
Un bébé est empêché de grandir, un enfant est privé d’éducation, de liberté, il ne pourra devenir un individu capable de réfléchir et de se développer, d’agir en être libre. Surnommé « P’tit pain », il va traverser des années noires où, dans sa position passive de mendiant, il peut observer les agissements des adultes, leur violence, leur corruption. Tout est dit ici dans la litote, mettant en relief les beautés d’âmes apparemment détruites, les corps saccagés, les visages noyés dans l’alcool et la maladie.
L’enfant grandit néanmoins grâce au miracle de la vie, toujours imprévisible, et se défait de ses liens que l’on pourrait nommer ignorance, peur, sujétion. Libéré, il devient autonome et conscient. Pourra-t-il revoir un jour sa mère qui a pratiqué envers lui le non-amour jusqu’à l’abjection ?Dans ce roman noir s’il en est, mais imprégné d’une folle espérance, d’une foi exacerbée dans les capacités de rémission de l’homme, Mahi Binebine utilise le ton du conte picaresque et philosophique pour réduire la part tragique, toujours présente, dans ces pages déchargées de la noirceur absolue par la permanence de l’humour, du sourire derrière les larmes retenues.

Tunisie :

sakkaRaja Sakka, Un arbre attaché sur le dos, éd. L’Harmattan (Lettres du monde arabe), 2013
C’est le hasard qui a mis Nora en présence de l’arbre, alors qu’elle s’était réfugiée dans un village de montagne pour fuir la société. Décidée à le planter dans sa maison natale, elle se heurte au refus de ses habitants. Elle s’installe alors dans la pension Founoun en attendant la décision du conseil municipal et là, elle rencontre « l’exilé », un homme plus jeune qu’elle, qui réveille ses sentiments…

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Ailleurs :
doMarie Dô, Dancing Rose, éd. Metailié, 2013
Maya est une mère divorcée, chorégraphe dans sa propre troupe de ballet, qu’elle prépare pour une tournée au Canada. Elle tente d’aider ses jeunes danseurs à s’épanouir. Elle-même est marquée par une enfance de métisse illégitime et rejetée. Elle reste hantée par la disparition mystérieuse de sa demi-sœur blanche, Benny, à laquelle elle est très attachée. Dans sa famille, plus personne n’ose en parler.
Inventant un dialogue entre ciel et terre qui l’aide à garder courage et à conserver son sourire, Maya s’adresse à Rose, sa mère décédée trop tôt. Entre son studio de danse, l’éducation de sa fille – au caractère aussi affirmé que le sien -, les plaintes d’un corps usé par l’exercice et qui ne doit surtout pas lui faire défaut, et le choc d’un amour aussi inattendu qu’anti conventionnel, Maya n’en poursuit pas moins sa quête de vérité. Mais une surprise concernant sa demi-sœur lui fera comprendre qu’on n’échappe jamais vraiment à son hérédité.
Un livre touchant, aux personnages attachants, qu’on ne lâche pas.

NdiayeMarie NDiaye, Ladivine, éd. Gallimard, 2013
 » Un chien montait la garde, un gros chien puissant qu’une chaîne retenait à un anneau fiché dans le sol. Il leva vers eux ses grands yeux noirs et doux et Ladivine, bouleversée, se vit tout entière dans ces pupilles sombres. Elle eut la tentation de s’y laisser engloutir et, là où elle serait parvenue, de ne plus bouger, prisonnière, hors d’atteinte. Si Marko avait prêté suffisamment d’attention à la manière d’être de l’animal, il aurait avancé la main pour le caresser, ému peut-être par quelque chose qu’il n’aurait pas reconnu immédiatement mais dont il aurait compris un peu plus tard qu’il s’agissait de l’âme de Ladivine.
 » Ladivine nous entraîne dans le flux d’un récit ample et teinté de fantastique. Comme dans Trois femmes puissantes, Marie NDiaye déploie son écriture fluide et élégante, riche d’une infinité de ressources qui s’offrent au lecteur avec une fascinante simplicité.

