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Suite et fin (?) de la rentrée littéraire 2012 : deux occasions supplémentaires pour passer de bons moments de lecture.

Victor Kathémo, Le descendant africain d’Arthur Rimbaud, éd. Myriapode, 2012
Racho est un homme originaire de Dirédoua près de Harar en Éthiopie. Sa trisaïeule, femme Amhara d’une certaine élégance, vécut une brève et discrète idylle avec Arthur Rimbaud pendant le deuxième séjour de ce dernier à Harar. Suite à la famine due à la guerre et aux problèmes de sécheresse sévissant en Éthiopie, le famille de Racho s’exila dans le Golfe de Guinée.
Comme Rimbaud, Racho fait état d’une veine artistique féconde. Il est sculpteur et offre une nouvelle vie aux bibelots et colifichets qu’il ramasse au Port autonome de Cototrou. Mais son art ne répondant à aucune règle académique, Racho a du mal à se faire accepter par ses pairs et à vivre de son art. Il va ainsi décider de tout laisser tomber et d’aller mener sa vie sur le continent de son illustre ancêtre dans l’espoir d’y recevoir, du fait de sa filiation, un abord princier. Pour ce faire, il embarque sur un navire marchand dissimulé dans un container. Débarqué au Havre, il n’a qu’une idée en tête : visiter la tombe de son ancêtre et traverser le Rhin pour élire domicile en Rhénanie. Cueilli par les policiers allemands, il se fera renvoyer en France où, pour se prémunir contre une situation clandestine, il sera obligé de déposer une demande d’asile politique perdant définitivement la maîtrise de son destin.
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Alain Mabankou, Tais-toi et meurs, éd. La Branche (vendredi 13), 2012
Quittant le Congo, Julien Makambo arrive en France sous le nom de José Montfort. Il est accueilli à Paris par Pedro, figure de proue du milieu congolais de la capitale. Sapeur à la pointe des tendances et « homme d’affaires » au bras long, Pedro prend Julien sous son aile et l’initie au monde des combines souterraines. Les affaires tournent, Julien a la vie belle et festive, jusqu’à ce vendredi 13 maudit, ou il se retrouve malgré lui mêlé à la défenestration d’une jeune femme.
En prison, il écrit son histoire, celle d’un jeune homme confronté à son destin : Makambo en lingala signifie « les ennuis ». Et face aux ennuis, une règle d’or règne ici en maître : Tais-toi et meurs.

Quand les Portugais ont commencé à coloniser le Brésil, ils n’y trouvaient pas de main-d’œuvre pour s’occuper des travaux manuels. Aussi ont-ils eu recours, au début, à la main-d’œuvre indigène ; mais les Jésuites, qui considéraient les Indiens comme des êtres purs et dépourvus de méchanceté, les ont protégés contre l’esclavage si bien que les Portugais se sont mis à chercher des noirs en Afrique pour les soumettre au travail servile.
Au Brésil, l’esclavage a commencé dans première moitié du XVIe siècle, avec la production de sucre. Les trafiquants portugais amenaient les noirs de leurs colonies d’Afrique et les vendaient comme des marchandises pour être utilisés comme esclaves dans les exploitations sucrières du Nord-Est.
(source Wikipédia) Au moins 3,5 millions d’Africains sont arrivés au Brésil, et on ne compte pas ceux qui sont décédés pendant l’interminable et inhumain voyage à travers l’océan…

Jean Hébrard, Brésil, quatre siècles d’esclavage : Nouvelles questions, nouvelles recherches, éd. Karthala, 2012
La recherche brésilienne sur l’esclavage est l’une des plus riches au monde. Cet ensemble de textes souhaite en montrer la vitalité mais aussi les « accents ».
Sans jamais se déprendre d’une rigueur qui les conduit à n’avancer que pas à pas dans la démonstration et en s’appuyant toujours sur une source explicitement convoquée, les chercheurs brésiliens semblent être devenus de plus en plus soucieux, ces dernières années, des pièges de la mise en récit et de l’illusion narrative. Ils sont experts dans l’art de tresser les diverses histoires possibles (ou probables) que les sources permettent d’imaginer à partir des représentations contrastées qu’elles conservent. Ils ont appris à lire les paroles couchées sur le papier pour en faire renaître, au-delà du propos, les intentions, les effets attendus, les ruses, les tours rhétoriques. Par là, ils dévoilent de plus en plus clairement la parole dominée dans l’acte même qui tente de la réduire.
Si les esclaves qui ont vécu au Brésil n’ont jamais laissé, à de très rares exceptions près, de traces directes de leurs mots, ils sont certainement aujourd’hui ceux qui, par-delà le temps, parviennent le plus efficacement à se faire entendre.

Jean-Paul Delfino, Zumbi, éd. Buchet Chastel, 2009

Soudain, le paradis dans lequel Semba a toujours vécu vole en V éclats. Tout se passe par une douce matinée de printemps, alors qu’il se dirige vers un point d’eau dans l’espoir de débusquer une antilope. Son village est attaqué par des guerriers en furie. Les plus vaillants sont faits prisonniers, les autres sont réduits en une bouillie de sang et d’os. Tous sont devenus, ce jour-là, la propriété de dom Joaquim da Fonseca, un richissime négrier portugais installé au Brésil… Arrivé à Rio, de prisonnier Semba devient esclave. L’enfer commence : sévices corporels, humiliations, travail harassant… Semba n’a qu’une idée en tête : retrouver sa dignité. Pour cela, il lui faut s’évader et rejoindre la forêt de. la Barriga. Là, vivent des milliers de Nègres qui ont choisi la révolte et la liberté. Leur chef est le redoutable Zumbi, le  » Dieu-de-la-Guerre  » Depuis des années, il défie les Hollandais et les Portugais. Là, est la terre d’espoir. Semba va tenter l’impossible. Va-t-il réussir ? Ou mourir ? Zumbi est la quatrième fiction que Jean-Paul Delfino consacre au Brésil. Cette saga, riche de rebondissements, d’amours et de violences s’inspire de faits authentiques. Le suspense et le plaisir sont au rendez-vous.

Kangui Alem, Esclaves, éd. JC Lattès, 2009

1818 Royaume du Danhomé. ?En dépit des traités d’abolition, le commerce de la honte prospère. Il ronge les côtes, sème la ruine et la peur, fait la fortune des maîtres esclavagistes et de leurs alliés. Les plus faibles sont vaincus, leurs existences bouleversées. Le seul qui ose s’élever contre l’esclavage, le roi Adandozan, est destitué. Il perd son pouvoir et son nom. Son plus fidèle soutien, un jeune maître des rituels, est vendu à un négociant anglais et débarqué au Brésil. Kangni Alem nous conte avec passion l’histoire bouleversante de cet homme, superbe personnage qui connut l’emprisonnement, le ventre des bateaux négriers, le Brésil et ses champs de canne. Il participa aux grandes révoltes et revint sur la terre d’Afrique, après vingt-quatre années d’esclavage, honorer la mémoire de son roi, mort dans l’oubli, et retrouver une contrée qui lui était désormais étrangère. Une magnifique fresque sur la destinée de ceux qu’on nomme les Afro-brésiliens.

