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Anne Cillon Perri, Chanson pour Marennes et Oléron, éd. opoto, 2009
Avant la sortie en librairie prévue pour le début octobre voici un long extrait du nouveau recueil du poète camerounais Anne Cillon Perri.
Mars 2009. Par une froide soirée d’hiver, le poète camerounais arrive au Pays Marennes Oléron. Quelques heures plus tôt, il quittait son Afrique natale et ses 35°. Pendant trois semaines il présente ses œuvres aux habitants d’Oléron et du bassin de Marennes. En explorateur avisé il prend des notes, des photos, mais surtout, il fait des rencontres. Chanson pour Marennes et Oléron est la relation de ce voyage à la découverte d’un Pays, de ses habitants et de leurs bizarreries…

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Anne Cillon Perri, Chanson pour Marennes et Oléron, Éd. opoto, 2009
Mars 2009. Par une froide soirée d’hiver, le poète camerounais arrive au Pays Marennes Oléron. Quelques heures plus tôt, il quittait son Afrique natale et ses 35°.
Pendant trois semaines il présente ses œuvres aux habitants d’Oléron et du bassin de Marennes. En explorateur avisé il prend des notes, des photos, mais surtout, il fait des rencontres.
Chanson pour Marennes et Oléron est la relation de ce voyage à la découverte d’un Pays, de ses habitants et de leurs bizarreries…

Le livre est vendu 10 €. Sur cette somme 1 € est destiné à la construction d’une bibliothèque dans le village de Anne Cillon Perri. Nous vous présenterons le projet dès la fin de la semaine…

Les premiers vers :

Et puis il a fallu partir
Perdre mon ancrage
Au sol solide du terroir
Traverser l’énorme rature
Du dernier cordon policier
Et plus haut que les oiseaux
Plus haut que les nuages
S’envoler dans la nuit profonde

Yaoundé
Douala
Tamanrasset
Musiques arabes
Et au petit matin
Aéroport Mohamed V
Cordon policier
Et l’attente
Toute une journée
À poireauter là
À lécher les vitrines de l’espoir
À tourner
et retourner
des
araberies
Vendues à prix d’or
Aux doux benêts de passage

En savoir +

Fernando d’Alméida, L’évangile du coït, Éd. opoto, 2009
Fernando d’Alméida revient sur la poérotique. Dans la bibliothèque numérique on peut découvrir ses réflexions sur le sujet (de la poérotique). Aujourd’hui il nous propose des textes, écrits entre Douala et Montréal avec une escale à Paris.
Actuellement à l’imprimerie le livre paraitra le 15 juin et sera disponible dans toutes les bonnes librairies (bon, s’il n’est pas sur la table de votre libraire il peut aussi faire l’effort de le commander).

Doublement africain par ses origines béninoises et camerounaises, Fernando d’Alméida est également d’ascendance noire brésilienne.
Il est considéré comme le poète le plus décisif, le plus accompli du Cameroun et l’un des meilleurs de la francophonie littéraire africaine.
Premier africain lauréat du Grand Prix de poésie Léopold Sédar Senghor en 2008 décerné par la Maison africaine de poésie internationale, d’Alméida est universitaire. Il enseigne les littératures française, belge et québécoise à la Faculté des Lettres et Sciences Humaines à l’Université de Douala.
L’évangile du coït a été écrit lors de son dernier séjour au Québec.