Wet Eye GlassesRyad Assani-Razaki, La main d’Iman, éd. Liana Levi, 2103
Une Afrique en crise d’identité, hantée par les mirages du modèle occidental. Des villes-capharnaüms dévorées par une urbanisation effrénée. Pour quelques francs CFA on peut acheter un enfant et en faire son esclave, pour un tour en Mercedes se procurer une jeune fille et la mettre dans son lit… C’est dans ce cadre que Ryad Assani-Razaki inscrit un premier roman où plusieurs voix se croisent et se racontent. L’enfant vendu qui porte au plus profond de lui la violence subie. La vieille femme corsetée dans une foi qui la paralyse. La rebelle qui se bat bec et ongles pour s’en sortir. La douce jeune fille qui poursuit son chemin avec détermination. Les raisons qui poussent les migrants à monter dans un bateau et à quitter leur terre au péril de leur vie apparaissent en filigrane. Et, à la croisée des destins, Iman, l’impénétrable métis, symbole de ce désir de fuir et d’un continent écartelé entre deux mondes.

Loïc Malnati, Olivier Marro, Congo-Océan, Éd. Glénat (Hors collection), 2012
Brazzaville, en 1934.
Lisa est la fille unique de Charles Tréchault, puissant négociant colonial. Elle est enceinte et promise à Walter, fils de Cecil Robbes, propriétaire de mines de diamants. Lisa a d’autres rêves que la vie de riche héritière : elle est horrifiée par la cruauté des chasseurs qui désunissent sans pitié les couples de calaos, oiseaux connus pour leur fidélité en amour. Et c’est avec une cruauté bien pire que Walter traite les employés indigènes qui s’épuisent sur le chantier du train, le Congo-Océan… Lisa croise un jour le chemin de Paul, chez qui tout n’est que douceur. Tous deux tombent immédiatement et irrémédiablement amoureux. Mais Charles Tréchault et Cecil Robbes n’ont pas l’habitude de voir leurs plans contrariés…
Dans ce très beau roman graphique, Loïc Malnati nous emmène en Afrique à une époque révolue, pour nous conter une histoire romantique, exotique et universelle.
Voir les premières planches

Christian Clot,  Esteban Mathieu, Guillaume Dorison,  Julien Telo, Mary Kingsley : La montagne des dieux, Éd. Glénat, (Explora), 2012

Lorsqu’elle débarque en Angola au milieu de l’année 1893, Mary Kingsley n’a connu que trois choses : son quartier de Londres qu’elle n’a jamais quitté, sa mère malade dont elle s’est occupée et les écrits de voyages africains d’un père toujours absent. Pourtant, à la mort de ses deux parents, elle embarque aussitôt pour une Afrique où sauvagerie, violence et horreur se côtoient selon les récits des explorateurs. Une Afrique dont elle ne connaît rien, mais qui lui a volé son père !
Elle est venue pour mourir. Ce qu’elle va vivre lui en coupe l’envie ! Dans la forêt tropicale, sur des fleuves ou des montagnes, elle apprendra les rudiments de la survie en milieu hostile, rencontrera des tribus « cannibales et sauvages » pourtant si riches, et ira plus loin que nul n’a encore été.
Au travers du regard d’une femme qui deviendra l’avocate infatigable du mode de vie africain, ce voyage, parfois au cœur de l’enfer, est un hymne aux échanges culturels et à la tolérance.
Voir les premières planches

Marazano, Frusin, L’expédition : Le roi de Nubie, Éd. Dargaud, 2012

Avec L’Expédition, dont Le Lion de Nubie est le 1er tome, Marazano et Frusin nous entraînent en Égypte, peu après la conquête romaine, pour une grande série d’aventures classique…
Le 1er volet de L’Expédition commence en Égypte avec la découverte par une centurie romaine d’une embarcation à la dérive. À son bord se trouve le cadavre d’un homme noir portant sur lui des documents dans une langue inconnue et de riches bijoux, autant d’éléments suggérant l’existence d’une civilisation riche et puissante. Une civilisation inconnue de Rome. Le centurion Caïus Bracca ne pouvant pas monter d’expédition officielle, il organise la désertion de dix hommes et les envoie, sous les ordres de Marcus Livius, à sa recherche. Seuls trois d’entre eux parviendront effectivement aux portes de ce royaume fabuleux, et Marcus Livius sera le seul à en revenir pour raconter leur incroyable aventure.
Ce 1er tome de l’Expédition inscrit la série dans la pure tradition de la bande dessinée d’aventures : un album balayé par le souffle de l’Histoire, traversé par des personnages héroïques au milieu de décors grandioses.
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Eric Borg, Alex Talamba, Sidi Bouzid Kids, Éd. Casterman (KSTR), 2012

