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Trois recueils d’histoires courtes témoignent d’une Afrique actuelle loin des clichés touristiques où du misérabilisme ambiant. Parfait pour le bus, le métro ou les embouteillages matinaux. (photo : sur le Wouri, Douala. Beb)

Dave Eggers, Du haut de la montagne, une longue descente, Éd. Gallimard (Folio), 2011
Un groupe de randonneurs s’apprête à attaquer l’ascension du Kilimandjaro.
Cinq Américains accompagnés d’un guide et d’une trentaine de porteurs. Rita, Shelly, Grant, Mike, et Jerry veulent se prouver à eux-mêmes ou au reste du monde, qu’ils sont capables de grimper jusqu’au sommet mythique de l’Afrique. Ils ne tardent pas à se rendre compte que la randonnée est loin d’être une partie de plaisir… Dave Eggers, auteur du Grand Quoi (prix Médicis étranger 2009) signe une nouvelle haletante, dans laquelle l’angoisse et l’absurdité des hommes croissent à mesure que le sommet approche.

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Lieve Joris, Ma cabine téléphonique africaine, Éd. Actes Sud, 2011
L’histoire de Bina, postier malien, courageux et débrouillard, qui a fait de Lieve Joris son (involontaire) sponsor et lui a dédié sa cabine téléphonique, inaugure ici une série de récits consacrés à l’Afrique (Mali, Congo, Tanzanie, Sénégal), au Proche-Orient (Égypte, Syrie) et à l’Europe de l’Est (Hongrie, Pologne en compagnie de l’écrivain Ryszard Kapuscinski).
Comme toujours chez Lieve Joris, on est frappé par la densité des rencontres. Sans s’attarder sur les circonstances de ses voyages, elle privilégie la compréhension des destins. Curieuse, empathique, laissant le temps la rendre familière à ses interlocuteurs, l’auteure promène un regard attentif, toujours respectueux. Elle n’est jamais dupe – mais elle n’est jamais juge. Les lieux où elle fait étape sont parfois sous le choc de bouleversements violents.
La survie et la débrouille sont de règle. Par ce recueil où sont rassemblés de multiples portraits, Lieve Joris nous fait saisir à quel point les gens qu’elle croise, dispersés sous toutes les latitudes, luttent pour se construire, dans un champ d’obstacles, une vie digne des pages chaleureuses qu’elle leur consacre.

Jean-Christophe Rufin, Sept histoires qui reviennent de loin, Éd. Gallimard (Blanche), 2011
Sept histoires, sept univers différents, et toujours la même attention aux cultures du monde entier.
Dans ce recueil, Jean-Christophe Rufin interroge une fois de plus le monde contemporain, à travers la fiction. Du Mozambique à l’île Maurice, d’un train pour l’Allemagne au Sri Lanka, ces récits brefs et enlevés scrutent l’humanité en marche, telle qu’on peut l’observer aujourd’hui. Si le ton est souvent enjoué, le propos n’en est pas moins sérieux : chaque histoire invite à la découverte et à la réflexion.
Sans jamais se départir d’un plaisir d’écriture évident, Jean-Christophe Rufin parvient à introduire dans des récits prenants la description précise et intelligente d’un pays, d’une situation. Il sait inviter le lecteur à la réflexion sans jamais renoncer à l’émouvoir, ni à l’amuser.

François Nkémé, Patrice Nganang, Gertrude Obinong, Peter W. Vakunta, Dipita Kwa, Edouard Elvis Bvouma, Nouvelles du Cameroun, Éd. Magellan et Cie, Ifrikyia, Courrier international, 2011
Par ses paysages, par son histoire, par sa culture, on dit du Cameroun qu’il est une « Afrique en miniature » ou une « Petite Afrique ». Il est vrai que les composantes principales de ce pays d’Afrique centrale sont celles de toute l’Afrique. Ce nouveau recueil de la collection « Miniatures » se devait de refléter cette diversité. Ainsi, deux nouvelles sont traduites de l’anglais, celles de Dipita Kwa et Peter W. Vakunta, tandis que les quatre autres sont écrites en français, celles de Patrice Nganang, François Nkémé, Gertrude Obinong et Elvis Edouard Bvouma. On aura avec eux quelques aperçus du « camfranglais », mélange de français, d’anglais, de locutions dialectales camerounaises et de pidgin, savoureux argot que la jeunesse urbaine a créé et qui varie selon les villes.
Nation littéraire, le Cameroun l’est à l’évidence. Une jeune génération, au contact des littératures européennes et américaines, s’inscrit désormais dans la littérature mondiale avec vigueur. Les six nouvelles de ce volume en témoignent. Pétri de traditions et ouvert culturellement sur le monde, le Cameroun possède parmi les écrivains les plus prometteurs du continent.