Lire les premières pages

Younes Adli Si Mohand Ou Mhand : Errance et révolte, Ed. EDIF 2000 (Alger), Ed. Paris-Méditerranée (Paris), 2001
Si Mohand U M’hand est un poète kabyle de la tribu des At Yiraten de Kabylie (Algérie), né entre 1840 et 1845 à Icheraiouen, et mort le 28 décembre 1905 à Michelet.
L’oeuvre de Si Mohand est directement inspirée de sa vie. Son enfance est placée sous le signe de la violence et de l’exil. Né dans une famille de la petite bourgeoisie musulmane de Icereiwen, il assiste à l’arrivée des troupes françaises du général Randon en Kabylie et à la destruction de son village. À la place, les Français construisent une ville fortifiée devenue Fort national.
Installé dans un hameau voisin, le jeune homme se destine ensuite au droit musulman. Mais la révolte de 1871 met un terme à ses projets. Son père est exécuté, son oncle déporté avec ceux qui deviendront les Kabyles du Pacifique en Nouvelle-Calédonie et sa famille dispersée.
Déraciné et seul, Si Mohand devient un poète errant. Il emprunte à son expérience les thèmes de l’exil, de l’amour de sa terre natale, de l’amour et du destin. Le poète aurait par ailleurs juré de ne jamais répéter deux fois le même poème, de sorte que seule la mémoire populaire a permis de conserver son œuvre qui de générations en générations est arrivée jusqu’à nous.
En 2001 Younes Adli publie Si Mohand Ou Mhand : Errance et révolte. Il y brosse la vie du poète  « de l’errance, de la révolte, ainsi que de l’amour » et nous donne à découvrir une centaine de poèmes inédits à lire en berbère et en traduction française.
Quelques temps plus tard le réalisateur Liazid Khodja sort le film : L’insoumis.

Lire des poèmes de Si Mohand U M’hand

Fernando d’Almeida fait un peu figure de chef de fil de la poésie camerounaise, voir africaine car on le présente à la fois comme poète camerounais ou béninois. C’est selon. Lui se défini doublement africain (Il est né en 1955-ou bien est-ce en 1951?- à Douala (Cameroun) d’une mère camerounaise et d’un père dahoméen (béninois) d’ascendance noire brésilienne. Chaleureux jusqu’à l’ivresse ce bon vivant est capable de parler de poésie, la sienne mais aussi celle des autres, la nuit durant sans lasser son auditoire. Pas étonnant qu’il se soit plongé dans cet hommage à Aimé Césaire. Il a du passer des nuits à poétiser la feuille blanche dans son refuge de la Roseraie du Goyavier. Son stylo encrant la page d’un jet nerveux et continu avec juste de temps en temps une pose pour réfléchir en sirotant une gorgée de Beaufort lite (« light » prononcé à la française) à la trompette (au goulot).
Parlant de Fernando d’Almeida, l’écrivain français Lionel Bourg a pu écrire : “Un poète se reconnaît toujours à son ton. A cette tenue de la langue et chez toi, ce charme, au sens profond, magique du terme, qui agit inéluctablement, brassant les éléments et les êtres, le concept et l’image, fondant enfin une manière de mythe contemporain, profondément enraciné mais aérien ensemble”.
Léopold Sédar Senghor qui de lui que sa poésie était de « belle eau ».

Le poète du Wouri (le fleuve qui traverse Douala à deux pas de chez Fernando d’Almeida) livre pour les lecteurs d’opoto sont nouveau recueil de poèmes dédié à la mémoire d’Aimé Césaire : Dans l’ailleurs de l’ailleurs (Tombeau d’Aimé Césaire).
Lire un article de Anne Cillon Perri sur Fernando d’Almeida et Paul Dakeyo
Mise à jour (3 mai 2009)
: Bonne nouvelle : Fernando D’Alméida pulie chez un « éditeur » Dans l’ailleurs de l’ailleurs. Mauvaise nouvelle : le texte n’est plus disponible gratuitement sur Opoto.org.

