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Première sélection de romans pour cette nouvelle année que l’on vous souhaite agréable et pleine de projets. (photo Beb Licence Creative Commons

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Nii Ayikwei Parkes, Notre quelque part, éd. Zulma, 2014
C’est Yao Poku, vieux chasseur à l’ironie décapante et grand amateur de vin de palme, qui nous parle. Un jour récent, une jeune femme rien moins que discrète, de passage au village, aperçoit un magnifique oiseau à tête bleue et le poursuit jusque dans la case d’un certain Kofi Atta. Ce qu’elle y découvre entraîne l’arrivée tonitruante de la police criminelle d’Accra, et bientôt celle de Kayo Odamtten, jeune médecin légiste tout juste rentré d’Angleterre. Renouant avec ses racines, ce quelque part longtemps refoulé, Kayo se met peu à peu à l’écoute de Yao Poku et de ses légendes étrangement éclairantes…
Porté à merveille par une traduction qui mêle français classique et langue populaire d’Afrique de l’Ouest, ce roman époustouflant nous laisse pantelants, heureux de la traversée d’un monde si singulier.

cardosoDulce Maria Cardoso, Le retour, éd. Stock, 2014

Adolescent, Rui vit en Angola avec ses parents et sa soeur. En 1975, la guerre civile fait rage et, comme tous les Blancs, ils doivent partir pour la métropole. Mais c’est à trois qu’ils feront le voyage de retour : soupçonné par l’armée de libération d’être le « boucher de Grafanil », le père de Rui est arrêté devant ses yeux et emprisonné.
À Lisbonne, la famille incomplète est accueillie dans un hôtel 5 étoiles, rempli de rapatriés comme eux. Rui va y découvrir l’automne, les fi lles, la honte et la peur de devenir le seul homme de la famille. Son père reviendra-t-il un jour ?
Dulce Maria Cardoso livre un roman sensible sur la perte – perte du pays aimé, perte de l’innocence – porté par le regard juste et touchant d’un adolescent. Elle rend hommage à tous les exilés qui ont un jour dû laisser une terre derrière eux

huchuTendai Huchu, Le meilleur coiffeur de Harare, éd. Zoé, 2014

Vimbai est la meilleure coiffeuse du Zimbabwe. Fille-mère au caractère bien trempé, c’est la reine du salon de Madame Khumala; jusqu’à l’arrivée de Dumi, surdoué, beau, généreux, attentionné, très vite il va détrôner Vimbai.
Quand Vimbai comprend enfin le secret de Dumi, elle fait un chemin intérieur que le pouvoir au Zimbabwe est loin de suivre.
Le meilleur coiffeur de Harare ne se contente pas d’une romance aigre-douce et des cancans d’un salon de coiffure. Outre la dénonciation de l’homophobie, il propose une peinture légère, mais implacable de la vie quotidienne et politique au Zimbabwe.

plantagenetAnne Plantagenet, Trois jours à Oran, éd. Stock, 2014

J’ai toujours su qu’un jour il faudrait que j’aille en Algérie.
Je suis fille, petite-fille, arrière-petite-fille de piedsnoirs. Enfant, j’en étais fière, ensuite j’en ai eu honte. Longtemps je me suis trouvée là, entre ces deux rives. Et la relation complexe, douloureuse, que j’entretenais avec mes racines a dirigé ma vie malgré moi, dicté mes choix.
Quand ma grand-mère est morte, j’ai pensé que ce jour était arrivé.
Le 15 septembre 2005, j’ai embarqué avec mon père sur un vol à destination d’Oran. J’ignorais ce que nous allions trouver là-bas, si la maison où il était né existait encore, comment nous serions accueillis. J’ignorais surtout si ce voyage, dont j’attendais beaucoup et que j’ai forcé mon père à accomplir avec moi, serait une victoire, ou une erreur. Il y avait un risque. Je l’ai pris.

Eorsenaric Orsenna, Mali ô Mali, éd. Stock, 2014

Dix ans après avoir publié « Madame Bâ », un roman émouvant sur une institutrice au Mali, Erik Orsenna retrouve son personnage fétiche et décrit le Mali d’aujourd’hui dans « Mali, ô Mali ».
Dix ans après avoir retrouvé son petit-fils à Paris, Madame Bâ retourne au Mali, un pays désormais menacé par les djihadistes. L’auteur entraîne le lecteur dans la réalité du Mali d’aujourd’hui, faisant écho à l’actualité de ce pays instable et attachant.

al-FMohamed al-Fakharamy, La traversée du K.-O., éd. Seuil, 2014

Plongée vertigineuse dans le quotidien, les rêves et les désillusions des habitants d’un bidonville situé à la périphérie du Caire, La Traversée du K.-O. est un roman qui ne recule devant rien. À travers ce récit d’une grande inventivité formelle, au réalisme brutal, Mohamed al-Fakharany donne à voir la vérité toute nue de ces territoires invisibles où la vie impose toute sa violence aux individus, où la morale et la légalité constituent de pures abstractions, où le terme « gouvernement » sert à désigner la police, où le trafic de stupéfiants et la prostitution sont à peu près les seuls métiers envisageables, où la consommation de drogues de toutes sortes et la violence entre les sexes sont les exutoires les plus courants de la rage collective. Un roman à la fois prémonitoire des renversements politiques qu’a connus l’Égypte ces toutes dernières années et, malheureusement, encore d’actualité.

kanorFabienne Kanor, Faire l’aventure, éd. Lattès, 201

Biram a 17 ans et il n’a encore rien vécu. Mais il a du temps et beaucoup d’imagination. Alors avec ses jumelles pointées sur la ligne d’horizon, il imagine ce que sera sa vie à des milliers de kilomètres du Sénégal et de Mbour : il dansera un funk sur une piste de danse, il portera une veste de cuir, il conduira une voiture allemande, des filles l’entoureront. Il oubliera ce village loin de tout, la maison de sa tante, la buvette où il travaille deux jours par semaine, ces pleureuses qu’il croise chaque jour sur la plage, là où elles ont vu leur fils partir faire l’aventure et ne jamais revenir. Il oubliera même Marème, cette petite crâneuse, une fille de Dakar, qui passe ces vacances au village et qui est son premier amour. Lorsque Biram se tient face à l’océan, c’est comme s’il possédait le monde. Il se fiche des discours de ceux qu’il appelle les « anciens combattants », ceux qui sont partis en Europe, preuves vivantes que l’aventure se termine souvent au point de départ, sur un convertible épuisé à ressasser des souvenirs de voyages ratés. Biram, comme Marème, rêvent de quitter Mbour où le temps semble passer moins vite qu’ailleurs. Ils « feront l’aventure ».


Deuxième série de la rentrée littéraire : les livres au format poche. Une bonne occasion de (re)découvrir des titres publiés l’année passée. (Lecture à Angongué. Photo Anne Cillon Perri)

Didier Daeninckx, Galadio, Éd. Gallimard ( Folio), 2011
Allemagne, années trente. Ulrich est un adolescent de Duisbourg comme les autres. À un détail près : sa peau est noire…
Son père, un soldat africain, est venu en Allemagne avec les troupes françaises d’occupation chargées de veiller à l’application du traité de Versailles. Il est reparti en 1921, quelques mois avant la naissance de cet enfant, fruit d’un bref amour avec une jeune Allemande.
Ils sont des centaines, comme Ulrich, à incarner ce qu’Hitler et les nationalistes ne cesseront de dénoncer, dans l’entre-deux-guerres, comme la « honte noire », symbole de l’avilissement délibéré du sang aryen par les occupants. Leur sort ne sera en général guère plus enviable que celui des Juifs.
Ulrich, pour sa part, va connaître un destin inattendu et mouvementé, et découvrir une autre facette de son identité : Galadio.
Comme toujours, Didier Daeninckx s’appuie sur une documentation très fouillée pour éclairer un aspect méconnu de l’histoire du vingtième siècle. Il révèle ici le sort terrible des Allemands métis dans un pays emporté par le délire nazi. De Duisbourg aux studios de cinéma de Babelsberg, jusqu’aux rivages du Sénégal où se déroulent les premiers combats entre pétainistes et gaullistes, Ulrich apprend à connaître les hommes.