Jorge Amado, Bahia de tous les saints, éd. Gallimard (folio n° 1299), 1981

Dans le Brésil du Nord Est, le picaresque Antonio Balduino incarne la peine et les rêves du peuple noir. Enfant perdu, mauvais garçon, boxeur professionnel, initié des  » macumbas « , travailleur sur les plantations de tabac, docker, employé de cirque, Antonio cherche toujours  » le chemin de la maison  » . Il a des amours – irréelles – avec la blanche Lindinalva et une liaison avec la trépidante Rosenda Roseda. Une grève lui permettra de découvrir ce qu’est la solidarité et donnera un sens à sa vie : la lutte pour la libération.

Joao Ubaldo Ribeiro, Vive le peuple brésilien, éd. Rocher / Serpent à plume, 1999
Viva o povo brasiliero
est un monument de la littérature brésilienne et appartient autant au patrimoine littéraire latino-américain qu’au patrimoine littéraire mondial. Publié en 1984 au Brésil, cet hymne au peuple brésilien a connu un immense succès. Beaucoup y ont vu un pendant brésilien à Cent ans de solitude de Gabriel Garcia Marquez. C’est à une quête totale de l’identité brésilienne que dans cette fresque gigantesque, se déroulant sur plusieurs siècles, Ribeiro se livre. Les épisodes majeurs de l’histoire brésilienne y sont traités : la période de l’Indépendance et de l’esclavage, la Guerre du Paraguay (1865-1870) qui opposa des esclaves à des Indiens Guarani, la pénétration des croyances africaines.  » Au fil des siècles, de l’invasion des Hollandais jusqu’à nos jours, à travers maintes guerres, maintes révolutions, les protagonistes, habités par les mêmes âmes, réagissent de la même façon. Le monde ne change guère à Itaparica : les puissants exploitent les faibles. (…) Deux lignées s’opposent sur les plages et les mornes indolents de l’île. La maison des riches, fondée sur l’esclavage, l’huile de baleine et le crime. Celle des pauvres, enracinée en Afrique, amoureuse, guerrière et martyrisée. (…) Sujets graves, gravement médités, que l’humour vient souvent égayer en digressions faussement gratuites sur les sujets les plus disparates. Selon ses goûts, chacun pourra apprécier le manuel d’anthropologie ou le traité de chasse au tatou, le précis de détournement d’héritage ou le cours de poésie indianiste et, plus généralement, la faconde torrentielle d’un auteur si manifestement heureux d’écrire et de conter. « 

Librairie des peuples noirs à Yaoundé (Cameroun)

http://www.librairie-peuples-noirs.com/

Libar M. Fofana, L’étrange rêve d’une femme inachevée, Éd. Gallimard (Continents noirs), 2012

«Leur quête d’identité était en réalité une quête de place. Quelle place ai-je dans ce monde? Se sentant rejetées, elles se rapprochèrent l’une de l’autre. Face à ceux qui les excluaient, elles s’unirent à nouveau pour résister. Cette alliance tacite modifia la nature de leur lien. Il devint protecteur. Ce besoin vital qu’elles avaient l’une de l’autre s’avéra à la longue une souffrance. Car, là où elles cherchaient à s’émanciper et à affirmer chacune son identité, elles se retrouvèrent enchaînées à un destin commun.»
Mais la beauté de Hawa, son corps presque normal lui valent très tôt des commentaires flatteurs et une bienveillance dont est privée Toumbou («Asticot»), sa plus que jumelle, perçue comme un monstre. Ce tourment muet se transforme peu à peu en haine. La première rêve d’amour, la seconde, de devenir ministre. Or, comment avoir chacune une avenir propre tout en étant charnellement attachée à l’autre par une nature tragique et facétieuse? La douloureuse route commune de deux sœurs siamoises pourra-t-elle s’ouvrir un jour sur deux destins particuliers?

Vamba Sherif, Borderland, Éd. Métailié, 2012

Un jour écrasant de la saison sèche, un homme vêtu d’un costume trois pièces descend d’un car dans la grand-rue de la ville frontalière de Wologizi. L’étranger, William Soko Mawolo, arrive de Monrovia pour mener une enquête secrète sur la disparition du chef local.
Dès la première nuit, il est effrayé par des bruits infernaux et inexplicables qu’il semble être le seul à entendre. Il est dérouté par l’attitude des gens de Wologizi qui l’aident et l’égarent à la fois : le vieux Kapu, le nouveau chef, ses femmes, en particulier la plus âgée, Hawah Lombeh, qui se glisse dans son lit, le caporal Gamla, chef de la police, le Libanais, mémoire de la ville, Seleh le menuisier, amant de Makemeh la belle et insaisissable fille du chef disparu, qui l’attire et le repousse.

Gaston-Paul Effa, Je la voulais lointaine, Éd. Actes sud, 2012

Obama est issu d’une lignée de féticheurs, mais il refuse cette transmission, en se débarrassant d’un objet sacré à la mort de son grand-père. Il quitte le Cameroun pour Strasbourg où il devient professeur de philosophie. Mais un jour, le souvenir de sa culpabilité refait surface.
« Aller au pays de Montaigne, de Chateaubriand et de Rimbaud m’intéressait moins que la perspective de fuir cette terre mienne, et ces liens inextricables. Ainsi, traverser les océans et, par ce geste, la mémoire honteuse de tout un continent, tout ensemble anticipait et amplifiait ma volonté de n’avoir plus jamais d’obligations vis-à-vis de personne – ma famille comprise. Je m’étais même demandé si ce n’était pas mon double spirituel qui avait prié la nature de m’éloigner, de me porter vers ce pays où il n’y a pas d’arbres, où les hommes sont sans ombre, où le bitume recouvre partout la terre, où les morts ont froid, mais où tous les Africains rêvent d’aller un jour. » Petit-fils de féticheur, Africain de culture animiste, le narrateur de ce livre – l’enfant au nom d’oiseau – a refusé le sac totémique de son aïeul. Transmis comme un oracle, l’objet fut immédiatement enterré et le silence gardé. Sacrilège ou terreur, cet acte s’inscrit en transparence sur le destin de ce jeune homme choisi pour tutoyer les dieux. Ainsi se déploie le récit poétique d’un rêveur d’ailleurs, d’un être qui un jour retrouve, en lui, la mémoire.

Monique Rivet, Le Glacis, Éd. Métailié, 2012

« Le Glacis, au nord de la ville, c’était une grande avenue plantée d’acacias qui séparait la ville européenne de la ville indigène. Une frontière non officielle, franchie par qui voulait et gravée pourtant dans les esprits de tous comme une limite incontestable, naturelle, pour ainsi dire, à l’instar d’une rivière ou d’une orée de forêt.
Le temps où j’ai habité la ville était le temps de cette violence. Le temps de ce que le langage officiel déguisait d’un intitulé pudique : les « événements », quand l’homme de la rue disait : la guerre. La guerre d’Algérie.