Francis Bebey est né en 1929 à Douala. Il est élevé au son de la musique classique occidentale, tout en gardant une oreille attentive aux musiques traditionnelles africaines qu’il découvre, chez un voisin, passant ses nuits à jouer de l’arc à bouche et de la harpe traditionnelle.
Étudiant à Paris, il forme un trio avec son compatriote Manu Dibango. Il part ensuite pour les États-Unis en vue d’étudier la communication et le journalisme. Il compose alors sa première pièce pour guitare, L’Été du Lac Michigan.
Journaliste, il travaille en Afrique, notamment au Ghana, où il participe à la création d’une station française de radio, puis regagne la France où il entre comme reporter à la future RFI.
Il devient responsable du département musique de l’Unesco, tout en publiant articles de presse, nouvelles, poèmes, romans, dont Le Fils d’Agatha Moundio qui est récompensé par le Grand Prix littéraire de l’Afrique noire en 1968. Cette même année il donne son premier concert parisien : il présente un répertoire chanté en douala, en français et en anglais, inspiré des chants bantous et des polyphonies pygmées.
Il publie l’année suivante une étude qui fait toujours référence, Musique de l’Afrique, L’Enfant pluie un recueil de contes et écrit le recueil de poésie Concert pour un vieux masque.
Sa carrière de chanteur prend son envol en 1972, année de la sortie de son premier album, Idiba. À partir de 1974, il décide de se consacrer uniquement à la musique et à l’écriture. Toujours attentif à préserver l’essence de la tradition, il n’utilise les instruments électriques qu’avec parcimonie, préférant mettre en avant les instruments traditionnels comme la flûte pygmée ou la sanza, sans pour autant s’interdire l’audace et l’aventure.
En 1980 il rencontre le succès avec Le Rire africain un album à l’humour bien léché. Artiste complet curieux et touche à tout, en plus de ses chansons et ses livres, il composa des musiques de films et écrivit de nombreux articles.
Au cours de l’été 2000, année où il publie l’album M’Bira Dance, il fait l’une de ses dernières apparitions publiques au festival Les Suds à Arles. Il décède le 28 mai 2001, à Paris.
Artiste humaniste des plus attachants et d’une singulière discrétion, Francis Bebey demeure un « poète qui parle (aussi) avec ses doigts », selon l’heureuse formule de Sophie Ekoué.
Approcher Francis Bebey, c’était goûter au charme de la légèreté intelligente, prendre une leçon d’humilité, d’humanisme, de courtoisie. Une leçon de vie.

Des informations très complètes sur Francis Bebey : le site des amis de Francis Bebey.
Lire des extraits de l’oeuvre de Francis Bebey
Écouter Francis Bebey :
Espoir en l’Afrique : un article de Francis Bebey.
Francis Bebey sur opoto

Édouard Kingué embrasse la poésie, égrène les mots de sa mélancolie. Sa lucidité se fait errance. Dans cet agacement de rimes, frappant avec les phrases au rythme d’une pagaie, la pirogue de ses mots raconte sa ville. (…) Lui, raconte son exil intérieur. Et danse ses maux. C’est une bouffée de fraîcheur.
(Extrait de la préface de Suzanne Kala-Lobé pour Exil de banlieue).
Voici un petit recueil de poèmes venus du Cameroun qu’Édouard Kingué m’a fait l’amitié de m’envoyer.

Lire Ratures dans la bibliothèque numérique ou ici.
Le blog
d’Edouard Kingué.
Un interviou d’Édouard Kingué dans le supplément culture de Mutations.