Jean-Christophe Rufin, Katiba, Éd. Gallimard ( Folio), 2011
Quatre touristes occidentaux sont assassinés dans le Sahara. L’attaque est signée « al-Qaida au Maghreb islamique », dont tout laisse à penser que les partisans veulent aller beaucoup plus loin et rêvent de frapper la France au cœur. L’événement est présenté par les médias comme un fait divers tragique mais il met en alerte les services de renseignements du monde entier. Au centre de leurs jeux complexes, Jasmine. Jeune fonctionnaire du Quai d’Orsay apparemment sans histoire, elle émerge peu à peu comme la pièce maîtresse d’une opération d’envergure inédite. Quels liens cette Française à l’élégance stricte entretient-elle avec le monde musulman ? C’est en démêlant les fils les plus intimes de sa vie que la vérité se fera jour et que le suspense, haletant, trouvera son dénouement. Complice, victime ou agent double, Jasmine incarne le mélange de répulsion et de fascination que le fondamentalisme religieux exerce inconsciemment sur chacun de nous.

Francis Zamponi, Le boucher de Guelma, Éd. Gallimard ( Folio policiers), 2011
Arrêté lors d’une escale en Algérie, Maurice Fabre est inculpé de génocide et crimes contre l’humanité. Ancien sous-préfet de Guelma, petite ville de l’Est algérien, il est accusé d’avoir ordonné et perpétré les tristement célèbres « massacres de Guelma » en 1945 : lors des célébrations du 8 mai, des émeutes nationalistes éclatèrent et furent réprimées dans le sang, faisant de nombreuses victimes parmi les Européens comme parmi la population musulmane.
Plus de soixante ans après ces événements, Maurice Fabre accepte de répondre à la justice algérienne et se replonge dans les heures sombres de la France coloniale. Bien embarrassé par cette arrestation au moment où les relations entre les deux pays semblent s’apaiser, le gouvernement français tente de le faire passer pour un vieillard gâteux. Mais Fabre a prévu de dévoiler toute la vérité…

Mohammed Aïssaoui, L’affaire de l’esclave Furcy, Éd. Gallimard (Folio), 2011
«Le 16 mars 2005, les archives concernant « L’affaire de l’esclave Furcy » étaient mises aux enchères, à l’hôtel Drouot. Elles relataient le plus long procès jamais intenté par un esclave à son maître, trente ans avant l’abolition de 1848. Cette centaine de documents – des lettres manuscrites, des comptes rendus d’audience, des plaidories – illustrait une période cruciale de l’Histoire.
Les archives révélaient un récit extraordinaire : celui de Furcy, un esclave âgé de trente et un ans, qui, un jour d’octobre 1817, dans l’île de la Réunion que l’on appelle alors île Bourbon, décida de se rendre au tribunal d’instance de Saint-Denis pour exiger sa liberté.
Après de multiples rebondissements, ce procès, qui a duré vingt-sept ans, a trouvé son dénouement le samedi 23 décembre 1843, à Paris.
Malgré un dossier volumineux, et des années de procédures, on ne sait presque rien de Furcy, il n’a laissé aucune trace, ou si peu. J’ai éprouvé le désir – le désir fort, impérieux – de le retrouver et de le comprendre. De l’imaginer aussi.»

Hisham Matar, Au pays des hommes, Éd. Points, 2011
Est-ce bien Baba, caché derrière des lunettes noires, qu’il a aperçu ? Suleiman est troublé : son père, que l’on dit en voyage d’affaire, a traversé la place en l’ignorant. En cet été 1979 à Tripoli, les événements lui échappent : un proche de son ami Karim est emmené violemment par des inconnus. Et que veulent ces hommes qui fouillent sa maison ? Pourquoi sa mère brûle-t-elle tous leurs livres ?
Né à New York de parents libyens, Hisham Matar a passé une partie de son enfance à Tripoli et au Caire. Au pays des hommes est son premier roman. Il a figuré dans la dernière sélection du Booker Prize.
« Un puissant roman politique et une tendre évocation des conflits humains ? l’identité, le pardon, l’amour. »
The Observer

J. M. Coetzee, L’Eté de la vie, Éd.. Points, 2011
Le célèbre écrivain J. M. Coetzee est mort. En recueillant le témoignage de ses proches, un universitaire établit sa biographie posthume. Amant indésirable, enseignant sans charisme, homme distant et peu sociable : le portrait n’est guère flatteur. En imaginant ce qu’on dirait de lui une fois disparu, John Coetzee dévoile son mal-être et une formidable méditation sur la condition humaine.
Né en 1940, J. M. Coetzee a reçu le prix Nobel de littérature en 2003. Il a écrit deux autres récits autobiographiques : Vers l’âge d’homme et Scènes de la vie d’un jeune garçon, disponibles en Points.
« Un autoportrait virtuose, qui entremêle le vrai et le faux, l’autobiographie et le roman. Magistral. »
Télérama

Abdellah Taïa, Le Jour du Roi, Éd. Points, 2011
À la vie, à la mort. Khalid et Omar, deux enfants de Salé, sont les deux moitiés d’un même fruit. Pourtant, tout les oppose. Khalid le riche, Omar le pauvre. Lorsqu’on a l’âge de courir dans les dunes jusqu’à en perdre la tête, l’argent et les différences sociales n’existent pas. Cette fragile insouciance ne résistera pas à la visite du roi Hassan II.
Abdellah Taïa est né à Salé (Maroc) en 1973. Il vit à Paris où il prépare un doctorat en lettres. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages, notamment L’Armée du salut et Une mélancolie arabe, disponibles en Points.
« Le lyrisme dépouillé d’Abdellah Taïa épouse parfaitement le tragique de la situation. »
Le Nouvel Observateur

Anouar Benmalek, Le Rapt, Éd. Livre de poche, 2011
Confronté aux violences qui secouent l’Algérie, Aziz se veut détaché et caustique, seule façon pour lui de se protéger. Mais, lorsque sa fille de quatorze ans est enlevée, il comprend que l’ironie ne lui sera d’aucun secours. Le ravisseur contacte la famille et menace sa victime du pire si la police est prévenue. De toute façon, qui aurait envie de s’en remettre aux autorités algériennes ? Aziz peut-il alors compter sur Mathieu, le beau-père de sa femme, un Français dont le passé pendant la guerre d’Algérie est plutôt trouble ?
Le souffle de la colère gonfle les pages de ce dernier roman. De la première à la cinq centième page, […] il enveloppe le lecteur, le bringuebale à travers différents temps et espaces pour le laisser groggy, l’estomac encore noué, un goût d’amertume au fond de la gorge. Et pourtant… on serait presque tenté d’en redemander. Jean-Pierre Han, L’Humanité.

Candi Miller, Le sel et le miel, Éd. J’ai lu, 2011
1958.
Alors que l’apartheid règne en Afrique du Sud, la jeune Koba, onze ans, membre d’une tribu nomade du Kalahari, assiste au meurtre de ses parents par deux chasseurs blancs. Recueillie par Marta et Deon, un couple d’Afrikaners, Koba s’adapte peu à peu à sa nouvelle vie, tout en ayant conscience qu’elle est source de conflit entre les époux, dont les opinions divergent sur l’éducation à lui donner. Mannie, leur fils, éprouve d’abord un sentiment de culpabilité à l’égard de Koba, qui n’empêche pourtant pas une amitié de naître entre eux, jetant un pont fragile par-delà les différences raciales.
Mais la réalité les rattrapera lorsque cette amitié – qui s’est au début forgée grâce au troc :  » Je te donne du sel ; tu me donnes du miel  » – se transformera en amour… Pour rédiger ce roman, comparé outre-Manche à ceux de Karen Blixen et de Nadine Gordimer, Candi Miller a passé de longues semaines dans le désert du Kalahari, à la rencontre de ses habitants, afin de s’imprégner de leur culture. Un texte dont l’écriture sensible et poétique fait ressentir le charme envoûtant de l’Afrique.

Ousmane Sembène, Le docker noir, Éd. Présence africaine, 2002
Diaw Falla,  » le docker noir « , mène à Marseille une existence misérable et précaire, mangeant d’un bol de riz, logé dans un hôtel infâme, heureux encore si le matin il a pu trouver de l’embauche. Il n’a, pour se retenir à la vie, que son amour pour Catherine, et l’espoir de devenir un grand écrivain. Le meilleur de lui-même, en effet, il l’a placé dans un roman qu’il a écrit pendant les brefs moments volés à la fatigue. Cette noble ambition l’aidera-t-elle à triompher du destin et des préjugés raciaux ? Ou le mènera-t-elle à sa perte ? Le docker noir est un long cri d’amertume où éclate un désir passionné de justice. C’est aussi un avertissement, un document de première main sur la vie des minorités noires perdues dans les grandes villes européennes.
Ousmane Sembène à écrit ce livre en 1956.