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Driss Chraïbi, L’âne, Éd. Gallimard (folio), 2012

Dans un monde en transformation, un homme s’éveille à la vie de ses semblables. Il s’appelle Moussa. Il troque son âne et sa vieille lame de couteau contre une trousse moderne de coiffeur ambulant, et ainsi s’engage dans l’avenir. Longtemps, l’âne solitaire le poursuit de ville en ville, en brayant, jusqu’au jour où il se jette sous le train qui emmène son maître. Les années passent, Moussa n’a pas encore compris dans quel monde il s’est réveillé, ni pourquoi. Un jour, il retrouve une jeune Marocaine des Jeunesses féminines, elle a connu Moussa et son âne. Comme lui, elle a cru à un « changement » et elle a disposé d’elle-même avec ivresse. Mais finalement on la marie de force et elle se précipite dans le fleuve. L’âne avait raison. Moussa ne sera plus seulement spectateur de tant de violence, de l’hystérie des foules. Il se découvre une mission. Moussa est-il en train de devenir une espèce de Moïse moderne ? Ce livre est une sorte de commentaire aux événements qui déchirent aujourd’hui l’Afrique du Nord.

Eric Fottorino, Coeur d’Afrique, Éd. Gallimard (Folio), 2012

«Pourquoi Larieux n’avait-il pas pensé à lui plus tôt? Il composa les premiers chiffres de son numéro, mais raccrocha. Il savait bien ce qui le retenait. Koler ne pouvait pas écrire. Plus exactement, il était incapable d’écrire sous le coup d’une émotion. Or, l’Afrique, ce n’était que ça : de l’émotion.»
Lorsque le jeune reporter Julien Koler pose les pieds au Bangara, il ne connaît rien de l’Afrique ni des raisons qui ont conduit Larieux, le baroudeur infirme, à l’envoyer sur des traces anciennes. Guidé par son instinct, il s’enfonce vers le Nord, là où semble se jouer le destin d’un peuple. La surprise qui l’attend va le confronter à la seule question qui vaille : l’homme blanc mérite-t-il une place en ces lieux?
Dans ce roman, hommage au journalisme, Éric Fottorino conjugue les forces et les couleurs d’un continent pour nous offrir une inépuisable source de vie : un «cœur d’Afrique».


Deuxième série de la rentrée littéraire : les livres au format poche. Une bonne occasion de (re)découvrir des titres publiés l’année passée. (Lecture à Angongué. Photo Anne Cillon Perri)

Didier Daeninckx, Galadio, Éd. Gallimard ( Folio), 2011
Allemagne, années trente. Ulrich est un adolescent de Duisbourg comme les autres. À un détail près : sa peau est noire…
Son père, un soldat africain, est venu en Allemagne avec les troupes françaises d’occupation chargées de veiller à l’application du traité de Versailles. Il est reparti en 1921, quelques mois avant la naissance de cet enfant, fruit d’un bref amour avec une jeune Allemande.
Ils sont des centaines, comme Ulrich, à incarner ce qu’Hitler et les nationalistes ne cesseront de dénoncer, dans l’entre-deux-guerres, comme la « honte noire », symbole de l’avilissement délibéré du sang aryen par les occupants. Leur sort ne sera en général guère plus enviable que celui des Juifs.
Ulrich, pour sa part, va connaître un destin inattendu et mouvementé, et découvrir une autre facette de son identité : Galadio.
Comme toujours, Didier Daeninckx s’appuie sur une documentation très fouillée pour éclairer un aspect méconnu de l’histoire du vingtième siècle. Il révèle ici le sort terrible des Allemands métis dans un pays emporté par le délire nazi. De Duisbourg aux studios de cinéma de Babelsberg, jusqu’aux rivages du Sénégal où se déroulent les premiers combats entre pétainistes et gaullistes, Ulrich apprend à connaître les hommes.

Jean-Christophe Rufin, Katiba, Éd. Gallimard ( Folio), 2011
Quatre touristes occidentaux sont assassinés dans le Sahara. L’attaque est signée « al-Qaida au Maghreb islamique », dont tout laisse à penser que les partisans veulent aller beaucoup plus loin et rêvent de frapper la France au cœur. L’événement est présenté par les médias comme un fait divers tragique mais il met en alerte les services de renseignements du monde entier. Au centre de leurs jeux complexes, Jasmine. Jeune fonctionnaire du Quai d’Orsay apparemment sans histoire, elle émerge peu à peu comme la pièce maîtresse d’une opération d’envergure inédite. Quels liens cette Française à l’élégance stricte entretient-elle avec le monde musulman ? C’est en démêlant les fils les plus intimes de sa vie que la vérité se fera jour et que le suspense, haletant, trouvera son dénouement. Complice, victime ou agent double, Jasmine incarne le mélange de répulsion et de fascination que le fondamentalisme religieux exerce inconsciemment sur chacun de nous.

Francis Zamponi, Le boucher de Guelma, Éd. Gallimard ( Folio policiers), 2011
Arrêté lors d’une escale en Algérie, Maurice Fabre est inculpé de génocide et crimes contre l’humanité. Ancien sous-préfet de Guelma, petite ville de l’Est algérien, il est accusé d’avoir ordonné et perpétré les tristement célèbres « massacres de Guelma » en 1945 : lors des célébrations du 8 mai, des émeutes nationalistes éclatèrent et furent réprimées dans le sang, faisant de nombreuses victimes parmi les Européens comme parmi la population musulmane.
Plus de soixante ans après ces événements, Maurice Fabre accepte de répondre à la justice algérienne et se replonge dans les heures sombres de la France coloniale. Bien embarrassé par cette arrestation au moment où les relations entre les deux pays semblent s’apaiser, le gouvernement français tente de le faire passer pour un vieillard gâteux. Mais Fabre a prévu de dévoiler toute la vérité…

Mohammed Aïssaoui, L’affaire de l’esclave Furcy, Éd. Gallimard (Folio), 2011
«Le 16 mars 2005, les archives concernant « L’affaire de l’esclave Furcy » étaient mises aux enchères, à l’hôtel Drouot. Elles relataient le plus long procès jamais intenté par un esclave à son maître, trente ans avant l’abolition de 1848. Cette centaine de documents – des lettres manuscrites, des comptes rendus d’audience, des plaidories – illustrait une période cruciale de l’Histoire.
Les archives révélaient un récit extraordinaire : celui de Furcy, un esclave âgé de trente et un ans, qui, un jour d’octobre 1817, dans l’île de la Réunion que l’on appelle alors île Bourbon, décida de se rendre au tribunal d’instance de Saint-Denis pour exiger sa liberté.
Après de multiples rebondissements, ce procès, qui a duré vingt-sept ans, a trouvé son dénouement le samedi 23 décembre 1843, à Paris.
Malgré un dossier volumineux, et des années de procédures, on ne sait presque rien de Furcy, il n’a laissé aucune trace, ou si peu. J’ai éprouvé le désir – le désir fort, impérieux – de le retrouver et de le comprendre. De l’imaginer aussi.»