« Tout le monde parle de toi, et pas qu’à Sidi Bouzid, dans toute la Tunisie ! Tu as libéré les cœurs, et la parole. Les jeunes se bougent enfin. C’est magnifique… » Ainsi Foued parle-t-il à son ami Mohamed, dont il ne reste qu’une silhouette agonisante, méconnaissable et silencieuse sur un lit d’hôpital, enveloppée de bandelettes, quelques jours après qu’il se soit immolé par le feu un jour de décembre 2010. Mohamed mourra peu après, mais son geste terrible, en effet, a enfin libéré les forces intérieures du peuple tunisien, étouffé depuis si longtemps. L’insurrection commence et la peur, pour la première fois, va changer de camp…
Sur le mode de la chronique, au plus près de la réalité humaine de la rue, Sidi Bouzid Kids tient tout en sobriété et en retenue le journal de la révolte tunisienne, déclenchée il y a quelques mois à peine par le désespoir d’un petit marchand de primeurs, au fin fond d’une ville de province où il ne se passait jamais rien. Un témoignage coup de poing sur les premiers pas du printemps arabe.
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Maurice Attia, Jacques Ferrandez, Alger la noire, Éd. Casterman (univers d’auteurs), 2012

Alger, fin janvier 1962. Sur l’une des plages de la ville, on retrouve les cadavres nus de deux jeunes gens enlacés. Elle est européenne, lui arabe. Il est émasculé et son dos arbore, gravées au couteau, les trois lettres « OAS ». Exécution presque ordinaire au titre du nettoyage ethnique, comme on pourrait le penser en ces temps plus que troublés ? Ou bien l’assassinat de Mouloud et d’Estelle cache-t-il autre chose ? S’échappant de la terne routine de son commissariat de Bab El Oued, l’inspecteur Paco Martinez mène l’enquête flanqué de l’irascible Choukroun, le vieux flic juif qui lui sert de mentor. Rythmées par les plasticages et les règlements de compte, qui ne cessent d’empoisonner un peu plus une atmosphère déjà irrespirable, leurs investigations les conduiront dans les coulisses et les arrières cours bien peu reluisantes de la grande ville, entre passions politiques, affairisme, banditisme, mœurs dissolues et violence omniprésente. Oui, décidément, Alger la blanche pourrait tout aussi bien s’appeler Alger la noire…
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Frédéric Bihel, Jean-François Charles, Maryse Charles, Africa Dreams : Dix volontaires sont arrivés enchaînés, Éd. Casterman, (Univers d’auteurs), 2012

1897. Dans le port d’Anvers, on charge et on décharge les vapeurs qui « font le Congo ». Cargaisons d’ivoire et de caoutchouc d’un côté, d’armes et de chaines de l’autre… Car en dépit du nom officiel de cette lointaine possession africaine – E.I.C., pour État Indépendant du Congo –, c’est bien le Roi Léopold qui en est l’unique propriétaire légal. Et sa consigne est claire : rentabiliser au mieux et au plus vite cette immense colonie, quitte à y faire régner l’arbitraire le plus absolu. Loin des regards, un quasi esclavage est imposé aux populations locales, comme l’a constaté depuis sa récente arrivée au Kivu le jeune missionnaire Paul Delisle. En dépit des discours « civilisateurs », éducation et évangélisation ne sont décidément pas les priorités du tyran de Bruxelles…
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Farida Tahi, Merde in France, Éd. L’ Or des fous, 2011

Au rez-de-chaussée de l’immeuble évidé, au milieu d’un terrain vague de l’Est parisien, Moktar s’accroche à son bistrot ; les bulldozers des promoteurs attendent qu’il cède aux pressions. Mais lui, il l’aime son bistrot, il aime ses laissés-pour-compte qui viennent ici se réchauffer le cœur.
Zine, Miguel et Ba, trois jeunes Français issus de l’immigration, rencontrent dans leur quartier Jean-Pierre Morin, éducateur anarchiste. Leur entente fraternelle va les embarquer dans la lutte, du droit au logement au braquage désorganisé.
Les quatre jeunes gens créent un comité de soutien à leur pote Moktar et au maintien des habitants du quartier. Le bistrot devient le QG de la lutte.
Extrême gauche contre extrême droite, squatters éperdus, militants purs mais durs, jeunesse égarée, partis politiques inconsistants, tout le monde prend une claque.
Renouant avec le roman noir, Farida Tahi retrace, avec un humour au couteau, une histoire, celle de ceux qui n’ont rien, d’existences en marge, de combattants privés du minimum.
Dans les filets de l’infâme, la fraîcheur, l’humour, la poésie se fraient un chemin dans une atmosphère fébrile.
Dans ce premier roman, elle nous surprend par une langue de béton et d’amitié.