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Amos Tutuola, L’ivrogne dans la brousse, Éd. Gallimard (l’imaginaire), 2006
« Je me soûlais au vin de palme depuis l’âge de dix ans. Je n’avais rien eu d’autre à faire dans ma vie que de boire du vin de palme. » C’est sur cette fulgurante déclaration que débute le narrateur. Les 560 000 palmiers de sa plantation lui fournissaient suffisamment de vin de palme pour en boire quotidiennement plus de deux cents calebasses. Mais un jour son « malafoutier », l’homme qui lui préparait son vin de palme, tombe du haut d’un arbre et se tue. Voilà un bien grand malheur : impossible de trouver un « malafoutier » aussi expert que le défunt, et la soif se fait bien vite sentir… Le narrateur décide donc d’aller rechercher son « malafoutier » dans la Ville-des-Morts, et ce sont ses aventures dans la Brousse et le monde des Êtres Étrangers et Terribles qui constituent le sujet de ce récit écrit directement en anglais par Amos Tutuola en 1952, Yoruba de l’ancien Nigeria britannique. Raymond Queneau s’est efforcé de rendre le caractère d’« art brut » de ce conte et les « contradictions » d’un des tout premiers romans africains, publié pour la première fois en français en 1953.

Eza Boto, Ville cruelle, Éd. Présence africaine, 2001
Dans ce premier roman publié sous le pseudonyme d’Eza Boto en 1954, le lecteur découvrira, tracés avec une force qui s’accomplira exemplairement dans les œuvres postérieures, fort célèbres, de Mongo Béti, les drames d’une Afrique dominée, ceux qui opposent les humbles, les simples, les paysans, aux différents types d’exploiteurs du monde politique, économique et religieux. Cette œuvre dénonce une situation historique qui, en tant de lieux, dans ce monde, est toujours actuelle.

Merwan Chabane, Fabien Bedouel, Maurin Defrance, Fabien Nury, L’or et le sang, T2 – L’or et le sang, Éd.12 Bis, 2010
Léon Matillo et Calixte de Prampéand rejoignent Tanger à bord de leur voilier, l’Arudj, chargé d’armes. Cette cargaison sera vendue aux combattants rifains qui livrent une guerre d’indépendance aux espagnols colonisateurs. Nos deux aventuriers, trafiquants à la petite semaine, vont se retrouver piégés par un prétendu combattant qui est à la solde de l’occupant.
Une fois emprisonnés ils retrouvent Ahmed, qui doit être fusillé. Léon et Calixte prennent les choses en mains et feront évader leur compagnon. Dès lors ils deviendront des héros de guerre indépendantiste. Mais l’aventure ne fait que commencer…
L’Or et le sang a reçu un accueil très élogieux à la parution du tome 1. Nominé à Angoulême, il consacre Fabien Nury comme l’un des tous meilleurs scénaristes actuels et nous a fait découvrir trois talents en devenir… Merwan Chabane et Fabien Bedouel au dessin et Maurin de France qui est à l’origine de cette fabuleuse histoire.
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Aleksic, Bruno Falba, Antichristus, T2 – Bonaparte, Éd. Soleil Productions (Secrets Du Vatican), 2010
Le voile se lève sur le voyage de Napoléon en Égypte.
1798 ap. J.-C. Bonaparte, l’ennemi de l’Église, veut prendre Alexandrie. Mais pourquoi ? Le chevalier Achard de Bonvouloir le suit contre ses convictions. S’il a pactisé avec l’Antéchrist, c’est pour mieux déjouer ses plans. Sa quête n’est pas sans danger. Ses alliés dévoilent en Égypte leur véritable visage. Les francs-maçons sont ici. La résistance musulmane s’organise. La flotte britannique rode. Que cherchent-t-ils ? L’or des Templiers, le pouvoir ou la mémoire du monde ? C’est ce que le chevalier Achard de Bonvouloir va tenter de découvrir.

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Jean-Christophe Chauzy, Anne Barrois, Bonne arrivée à Cotonou, Éd. Dargaud, 2010
Un personnage, nommé Charles, parisien et féru d’Afrique gagne un voyage/safari au Bénin. Il arrive de plein pied dans un univers qu’il a imaginé, recrée à partir d’images stéréotypées et découvre la réalité de l’Afrique et le fossé entre l’image rêvée et la réalité. Un voyage criblé de pièges et loufoque dans un décor luxuriant et animalier.
Kùabò ! C’est ainsi que l’on est accueilli à Cotonou où la langue fon est bien plus parlée que le français qui, pourtant, a valeur de langue officielle. Kùabò ! Bonne arrivée ! Quels mots réconfortants pour le yovo (l’étranger) qui y arrive pour la première fois, surpris par la moiteur de l’air et un brin angoissé dans l’attente de découvrir, après que son avion s’est posé de nuit, à quoi ressemblent les choses lorsqu’elles sont dans la lumière du jour ! (d’autres infos sur Bodoï)

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Mathieu Sapin, Marguerite Abouet, Akissi, T1 : Attaque de chats, Éd. Gallimard Bd, 2010
Pauvre Akissi ! Les chats du quartier la poursuivent pour lui prendre son poisson, son petit singe Boubou manque de finir à la casserole avec une bonne sauce graine, et elle n’est qu’un misérable margouillat aux yeux de son grand frère Fofana… Mais il en faudrait beaucoup plus pour décourager Akissi. Car cette petite fille-là est survitaminée, une aventurière, une championne du monde de la bêtise, un piment.
«Akissi est très dynamique et le lecteur s’attache très vite à elle. Ses petites aventures, contées sous forme de bandes dessinées, son toutes aussi drôles les unes que les autres». (Lire l’intégralité de l’article sur Livres-à-lire)

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Hippolyte, L’Afrique de papa, Éd. Des Bulles Dans L’océan, 2010
«Jusqu’en 1980, Saly était un village de pêcheurs au sud de Dakar. C’est aujourd’hui le plus grand centre touristique d’Afrique de l’Ouest.
En haute saison, plus de 20 000 personnes s’y retrouvent le long des plages. Soleil, mer, golf, quad… Saly attire aussi des retraités européens. L’un d’eux est le père ­d’Hippolyte. «Elle est pas belle la vie ?» lui demande-t-il. Le fils ne répond pas : il dessine, photographie et raconte «L’Afrique de papa». L’Afrique de Papa mêle subtilement BD traditionnelle et photographies. La grande force réside dans l’alliance des deux techniques qui se font écho, apportant une vraie force au propos». (Lire l’intégralité de l’article sur Weebulle )

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Deuxième volet d’ ouvrages jeunesse édités en Afrique. La liste est loin d’être exhaustive. Une source importante est La joie par les livres et son site Takamtikou plus particulièrement centré sur l’Afrique, les Caraïbes et l’Océan Indien. Pour approfondir le sujet les liens sont à votre disposition à la fin de ce papier.

Gongo

Serge Diantantu, La Petite Djily et Mère Mamou , Éd.Diantantu Editions, 2008
Djili n’aime pas rentrer à la maison après l’école, pas plus qu’elle n’aime les vacances… Nous apprenons pourquoi : la nouvelle femme de son père la maltraite. Cette BD met en scène une situation malheureusement fréquente, d’une manière ni appuyée ni démonstrative, par le biais d’une vraie histoire conséquente et bien ficelée, avec des dialogues et des dessins très vivants, ancrés dans la réalité de Kinshasa (comme le dit l’argumentaire de vente, l’ouvrage  « illustre si fidèlement l’Afrique qu’elle en exhale même son parfum »). Cette BD a été remarquée par l’ONU et paraîtra prochainement en allemand et en anglais. Belle production : grand format, couverture cartonnée, papier glacé. Venu du cinéma à la BD parce qu’il coûte trop cher de réaliser des films, Serge Diantantu publie lui-même certains de ses ouvrages. Il est l’auteur, entre autres, de deux BD sur Simon Kimbangu.
Savoir +

Ile de la réunion

Robi, Maïté Chaveron, Elle a de qui tenir !, Éd. Océan Éditions, (Océan jeunesse), 2009
Qui n’a pas cherché, dans les traits de son enfant, un peu de soi ou de sa famille ? C’est à ce travers des adultes que l’album répond, en laissant petit à petit, au fil des pages, une place pour l’enfant et sa personnalité propre…
Sur un tel sujet, le texte pourrait aisément verser dans le mièvre : or, ce n’est pas le cas. Avec un joli rythme, une vraie présence en adéquation avec les illustrations, on découvre un album sincère et authentique ; une poésie sur les dettes familiales, qu’elles soient physiques ou psychologiques. En outre, l’alternance entre les peintures (réservées principalement aux portraits de la famille) et les croquis au crayon rose (représentant l’enfant en train de grandir) est un excellent choix graphique : il renforce la cohérence d’un texte fondé sur la comparaison des personnes et permet, au passage, une célébration du métissage.
Savoir +