C’est une métaphore précise de l’Afrique qui se dégage des beaux poèmes d’Edouard Kingué, par ce regard en arrière qui dans les ruelles de la mémoire et « A travers le sentier rebelle » vient « …planter des fleurs repères » : une métaphore incestueuse, mais traversée d’interdit, d’impossible remontée dans « la matrice du bonheur ».
Alternance d’espoir et de désespoir radical. En Afrique, c’est « Le crépuscule permanent », « Un vent mauvais hante/Les rayures du ciel », alors « La mer ouvrira ses bras…De la désespérance viendra/La guitare d’une autre rive », des « …rivages de la tourmente » qui semblent tellement ceux de la naissance laissant derrière soi un intérieur à jamais dévasté, le poète se tourne vers « …la promesse d’un autre port/Quand chancellent les âmes… », mais ce « Mirage du lointain oasis » n’est-il pas encore une dénégation de cette perte originaire ? « Le peuple rêve de traverser/La barrière de l’horizon », mais peut-être seulement pour tenter de traverser la seule barrière intraversable, celle de la séparation d’avec la matrice.
Cette Afrique où les « Cerveaux engourdis/Sébile tendue, débile » dorment, rêverait-elle de réparer ainsi la dévastation inéluctable de la « matrice du bonheur » ? Le regard du poète Édouard Kingué est pourtant précis, il voit cette Afrique comme la « matrice du bonheur », alors sa dévastation actuelle prend un sens par rapport à une naissance, qui est forcément un exil, « exil de banlieue ». Pourtant, celui qui s’entend dire que son destin rime avec « Une arche pour abriter/La gouttelette de rosée », celui qui s’arrête à cette tentation qui se présente à lui par ce « Viendras-tu écrire amour/Sur le sentier de lumière », ne tente-t-il pas de guérir cette « Afrique ensanglantée » qui prend tellement dans ces poèmes sens de matrice ensanglantée jetant dehors l’enfant ? Alors, il s’entend dire : « Repeints les frontons rasés/De vert de rouge ou de jaune », et il s’engage à ne plus parler du malheur, il « Rallume les torches éteintes ». Le voici plein de désirs incestueux ! « Je voudrais vibrer de ferveur à l’orée de toi….Chanter le credo pour ma terre désolée…Donne-moi des grains pour engrosser ma terre ». Devenir poète pour pouvoir engrosser sa terre…sa mère…de lui-même revenu en son sein accueillant…
Mais, évidemment, plus encore peut-être parce que l’interdit veille que parce que le moissonneur depuis l’Occident vise le bouc émissaire, « Notre amour a pris une résonance d’enfer ». Et, en effet, « …comment t’honorer dans cette tourbière » ? Et « Folles sont mes pensées vers toi…./Tout mon corps se rappelle/Ce que tu m’as fait », mais ce n’est qu’un moustique la nuit qui rappelle un vampirisme plus ancien.
« Chaos défloré », « premier viol », pour dire cette violence originaire qui s’écrit sur la terre d’Afrique, et que le poète Edouard Kingué sait si précisément écrire dans toute son ambiguïté et la tentation de regarder indéfiniment en arrière. Regard qui s’éternise sur la scène de sa propre naissance : « Au septième enfantement/Il y eut un soir un matin/Le premier viol/Issue de Ta vénusté ». La naissance est aussi un viol, puisqu’elle est un dérangement infini, la fin d’un certain état. L’Afrique de ces poèmes n’arrête pas de le dire. A la fin de ces ébats qui mettent dehors, dans l’exil irrémédiable, « Je brûle encore/Du feu de ta fièvre ». Peut-être faut-il être Africain pour, en avance sur nous, voir de manière si réelle et si douloureuse cette décomposition matricielle du lieu d’où les humains sont mis dehors ? « Ah !Si tu pouvais/M’enlacer comme une liane », rêve encore le poète ! « Offre-moi avant ton départ/Une alvéole de souvenirs » !
Mais, inéluctablement, « Les flots sans rivages expirent…Le fleuve se meurt en silence ». Expérience de la mort, de la naissance, du passage à un temps autre. L’Afrique, cela pourrait être aussi l’écriture de cela, qui devrait pourtant être lu par chaque humain. « La rose sanglote sur ses pétales », et oui, elle ne peut garder éternellement en son sein, celui-ci se vide, vide dehors, offre du ravagé. Et « L’angoisse danse la danse de la mort ». Véritable expérience de mort à un état antérieur que la naissance !
Mais, encore et encore, le poète veut repeindre les frontons rasés, ne plus parler de ce malheur-là, il veut ressusciter « Les roses les lilas les fragrances/Ingérés au temps du bonheur ». Il veut rallumer les torches éteintes. Mais « Les miracles ont cessé les oracles se sont tus…Avant l’orage avant la chute/Les dieux ont disparu du ciel abrupt ». Cependant, le poète implore encore le Seigneur : « Rendez-moi mon continent » Alors le poète s’engage : « Je pèlerais le vent/Pour purifier les mots/Que déverse le ciel/Sur les poussières de terre ». Purifier les mots des traces d’amour incestueux pour l’Afrique ? Mais des mots rebelles, toujours… Pourtant, « Les mots diront-ils/ Ces maux de la cité/Désamarrée » ? Les mots d’Edouard Kingué y excellent ! Il faudrait juste, alors, abandonner peut-être cette métaphore matricielle, pour voir l’Afrique sous un jour nouveau, une terre qui n’aurait plus rien à voir avec une matrice, une terre d’après la naissance.
Et, par ce regard en arrière qui parcourt ces poèmes, Édouard Kingué arrive à écrire :