Hisham Matar, Au pays des hommes, Éd. Points, 2011
Est-ce bien Baba, caché derrière des lunettes noires, qu’il a aperçu ? Suleiman est troublé : son père, que l’on dit en voyage d’affaire, a traversé la place en l’ignorant. En cet été 1979 à Tripoli, les événements lui échappent : un proche de son ami Karim est emmené violemment par des inconnus. Et que veulent ces hommes qui fouillent sa maison ? Pourquoi sa mère brûle-t-elle tous leurs livres ?
Né à New York de parents libyens, Hisham Matar a passé une partie de son enfance à Tripoli et au Caire. Au pays des hommes est son premier roman. Il a figuré dans la dernière sélection du Booker Prize.
« Un puissant roman politique et une tendre évocation des conflits humains ? l’identité, le pardon, l’amour. »
The Observer

J. M. Coetzee, L’Eté de la vie, Éd.. Points, 2011
Le célèbre écrivain J. M. Coetzee est mort. En recueillant le témoignage de ses proches, un universitaire établit sa biographie posthume. Amant indésirable, enseignant sans charisme, homme distant et peu sociable : le portrait n’est guère flatteur. En imaginant ce qu’on dirait de lui une fois disparu, John Coetzee dévoile son mal-être et une formidable méditation sur la condition humaine.
Né en 1940, J. M. Coetzee a reçu le prix Nobel de littérature en 2003. Il a écrit deux autres récits autobiographiques : Vers l’âge d’homme et Scènes de la vie d’un jeune garçon, disponibles en Points.
« Un autoportrait virtuose, qui entremêle le vrai et le faux, l’autobiographie et le roman. Magistral. »
Télérama

Abdellah Taïa, Le Jour du Roi, Éd. Points, 2011
À la vie, à la mort. Khalid et Omar, deux enfants de Salé, sont les deux moitiés d’un même fruit. Pourtant, tout les oppose. Khalid le riche, Omar le pauvre. Lorsqu’on a l’âge de courir dans les dunes jusqu’à en perdre la tête, l’argent et les différences sociales n’existent pas. Cette fragile insouciance ne résistera pas à la visite du roi Hassan II.
Abdellah Taïa est né à Salé (Maroc) en 1973. Il vit à Paris où il prépare un doctorat en lettres. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages, notamment L’Armée du salut et Une mélancolie arabe, disponibles en Points.
« Le lyrisme dépouillé d’Abdellah Taïa épouse parfaitement le tragique de la situation. »
Le Nouvel Observateur

Anouar Benmalek, Le Rapt, Éd. Livre de poche, 2011
Confronté aux violences qui secouent l’Algérie, Aziz se veut détaché et caustique, seule façon pour lui de se protéger. Mais, lorsque sa fille de quatorze ans est enlevée, il comprend que l’ironie ne lui sera d’aucun secours. Le ravisseur contacte la famille et menace sa victime du pire si la police est prévenue. De toute façon, qui aurait envie de s’en remettre aux autorités algériennes ? Aziz peut-il alors compter sur Mathieu, le beau-père de sa femme, un Français dont le passé pendant la guerre d’Algérie est plutôt trouble ?
Le souffle de la colère gonfle les pages de ce dernier roman. De la première à la cinq centième page, […] il enveloppe le lecteur, le bringuebale à travers différents temps et espaces pour le laisser groggy, l’estomac encore noué, un goût d’amertume au fond de la gorge. Et pourtant… on serait presque tenté d’en redemander. Jean-Pierre Han, L’Humanité.

Candi Miller, Le sel et le miel, Éd. J’ai lu, 2011
1958.
Alors que l’apartheid règne en Afrique du Sud, la jeune Koba, onze ans, membre d’une tribu nomade du Kalahari, assiste au meurtre de ses parents par deux chasseurs blancs. Recueillie par Marta et Deon, un couple d’Afrikaners, Koba s’adapte peu à peu à sa nouvelle vie, tout en ayant conscience qu’elle est source de conflit entre les époux, dont les opinions divergent sur l’éducation à lui donner. Mannie, leur fils, éprouve d’abord un sentiment de culpabilité à l’égard de Koba, qui n’empêche pourtant pas une amitié de naître entre eux, jetant un pont fragile par-delà les différences raciales.
Mais la réalité les rattrapera lorsque cette amitié – qui s’est au début forgée grâce au troc :  » Je te donne du sel ; tu me donnes du miel  » – se transformera en amour… Pour rédiger ce roman, comparé outre-Manche à ceux de Karen Blixen et de Nadine Gordimer, Candi Miller a passé de longues semaines dans le désert du Kalahari, à la rencontre de ses habitants, afin de s’imprégner de leur culture. Un texte dont l’écriture sensible et poétique fait ressentir le charme envoûtant de l’Afrique.

Belle rentrée littéraire 2011 avec en prime deux romans des ami(e)s Marc et Léonora. Les lectures de cette fin de semaine auront un air du Kamer. (où cette mamiwata peinte sur un rocher d’une plage de Kribi semble guetter le voyageur intrépide… photo BEB)

Marc Trillard, Les mamiwatas, Éd. Actes sud, 2011
Alors qu’un climat d’insurrection s’étend sur le Cameroun, le directeur de l’Alliance française de Buea, cloîtré chez lui, face à la mer et ses créatures délétères (les mamiwatas), boit la coupe de deux ans de désenchantements : sa scabreuse addiction de quinquagénaire aux charmes d’une trop jolie menteuse locale ; l’illusion d’échapper au passif des amours/haines coloniales ; et l’agonie (programmée en haut lieu) de l’Alliance française qu’il dirige – fruit pourrissant de siècles de présence française en Afrique. (le temps de faire un p’tit tour chez mon libraire préféré et on en reparle bientôt).

Lire ou écouter un extrait

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Léonora Miano, Ces âmes chagrines, Éd. Plon, 2011
Né dans l’Hexagone, Antoine Kingué, dit Snow, n’arrive pas à surmonter la rancoeur qu’il nourrit envers sa mère, coupable de ne l’avoir pas assez aimé. Elle l’a laissé en pension alors qu’il n’avait que sept ans et envoyé passer les grandes vacances seul au Mboasu, ce pays subsaharien où il ne s’est jamais senti à sa place. Par ailleurs, il est persuadé que son frère Maxime a reçu plus d’affection que lui.
Pour se venger de cette enfance malheureuse, Snow fait payer ceux qui l’ont fait souffrir, rêve de devenir une vedette adulée, une star dont la vie serait enfin brillante et facile.
Quand son frère lui annonce son retour au pays avec leur mère, Snow voit son univers s’effondrer. Sans plus personne sur qui passer sa rage, il se retrouve face à lui-même…(le temps de faire un p’tit tour chez mon libraire préféré et on en reparle bientôt).