Guniée

Ahmed Tidjani Cissé, Naby Yoro : Le géant de Matakan, Éd. Ganndal, 2006
Ce recueil publié à Conakry en 2006 est toujours disponible sur place et à Paris, heureusement, car il est très intéressant. Ce sont de riches récits de la Guinée maritime pour la plupart, des histoires vraies, de la vie quotidienne et du passé, entremêlées de légende. Le récit qui donne le titre au recueil se situe sur l’île de Matakan au large de Conakry. Il raconte l’histoire du géant qui vécut sur cette île et sauva les habitants de la famine ; son tombeau reçoit encore des hommages chaque premier jeudi du mois lunaire… « La vengeance du Wagadou-Bida » rapporte l’histoire de ce serpent mythique dont un jeune éphèbe coupa la tête pour sauver sa fiancée du sacrifice rituel. Cela entraîna la fin du royaume ; les survivants partirent au XIe siècle s’installer dans l’actuelle Guinée. Cinq récits et trois contes complètent le volume.
Savoir+

Bénin

Constantin Adadja, Les Trois singes : je reviendrai, Éd. Star (Prémices), 2009
Comme de nombreux enfants béninois, Gildas a été envoyé au Nigeria pour payer une dette familiale. Réduit à l’esclavage, il s’est enfui en se cachant dans un camion de gravier où il est mort étouffé. Le scénario mêle habilement récit de l’annonce de son décès aux membres de sa famille avec des flash-back sur les raisons mêmes de cette tragédie. L’alternance de points de vue permet la remontée de souvenirs différents et brosse en creux un portrait de Gildas. C’est une bande dessinée poignante, sans lourdeur en dépit d’une volonté de faire passer un message, et bien portée par le style graphique attentif aux expressions des personnages.
Savoir +

Sénégal

Sous la dir. de Nafissatou Dia Diouf, T. T. Fons, Les Petits chercheurs, Éd. Tamalys, 2008
Des scientifiques du Sénégal proposent aux enfants vingt-deux expériences, sur les plantes, la lumière, l’électricité, la mécanique, l’eau… Pour chacune, une double page : quelques phrases pour susciter l’intérêt, indications illustrées sur le matériel nécessaire (facile à trouver !) et la manière de faire, puis des explications pour aider à comprendre ce qui s’est passé ; le tout complété d’un peu de vocabulaire et d’une vignette humoristique. La table des matières indique le niveau de difficulté des expériences. Limpide, très bien conçu, ce petit ouvrage est une excellente initiation à la science par une démarche active.
En savoir + sur Nafissatou Dia Diouf

Hélène Ngone Diop, Mame Daour Wade, Moustapha Ndiaye, Des djinns de toutes les couleurs = Jinne yu mel nune, Éd. BLD, 2008
Paru en 1997 dans une édition qui regroupait trois histoires, cette nouvelle présentation du conte, seul, dans un album carré plus petit, permet de mieux en goûter la saveur. La cohabitation entre les djinns et les hommes n’est pas facile, surtout à l’heure de la sieste quand les petits êtres invisibles ne cessent leur vacarme… Un texte très court, en français et en wolof ; d’amusantes illustrations très colorées de Moustapha Ndiaye dans son style si reconnaissable que l’on a plaisir à retrouver.
En savoir +

Lamine Diemé, Bébé Amine, Éd.BLD (Tété), 2008
Quand Bébé Amine se réveille seul dans un grand lit, c’est d’abord la perplexité qui se lit dans ses yeux, bientôt relayée par l’inquiétude, pour finir par une très grosse colère. Heureusement, Maman n’est pas loin. Dans ce petit album carré, broché, aux illustrations très expressives, le récit est mené essentiellement par l’image qui joue habilement sur les cadrages. C’est le deuxième album dans la collection « Tété » de Lamine Diémé, jeune illustrateur dakarois, également auteur de courts métrages d’animation et de bandes dessinées.
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Centrafrique

Didier Kassaï, Vincent Carrière, L’Odyssée de Mongou, Éd. Les Rapides, 2008
Les adaptations en BD de grandes œuvres africaines, permettant de les faire connaître à de plus nombreux lecteurs, ne courent pas les rues… Cette BD est l’adaptation d’un roman classique de la littérature centrafricaine (disponible aux Éditions Sépia), écrit par Pierre Sammy-Mackfoy, écrivain et pédagogue, qui a dirigé à Bangui le journal pour enfants Balao. Le bédéiste centrafricain Didier Kassaï, plusieurs fois primé, a mis en images documentées, agréables et bien lisibles, la vie extraordinaire de Mongou. Ce chef bandia voit les Européens, hommes d’armes et d’Église, arriver pour la première fois dans son village et en changer le destin, puis aide au recrutement des Tirailleurs et découvre la France…  Une histoire collective et personnelle simplement « montrée », sans que des jugements de valeur interviennent.

Ile Maurice

Gabrielle Wiehe, Sirandann :Petites devinettes = Small Guessing Games, Éd. Vizavi, 2009
Ce livre de devinettes trilingue (créole, français, anglais) est un hommage rendu à la culture de l’océan Indien et au célèbre jeu des sirandanes partagé par toutes les générations. Natacha Appanah, dans la préface de l’album, donne des sirandanes une belle définition, subtile et complexe : « les sirandanes ne sont pas que des devinettes. Cette joute orale en langue créole faite d’énigmes est un « ouvre-l’œil » sur ce qui nous entoure. C’est une manière de dire le monde, de lui enlever son masque de tous les jours, et de le surprendre ». Un exemple de ces joutes poétiques ? Qui est la demoiselle qui nous suit partout et que l’on ne peut jamais embrasser ? L’ombre, bien sûr… Gabrielle Wiehe met tout son talent à servir la poésie de ces sirandanes en proposant des collages, à partir de papiers très divers, qu’elle recouvre à l’acrylique, au pastel, ou encore, au fusain. On sent une véritable profondeur de l’image, nimbée de mystère, qui vient soutenir un texte aux multiples entrées de sens…
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Madagascar

Jeanne Ralimahenintsoa, Dominique Chelot, Ridha Andriatomanga, Paul Razafindraibe, ABDlire, Éd. jeunes malgaches, 2007
Abécédaire bilingue français/malgache pour les enfants en classe de maternelle qui découvrent les rapports entre les lettres et les images. Chaque page est présentée sans commentaire pour laisser les enfants libres dans l’interprétation des images. La photographie a été utilisée pour les illustrations.
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Cyprienne TOAZARA, Soza le pêcheur, Éd. jeunes malgaches, 2007
La pirogue de Soza n’ a pas su franchir la barrière de corail et le pêcheur de langouste fait naufrage. Pourtant, il reviendra chez lui, pour le bonheur et la paix de tous. C’est le retour du justicier en terre du Sud.
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Mali

Modibo Keita, Svetlana Amegankpoe, L’épopée de Soundjata, Éd. Donniya, 2005
Inspirée de la tradition orale malinké, l’histoire de Soundjata Keita, courageux fondateur de l’empire du Mali, est magnifiquement représentée par les illustrations de Svetlana Amegankpoe.
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Aïda Mady Diallo, Ibrahima Aya, Ali Zoromé, Awa et Adama à Wadakédji, Éd. Tombouctou (Awa et Adama), 2009
Saluons la création d’une nouvelle maison d’édition malienne, dirigée par Aïda Diallo et Ibrahima Aya, auteurs engagés en faveur de la lecture des jeunes. Voici le premier titre de leur collection de bandes dessinées documentaires qui prévoit la découverte de diverses régions du Mali, tenant compte des souhaits de leurs habitants, à travers les voyages des jumeaux Awa et Adama. Il s’agit ici de Wadakédji. Chaque étape de ce voyage des enfants est l’occasion d’une découverte des particularités de la région et aussi l’occasion d’aborder des thèmes plus généraux comme l’importance d’inscrire ses enfants à l’état civil ou de voter, la culture du karité…

Guinée Bissao

Teresa Montenegro, Kriol Ten, Ku Si Mon Editora, 2007
Livre écrit en portuguais et non traduit, mais cela ne devrait pas poser de problème aux francophones : « O vivo sabor do crioulo guineense falado através de termos, expressões, provérbios, com traduções em português. Fugindo à ordem alfabética, a apresentação é feita em vinte e um campos semânticos entre os quais o mundo, os animais, o corpo, o intelecto, os sentimentos, o carácter, a vontade, o parentesco, as viagens ».
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Coédition

Béatrice Lalinon Gbado, Mamadou Wolid Niang, Ousseynou Sakho, Abdoulaye Seck, Ibrahima Dia, Chérif Diop, Maman, éditions Ruisseaux d’Afrique (Bénin), Mokand’Art (Congo Brazzaville), BLD (Sénégal), Éburnie (Côte d’Ivoire) et Sankofa & Gurli (Burkina Faso), 2006
Une magnifique coédition panafricaine en jeunesse : Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Sénégal, Congo Brazzaville. Ce texte poétique, écrit par Béatrice Lalinon Gbado, est un véritable hommage à la femme, un long poème magnifiquement illustré par plusieurs artistes sénégalais travaillant la technique du « sous-verre ».