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Emna BelHaj Yahia, Le jeu des rubans, Éd. Elyzad, 2011

Regards d’une romancière tunisienne sur ces femmes qui tout autour d’elle se voilent
Frida, chercheur, la cinquantaine, divorcée, compose sa vie entre son fils Tofayl, son compagnon Zaydûn et sa mère, si belle mais qui n’a plus sa tête. Frida non plus n’y voit pas très clair en ce moment. Elle ne comprend pas pourquoi elle croise de plus en plus de femmes voilées, elle dont la mère a justement enlevé le voile il y a des décennies. Pourquoi ces femmes habillent-elles ainsi leurs corps ? Comment s’habituer à ces nouvelles robes qui leur arrivent à la cheville, à ces métrages sur leurs cheveux ? Que veulent-elles dire par là ? Puis il y a la jeune étudiante que rencontre son fils, qui elle aussi porte un foulard sur la tête, son fils à qui elle avait pourtant montré la voie de la « modernité ». Frida est mal à l’aise mais cherche des réponses.
Dans le concert des voix qui traversent ce roman, on découvre des points de vue contradictoires, des vérités divergentes d’un personnage à l’autre. Le tout à l’intérieur d’une Tunisie qui, en se reconstruisant, se donne aujourd’hui à lire autrement.

Mohamed Choukri, Mohamed Leftah, Abdellah Taïa, Karim Boukhari, Fadwa Islah, Abdelaziz Errachidi, Zineb El Rhazoui, Nouvelles du Maroc, Éd. Magellan Et Cie (Miniatures), 2011

À l’extrême ouest du Maghreb, tête de pont vers les Amériques, point de passage vers l’Europe par le détroit de Gibraltar, le Maroc un carrefour d’influences unique au monde où se mélangent modernité et traditions.
Son ancrage dans la civilisation arabo-musulmane est total et les splendeurs de son patrimoine sont restées intactes. Mais, ni plus ni moins que dans d’autres pays de la rive sud de la Méditerranée, le « Printemps arabe », qui débuta avec le geste désespéré d’un jeune Tunisien, résonne ici aussi dans toutes les têtes. Si ces révolutions ont un visage, c’est celui de la jeunesse. Et avec le surgissement de cette brûlante soif de liberté, la liberté de penser et d’écrire s’est également manifestée, comme en attestent les textes pour certains très étonnants de ce recueil. Ils sont l’expression incontestable d’un moment historique, revendiqué par de jeunes écrivains, hommes et femmes, qui s’expriment haut et fort, parfois avec des mots crus, sur le sexe, la drogue, la religion, la violence politique, la situation des femmes : tout ce qui pouvait être tabou jusqu’ici.
Ce recueil s’inscrit plus que jamais dans l’actualité et démontre que la littérature peut dire autrement le monde qui change.

Alla El Aswani, Chroniques de la révolution Égyptienne, Éd. Actes Sud, 2011

Les cinquante chroniques réunies dans ce livre sont des instantanés de la réalité, elles s’emparent d’une anecdote ou d’un fait divers, développent une argumentation et finissent toujours par conclure : « La démocratie est la solution ».
Elles constituent un document exceptionnel sur l’état de l’Egypte d’avant la révolution, et sur les tensions, contradictions et difficultés qui subsistent aujourd’hui encore, plusieurs mois après les événements. Rigoureux dans ses analyses, pédagogue dans ses prises de position et opiniâtre dans son combat pour une vraie démocratie à construire, le plus célèbre des écrivains égyptiens contemporains fustige tour à tour un régime corrompu, le délitement de la justice, l’indigence des structures hospitalières, la torture et les exactions de la sécurité d’État, les manœuvres visant à une transmission héréditaire du pouvoir, l’inégalité des droits octroyés aux femmes, la haine des différences religieuses, les fausses interprétations de l’islam et, en ce moment même, la persistante présence des hommes de l’ancien régime dans bien des rouages de l’État.
Comme le rappelle dans sa préface Gilles Gauthier, son traducteur, si les grands romans d’Alaa El Aswany amenaient à comprendre la nécessité d’une révolution pour l’Égypte, ces chroniques montrent toute l’étendue des risques qu’il a pris et continue de prendre, désignant entre dictature et dérives doctrinales une voie juste et exigeante, à laquelle il se consacre avec une inébranlable détermination.