Ô nuits des marées
Champs clos de désirs inassouvis
Balayure d’un ailleurs infini
Comme la mer mourante sur la grève
Retire-toi loin de mon rêve
A l’allongée des âtres éteints
Tu seras témoins de mes fatras
Tu seras le cri cannibale
Dans le fœtus bantoustan

Voici parcourus brièvement ces poèmes qu’il faut absolument aller lire longuement.
Alice Granger Guitard

Édouard Kingué, Exil de banlieue, Éd. Honoré de Sumo, 2008

Je ne me suis jamais risqué à parler d’Anne Cillon Perri tant il est difficile de présenter un grand ami. Et pour rajouter à la difficulté un grand poète. Je pensais sans doute que je n’aurai rien à ajouter à ce qui c’est déjà écrit sur lui, ses œuvres, ses idées.  Aussi plutôt que de pompeux discours je préfère vous le présenter à travers des textes, des intervioux. Pour ce premier article voici sa « profession de foi ». Nous sommes en 2004, Pico publie son premier recueil : Sur les rues de ma mémoire.

Je voudrais commencer par remercier ceux qui ne sont pas venus. Allez leur dire qu’en décidant d’honorer de leur absence cette cérémonie, ils m’ont soulagé au plus haut point. Car, devant eux, « tout m’afflige et me nuit et conspire à me nuire ».
Quant à vous qui êtes présents, je vous remercie du fond du cœur d’être venus. Je dois vous le dire non seulement pour m’acquitter d’un agréable tribut de gratitude, mais aussi parce que je suis à présent convaincu que Sur les rues de ma mémoire, je ne serai plus jamais seul. Vous serez toujours au bout du chemin le public qui m’attend avec ses angoisses et ses espérances. Votre présence massive dans cette salle me rend à l’évidence que j’ai eu raison de ne pas céder au désespoir du silence. Il me fallait absolument sortir de la réserve pour hurler cette parole poétique que j’ai vraiment voulue exemplaire, bien que je ne sache pas si j’y suis parvenu. J’ai posé dans ce livre des pierres d’attente. Certains y trouveront ce que j’y ai mis, d’autres, ce qu’ils redoutent d’y trouver et quelques-uns ce qu’ils y apporteront. Voilà pourquoi je décevrai encore ceux d’entre vous qui m’avez posé la question de savoir ce qu’au juste je veux dire dans mes poèmes. J’ai toujours soigneusement éludé cette question. Je vous avoue enfin aujourd’hui que je ne dis rien. Cependant, tout en ne disant rien, c’est-à-dire, en m’offrant corps et âme à des riens, je me suis investi dans la production d’un tissu vocabulaire dont la réalisation accordait un primat beaucoup plus aux motifs figuratifs qu’aux motifs significatifs. En effet, il s’agit pour moi toutes les fois que j’écris un poème d’opaliser la parole pour en faire non pas un objet vulgaire de communication, mais bien d’avantage une pièce d’orfèvrerie dont l’ornementation procède d’une volonté tenace de donner à voir, à entendre, à sentir, voire à ressentir. Je m’emploie à essayer de mettre en avant le « côté palpable des signes » linguistiques, dans un réglage rythmique et sonore qui n’est pas toujours idéologiquement marqué, mais qui s’acharne à conserver la mémoire des choses exprimées, à retenir l’odeur symphonique d’un regard de femme, la saveur d’un souvenir ou d’un coucher de soleil, la musique d’un clair de lune ou la couleur d’un sourire. Mes poèmes sont par conséquent des oeuvres suggestives plutôt que des pièces démonstratives. Ce sont des œuvres dans lesquelles je me suis épuisé à essayer de saisir toutes choses de biais pour n’en retenir que les reflets et les formes essentielles. Ma poésie se veut donc un espace ludique de convivialité et de partage. Sur les rues de ma mémoire, je m’amuse à fond avec les muses. Leur visitation est toujours pour moi l’occasion de m’en aller plus loin du monde, loin des soifs, pour guérir de la migraine d’une vie que je n’aurais indubitablement jamais choisie telle qu’elle m’échoit quotidiennement. Il convient