José Eduardo Agualusa, Barroco tropical, Éd. Métaillé, 2011
Une femme tombe du ciel et s’écrase sur la route devant Bartolomeu au moment où éclate une tempête tropicale et où sa maîtresse lui annonce qu’elle le quitte. Il décide de percer ce mystère alors que tout change autour de lui, il découvre que la morte, mannequin et ex-miss, avait fréquenté le lit d’hommes politiques et d’entrepreneurs, devenant ainsi gênante pour certains, et il comprend qu’il sera la prochaine victime. ?Il croise les chemins d’une chanteuse à succès, d’un trafiquant d’armes ambassadeur auprès du Vatican, d’un guérisseur ambitieux, d’un ex-démineur aveugle, d’un dandy nain, d’une prêtresse du candomblé adepte du mariage, d’un jeune peintre autiste, d’un ange noir ou de son ombre. Il explore la ville de Luanda en 2020, métaphore de la société angolaise où les traditions ancestrales cohabitent difficilement avec une modernité mal assimilée. Il s’enfonce dans la Termitière, gratte-ciel inachevé mais déjà en ruine où les riches vivent dans les étages tandis que les pauvres et les truands occupent les sous-sols. Il nous montre une ville en convulsion où l’insolite est toujours présent et intimement mêlé au prosaïque et au quotidien, où la réalité tend à être beaucoup plus invraisemblable que la fiction. ?Dans une prose magnifique cet amoureux des mots définit son pays comme une culture de l’excès, que ce soit dans la façon de s’amuser ou dans la façon de manifester ses sentiments ou sa souffrance. (le temps de faire un p’tit tour chez mon libraire préféré et on en reparle bientôt).

Mia Couto, L’accordeur de silences, Éd. Métaillé, 2011
« La première fois que j’ai vu une femme j’avais onze ans et je me suis trouvé soudainement si désarmé que j’ai fondu en larmes. Je vivais dans un désert habité uniquement par cinq hommes. Mon père avait donné un nom à ce coin perdu : Jésusalem. C’était cette terre-là où Jésus devrait se décrucifier. Et point, final.?Mon vieux, Silvestre Vitalício, nous avait expliqué que c’en était fini du monde et que nous étions les derniers survivants. Après l’horizon ne figuraient plus que des territoires sans vie qu’il appelait vaguement “l’Autre-Côté”. »?Dans la réserve de chasse isolée, au cœur d’un Mozambique dévasté par les guerres, le monde de Mwanito, l’accordeur de silences, né pour se taire, va voler en éclats avec l’arrivée d’une femme inconnue qui mettra Silvestre, le maître de ce monde désolé, en face de sa culpabilité.?Mia Couto, admirateur du Brésilien Guimarães Rosa, tire de la langue du Mozambique, belle, tragique, drôle, énigmatique, tout son pouvoir de création d’un univers littéraire plein d’invention, de poésie et d’ironie.

Nadifa Mohamed, Black Mamba Boy, Éd. Phébus, 2011
Ce premier roman de Nadifa Mohamed débute à Aden, au Yémen, en 1935. Il retrace la vie mouvementée de Jama, un enfant des rues dont le père a disparu peu après la naissance et dont la mère lui jure qu’il est né sous une bonne étoile. À la mort de celle-ci, Jama part à la recherche de son géniteur. Ce périple rendu incandescent par la croyance en une terre promise, lui fait traverser l’Abyssinie, la Somalie, l’Érythrée, le Soudan, l’Égypte et la Palestine. Mais chaque frontière franchie se révèle source de déception. Les décennies passent, les empires coloniaux s’effondrent, le monde change, cependant Jama l’aventurier demeure un laissé-pour-compte, malgré le serpent tatoué sur son bras, le fameux mamba noir. Évocation puissante de contrées en proie à la guerre, mais aussi roman de formation, Black Mamba Boy est une véritable épopée qui nous fait mieux comprendre le destin de cette partie du globe.

Yasmina Khadra, L’équation africaine, Éd. Julliard, 2011
Médecin à Francfort, Kurt Krausmann mène une existence ordinaire, limitée à ses allers-retours entre son cabinet de consultation et son appartement bourgeois. Jusqu’au drame familial qui va le précipiter dans le désespoir. Afin de l’aider à surmonter son chagrin, son meilleur ami, Hans, un riche homme d’affaires versé dans l’humanitaire, lui propose de l’emmener sur son voilier jusque dans les Comores, pour les besoins d’une bonne cause. Au large des côtes somaliennes, leur bateau est assailli par des pirates. Kurt et Hans sont enlevés puis transférés dans un campement clandestin. Dans leur geôle improvisée, se trouve déjà Bruno, un otage français que tout le monde semble avoir oublié, et qui tente péniblement de concilier sa passion pour le continent africain avec l’angoisse de sa captivité. Une détention à l’issue incertaine, des conditions de vie innommables, une promiscuité dangereuse avec des mercenaires sans pitié, c’est le début d’une descente aux enfers dont personne ne sortira indemne. Mais parce que le drame est propice aux revirements de situation, c’est aussi pour Kurt le début d’une grande histoire d’amour.
En nous offrant ce voyage saisissant de réalisme, qui nous transporte, de la Somalie au Soudan, dans une Afrique orientale aux multiples contradictions – tour à tour effrayante, irrationnelle, sage, fière, digne et infiniment courageuse -, Yasmina Khadra confirme une fois encore son immense talent de narrateur. Construit et mené de main de maître, ce roman décrit la lente et irréversible transformation d’un Européen, dont les yeux vont, peu à peu, s’ouvrir à la réalité d’un monde jusqu’alors inconnu de lui. Un hymne à la grandeur d’un continent livré aux pires calamités.
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Khadi Hane, Des fourmis dans la bouche, Éd. Denoël, 2011
Gratteurs d’écailles dans une poissonnerie, vendeurs ambulants de montres de pacotille ou de statuettes en bois, journaliers payés au noir pour décharger des sacs d’un camion, hommes à tout faire d’un commerçant pakistanais qui revendait des pots de crème à l’hydroquinone censés procurer aux nègres l’éclat d’une peau blanche, la leur ne faisant plus l’affaire. Sur le marché Dejean, on trouvait de tout…
Née au Mali, Khadîja élève seule quatre enfants à Paris, dans le quartier de Château-Rouge. Pétrie de double culture, musulmane mais le doute chevillé au corps, elle se retrouve exclue de sa communauté du fait de sa liaison avec Jacques, le père de son fils métis.
Cercle après cercle, depuis ses voisines maliennes jusqu’aux patriarches du foyer Sonacotra et à ses propres enfants, Khadîja passe en jugement. Mais cette absurde comparution, où Africains et Européens rivalisent dans la bêtise et l’injustice, réveille en elle une force et un humour inattendus.
Tableau intense de Château-Rouge, Des fourmis dans la bouche est porté par une écriture inventive au ton très singulier, fondée sur la double appartenance. Un roman qui dit la difficile liberté d’une femme africaine en France.