Pour être (beaucoup) plus complet il faut évidement faire un grand tour sur le site takamtikou et notamment sur la Bibliographie de l’Afrique – mars 2010 et la Bibliographie de l’océan Indien – mars 2010
Il y a aussi d’autres ouvrages sur le site de l’alliance internationale des éditeurs indépendants où l’on trouve une bibliographie que j’avais déjà présentée sur opoto et qui est plus que jamais
d’actualité.

Ahmadou Kourouma, Les soleils des indépendances, Éd. Seuil (Points), 2006
Quel sera le sort de Fama, authentique prince malinké, aux temps de l’indépendance et du parti unique ? L’ancien et le nouveau s’affrontent en un duel tout à la fois tragique et dérisoire, tandis que passe l’histoire, avec son cortège de joies et de souffrances.
Au-delà de la fable politique, Ahmadou Kourouma restitue comme nul autre toute la profondeur de la vie africaine, mêlant le quotidien et le mythe dans une langue réinventée au plus près de la condition humaine. Dès sa parution en 1970, ce livre s’est imposé comme un des grands classiques de la littérature africaine.
En savoir + avec Africulture

Ousmane Sembène, Les bouts de bois de dieu, Éd. Pocket (n° 871), 2002
Ce roman, qui se déroule du Sénégal au Soudan (le Mali d’aujourd’hui), s’inspire de faits réels: la grève des cheminots du « Dakar-Niger », ces ouvriers noirs qui, entre eux, s’appellent les « Bouts de bois de Dieu ». Ils veulent conserver les traditions, les lois du clan, les coutumes, mais le progrès – implacable – les pousse. Au long de la ligne de chemin de fer, d’innombrables personnages se croisent et se rejoignent : les Africains qui, tant que dure la grève, ont peur, peur du long silence des machines, et, surpris par ce mouvement, les Européens qui s’appliquent à conserver le prestige de la vieille Afrique. Mais au coeur de ces voix discordantes, de ces âmes déchirées, s’élève un amour de l’homme d’autant plus bouleversant qu’il est lucide. Respecter l’homme n’est pas chose aisée…
En savoir + avec Encres noires

Yambo Ouologuem, Le Devoir de violence, Éd. Le serpent à plumes, 2003
Nos yeux boivent l’éclat du soleil, et, vaincus, s’étonnent de pleurer, Maschallah ! oua bismillah !….
Un récit de l’aventure sanglante de la négraille – honte aux hommes de rien ! – tiendrait aisément dans la moitié de ce siècle ; mais la véritable histoire des Nègres commence beaucoup, beaucoup plus tôt, avec les Saïfs, en l’an 1202 de notre ère, dans l’empire africain de Nakem, au sud du Fezzan, bien après les conquêtes d’Okba ben Nafi et Fitri. Censuré en France depuis plus de trente ans, étudié dans le monde entier, briseur de tabous, Le Devoir de violence est une œuvre puissante et unique, un roman-culte du continent africain.
Vaste saga historique, il retrace, depuis le XIIIe siècle, la geste des Saïfs, conquérants et maîtres du mythique empire Nakem. Fabuleux prosateur de tous les excès et de tous les crimes, Yambo Ouologuem dit les complexités de l’Histoire de l’Afrique où l’esclavage et la colonisation sont même antérieurs à l’arrivée des Européens qui ne firent peut-être que reprendre à leur compte et en l’amplifiant dramatiquement un système fou qui existait déjà.
Le Devoir de violence a reçu le Prix Renaudot en 1968.  » C’est un brûlot, magnifiquement écrit, une attaque directe et féroce de l’impérialisme et du colonialisme.  » Valérie Thorin, Jeune Afrique
En savoir + avec Le Monde Diplomatique

Mongo Beti, Remember Ruben, Éd.Le serpent à plume, 2001
Mor-Zamba était un enfant sans racines lorsqu’il arriva à Ekoumdoum. Et la peine qu’il eut à se faire adopter par le village témoigna que l’époque basculait dans un monde nouveau, aux règles brouillées par la colonisation. Raflé par les Blancs avec des milliers d’autres, il découvre Fort-Nègre, l’immense ville coloniale, et son pendant noir, Kola-Kola, fabuleux bidonville où il participera à la lutte contre l’occupant blanc. Dans ce roman majeur de la littérature africaine, Mongo Beti, romancier féroce, conte avec ferveur les bouleversements de l’Afrique à la veille des Indépendances.
En savoir + avec Bernard Magnier

Henri Lopes, Le pleurer-rire, Éd. Présence Africaine, 2003
Le Pleurer-Rire est dominé par tonton Hannibal-Ideloy Bwakamabé Na Sakkadé.
Ancien baroudeur devenu Président de la République à la faveur d’un coup d’Etat, il exerce un pouvoir illimité. A travers ce roman, c’est le problème du pouvoir et du contre-pouvoir qui est posé dans toute son ampleur. La violence verbale qui perce au détour de chaque page n’a d’égal que le tragique des situations et des événements qui y sont décrits. Œuvre forte et dense, complexe et lucide, Le Pleurer-Rire fonde son originalité sur sa structure polyphonique, son rythme varié et sa charge d’ironie et d’humour qui justifie son titre.
Mêlant grâce et trivialité, fiction et réalité, citations et parodie, il tente de renouveler l’écriture romanesque qui devient, ici, le lieu où diverses formes de langage s’engendrent les unes les autres, se répondent, s’entrecroisent, s’éclairent, ou se heurtent et finalement s’enchaînent dans un mouvement continu.
En savoir + avec Afrology

Abasse Ndione, Ramata, Éd. Gallimard (La noire), 2000
 » Elle était un de ces très rares êtres dont le bon Dieu avait pris un soin particulièrement méticuleux pour façonner leur moule et faire de leur physique, en tout point, une œuvre parfaite.
Elle n’était ni grande ni petite, ni maigre ni grosse, son teint n’était ni clair ni sombre, et son visage était aussi agréable et apaisant à contempler qu’un clair de lune en pleine forêt, un lever de soleil en haute montagne ou son coucher dans une mer tranquille […]. Impossible à un homme normalement constitué, saint comme mécréant, de la voir, de devant comme de derrière, sans avoir des idées lubriques dans la tête.
Elle était belle, très belle, plus belle même que Gina Lollobrigida. Et elle le savait.  » Belle, Ramata l’est sans conteste ni rivale. D’où vient alors qu’elle soit aussi mauvaise, querelleuse, vaniteuse et infidèle ? D’où vient, en fait, que cette femme superbe, riche et adulée, soit aussi malheureuse ? Ramata est une étonnante tragédie moderne inscrite dans un pays (le Sénégal) en quête de sa modernité.
C’est aussi le portrait magnifique d’une femme et de la douleur qui la ronge. C’est surtout la confirmation de l’étonnante force littéraire du nouveau roman africain.

John le Carré, La constance du jardinier, Éd. Seuil, 2001
Tessa Quayle, jeune et belle avocate anglaise, a été sauvagement assassinée près du lac Turkana dans le nord du Kenya.
Son compagnon de voyage et amant supposé, médecin africain dune organisation humanitaire, a disparu sans laisser de trace. Justin, l’époux de Tessa, diplomate de carrière au haut-commissariat britannique de Nairobi et jardinier amateur, se lance dans une quête solitaire à la recherche des tueurs et de leur mobile. Sa quête l’entraîne à Londres, puis à travers l’Europe et au Canada, pour le ramener en Afrique jusqu’au Sud-Soudan et se terminer sur les lieux mêmes du crime.
Une odyssée pleine de violence et de fureur où se trament les sombres machinations de multinationales pharmaceutiques, où se nouent d’étranges alliances politiques. Et tandis que s’éveille la conscience de Justin, tandis qu’il se rallie à la cause de Tessa, allant jusqu’à achever la mission qu’elle s’était assignée, sa plus grande révélation sera la découverte de cette femme qu’il n’a guère eu le temps d’aimer.
La Constance du jardinier mêle l’histoire bouleversante d’un homme grandi par la tragédie et l’impitoyable exploration de la face cachée de la mondialisation par l’un des romanciers les plus incisifs de notre époque.