par conséquent d’interroger mes textes plutôt que leur auteur. Car, dans l’enthousiasme de la visitation des muses, le « je » qui parle est véritablement « un autre ». C’est un sujet qui évolue dans un espace de liberté et de fantaisies multiformes, un sujet qui vogue dans une zone de permissivité où il peut se livrer à tous les jeux interdits, même les plus lubriques. C’est donc d’une régression à l’enfance qu’il s’agit, ma folle enfance forestière irriguée par une ruralité d’autant plus têtue qu’elle s’articule sur ma cosmogonie bantou, ma paganité boulou et la spiritualité de ce siècle qui sent encore le relent de celui qui vient de s’achever et dans lequel j’ai bêché loin de mon père que j’ai vraiment failli aimer.
Il faut donc se donner des yeux de môme pour mieux évoluer avec moi Sur les rues de ma mémoire. Car ici, mes mots copulent dans une phraséologie particulièrement transgressive de la norme, mais qui demeure tout de même respectueuse de la langue française. Ma poésie se lit avec les yeux, d’ailleurs quoi de plus normal ; mais elle se lit aussi avec la bouche, la peau, le nez, les oreilles et le sexe, c’est à dire avec le cœur. il faut donc se donner devant mon poème un regard désaccordé et s’exercer à voir dans certains de mes mots des perles rares. Il faut s’accoutumer à rêver la vie, je veux dire, à vivre le rêve, non pas comme un rêve, mais bien davantage, comme possible ancrage au vrai, au juste, au bien et au beau. Ainsi donc, dans la douleur jubilatoire du dire vrai et juste, j’ai voulu oser l’ascèse de promouvoir le bien et le beau. Toute ma vie, je voudrais vouer un culte au beau pour donner créance au bien. Je voudrais épuiser tous les codes de l’amour pour faire un sort à la vie. Voilà pourquoi je me suis toujours défendu contre ce que Brecht a appelé « l’art pour tous ». Car, je ne suis pas un idéologue. Je ne cherche à construire aucun système révolutionnaire pour bouleverser la face du monde. Le démocratisme poétique, à mon avis, tue la poésie.
Le texte poétique doit être fait pour résister un peu à l’assaut des importuns. C’est en cela que le poème est comparable à la femme. Il s’agit en clair de se donner par bribes successives, en résistant un tantinet d’une étape à l’autre. Il s’agit de se donner sans mettre en relief cette volonté. Cela induit de la part du lecteur la nécessité de cultiver un art de lire. Comme un amant qui s’acharne à visiter en dedans l’objet de son amour, le lecteur doit développer des stratégies opératoires. C’est-à-dire, caresser longuement ce dont il faut connaître le système de fonctionnement. Le poète n’est pas un comédien. L’expressivité qu’on met dans la voix en disant des fadaises n’en fait pas de grands poèmes. De même, un navet dit par un bon comédien demeure un navet. Au demeurant, vouloir faire de l’écoutant d’un poème, non pas une personne qui prend une part active dans la réception du texte, mais un spectateur qui en est étranger détourne la poésie de sa vocation originelle. Car le poème est avant tout un texte et non un geste.
S’il y a un théâtre muet, on ne peut concevoir une poésie muette, c’est-à-dire sans paroles. Même Paul Verlaine qui est de manière lointaine le père de l’idéal moderne n’a pu faire ses Romances sans paroles qu’en alignant des vers. C’est dire que le jeu scénique est détachable du poème auquel il n’ajoute rien. Bien au contraire, il détourne du texte qu’il masque, étouffe et tue.