Où l’on retrouve avec plaisir Hilaire Dovonon et Victor Kathémo.

Hilaire Dovonon, La floraison des baobabs nouvelles, Éd. D’un noir si bleu, 2011
Cette nouvelle édition du recueil de nouvelles d’Hilaire Dovonon invite à un voyage africain loin des clichés et des images convenues. Cette Afrique est celle du village, celle du quotidien de l’auteur où se croisent les vivants et les morts, les légendes et la poussière, la vie et la nuit.
Là-bas, le soir, lorsque les voiles du soir s’élèvent en brumes et écumes sur les vagues chevelures des collines, l’on voit le long des coteaux lisses et nus, des filles nubiles descendre lentement vers les sources, les bras portant en équilibre au sommet de la tête, des calebasses au cou d’amphore. Elles descendaient, souples colonnes aux hanches félines, jusques aux sources qui coulent des mamelles des collines, les sources de vie qui font vivre tout le village, pour y puiser l’eau d’un soir, l’eau d’une journée, l’eau d’une vie… Les textes de ce recueil nous invitent à un voyage africain, un voyage loin des clichés et des images convenues. L’Afrique que nous découvrons dans ces pages est celle du village où se croisent les vivants et les morts, les légendes et la poussière, la vie et la nuit. C’est cette Afrique où l’auteur vit, respire et travaille.
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Victor Kathémo, Fabuleuses histoires de Dounia enfant de la terre, Éd. Myriapode, 2011
Dounia littéralement « Humanité » est un enfant qui présente une bichromie de la peau. Il est moitié blanc moitié noir, en permanence porté par l’idée d’un monde meilleur et solidaire. Il possède une peluche nommée Vodou qui héberge en son sein un génie de la forêt. Ce fétiche, investi par des pouvoirs surnaturels, l’aide à surmonter toutes les difficultés qu’il rencontre et à réaliser ses rêves. Entre nouvelle, fable et conte littéraire, les histoires de ce recueil pour jeunes et adultes exploitent un univers multiple et mettent en scène un être malicieux, généreux, qui s’interroge sur les rapports entre l’homme et son environnement proche ou lointain et la pertinence de la mémoire collective. Un personnage qui permet de découvrir à quel point la diversité est une richesse qui se doit à tout prix d’être préservée.

Habib Selmi, Les humeurs de Marie-Claire, Éd. Actes Sud, Arles ( Mondes arabes), 2011
Mahfouz est un jeune immigré tunisien d’origine rurale qui enseigne la langue arabe à Paris et qui est obligé, pour subvenir à ses besoins quotidiens, de travailler aussi comme veilleur de nuit dans un petit hôtel. Il rencontre une Française, Marie-Claire, employée dans un bureau de poste, et leur attirance réciproque se transforme rapidement en une passion dévorante. Marie-Claire s’installe chez Mahfouz et bouleverse son existence : elle lui apprend à ranger ses affaires, à se comporter à la maison et en société selon les règles de la bienséance, à apprécier les bons mets, et même l’art et la manière d’embrasser une femme et de lui faire l’amour. Fou d’elle, obsédé jour et nuit par son odeur faite de « parfum et de sueur mêlés », Mahfouz s’adapte de bon gré à sa nouvelle vie et semble se défaire peu à peu de ses réactions ataviques. Mais pour combien de temps ? Dans ce roman débordant de sensualité, Habib Selmi renouvelle un thème récurrent de la littérature arabe contemporaine, celui du choc tantôt réel tantôt imaginaire entre Orient et Occident. Contrairement à ses prédécesseurs, il nous laisse finalement le soin de conclure sur ce qui, dans l’avenir des deux amoureux, relèvera de leur différence culturelle ou du commun destin de toute relation amoureuse.