Deon Meyer, Les soldats de l’aube, Éd. Seuil (Seuil Policiers), 2002
Zet van Heerden que ses parents ont prénommé Zatopek en hommage à un célèbre athlète tchèque, n’est pas au mieux de sa forme. À l’image de son pays où les conséquences de l’apartheid se font toujours cruellement sentir et où la commission “Vérité et Réconciliation” a de quoi faire pour rétablir un semblant d’harmonie dans une population déchirée par les luttes raciales. L’enquête que mène Zet, ex-policier reconverti en détective, sur un homme torturé et abattu d’une balle de M16, va révéler l’implication des services secrets sud-africains aux côtés des Américains dans la guerre d’Angola, au cours des années 1970, et provoquer une bataille rangée entre mafia, police et forces spéciales. Quand la culpabilité est l’affaire, non d’un individu, mais de tout un pays, le roman policier y prend une dimension nouvelle et passionnante.

Alexander Mc Call Smith, Les enquêtes de Mma Ramotswe : Les larmes de la girafe, Éd. 10/18 (Grands Detectives, numéro 3574), 2003
Depuis qu’elle a ouvert la première agence de détectives au féminin du Botswana, la trés pulpeuse Mma Ramotswe a trouvé le bonheur…
D’autant qu’entre deux enquêtes à mener, elle doit penser à son prochain mariage avec le plus courtois et le plus généreux des hommes,Mr.J.L.B Matekoni. Se méfiera-t-elle assez de la bonne acariâtre ? Regretterra-t-elle la promotion de Mma Makutsi au poste d’assistante-détective? Se remettra -t-elle de ses soudaines responsabilités de mère de famille ? En tout cas, elle réussira à rendre le sourire à une mère qui l’avait perdu depuis dix ans…

Henning Mankell, La lionne blanche, Éd. Seuil (Seuil Policiers), 2004
Avril 1992. En Scanie, Louise Åkerblom, se retrouve sur un chemin qu’elle n’aurait jamais dû emprunter : un homme l’abat froidement d’une balle en plein front. Peu auparavant, en Afrique du Sud, le tueur professionnel Victor Mabasha, se voit confier une mission inespérée. Ses commanditaires sont des Blancs, comme d’habitude. Mais cette fois, des Afrikaners haut placés, opérant au cœur des services secrets sud-africains.
Quelques jours plus tard, le corps de Louise est retrouvé au fond d’un puits, à Skurup, aux environs d’Ystad, par Wallander et son équipe qui enquêtaient déjà sur sa disparition. Mais le passé de la victime est désespérément sans histoire. Pas le moindre indice.
Quelques jours plus tard, une maison explose à Skurup. Des débris de radio sophistiquée, de revolver et le doigt sectionné d’un homme noir sont retrouvés dans les décombres.
Le point de départ ici pour Henning Mankell est pourtant une tentative d’assassinat contre Mandela, peu après sa libération, par des Afrikaners extrémistes. Chargé d’enquêter sur la disparition d’une mère de famille exécutée par un ex-agent du KGB, lequel entraînait en Suède le tueur noir à la solde des fascistes blancs, Wallander est habilement introduit par son créateur dans le climat politique confus de l’Afrique du Sud.

Pepetela, Jaime Bunda, agent secret, Éd. Buchet-Chastel, 2005
Jaime Bunda, dit Popotin à cause de son impressionnant derrière, a été casé par son cousin au Bunker, siège des services secrets angolais. Depuis plus d’un an, ledit derrière vissé à une chaise, il s’ennuie… jusqu’au jour où son chef lui confie une mission – retrouver l’assassin d’une gamine de quatorze ans, tuée après avoir été prise en stop par un inconnu roulant dans une luxueuse voiture noire. Tandis que ses méthodes pour le moins loufoques sèment la consternation au Bunker, Jaime Popotin se retrouve sur la piste du mystérieux T, également appelé le  » pagre fumé  » – un gros poisson, donc, de mèche avec un certain Saïd Bencherif, escroc libanais entré clandestinement dans le pays… Quand Pepetela, l’auteur phare de la littérature angolaise, s’attaque au roman policier, c’est toute la société qui est radiographiée avec une verve, une truculence et une autodérision réjouissantes.

Pierre Cherruau, Claude Leblanc, Ballon noir, Éd. L’ecailler (Speciales, n° 21), 2006
Un jeune et brillant joueur de football africain doit être transféré d’un club européen à un club japonais. Mais il disparaît pendant le voyage…
Menée parallèlement au Japon par un flic à la retraite ami du directeur de club de Niigata et en Afrique par une détective privée sénégalaise qui va filer du mauvais coton dans les dangereuses provinces du Nigeria, l’enquête sur la disparition de Emeka Uche le donne pour mort. Mais c’est sans compter sur les talents de trompe-la-mort de la belle Mme Diop et sans l’intelligence et les déductions du détective Kishimoto.
Dans un monde du foot qui n’est guère épargné par les affaires (dopage, corruption, magouilles diverses) et alors que va s’ouvrir la grand’messe de la Coupe du Monde, ce roman arrive à point nommé pour donner au lecteur un angle de vue à la fois réaliste et romanesque concernant les vérités du football-business.

Amid Lartane, L’envol du faucon vert, Éd. A.m. Metailie (Metailie Noir), 2007
Dans les années 1990, le jeune Oulmène, fils d’un notable du régime algérien et cancre notoire, rêve de créer une banque privée et une compagnie aérienne. Il n’a pas de capitaux, mais son projet délirant va curieusement rejoindre ceux, beaucoup moins naïfs, des plus hautes sphères des « décideurs de l’ombre » qui contrôlent le pouvoir à Alger Dès lors, une machine implacable se met en branle.
Oulmène réalisera son rêve, sans toujours comprendre le rôle qu’on lui fait jouer dans un univers glauque aux acteurs étranges : intermédiaires douteux, banquiers véreux ou hon­nêtes, islamistes manipulateurs ou manipulés, généraux tireurs de ficelles et assassins sans scrupules.
Un roman noir librement inspiré d’une affaire qui a défrayé la chronique en France en 2002 et 2003, avant de se solder par l’un des plus grands scandales financiers de l’Algérie d’au­jourd’hui.
Écrit par un initié des sombres arcanes du pouvoir algérois, ce livre nous emmène à la découverte d’un pays étrange, où la vérité ne se découvre pas, mais s’invente…

Laurence Gavron, Boy Dakar, Éd. Le Masque (Masque Grd Format), 2008
Mayekoor, un Boy Dakar typique, tombe sous la coupe du marabout mouride Serigne Mustapha Koddu et se convertit à l’Islam. Sa sœur et sa petite amie, inquiètes de le savoir sous l’influence d’un gourou veulent à tout prix le faire revenir à la raison. Désespérées, elles finissent par demander de l’aide à Pa’ Djéli, le meilleur féticheur de la ville. L’homme est retrouvé mort quelques jours plus tard, des épines de porc-épic plantées dans le cœur. Jules, le brigadier chargé de l’enquête, nous entraîne alors dans le Dakar des trafics et des gargotes où se retrouvent petits truands et musiciens capverdiens. Bientôt plongé dans une intrigue où se mêlent politique, religion et croyances diverses, Jules part à la recherche de Ken Bugul, une jeune mendiante muette à la beauté stupéfiante.