Rabâa Abdelkéfi, Ali Bécheur, Hélé Béji, Tahar Bekri, Emna Belhaj Yahia, Sophie Bessis, Azza Filali, Aymen Hacen, Hubert Haddad, Abdelaziz Kacem, Mounira Khemir, Nacer Khemir, Ida Kummer, Amel Moussa, Amina Saïd , Jean-Pierre Santini, Guy Sitbon, Walid Soliman, Lucette Valensi, Enfances tunisiennes, Éd. Elyzad (passages), 2010
Vingt auteurs de langue française et de langue arabe livrent un épisode, un fragment, une atmosphère d’enfance. Des années 40 aux années 90, ils nous convient à un voyage dans le temps… Tunisie plurielle où se côtoyaient des communautés en même temps différentes et semblables. Tunisie coloniale dans laquelle les autochtones découvraient une langue et des mondes étrangers, et tentaient d’étonnantes synthèses entre l’univers familial et celui de l’école. Tunisie des garçons et des filles, de la capitale et des villes de province. Tunisie plus jeune d’après l’indépendance, porteuse d’expériences nouvelles. ?Écrire, pour retrouver le paysage de l’enfance. Ce sont toutes ces histoires qui font le portrait d’un pays, de ses cultures, de ses révolutions.
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Maryvette Balcou, Jeter l’ancre, Éd. Epsilon, 2010
Les trois nouvelles de ce recueil progressent sur des lignes soigneusement tracées qui offrent des voyages entre terre et mer, entre naufrages et émergences, entre contraintes et libertés. Un air de vie sauvage et authentique, parsemé d’images odorantes et d’humanité. Un recueil au mini-format très original et fort pratique pour la lecture en plein-air !
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Chris Abani, Comptines pour l’enfant soldat, Éd. Albin Michel, 2011
My Luck., un garçon de quinze ans, a été enrôlé par les siens au cœur de la guerre civile (on ne dit pas laquelle) qui ravage alors le Nigeria.
A la tête d’une unité d’enfants-soldats (leur poids plume doit leur permettre d’éviter de sauter sur les mines qu’ils sont chargés de désamorcer), My Luck est bientôt coupé de ses troupes par une explosion qui lui fait perdre connaissance. Et tandis qu’il se met en quête de ses camarades, il est assailli par les souvenirs de sa vie d’avant-guerre et par les horreurs auxquelles il a participé depuis lors.
Et surtout par cette question :  » Si nous, les enfants, sommes les grands innocents comme affirment les adultes, pourquoi prenons-nous tant de plaisir à tuer ?  » Passé maître dans l’art de la nouvelle, comme l’a unanimement souligné la presse américaine au moment de la publication de l’œuvre originale, Chris Abani bâtit livre après livre une œuvre originale et forte. Sa prose tout à la fois lyrique et dépouillée, forgée aux rythmes et aux cadences de son pays natal, n’a pas son pareil pour sublimer l’expérience de la souffrance en une méditation profonde sur les paradoxes humains.

