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Awumey Edem, Les pieds sales, Éd. Seuil, 2009
À la recherche de celui qui fut peut-être son père, Askia l’exilé tourne en rond dans Paris, au volant de son taxi, longeant les quais de la Seine où rôdent des skinheads décidés à faire la peau aux hommes de couleur.
Dans la nuit parisienne, Askia et Olia poursuivent des ombres. Le premier est un Télémaque obscur au volant d’un taxi lugubre sur les traces du père. Quant à elle, elle traque avec son appareil photo des figures d’hommes et de femmes sans patrie, des terriens aux pieds sales à force de courir le monde. Comme ces clandestins qui, chaque aube que font les dieux de l’exode, remontent du Sud de leur enfance vers le Nord des errances. De l’Afrique aux rivages européens de Santa Cruz de Ténérife… Des êtres en quête de pain, d’espoir. De terre aussi. Olia pourra-t-elle aider Askia dans sa désespérance ? Et si le dernier salut, le pays ultime au terme de leur périple c’était l’amour dans le regard de l’autre ? Pendant ce temps, les skinheads de la haine se tiennent prêts. A en finir avec celui qui reste l’étranger…
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Awumey Edem, Port-Mélo, Éd. Gallimard (continents noirs), 2006
« La caisse aux gorilles traversa le cauchemar du Port, les rues fantômes, un vieillard et une petite fille se tenaient par la main, la petite fille en larmes sur les traces de la mère violée et découpée plus loin sur un trottoir. Le cauchemar du Port, une séance d’exécution publique en présence d’une foule silencieuse, la troupe qui charge son tir et le condamné qui commence son dernier gospel : Amazing Grace… À la place des vitrines éclatées de la rue Z, des rideaux blancs sur lesquels un passant, un type aussi fou que l’ami Manuel, écrivait : “Quand tu me tiens, Port-Mélo… Je perds le nord et la peau.” J’ai à peine le temps de classer ces images, ranger dans un coin de la mémoire les pneus brûlés, les deux pendus qui gesticulent devant le musée et le croque-mort débordé. Parce qu’il avait du boulot, il avait des corps… »
Sur une côte d’Afrique, une milice cruelle réprime la moindre manif, étouffe dans les gorges la moindre clameur. Manuel, traqué, marche ” à contre-voie “, il tient un précieux carnet des disparus que les autorités voudraient détruire. La mère Cori, sage vieille folle, raconte et attend. La jeune et si belle Joséphine s’offre en un clin d’étoile entre un flamboyant et un wharf rouillé…
Une mosaïque de personnages et tout un peuple jouent leur vie dans une ville et un pays qui effacent l’homme et ses traces, qui met du blanc sur le viol des corps et des rêves. Ici, par la grâce d’une écriture lancinante et émouvante, l’Afrique nous tend le miroir d’un monde à notre image, qui se démembre sous ses masques riant et criant d’inhumaine humanité.
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Edem Awumey est né et a grandi à Lomé, la capitale du Togo. Cet auteur de 32 ans, qui signe ses œuvres de son prénom et dont l’écriture est centrée sur le thème de l’exil, vit aujourd’hui au Québec. Titulaire de deux diplômes de littérature de l’Université de Lomé (1995-2000), il se voit décerner en 2000 une bourse UNESCO-Aschberg qui lui permettra d’être écrivain en résidence à Marnay-sur-Seine, en France. Entre 2000 et 2005, il obtient des diplômes en langues et littérature et en développement culturel à l’Université de Cergy-Pontoise, puis achève son doctorat, dont le sujet — la littérature de l’exil — rappelle l’œuvre de son mentor, Tahar Ben Jelloun.
D’abord auteur de nouvelles, Edem a vécu un moment décisif en janvier 2006 avec la parution unanimement saluée, chez Gallimard, de son premier roman, Port-Mélo, qui a obtenu le Grand Prix littéraire de l’Afrique noire 2006, l’une des plus hautes distinctions littéraires africaines.

On peut les voir maintenant. On peut les voir marcher à travers les trouées fléchées dans le paysage pour guider les derniers dérivants que la forêt recrache. Par petites échappées. On peut les voir arriver jusqu’à la ligne de démarcation, entrer dans la Zone neutre…, ainsi débute le roman Solo d’un revenant.
Tranche d’histoire d’un pays africain (on pense évidement au Rwanda, au Soudan, au Mozambique des années 80, et plus loin encore au Congo-déjà-, au Biafra…), mais aussi quotidien du Kivu et on ne peut s’empêcher de songer à la Palestine et à tous les conflits du monde actuel. Ceux où la folie des possédants broient les populations.
Histoire d’un retour à la recherche de ses années d’insouciance où au sortir de l’adolescence le narrateur fonde une troupe de théâtre avec ses amis. Le narrateur, on ne connaitra de lui qu’un nom générique : le revenant, cherche à comprendre pourquoi son ami Mozaya est mort alors qu’il avait trouvé refuge avec ses derniers élèves dans une école. C’était une saison où l’on fuyait beaucoup. (…) C’était au début de ce mois pourri de mars qui présidera à la saison des fuites. Mozaya ne se décidait pas à partir.
Il part en même temps à la recherche d’ Asafo Johnson, le comédien qui, sur les ondes radiophoniques, attisait la haine.
La guerre passée, faisant de l’un une victime et de l’autre un complice, le revenant retrouve un monde qui n’existe plus et dont il doit faire le deuil tout en essayant de vivre dans l’aujourd’hui.
Le roman est traversé de personnages forts décrits avec économie, comme pour indiquer que l’on ne parle pas d’un individu mais d’un type de personnage que cette guerre a forgé, telle Xhosa-Anna qui se promène en robe de mariée et fume la pipe, une jeune fille peule sourde et muette, échappée d’un convoi de bergers, Marlène l’humanitaire abandonnée par la direction d’une ONG cynique ou Maïs : Il s’appelle Maïs Seize-dix-sept ans. M’appelle Frère ami depuis que je suis là. Il ne faut pas l’écouter. M’en aurait vendu des lots, si je l’avais écouté : lots de médicaments, lots de talismans porte-clés, lots de logiciels piratés en Inde, lot de quatre roues pour la moitié du prix d’une.
Au delà de la quête le sujet du livre est plus dans les conséquences, l’après massacres et les bouleversements qui ont radicalement transformé les êtres. Quant à savoir à qui la faute revient… Et même si l’on trouve quelqu’un à juger.
Les accusés, il faut dire qu’ils ne comparaîtront pas. D’abord un témoin s ’est rétracté. Un autre a disparu. Ce genre d’affaire dépend de qui on achète. Le juge ou le témoin. Au moins un homme sur deux à un prix.
Dire que tout est vain ? Le passé et le présent ne sont-ils pas les deux yeux d’un même regard ?
Écrit dans une langue que l’on peut aux premiers abords trouver déroutante (mais le sujet ne l’est-il pas lui même) Solo pour un revenant nous entraine entre poésie et théâtre dans un voyage sans retour.
Kossi Efoui raconte une histoire de bruits de fureur et de terreur. Le livre refermé on à l’impression avec le revenant d’être sur une barque qui s’éloigne de la rive et d’être en même temps l’homme debout sur la rive qui regarde la barque s’éloigner, d’être le même homme sur le point de disparaître de l’autre côté de l’horizon.

Kossi Efoui, Solo pour un revenant, Éd. Le Seuil, 2008

Écouter un interviou de Kossi Efoui :


Solo d’un revenant de Kossi Efoui
envoyé par EditionsduSeuil