Le poète n’est pas forcément un militaire qui se sert des mots comme d’autres se servent du canon. Mais il est toujours un fleuriste qui peut, soit le demeurer uniquement, soit alors se servir des fleurs à des fins combattantes. Voilà pourquoi il ne faut pas prendre une grippe de s’entendre dire que l’on ne milite pas dans ses poèmes pour une grande cause sociale. Car, « l’art n’est pas d’un parti ». Musset a pleuré toute sa vie, il a été poète. Césaire n’a fait que tonitruer dans ses textes, il est aussi poète. Certains comme Hugo ont parfois gémi, parfois bramé contre des systèmes sociaux, ils ne perdaient pas la qualité de poète dans une situation pour la gagner dans une autre. Et ce qui est vrai de ces maîtres l’est aussi de Ernest Alima qui doit définitivement comprendre que le tam-tam pleure, mais le tam-tam rit aussi. J’ai dit de lui que globalement, il n’était pas engagé comme René Philombe par exemple. Mais cela n’a rien de dépréciatif. De même, dire que la guerre froide fait désormais partie de l’histoire ne range pas dans un musée l’œuvre de Mveng qui lui consacre une place de choix dans Balafon. L’antagonisme Est-Ouest s’est mué en un monisme dictatorial qui s’exerce du district de Columbia vers le reste du monde mené par le bout du nez.
Mesdames et messieurs,
Je vous prie de croire qu’un autre monde est vraiment possible et qu’on peut le réaliser loin du marxisme en promouvant un commerce mondial équitable, plus de démocratie et de liberté. Je vous prie de croire en un monde émancipé de la dictature des grandes firmes et libéré du terrorisme des marques. Je suis très conscient des dangers auxquels je m’expose dans la haute administration où je suis fonctionnaire et où je rêve tout de même d’une carrière, en osant dire aujourd’hui que le monde et, singulièrement l’Afrique, sont plus terrorisés par les marchands que par les barbus. Ceux qui veulent nous imposer le blue jean et le coca cola comme alternatives incontournables à notre mal-être sont précisément nos plus grands malfaiteurs.
Nous avons ouvert les marchés, nous avons accepté le pluralisme politique, nous avons confiné l’Etat à ses seules missions régaliennes, en inhibant toute vision keynésienne de la relance économique, le néolibéralisme est triomphant, mais nous n’avons plus d’électricité, encore moins le téléphone qui sont quand même des préalables incontournables à une insertion dans l’espace virtuel mondialisé.
J’ai tenu à le souligner afin que Sur les rues de ma mémoire, personne ne se méprenne sur le sens profond de mon engagement qui ne prendra jamais fait et cause pour ceux qui sont si différents de nous qu’ils pensent suffisant de garder la barbe pour changer la face du monde. Mais ce n’est pas leur barbe qui m’offusque. C’est bien davantage le fait qu’ils refusent d’envoyer leurs filles à l’école et qu’ils offrent régulièrement leurs têtes à exploser pour abréger leur chemin du Paradis en emportant au passage quelques innocents qui veulent bien profiter des joies de la terre.
Mesdames et messieurs, j’ai vraiment rêvé d’aller avec le monde main dans la main, jusqu’à l’orgasme de la paix. Si vous pensez comme moi, je vous invite à me suivre Sur les rues de ma mémoire. Vous y trouverez beaucoup de poésie. C’est moi qui les ai ainsi parées. L’amour, la fraternité et la justice vous y hèlent dans un réglage qui s’efforce de concilier les isotopies sonores avec « la violence faite au langage », selon l’expression d’Octavio Paz. Rien ne doit vous impressionner. J’ai versifié librement dans ce livre pour mieux exorciser les fantômes qui nous font des grimaces effroyables sur toutes les sentes de la liberté. J’ai voulu surmonter l’épreuve de leur morale surannée en prenant comme Francis Ponge le parti des choses par un travail de figuration qui risque de vous dépayser comme je l’ai souhaité. Il s’agit ici, comme chez André Salmon de souvenirs sans fin dont la succession reprend la phrase interrompue de Louis Aragon et les chants émouvants du « cortège des femmes, long comme un jour sans pain ».
Mesdames et messieurs, c’est sur ce vers de Blaise Cendrars dont je me sers pour illustrer comme Max Jacob le fond de l’eau que je voudrais avoir terminé.