Fouad Laroui, La vieille dame du riad, Éd. Juillard, 2011
Comment partager son espace avec quelqu’un qui vous est totalement étranger ? Telle est la question !
À travers cette fable tragi-comique, Fouad Laroui pose la question des rapports entre la France et le Maroc dans leurs dimensions historique, affective et culturelle.
Sur un coup de tête, François et Cécile lâchent tout à Paris pour aller s’installer à Marrakech. Quel choc quand ils découvrent, dans une petite pièce au fond du riad qu’ils viennent d’acquérir, une vieille femme qui y semble installée de toute éternité. Ni l’agence immobilière ni les anciens propriétaires ne sont en mesure de leur expliquer ce qu’elle fait là. La femme est très vieille, paisible, parlant quelques mots d’un dialecte que personne ne comprend et ne paraît absolument pas disposée à quitter les lieux. Cette présence dérangeante plonge le jeune couple dans le plus profond des embarras. Pétris de valeurs humanistes, ils ne savent comment gérer cette situation. Pas question de jeter à la rue une personne aussi fragile. Aucune institution n’est prête à l’accueillir. Impossible de retrouver sa famille. Comment aménager cette cohabitation ? La faire travailler contre le gîte et le couvert ?… mais pour faire quoi ?… La considérer comme une amie de la famille ? Mais ils n’ont absolument rien en commun. Lui trouver une chambre en ville ? Impossible de la faire partir manu militari. Accomplir un acte charitable et l’accueillir comme une SDF ? Se soumettre et accepter cette étrange situation ? Mais cette présence, aussi discrète soit-elle, reste une intrusion insupportable et un viol de l’intimité de ce couple plein de bonnes intentions.
Avec cette fable drôle et touchante, Fouad Laroui s’interroge de façon faussement naïve sur les différences culturelles et leur difficile cohabitation.
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Boualem Sansal, Rue Darwin, Éd. Gallimard (blanche), 2011
« Je l’ai entendu comme un appel de l’au-delà : « Va, retourne à la rue Darwin. »
J’en ai eu la chair de poule.
Jamais, au grand jamais, je n’avais envisagé une seule seconde de retourner un jour dans cette pauvre ruelle où s’était déroulée mon enfance. »
Après la mort de sa mère, Yazid, le narrateur, décide de retourner rue Darwin dans le quartier Belcourt, à Alger. « Le temps de déterrer les morts et de les regarder en face » est venu.
Une figure domine cette histoire : celle de Lalla Sadia, dite Djéda, toute-puissante grand-mère installée dans son fief villageois, dont la fortune immense s’est bâtie à partir du florissant bordel jouxtant la maison familiale. C’est là que Yazid a été élevé, avant de partir pour Alger. L’histoire de cette famille hors norme traverse la grande histoire tourmentée de l’Algérie, des années cinquante à aujourd’hui.
Encore une fois, Boualem Sansal nous emporte dans un récit truculent et rageur dont les héros sont les Algériens, déchirés entre leur patrie et une France avec qui les comptes n’ont toujours pas été soldés. Il parvient à introduire tendresse et humour jusque dans la description de la corruption, du grouillement de la misère, de la tristesse qui s’étend… Rue Darwin est le récit d’une douleur identitaire, génératrice du chaos politique et social dont l’Algérie peine à sortir.

Noël Nétonon Ndjekery, Mosso, Éd. Infolio, 2011
Dans un Tchad miné par l’impunité, Dendo, une veuve refuse la diya, compensation qu’on veut lui verser pour la mort de son mari. Par contre, elle veut savoir pourquoi et par qui celui-ci a été tué. Pour mener cette quête onéreuse, elle va devoir se prostituer et s’adonner à la contrebande avec l’Europe. Cependant, elle finira, elle-même, en pleine Helvétie, par être ravalée au rang de vile marchandise dans un négoce qu’elle croyait définitivement remisé dans les livres d’histoire : le trafic d’êtres humains.

Opoto va prendre un peut de temps cet été pour repenser le site et revenir en pleine forme et de bonne humeur en septembre. D’ici là, deux pistes pour passer l’été en bonne compagnie : un polar fantastique (ou un fantastique policier, au choix) qui nous arrive d’Afrique du Sud puis, pour la fin des congés, le nouveau roman (depuis le temps que l’on attendait !) de l’ami Marc. Bonnes lectures.

Marc Trillard, Les Mamiwatas, Éd. Actes Sud, 2011
Alors qu’un climat d’insurrection s’étend sur le Cameroun, le directeur de l’Alliance française de Buea, cloîtré chez lui, face à la mer et ses créatures délétères (les mamiwatas), boit la coupe de deux ans de désenchantements : sa scabreuse addiction de quinquagénaire aux charmes d’une trop jolie menteuse locale ; l’illusion d’échapper au passif des amours/haines coloniales ; et l’agonie (programmée en haut lieu) de l’Alliance française qu’il dirige – fruit pourrissant de siècles de présence française en Afrique.

Marc Trillard signe un grand roman d’amour politique d’une honnêteté et d’une liberté intellectuelles rares.

Lauren Beukes,  Zoo City, Éd. Éclipse (Fantastique), 2011
Zinzi arbore un paresseux symbiotique sur le dos, une sale habitude de faire des arnaques et un talent rare pour trouver les choses perdues. Mais quand les flics lui confisquent sa dernière paie, elle doit se tourner vers le job qu’elle déteste le plus : retrouver les personnes disparues. Engagée par Odi Huron, un producteur renommé, pour retrouver une pop star pour ado disparue, elle pense avoir son ticket de sortie de Zoo City, la ville où les pires criminels d’Afrique du Sud et leurs compagnons animaliers symbiotiques tentent de survivre. Au lieu de cela, Zinzi doit s’enfoncer dans les bas-fonds de la ville, ravagés par la magie et la criminalité, où elle devra faire face aux sombres secrets de différentes vies passés… dont la sienne. Prix Arthur C. Clarke 2011.

L’été s’étant manifestement installé, quoi de mieux qu’une histoire poignante à dévorer pour bronzer intelligemment sur la plage (ou dans son jardin, sur sa terrasse…). (Image de Guy Raives et Éric Warnauts pour le festival BD 2006 au CCF de Douala/Cameroun)

Mohamed Benchicou, Le mensonge de Dieu, Éd. Michalon, 2011
Aurai-je la force de tout écrire ? Je suis le mendiant du cimetière et j’avais cette histoire pour les hommes. Mais Double-Goulot est mort et il n’est plus personne à qui la raconter. Personne si ce n’est toi, mon vin. Oui, qui écouterait mon récit sans rougir de sa propre capitulation ?
Alger, décembre 2007. Poursuivis par les services secrets algériens, les petits-enfants du mendiant ont emporté son précieux journal avant de fuir la ville exsangue. À sa lecture ressurgissent leurs souvenirs, éclairés par la voix du miséreux venu leur conter l’odyssée extraordinaire de leurs ancêtres, épris, tout comme eux, de liberté et de justice.
Dans cette grande fresque romanesque, Mohamed Benchicou retrace les destins croisés d’une famille de combattants indigènes, insoumis et séducteurs. D’une plume vibrante et sensuelle, il nous entraîne sur les traces du peuple algérien de 1870 à nos jours.
Un livre-prière, poétique et musical, mêlant toutes les passions humaines. Un texte engagé contre l’obscurantisme, porté par un souffle épique et une puissante énergie lyrique.