Christian Roux, Kadogos, Éd. Rivages (Rivages Noir, numéro 749), 2009
« Kadogos », c’est comme cela qu’on appelle les enfants-soldats au Congo. De loin, ça fait peur; mais quand ils débarquent dans le coin de Rambouillet, armés et décidés à se venger, cela fait carrément tout drôle. Rajoutez qu’ils s’appellent Cobra le Dur, Giap, La Mort dans les Yeux ou Zig la Folle, on commence à se douter que le pire n’est pas loin! Mais ce ne sont pas les seuls personnages étonnants du dernier roman de Christian Roux. Marnie, par exemple, elle a été éduquée par son père pour devenir la meilleure tueuse à gages du monde. Maintenant qu’elle a rompu avec lui, elle se contente de pratiquer des euthanasies quasiment incontestables… Et un jour, en plus, elle rencontre l’amour!
Eustache, lui, est flic; on le connaît car, à la fin de Placards (précédent roman de Christian Roux, qui ressort bientôt en Folio policier), c’est lui qui a délivré puis recueilli Tony, un gamin martyrisé devenu autiste. Et c’est pas simple à gérer quand on mène l’enquête sur des meurtres particulièrement abjects.
On commence à voir se dessiner l’univers de Christian Roux, où les médecins de cliniques très privées ou certains flics de services très spéciaux sont tout sauf très clairs.
Tous ces personnages vont converger dans une de ces histoires d’amour, de mœurs et de mort qui permettent à Christian Roux de décrire le monde qui l’entoure, qui nous entoure. Avec son interrogation permanente sur la violence infligée aux plus faibles, qu’ils soient victimes de meurtres, d’abus sexuels ou de guerres qui les dépassent. (Présentation de Stéphane Bernard de la librairie La Réserve)

Florent Couao-Zotti, Si la cour du mouton est sale, ce n’est pas au cochon de le dire, Éd. Le serpent à plumes (serpent noir), 2010
Il y a d’abord une miss, belle et longiligne, qu’on retrouve mutilée sur la berge de Cotonou. Il y a ensuite une autre galante, tout aussi irrésistible, qui vient proposer à un homme d’affaires libanais d’échanger de l’argent contre une valise de cocaïne. Il y a enfin un détective privé, contacté par une troisième chérie, qui voudrait un acquéreur pour la même poussière d’ange.
Par-dessus le marché, deux flics de la Brigade des Stupéfiants sont prêts à bousculer les habitudes établies dans la hiérarchie. Ils refusent de faire ami-ami avec les trafiquants et s’engagent dans une course-poursuite contre le principal suspect : Smaïn, l’homme d’affaires.
Mais les nuits à Cotonou ont de multiples saveurs, qu’elles proviennent des fantômes teigneux, des amazones ou des populations elles-mêmes. Des gens qui aiment se rendre justice et charcuter au couteau tous ceux qui, dans leurs quartiers, sont surpris en flagrant délit de « pagaille nocturne ». Pour eux, personne ne peut leur donner de leçon : si la cour du mouton est sale, ce n’est pas au porc de le dire !

Petina Gappah, Les racines déchirées, Éd. Plon (Feux Croisés), 2010
Une femme assiste à l’enterrement sous les drapeaux de son mari, mais elle sait que le cercueil est vide et que l’éloge funèbre est une mascarade. Des enfants courent entre des maisons de fortune où s’échangent ragots quotidiens et croyances éternelles. Une jeune fille épouse un homme dont les précédentes fiancées ont toutes été emportées par la « grande maladie au nom court ». D’autres s’envolent vers l’Europe et oublient la famille restée au pays. Terre de paradoxes, le Zimbabwe apparaît ici dans toute son ironie, celle d’un pays où le pain vaut des millions et la vie à peine quelques centimes, celle d’un régime absurde et terrible, d’un peuple pris en otage entre ses traditions et la tentation de l’Occident.
Dans une langue limpide et puissante, pleine d’humour et de tendresse, d’ironie et de tourment, Petina Gappah déploie avec talent l’un des charmes tragiques de l’Afrique : la volonté de rire de la vie, de peur d’en pleurer.
En savoir + : Le blog de Pepita Gappah (en anglais)

Fatou Diome, Le vieil homme sur la barque, Éd. Naive (Livres D’heures), 2010
« Nous habitions une île, vivions de la mer. Sobriété d’une vie de campagne, les journées passaient, lentes, dédoublées, aussi semblables que des jumelles habillées de la même cotonnade rêche. La luxuriance, c’était la poudre d’or rouge qui maquille les crépuscules. Marée haute, marée basse ! Même quand les humeurs fluctuaient, on n’en faisait qu’une affaire de lune. On préférait l’analyse des courants marins à celle des états d’âme. » Fatou Diome rend un très bel hommage au « grand homme » de son enfance : décrivant ses premières années sur l’île de Niodor, au Sénégal, elle ressuscite ses souvenirs de sorties en mer sur la barque de son grand-père, souvenirs enchantés de navigations qui donnèrent lieux à des échanges mémorables, et à des récits fabuleux… Des années plus tard, l’auteur découvre grâce au célèbre roman d’Hemingway, Le vieil homme et la mer, le récit précis de ce que fut la vie de son grand-père… et découvre alors «le courage, la volonté, l’abnégation et la dignité» de cet homme qui souffrait sans n’en rien laisser paraître. L’évocation sensible de cette relation entre une petite fille et son grand-père est aussi un éloge de la littérature, qui rend «toutes les frontières poreuses», permettant à la petite sénégalaise devenue grande de découvrir, par les mots d’un écrivain américain, les secrets de celui qu’elle croyait si bien connaître… L’occasion de véritables « retrouvailles » avec son grand-père. Des retrouvailles sans fin, puisque, dit-elle, « quelle que soit la houle, je sais que mon grand-père ne me quittera jamais. Hemingway non plus ». Le célèbre dessinateur Titouan Lamazou met son art et ses couleurs au service du récit tendre et délicat de Fatou Diome.

Kettly Mars, Saisons sauvages, Éd. Mercure De France, 2010
Port-au-Prince, années 1960 : Duvalier et ses tontons macoutes éliminent systématiquement les opposants au régime.
Daniel Leroy, rédacteur en chef du principal journal d’opposition, vient d’être enlevé. Pour obtenir de ses nouvelles, son épouse Nirvah se rend chez le secrétaire d’État à la Sécurité publique, Raoul Vincent. Le redoutable chef de la police est subjugué : pour assurer la survie de son époux et protéger sa famille, Nirvah se soumet au désir du fonctionnaire. Devenir la maîtresse officielle d’un homme fort du régime n’a pas que des désagréments. Encore faut-il supporter le regard inquisiteur des voisins et les questions muettes de ses propres enfants…
Kettly Mars décrit une période charnière et douloureuse de l’histoire d’Haïti et tisse ensemble deux histoires : l’intime – le destin de Nirvah et de sa famille -, et l’universelle – le régime politique dictatorial de Duvalier et ses exactions.
En savoir + : L’interviou de Kettly Mars sur RFI

Niq Mhlongo, After tears, Éd. Yago, 2010
Novembre 1999. Un mois avant l’An  2000. Un nouveau millénaire s’annonce pour une nouvelle Afrique du Sud. Mais tout n’est pas rose malgré la fin de l’apartheid. Après quatre années d’études, Bafana vient de rater ses examens d’avocat. Il revient à Soweto, le cœur lourd. Incapable de décevoir les siens, qui placent tous leurs espoirs en lui, il est entraîné dans l’engrenage du mensonge. Jusqu’où ira celui que tout le township surnomme désormais ‘Avo’ ? Doit-il avouer son échec et décevoir les attentes ou préserver les apparences en continuant à mentir ?
Niq Mlhongo brosse le portrait haut en couleur d’une société en plein bouleversement, campe une galerie de personnages truculents, joyeux, violents et exaspérés, et jette une lumière tragi-comique sur les difficultés de la vie dans le township.
En savoir +

Albert Russo, Et il y eut David-Kanza, un exil africain, Éd. Ginkgo, 2010
De Rhodes et de la Rhodésie, au Congo belge. Roman à trois voix, « Exils africains » évoque de manière saisissante l’univers colonial tel que le vivent les trois protagonistes.
Sandro Romano-Livi, le juif italien, qui quitta son île méditerranéenne, à destination du Congo belge et qui nous entraîne dans la région du Katanga et des Grands Lacs à la découverte de cette Afrique coloniale et de ses populations.
Florence Simpson, sa fiancée anglicane, ayant grandi en Rhodésie du Sud (le Zimbabwe d’aujourd’hui). Elle nous parle de son enfance et de son mariage avec Sandro, de la naissance de leurs deux filles, Astrid et Dalia. Mais aussi de leur nouvelle vie en Italie après les sanglants événements survenus au Congo, après l’Indépendance.
Elle et son mari auront ainsi vécu un double exil.
Enfin, la parole est donnée à David-Kanza (Daviko), l’enfant métis que le meilleur ami de Sandro a eu avec une Congolaise, et que Sandro adoptera.
Chacune de ces voix, avec délicatesse mais réalisme nous livre sa vision de l’Afrique coloniale et nous questionne sur les blessures de l’exil.
Lire les 50 premières pages