Sur les rues de ma mémoire, éd. Proximité et éd. Interlignes, Yaoundé, 2004. Malheureusement épuisé depuis depuis on peut en lire des extraits dans Anthologie de la littérature camerounaise : des origines à nos jours, éd. Afrédit, Yaoundé, 2007

Lire des poèmes de Anne Cillon Perri dans la bibliothèque numérique d’opoto.
Faire un tour sur son excellent blogue : Pic’Art de l’Assoumière

Le poète s’en est allé. Une nouvelle fois, loin de sa Palestine. Il semble que l’exil soit définitif. Mahmoud Darwich nous laisse ses textes en héritage. A le relire on comprend, qu’ancré dans le combat de toute une vie, il est parti bien trop tôt, bien trop jeune.
Mahmoud Darwich est né en 1941 à Al-Birwah, en Galilée, en Palestine sous mandat britannique, aujourd’hui Israël. Après l’établissement d’Israël en 1948, le village fut rasé entièrement et la famille Darwich s’enfuit au Liban, où elle resta un an, avant de rentrer clandestinement en Israël où elle découvre que leur village a été remplacé par une colonie juive. La famille s’installe alors à Dair Al-Assad.
Darwish a commencé ses études primaires à Dair Al-Assad, tout en vivant sous la menace constante d’être découvert et exilé par les autorités israéliennes. Son premier recueil de poésie fut publié quand il avait dix-neuf ans (Oiseaux sans ailes, 1960). En 1964, il sera reconnu nationalement et même internationalement comme une voix de la résistance palestinienne grâce à Feuilles d’olives.
En 1961, il rejoint secrètement le Parti Communiste d’Israël, et commence à travailler comme rédacteur adjoint de Al-fajr.
Il sera plusieurs fois arrêté et emprisonné pour ses écrits et activités politiques entre 1961 et 1967.
Assigné à résidence à Haïfa où il travaille comme journaliste, il s’exile au Liban de 1971 à 1982, rejoignant Beyrouth.
Après l’invasion du Liban par les israéliens, en 1982, le poète repart en exil, au Caire, à Tunis puis à Paris. En 1987, il est élu au comité exécutif de l’OLP.
Un an plus tard, en 1988, un de ses poèmes, En traversant les mots passants, est discuté à la Knesset; il est accusé de souhaiter voir partir les Juifs d’Israël. Mahmoud Darwich s’en défendra en expliquant qu’il voulait dire qu’ils devaient partir de la Bande de Gaza et de Cisjordanie. Le poète écrivit :

Alors quittez notre Terre
Nos rivages, notre mer
Notre blé, notre sel, notre blessure

En 1993, après les accords d’Oslo, Mahmoud Darwish quitte l’OLP, protestant contre l’attitude conciliante de l’Organisation dans les négociations et préfèrant une paix mais une paix juste.
Il continue à être rédacteur en chef du magasine Al-Karmel, et vit à Paris avant de retourner en Palestine en 1995, ayant reçu un visa pour voir sa mère. Il eut ainsi la permission de retourner en Palestine pour les funérailles de son ami l’écrivain Emile Habibi et de visiter la ville où il a vécu mais pour quelques jours seulement. Il reçoit une autorisation de séjour des autorités israéliennes et s’installe dans une ville de Cisjordanie, Ramallah, ville où Yasser Arafat avait ses quartiers. La ville deviendra un champ de bataille en 2002.
Il est décédé le 9 août 2008 aux États-Unis.

Lire un texte de Mahmoud Darwich : Identité, sans doute le plus connu de ses poèmes.

Les liens : l’entretien de Mahmoud Darwich dans l’Humanité, un site sur le poète en français. Découvrir la poésie palestinienne.