Ahmad Al-Malik, Stella Gaetano, Hisham Adam, Abdulaziz Baraka Sakin, Nouvelles du Soudan, Éd. Magellan et Cie (Miniatures), 2009
Soudan Indépendant depuis 1956, le Soudan moderne est l’un des pays les plus vastes du continent africain.
Étymologiquement, son nom dérive de l’expression arabe Bilâd as-Sûdân, ” le pays des Noirs “, qui désignait l’ensemble de l’Afrique saharienne à l’époque médiévale. Depuis au moins deux décennies, la diversité culturelle et religieuse (il est l’héritier des civilisations pharaonique, chrétienne et musulmane), mais aussi la dictature, la guerre civile et ses conséquences comme la misère et le sort des déplacés, se reflètent dans la production littéraire.
Les auteurs des six nouvelles rassemblées ici sont d’origine arabe, nubienne, sudiste ou darfouri. Tous écrivent en arabe, mais mettent en scène des personnages venus des quatre coins du pays, avec leurs coutumes et leurs caractéristiques. Les faits évoqués sont souvent graves, mais l’habileté et l’élégance des auteurs, l’humour et le Style onirique de certains. qui n’est pas sans rappeler le réalisme magique sud-américain, les transforment en petits bijoux, témoins à la fois d’une dure réalité et d’une littérature qui ne demande qu’à être découverte.
Ivan Vladislavic, Clés pour Johannesbourg : Portrait de ma ville, Éd. Zoé (Écrits d’ailleurs), 2009
Début du deuxième millénaire, Johannesbourg reste divisée, désormais autant par la pauvreté et la violence que par la race.
Vladislavic, fin arpenteur des rues, des quartiers, des parkings, des jardins, circule de scène en scène aussi cocasses que tragiques. Le livre est composé de 138 entrées, comme autant de clés pour comprendre la ville, à la manière Vladisalvic : sorte de regard agile et enregistreur, esprit joueur qui analyse, compare, fait des liens et manie les mots pour dire les impressions les plus fines. Ce texte est une ode amoureuse à Johannesbourg, industrielle, polluée, dangereuse, belle et injuste.
Hamidou Dia, Poésie africaine et engagement, Éd. Acoria-Dunia (Les mots en partage), 2009
Après avoir inventorié et analysé les différents thèmes porteurs du débat sur la création poétique africaine, l’auteur tout en s’appuyant sur des exemples concrets, nous permet de saisir les enjeux actuels de cette poésie. Il met notamment en évidence l’apport et l’héritage des poètes comme Tchicaya U Tam’Si, David Diop, Aimé Césaire, René Depestre ou Véronique Tadjo. Il nous permet, ainsi, de comprendre l’évolution des problématiques liées à la question de l’identité littéraire, qu’elle soit, individuelle, continentale ou nationale, tout en proposant l’esquisse d’une poétique personnelle.
Romancier, poète, critique littéraire et préfacier, Hamidou Dia fut secrétaire de la revue québécoise Études littéraires et rédacteur en chef de la revue Présence Africaine. Il est le représentant de l’association des écrivains du Sénégal en Europe. C’est le poète de la mémoire, du fleuve et de l’exil, enraciné dans la culture peul dans laquelle il a grandi. Hamidou Dia vit en France où il enseigne la littérature négro-africaine et la philosophie.
Aminata Sow Fall, La grève des Bàttu, Éd. Du Rocher (Histoire Vécue, n° 124 ), 2009
Si tous les mendiants de la “Grande Ville” se mettaient en grève contre les autorités qui rêvent de débarrasser les rues des “encombrements humains”.
La grève des bàttu fait désormais partie des grands classiques de la littérature africaine. Aminata Sow Fall imagine dans ce livre que les mendiants de la “Ville” lassés d’être persécutés par le pouvoir, feraient grève soudain, refusant d’aller mendier. Ils partent s’installer loin, hors de la ville, et là, attendent. En ville, la vie devient impossible car tout bon musulman se doit de faire des offrandes. Alors chacun se met à prendre le car, jusqu’à “l’arrêt des mendiants” pour faire ses dons. Et quels dons ! il faut du bon argent et de la viande sinon, l’offrande est impitoyablement refusée. Tout va encore se compliquer pour Mour Ndiaye, responsable des mendiants au Ministère de l’Intérieur. Il a consulté plusieurs marabouts pour savoir ce qu’il devrait faire pour être nommé Vice-Président du pays. La réponse est tombée, implacable : distribuer des offrandes de viande dans le bàttu des mendiants, au cœur même de la ville dont il vient de les expulser. La grève des bàttu est un roman, empli d’humour, qui exprime toute la réalité des maux actuels de l’Afrique francophone, tels qu’ils furent légués en grande partie, par la colonisation, et tels qu’ils perdurent aujourd’hui.