Rachid Boudjedra, Les figuiers de Barbarie, Éd. Grasset, 2010

Deux hommes se retrouvent côte à côte dans le vol Alger-Constantine. A dix mille mètres d’altitude et en moins de soixante minutes, c’est leur destin, et celui de tout un pays à travers le leur, qui va se jouer au fil de la conversation et des réminiscences. Ils sont unis par de vagues liens de parenté, par l’expérience commune et traumatisante de la guerre d’Algérie, mais aussi par le souvenir d’un été torride de leur adolescence, épisode dont jamais ils n’ont reparlé mais qui symbolise la jeunesse perdue de leur pays. C’est toute l’histoire de l’Algérie, depuis la conquête française jusqu’à l’indépendance et ses ratages – de l’enfance dorée et sensuelle aux horreurs de la torture coloniale, des luttes fratricides et du terrorisme des années 1990 -, qui défile dans Les figuiers de Barbarie, emblèmes d’une Algérie sereine dont les deux protagonistes ne cessent de rêver. Avec ce texte habité de bruit et de fureur, élégiaque et épique, politique et intimiste, Rachid Boudjedra nous donne son grand roman sur l’Algérie.
Lire un extrait

Boubacar Boris Diop, Le cavalier est son ombre, Éd. P. Rey, 2010
Dans une petite ville, un voyageur solitaire attend une embarcation : quelque part au-delà du fleuve, Khadidja, celle qu’il a aimée autrefois, lutte sans doute contre la mort. Pendant trois journées d’attente, l’homme chemine dans sa propre mémoire : sa rencontre avec la jeune femme dans cette lointaine ville européenne, leur vie commune en Afrique, la déchéance et les humiliations. Où trouver, dans les décombres du passé, « quelque chose qui ressemble à un commencement » ? Peut-être dans cet étrange emploi accepté par Khadidja, à bout de misère : s’asseoir chaque jour devant une porte ouverte sur l’obscur, et parler à un être invisible, imaginer sans relâche de nouvelles fables et l’identité de leur destinataire, jusqu’à sombrer dans la folie et disparaître. Le Cavalier et son ombre est tissé des récits de Khadidja et du narrateur, tantôt réalistes tantôt oniriques, toujours porteurs du malheur d’un continent étranglé par tant de désastres. Pourtant, la quête du salut demeure, symbolisée par cet enfant mythique revenant de conte en conte et qui « n’a eu le temps ni de vivre ni de mourir ». Roman lyrique et grave, Le Cavalier et son ombre dit superbement la déchirure de l’écrivain africain, qui ne sait si ses textes s’adressent à l’abîme ou à des êtres de chair et de sang.
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Nimrod, L’or des rivières, Éd. Actes Sud, 2010
Revenant au pays comme chaque année pour visiter sa mère, Nimrod emprunte aux premières lueurs de l’aube les ruelles ocre de son quartier d’antan. Par-delà les années la vieille dame n’a pas bougé, et pour son fils exilé, voyageur lettré de passage en ce monde dont elle préserve l’intemporelle réalité, un sentiment soudain se précise : “C’est ma mère qui invente ce pays. Comme j’ai mis longtemps pour formuler cette idée. Elle est si simple pourtant. Dépouillé depuis toujours de la moindre de mes richesses, surtout lorsque j’ai eu dix-neuf ans – qui est l’âge de la guerre civile –, le pays ne cesse de me piller. Ma mère incarne ce dénuement. Aux poètes tchadiens – présents et à venir – je dédie cette parcelle de nudité que même la fraîcheur matinale dédaigne désormais. Il faut beaucoup d’imagination pour lui trouver un attribut maternel. C’est mon rôle à moi qui suis poète. Ma mère invente le Tchad.”
A partir de ce subtil hommage, Nimrod déploie, dans une succession de tableaux, des récits dans lesquels il réenchante les bonheurs passés, évoque les rares moments de partage avec son père, grand absent de sa vie, et revient aux origines de son tempérament contemplatif, comme si dans l’enfance il percevait déjà l’inévitable départ et dès lors s’efforçait de préserver en lui un refuge aux dimensions de l’univers : la poésie est fille de mémoire.

Emmanuel Dongala, Photo de groupe au bord du fleuve, Éd. Actes Sud, 2010
Après huit ans de mutisme, Emmanuel Dongala brise le silence. Pour son cinquième roman, l’auteur de Jazz et vin de palme et de Johnny chien méchant revisite une fois de plus son Congo natal et se fait cette fois-ci l’avocat des femmes.
Confrontées à une terrible injustice sociale, des femmes congolaises se mobilisent pour faire valoir leurs droits. Commencent alors une lutte exemplaire, politique et sociale, une quête du bonheur et un regain d’espoir au sein de leur famille et de leur couple.
Quatorze femmes concassent des blocs de pierre et remplissent des sacs de gravier à longueur de journée. Parmi elles, Ya Moukietou, la grande sœur qui n’hésite pas à affronter les hommes, Mâ Bileko, une ancienne femme d’affaires ruinée par sa belle-famille ; Laurentine, la plus coquette ou Mama Mayolo, qui d’un regard peut clouer sur place un gendarme. De ce travail harassant et dangereux, elles ne survivent qu’à peine mais y puisent l’espoir d’un avenir meilleur pour leurs enfants. Achetés par des hommes dominateurs et méprisants, les sacs de graviers sont revendus trois fois leur prix de vente jusqu’au jour où la demande suscitée par de grands travaux devient si forte que le bénéfice monte en flèche sans que les femmes n’y trouvent la moindre compensation. Alertées, le groupe de travailleuses décident de protester, elles refusent de vendre leurs sacs de gravier, s’apprêtent à faire valoir leurs droits. Commence alors un long combat les propulsant au devant de la scène politique, les confrontant pour la première fois à des situations qu’elles ne maîtrisent pas totalement et qui révèlent rapidement leurs faiblesses, transcendées par une solidarité exemplaire. Derrière cette extraordinaire galerie de portraits féminins, ce livre est une virulente dénonciation du comportement masculin, des dérives et des compromissions du pouvoir. Racontant cette histoire en créant un jeu de distance puis de proximité avec ses personnages, Emmanuel Dongala signe ici un roman lumineux éclairant d’optimisme et d’humour une Afrique où l’avenir politique et social de la femme est souvent illusoire.
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Nuruddin Farah, Exils, Éd. Serpent à Plumes, 2010
Après vingt ans d’exil à New York, Jeebleh décide de retourner en Somalie, son pays. Au programme : trouver la tombe de sa mère et aider son ami d’enfance Bile à récupérer Raasta, sa fille enlevée. Mais quand il débarque à Mogadiscio, Jeebleh se rend compte que la situation a radicalement empiré.
Les clans ont divisé le pays, les adolescents prennent les gens pour des cibles et les Américains ont la gâchette facile. La tâche de Jeebleh est complexe, d’autant qu’on se méfie de lui. A quel clan appartient-il aujourd’hui ?
Dans ce monde chaotique où rien et personne n’est ce qu’il paraît, où chaque mot peut être une bombe, la petite Raasta, nommée la Protégée, représente l’espoir. Ses mots, sa présence sont le seul réconfort de ce peuple de vautours gouverné par la peur.
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Nafissatou Dia Diouf , Boubacar Boris Diop , Khadi Hane , Ken Bugul , Aminata Sow Fall, Nouvelles du Sénégal, Éd. Magelan et Cie (Miniatures), 2010
L’histoire du Sénégal, ou en tout cas de cette partie de l’Afrique de l’Ouest, ne commence pas avec les Indépendances : sa préhistoire, la longue et riche histoire de ses royaumes, sont en grande partie dans le précieux patrimoine que constituent ses langues et leur mémoire que sont le diola, le malinké, le pular, le peul, le sérère, le soninké ou le wolof. Le français s’est imposé comme langue nationale après deux siècles de colonisation. C’est la langue de la plupart des écrivains sénégalais aujourd’hui, même si certains, tel Boubacar Boris Diop, ont aussi écrit en wolof. Outre l’importance de Léopold Sédar Senghor, de Cheikh Hamidou Kane ou de Sembene Ousmane, une autre spécificité de la littérature sénégalaise est la place qu’y occupent les femmes : Mariama Bâ, Aminata Sow Fall, Fatou Diome, Ken Bugul, Khadi Hane, Nafissatou Dia Diouf. Francophone et féminine, telle se présente la littérature sénégalaise, consciente de son passé, attachée à des traditions multiséculaires, mais aussi moderne, ouverte sur le monde, sur le reste de l’Afrique, sur le monde arabe et sur l’Europe, tout en nouant de subtils liens avec les Amériques du Nord et du Sud où vivent tant de descendants du commerce triangulaire.