François Nkémé, Patrice Nganang, Gertrude Obinong, Peter W. Vakunta, Dipita Kwa, Edouard Elvis Bvouma, Nouvelles du Cameroun, Éd. Magellan et Cie, Ifrikyia, Courrier international, 2011
Par ses paysages, par son histoire, par sa culture, on dit du Cameroun qu’il est une « Afrique en miniature » ou une « Petite Afrique ». Il est vrai que les composantes principales de ce pays d’Afrique centrale sont celles de toute l’Afrique. Ce nouveau recueil de la collection « Miniatures » se devait de refléter cette diversité. Ainsi, deux nouvelles sont traduites de l’anglais, celles de Dipita Kwa et Peter W. Vakunta, tandis que les quatre autres sont écrites en français, celles de Patrice Nganang, François Nkémé, Gertrude Obinong et Elvis Edouard Bvouma. On aura avec eux quelques aperçus du « camfranglais », mélange de français, d’anglais, de locutions dialectales camerounaises et de pidgin, savoureux argot que la jeunesse urbaine a créé et qui varie selon les villes.
Nation littéraire, le Cameroun l’est à l’évidence. Une jeune génération, au contact des littératures européennes et américaines, s’inscrit désormais dans la littérature mondiale avec vigueur. Les six nouvelles de ce volume en témoignent. Pétri de traditions et ouvert culturellement sur le monde, le Cameroun possède parmi les écrivains les plus prometteurs du continent.

Rabâa Abdelkéfi, Ali Bécheur, Hélé Béji, Tahar Bekri, Emna Belhaj Yahia, Sophie Bessis, Azza Filali, Aymen Hacen, Hubert Haddad, Abdelaziz Kacem, Mounira Khemir, Nacer Khemir, Ida Kummer, Amel Moussa, Amina Saïd , Jean-Pierre Santini, Guy Sitbon, Walid Soliman, Lucette Valensi, Enfances tunisiennes, Éd. Elyzad (passages), 2010
Vingt auteurs de langue française et de langue arabe livrent un épisode, un fragment, une atmosphère d’enfance. Des années 40 aux années 90, ils nous convient à un voyage dans le temps… Tunisie plurielle où se côtoyaient des communautés en même temps différentes et semblables. Tunisie coloniale dans laquelle les autochtones découvraient une langue et des mondes étrangers, et tentaient d’étonnantes synthèses entre l’univers familial et celui de l’école. Tunisie des garçons et des filles, de la capitale et des villes de province. Tunisie plus jeune d’après l’indépendance, porteuse d’expériences nouvelles. ?Écrire, pour retrouver le paysage de l’enfance. Ce sont toutes ces histoires qui font le portrait d’un pays, de ses cultures, de ses révolutions.
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Maryvette Balcou, Jeter l’ancre, Éd. Epsilon, 2010
Les trois nouvelles de ce recueil progressent sur des lignes soigneusement tracées qui offrent des voyages entre terre et mer, entre naufrages et émergences, entre contraintes et libertés. Un air de vie sauvage et authentique, parsemé d’images odorantes et d’humanité. Un recueil au mini-format très original et fort pratique pour la lecture en plein-air !
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Les frustrations et la misère bousculent les tyrans du nord de l’Afrique et donnent envie de voir ces mouvements gagner le continent et se propager dans le vaste monde.
Cinq livres, un par pays, parmi tant d’autres éclairent ces événements qui n’ont rien de spontanés mais prennent racines dans des décennies d’exploitation.

« Je suis peuple, peuple innombrable,
J’ai dans ma voix la force pure,
Pour traverser le silence
Et germer dans les ténèbres ».
Pablo Néruda, Chant général, Éd. Gallimard (poésie n°182)

Naguib Mahfouz, Karnak café, Éd. Actes Sud, 2010
Le Caire, vers le milieu des années 1960.
Au café Al-Karnak que gère une ancienne danseuse, le narrateur fait connaissance avec trois étudiants, Hilmi, Ismaïl et Zaynab. Le premier est l’amant de la gérante, et les deux autres, amis d’enfance, s’aiment tendrement. Tous les trois se considèrent comme des enfants de la révolution de 1952 et défendent ardemment ses principes et ses réalisations. Mais un jour ils cessent de fréquenter le café et, à leur retour, les clients apprennent qu’ils ont été arrêtés par la police politique qui les suspectait, contre toute évidence, d’appartenir au mouvement des Frères musulmans.
Déjà ébranlés dans leurs certitudes, ils sont encore arrêtés à deux reprises sous d’autres prétextes fallacieux. L’un d’eux, Hilmi, meurt en prison tandis que Zaynab et Ismaïl en sortent comme des loques humaines. Surviennent alors, en juin 1967, la guerre contre Israël et la cuisante défaite de l’armée égyptienne… Écrit en 1971 et publié en 1974, ce roman a eu un grand retentissement, et le film qui en a été tiré, avec à l’affiche les plus grandes vedettes du cinéma égyptien, a longtemps été censuré à la télévision.
Mahfouz y fait preuve de son habituel talent de conteur, faisant du petit café le microcosme d’une Égypte en train de perdre ses repères.