Adam Schwartzman, Eddie, Éd. Phébus, 2011
Kwasi Edward Michael Dankwa, Eddie Signwriter pour ses clients, vit à Accra, capitale du Ghana.
Il a vingt ans, une petite amie très belle, Céleste, et s’est taillé une belle réputation dans son métier de peintre d’enseignes. Sa vie bascule le jour où l’on retrouve la tante de Céleste morte, noyée. Les voisins, le médecin, les villageois, tous suspectent Eddie d’avoir, en séduisant la nièce, amené la malédiction sur une maison où la vertu faisait loi. Rongé de culpabilité, incapable de maintenir heureuse sa relation avec Céleste, Eddie quitte le Ghana et devient un « sans papier » en France.
Où le quotidien comme on peut l’imaginer, ne sera pas rose. Petits boulots humiliants, peur d’être renvoyé dans son pays, détresse devant l’arrestation de ses compagnons de galère, obsession de son passé, terreur d’un présent sans issue et d’un lendemain qui ne chante pas, Eddie tente de survivre. Employé enfin chez une fleuriste pour le moins haute en couleurs, humaniste dans l’âme, il va peu à peu renaître à lui-même.

Sefi Atta, Avale, Éd. Actes sud (Lettres africaines), 2011
Colocataires, collègues et amies, Rose et Tolani se serrent les coudes pour supporter les journées exténuantes, les fins de mois difficiles, le machisme ambiant et l’atmosphère tendue de Lagos, ville dépourvue de règles, véritable machine à broyer. Quand l’une se fait renvoyer pour insubordination et que l’autre se retrouve secrétaire d’un chefaillon lubrique, les vrais ennuis commencent, et avec eux la tentation d’entrées d’argent plus faciles. Un roman sombre, brûlant de l’énergie d’une jeunesse exposée mais jamais résignée.

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Où l’on retrouve avec plaisir Hilaire Dovonon et Victor Kathémo.

Hilaire Dovonon, La floraison des baobabs nouvelles, Éd. D’un noir si bleu, 2011
Cette nouvelle édition du recueil de nouvelles d’Hilaire Dovonon invite à un voyage africain loin des clichés et des images convenues. Cette Afrique est celle du village, celle du quotidien de l’auteur où se croisent les vivants et les morts, les légendes et la poussière, la vie et la nuit.
Là-bas, le soir, lorsque les voiles du soir s’élèvent en brumes et écumes sur les vagues chevelures des collines, l’on voit le long des coteaux lisses et nus, des filles nubiles descendre lentement vers les sources, les bras portant en équilibre au sommet de la tête, des calebasses au cou d’amphore. Elles descendaient, souples colonnes aux hanches félines, jusques aux sources qui coulent des mamelles des collines, les sources de vie qui font vivre tout le village, pour y puiser l’eau d’un soir, l’eau d’une journée, l’eau d’une vie… Les textes de ce recueil nous invitent à un voyage africain, un voyage loin des clichés et des images convenues. L’Afrique que nous découvrons dans ces pages est celle du village où se croisent les vivants et les morts, les légendes et la poussière, la vie et la nuit. C’est cette Afrique où l’auteur vit, respire et travaille.
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Victor Kathémo, Fabuleuses histoires de Dounia enfant de la terre, Éd. Myriapode, 2011
Dounia littéralement « Humanité » est un enfant qui présente une bichromie de la peau. Il est moitié blanc moitié noir, en permanence porté par l’idée d’un monde meilleur et solidaire. Il possède une peluche nommée Vodou qui héberge en son sein un génie de la forêt. Ce fétiche, investi par des pouvoirs surnaturels, l’aide à surmonter toutes les difficultés qu’il rencontre et à réaliser ses rêves. Entre nouvelle, fable et conte littéraire, les histoires de ce recueil pour jeunes et adultes exploitent un univers multiple et mettent en scène un être malicieux, généreux, qui s’interroge sur les rapports entre l’homme et son environnement proche ou lointain et la pertinence de la mémoire collective. Un personnage qui permet de découvrir à quel point la diversité est une richesse qui se doit à tout prix d’être préservée.

Habib Selmi, Les humeurs de Marie-Claire, Éd. Actes Sud, Arles ( Mondes arabes), 2011
Mahfouz est un jeune immigré tunisien d’origine rurale qui enseigne la langue arabe à Paris et qui est obligé, pour subvenir à ses besoins quotidiens, de travailler aussi comme veilleur de nuit dans un petit hôtel. Il rencontre une Française, Marie-Claire, employée dans un bureau de poste, et leur attirance réciproque se transforme rapidement en une passion dévorante. Marie-Claire s’installe chez Mahfouz et bouleverse son existence : elle lui apprend à ranger ses affaires, à se comporter à la maison et en société selon les règles de la bienséance, à apprécier les bons mets, et même l’art et la manière d’embrasser une femme et de lui faire l’amour. Fou d’elle, obsédé jour et nuit par son odeur faite de « parfum et de sueur mêlés », Mahfouz s’adapte de bon gré à sa nouvelle vie et semble se défaire peu à peu de ses réactions ataviques. Mais pour combien de temps ? Dans ce roman débordant de sensualité, Habib Selmi renouvelle un thème récurrent de la littérature arabe contemporaine, celui du choc tantôt réel tantôt imaginaire entre Orient et Occident. Contrairement à ses prédécesseurs, il nous laisse finalement le soin de conclure sur ce qui, dans l’avenir des deux amoureux, relèvera de leur différence culturelle ou du commun destin de toute relation amoureuse.

Librairie par terre au togo : en savoir +

Adamou Idé, Camisole de paille, Éd. La Cheminante, 2011
Avec Camisole de paille, Adamou Idé est de nouveau au cœur de l’actualité brûlante de son pays, le Niger, et de toute l’Afrique. Le récit du destin de son héroïne s’inscrit dans l’exode, de la campagne à la ville, imposée à toute la société  quand la sécheresse fait rage.
Sur cette toile de fond, Camisole de paille entraîne Fatou dans les vicissitudes d’une existence aux choix radicaux, à la mesure de ses amours et des contraintes de la société  traditionnelle qu’elle doit contourner.
L’impossible amour, le mariage forcé, le départ à la ville, les rencontres qu’elle y fait, les hommes qu’elle croise, les enfants qu’elle aura, le deuil qu’elle devra assumer, le métissage, la religion, la haine, la tradition, la prostitution, les dévoiements du pouvoir, autant d’événements qui la mène à l’amitié – irremplaçable, irrévocable, sacrée – et à elle-même.
Adamou Idé signe là l’épopée envoûtante d’une jeune femme d’aujourd’hui, universelle dans ses combats sentimentaux et dans la conquête de sa liberté, au sein d’une Afrique très authentique.
Découvrir les éditions La Cheminante