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Taoufik Ben Brik, Ben Brik président, Éd. Exils, 2003
 » Gourmand du pouvoir, je le fus aussi de tout ce que le palais pouvait offrir : je deviens un pillard, discret mais prompt à remplir sa besace, champion dans l’art de la rapine.
Mes poches étaient déformées par le poids des argenteries, montres suisses, stylos en or et pochettes de soie. Un Jean Valjean de passage. Je suis… Je suis… Je suis EL PRESIDENT  » Ceci est un livre de combat, à la fois baroque et direct. Sa cible ? Le président tunisien Ben Ali qui, le 26 mai 2002, a obtenu par référendum de modifier la Constitution afin de rester à la tête du pays pendant de longues années encore.
Ben Ali, président à vie, ou Ben Avi, le  » tyranneau de Carthage « … Face à cette situation, qui réduit à néant les espoirs de l’opposition tunisienne, Taoufik Ben Brik invente une fable, à la fois burlesque et tragique. Il décide que, pourquoi pas, lui-même sera Président, élu en 2004 pour une centaine d’années. Ainsi le livre entremêle-t-il les exploits de Ben Brik au palais et ceux de son prédécesseur, des virées de journaliste dans les recoins du pays, et l’écho de la souffrance muette du peuple.
Un récit politique donc, écrit avec les armes de la poésie.

Hisham Matar, Au pays des hommes, Éd. Denoël, 2007
Tripoli, 1979.
La société libyenne étouffe sous le régime autoritaire du colonel Kadhafi mais le jeune Suleiman, neuf ans, a bien d’autres soucis : il s’ennuie sous l’écrasante chaleur estivale. Son père est absent, on le dit en voyage d’affaires. Sa mère, adorée, crainte, erre dans la demeure, de plus en plus souvent ivre, et délire jusqu’à épuisement. Tout est murmure, tout est secret, tout est hostilité. Mais bientôt le monde du petit Suleiman bascule : en plein centre-ville, un matin, il aperçoit Baba, son père, caché derrière d’épaisses lunettes noires.
Pas un signe, pas un geste, l’homme les ignore, sa mère et lui. Subtilement, la peur et le doute s’installent dans la vie de Suleiman. Qui sont ces hommes en armes qui viennent fouiller la maison ? Pourquoi le père de Karim, son meilleur ami, est-il emmené par la police ? Comment se fait-il que sa mère brûle un à un les livres de la bibliothèque, jusqu’alors véritable trésor familial ? Un livre puissant et juste sur la fin de l’enfance et l’horreur de la répression politique.
Hisham Matar est né à New York de parents libyens. Il a passé une partie de son enfance à Tripoli puis au Caire. Venu suivre des études à Londres, il apprend en 1990 l’enlèvement puis le rapatriement de force de son père dans les geôles libyennes : il n’a aucune nouvelle de lui depuis 1995. Au pays des hommes, son premier roman, figurait dans la dernière sélection du prestigieux Booker Prize.

Rachid Mimouni, Une peine à vivre, Éd. Pocket, 1993
Face au peloton d’exécution, le dictateur attend la mort.
Tandis que les soldats épaulent leurs fusils, l’homme se souvient… De son enfance misérable; de son engagement dans l’armée; de son absence de scrupules et d’humanité; du putsch sanglant qui fit de lui le maître absolu… Il se souvient surtout de la seule femme qu’il ait aimée et qui a mystérieusement disparu. Dans quelques instants, les balles traverseront sa poitrine et il sourit… Étrange itinéraire d’un dictateur amoureux qui courut à sa perte pour avoir été confronté à un dilemme terriblement humain : l’amour ou le pouvoir…

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Fouad Laroui, Le jour où Malika ne s’est pas mariée, Éd. Julliard, 2009
Qu’ils soient restés au pays ou partis à l’étranger, les jeunes Marocains, déchirés entre traditions et modernité, sont mal dans leur peau. Dans ces nouvelles tragiques ou cocasses, Fouad Laroui met en lumière le dur combat qu’ils doivent mener pour que leurs rêves d’émancipation ne soient pas broyés sous la chape de plomb de la réalité.
À Casablanca, par une chaleur écrasante, un groupe de jeunes gens désœuvrés refait le monde à la terrasse du café de l’Univers. La moindre rencontre – un passant excentrique, un touriste égaré – est prétexte aux échanges de palabres, souvenirs réels ou légendes colportées. Un dispositif narratif astucieux d’où va naître une série de récits pétris d’humour et d’autodérision, reflétant les aspirations profondes des jeunes Marocains.  Au Maroc comme ici, les causeries intellectuelles au café du coin sont de tradition séculaire. Empruntant au conte philosophique le ton de la critique faussement candide, les narrateurs attablés interrogent avec drôlerie la morale de chaque anecdote relatée. Et s’aperçoivent que là où règnent l’injustice et le non-sens, seuls l’art et le plaisir de raconter des histoires peuvent encore ordonner le monde.
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Nadine Gordimer, Beethoven avait un seizième de sang noir, Éd.Grasset, 2009

Recueil de quatorze nouvelles sur l’identité, le couple, le destin de l’Afrique du Sud, etc.
Au moment même où, dans ses écrits politiques, elle explorait les compromissions morales de l’apartheid, Nadine Gordimer faisait preuve d’une remarquable capacité à analyser le terrain plus intime des relations humaines. Dans ses romans, Le Conservateur, Fille de Burger ou Ceux de July, elle s’est ainsi attachée à décrire l’érosion des valeurs d’une société, en même temps que les explosions de violence qui caractérisent un système politique injuste – en plaçant toujours au centre de la narration l’individu, la relation, la famille. Cependant, c’est dans ses nouvelles, et en particulier celles où la politique ne joue pas un rôle de premier plan, que la romancière traite avec le plus d’intensité et d’imagination les personnages de femmes, de maris, de parents et d’enfants, d’amants aussi, et en extrait l’universalité, dans le désir, ou la douleur de la perte.

Leïla Sebbar, Mon Cher Fils, Éd. Elyzad (Tunisie), 2009 – ISBN : 9789973580153

Un vieil homme, ouvrier chez Renault, revient vivre à Alger après trente ans passés dans l’usine-forteresse de Boulogne-Billancourt, l’île Seguin.
Il vit seul, dans une petite maison aux volets verts, face à la mer.
Il a eu sept filles et un fils dont il est sans nouvelles depuis longtemps et à qui il n’a jamais réussi à parler.
Avec la complicité de la jeune Alma, écrivain public à la Grande Poste, il lui écrit, il tente de lui écrire.
Un roman sur les silences de l’histoire, du roman familial dans l’exil.
Le silence qui sépare un père de son fils.

Patrick Deville, Équatoria, Éd. Seuil, 2009

Voici comment, après des mois de voyages erratiques, après avoir navigué sur le fleuve Ogooué, flâné en Angola et à São Tomé e Príncipe, traversé les plateaux Batékés, je me suis retrouvé, le 3 octobre 2006, à Brazza au-dessus du cercueil de Brazza, un cercueil tout neuf Fabriqué par EGPFC Wilaya d’Alger, en compagnie du président de la république gabonaise Omar Bongo Ondimba, du président de la république congolaise Denis Sassou Nguesso, du président de la république centrafricaine François Bozizé, des ci-devants concitoyens Douste-Blazy et Kouchner, du nonce apostolique Monseigneur Andres Carrascosa Coso, et du roi des Tékés Auguste Nguempio.
D’hôtels en hébergements de fortune, j’ai consigné les vies de contemporains de Brazza, celles de David Livingstone ou de Henry Morton Stanley, mais aussi celles d’Albert Schweitzer et de Jonas Savimbi. À Kigoma, sur les rives du lac Tanganyika, j’ai cherché les traces de la guerre congolaise de Che Guevara. Afin d’écrire les vies d’Emin Pacha et de Tippu Tip, je me suis rendu à Zanzibar.

Philippe Delisle, Bande dessinée franco-belge et imaginaire colonial : Des années 1930 aux années 1980, Éd. Karthala (Tropiques),2008

Née dans le sillage d’Hergé, la bande dessinée dite « franco-belge », qui s’est imposée par le biais des hebdomadaires  Spirou  et  Tintin , a largement fait écho aux préjugés coloniaux. Le cas de  Tintin au Congo , publié en 1930, est assez bien connu. Le présent ouvrage analyse la production franco-belge de manière plus générale, pour faire notamment ressortir des convergences.
A travers la bande dessinée franco-belge « classique », se dévoile tout un imaginaire colonial, qui fait écho à l’idéologie officielle développée outre-Quiévrain, mais aussi à des romans ou au cinéma. Le lecteur observera cependant que le genre étudié, imprégné de valeurs catholiques et scoutes, cultive parfois un idéal de fraternité entre les peuples et de rejet des préjugés.