Jean Divassa Nyama, Le roi de Libreville, Éd. Ndze, 2011
“Nous moïsons en direction du carrefour Rio où la musique bat son plein. Des fripiers étalent à même le sol leurs marchandises. Les vendeuses de maïs, arachides, pommes et oranges, vantent les qualités de leurs produits aux passants. Les morpions, le sifflet à la bouche, ont les yeux rivés sur la route. Les malfrats peuvent subtiliser les portes monnaie des femmes et les téléphones portables en toute impunité, les policiers ne vont pas perdre leur temps à les arrêter et laisser filer les chauffeurs de taxi. D’ailleurs le nôtre vient de recevoir l’ordre de se garer.”
Grand-père a toujours vécu au village, il ignore tout de Libreville. Inquiet pour sa fille qui n’est pas rentrée, il décide de partir à sa recherche. Il va arpenter les quartiers les plus insolites. De La réunion de parents d’élèves au PK5, au Couloir de la mort à Lalala, du Mausolée de Léon Mba, aux broussailles du campus peuplées de voyous, il va découvrir le pire, mais aussi le meilleur d’une capitale qui n’aura plus de secrets pour lui. En une nuit, il devient Le roi de Libreville.
Découvrir les éditions Ndzé

Mamadou Mahmoud N’Dongo, Mood Indigo, Éd. Gallimard (continents noirs), 2001
« J’avais terminé mon deuxième verre et entamais ma troisième bière quand elle est arrivée. Toutes les conversations se turent. Elle portait une robe d’été ; nous étions en hiver, mais il lui suffisait de marcher pour qu’on pense au printemps. Ses jambes, ses hanches, ses mains, ses bras, sa bouche, ses yeux, ses cheveux, tous son corps, tout son être faisait qu’on se disait que, décidément, il n’y a avait plus de saison. »
Mamadou Mahmoud N’Dongo nous offre bien davantage qu’un recueil de nouvelles avec Mood Indigo, c’est un album qu’il nous fait entendre. Mood Indigo est un standard de jazz et, comme dans le jazz, ses histoires sont autant d’improvisations, de partitions qui, avec humour, gravité, nous donnent des nouvelles d’ici et d’ailleurs, toutes plus attachantes, poétiques, émouvantes les unes que les autres.

Ibrahim Sonallah, Turbans et chapeaux, Éd. Actes Sud (mondes arabes), 2011
Ce roman se présente comme un récit parallèle à la chronique de l’historien Jabarti, témoin oculaire de la conquête de l’Égypte par Bonaparte en 1798.
Il serait l’ouvre d’un jeune disciple possédant quelques rudiments de français qui vont lui permettre d’être recruté à l’Institut d’Égypte, en tant que sous-bibliothécaire. Il peut ainsi fréquenter des Français, observer de près leurs mœurs, s’informer de leurs idées. Il note ce qu’il voit et entend d’un ton généralement neutre, parfois amusé, et n’hésite pas à consigner ses émois amoureux. On apprend ainsi qu’une Française – et pas n’importe laquelle puisqu’il s’agit de Pauline Fourès, la maîtresse de Bonaparte ! – lui a accordé ses faveurs.
Cependant, copiste et informateur de Jabarti, il est aussi au courant de tout ce qui se passe en Égypte, et ne manque pas de dénoncer les crimes commis par les mamelouks et les Ottomans, ou les compromissions des grands « turbans » locaux. Roman historique, Turbans et chapeaux n’en reste pas moins une œuvre d’une brûlante actualité. Écrit lors de l’invasion américaine de l’Irak, il explore, avec la vigueur qui a fait la renommée de Sonallah Ibrahim, l’histoire des relations orageuses entre les Arabes et l’Occident depuis deux siècles.

Koulsy Lamko, Les racines du yucca, Éd. Philippe Rey, 2011
Un écrivain africain vivant à Mexico est atteint d’un incroyable mal : une allergie au papier… Son étiopathe lui conseille de voyager, de retrouver la nature. Il part donc dans le Yucatan animer des ateliers d’écriture dans un village de refugies de la guerre du Guatemala des années quatre-vingts. Une de ses stagiaires, Teresa, lui présente son journal des années de guerre. Fasciné par ce texte, l’écrivain décide de l’aider à le rédiger jusqu’au bout. Il va amener Teresa à accoucher des démons qui sommeillaient dans sa mémoire. Mais il va aussi réveiller les siens…
Généreux et ambitieux, ce roman tisse des liens solides entre l’imaginaire latino-amérindien et celui d’une Afrique confrontée aux affres des guerres, des trahisons multiples, des errements de politiques suicidaires.
Avec Les racines du yucca, Koulsy Lamko propose un regard croisé riche de ses multiples errances, et jette un pont entre deux continents qui feignent de s’ignorer alors que tout les rapproche. Il construit ainsi une parole poétique engagée et sereine : celle des espérances têtues. Comme celles du Yucca, cette plante tenace, rebelle a la destruction, dont toute tige ou racine arrachée revit au contact de la terre.

Boubacar Boris Diop, Murambi, le livre des ossements, Éd. Zulma, 2011

Construit comme une enquête, avec une extraordinaire lucidité, le roman de Boubacar Boris Diop nous éclaire sur l’ultime génocide du xxe siècle. Avant, pendant et après, ses personnages se croisent et se racontent, s’aiment et se confessent. Jessica, la miraculée qui sait et comprend du fond de son engagement de résistante ; Faustin Gasana, membre des Interahamwe, la milice des massacreurs du Hutu Power ; le lumineux Siméon Habineza et son frère, le docteur Karekezi ; le colonel Perrin, officier de l’armée française ; Cornelius enfin qui, de retour au Rwanda après de longues années d’exil, plonge aux racines d’une histoire personnelle tragiquement liée à celle de son peuple.

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Sylvie Kandé, La quête infinie de l’autre rive : épopée en trois chants, Éd. Gallimard (continents noirs), 2011
La quête infinie de l’autre rive évoque ceux qui, par goût de l’aventure, soif de connaissance ou nécessité économique, se lancent en pirogue sur l’Atlantique. Hier, ils étaient des milliers qui, sous la conduite d’Aboubakar II, alias Bata Manden Bori, mirent le cap sur l’Amérique ; aujourd’hui ils sont des dizaines de milliers, qui, dans l’espoir d’atteindre l’Europe, s’embarquent audacieusement sur l’océan. En filigrane, le texte s’interroge sur la possibilité d’une histoire autre, si les expéditions malinké avaient, avant Christophe Colomb, « découvert » l’Amérique.

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François Devenne, La nuit d’ivoire, Éd. Actes Sud, 2011
Dans le Kenya contemporain, les destins croisés d’un jeune Masaï qui entrevoit avec peur et fascination le monde moderne, et d’un « délinquant » de Nairobi qui, à travers l’expérience de la chasse aux éléphants et du trafic de l’ivoire, va recouvrer la connaissance et les valeurs de ses ancêtres.

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