Jo Nesbo, Le léopard, Éd. Gallimard (Série noire), 2011
Revoilà Harry Hole : cela fait du bien de le retrouver après une longue absence : presque 3 ans depuis sa dernière enquête : le bonhomme de neige. Sur les plus de 700 pages seulement une petite partie se passe en Afrique (RDC et Rwanda). Mais Jo Nesbo y restitue si bien l’atmosphère qu’opoto ne pouvait ne pas le signaler. Bonne lecture.
Deux femmes sont retrouvées mortes à Oslo, toutes les deux noyées dans leur sang.
La police, en pleine guerre inter-services, se retrouve face à un mystère, puisque les blessures à l’origine des hémorragies fatales semblent avoir été provoquées de l’intérieur. La belle Kaja Solness, de la brigade criminelle, est envoyée à Hong Kong pour retrouver le seul spécialiste norvégien en matière de tueurs en série. Le policier alcoolique s’est caché dans une ville d’un million d’habitants pour fuir les démons assoiffés de sang d’anciennes affaires, les souvenirs amers de la femme qu’il aime ainsi que les membres des triades à qui il doit de l’argent.
Ce flic s’appelle Harry Hole… Pour la huitième affaire de son enquêteur fétiche, Harry Hole le détective au grand coeur et à la gueule cassée, Jo Nesbo nous livre son roman le plus complexe et le plus maîtrisé. Le léopard est une traque sans pitié qui laisse le lecteur pantelant. Nous promenant des pics enneigés de la Norvège aux volcans sulfureux du Congo, rien ne nous est épargné : avalanches mortelles, volcan en éruption, tueur en série à faire frémir, guerre des polices et manipulations en tout genre, sans oublier une histoire d’amour en arrière-plan pour offrir des moments de respiration au cœur de cette tornade d’action aux reflets d’hémoglobine.
Nesbo mène son récit tambour battant, comme au volant d’un bolide lancé à tombeau ouvert jusqu’à la dernière page.

Nimrod, L’or des rivières, Éd. Actes Sud, 2010
Revenant au pays comme chaque année pour visiter sa mère, Nimrod emprunte aux premières lueurs de l’aube les ruelles ocre de son quartier d’antan. Par-delà les années la vieille dame n’a pas bougé, et pour son fils exilé, voyageur lettré de passage en ce monde dont elle préserve l’intemporelle réalité, un sentiment soudain se précise : “C’est ma mère qui invente ce pays. Comme j’ai mis longtemps pour formuler cette idée. Elle est si simple pourtant. Dépouillé depuis toujours de la moindre de mes richesses, surtout lorsque j’ai eu dix-neuf ans – qui est l’âge de la guerre civile –, le pays ne cesse de me piller. Ma mère incarne ce dénuement. Aux poètes tchadiens – présents et à venir – je dédie cette parcelle de nudité que même la fraîcheur matinale dédaigne désormais. Il faut beaucoup d’imagination pour lui trouver un attribut maternel. C’est mon rôle à moi qui suis poète. Ma mère invente le Tchad.”
A partir de ce subtil hommage, Nimrod déploie, dans une succession de tableaux, des récits dans lesquels il réenchante les bonheurs passés, évoque les rares moments de partage avec son père, grand absent de sa vie, et revient aux origines de son tempérament contemplatif, comme si dans l’enfance il percevait déjà l’inévitable départ et dès lors s’efforçait de préserver en lui un refuge aux dimensions de l’univers : la poésie est fille de mémoire.

Emmanuel Dongala, Photo de groupe au bord du fleuve, Éd. Actes Sud, 2010
Après huit ans de mutisme, Emmanuel Dongala brise le silence. Pour son cinquième roman, l’auteur de Jazz et vin de palme et de Johnny chien méchant revisite une fois de plus son Congo natal et se fait cette fois-ci l’avocat des femmes.
Confrontées à une terrible injustice sociale, des femmes congolaises se mobilisent pour faire valoir leurs droits. Commencent alors une lutte exemplaire, politique et sociale, une quête du bonheur et un regain d’espoir au sein de leur famille et de leur couple.
Quatorze femmes concassent des blocs de pierre et remplissent des sacs de gravier à longueur de journée. Parmi elles, Ya Moukietou, la grande sœur qui n’hésite pas à affronter les hommes, Mâ Bileko, une ancienne femme d’affaires ruinée par sa belle-famille ; Laurentine, la plus coquette ou Mama Mayolo, qui d’un regard peut clouer sur place un gendarme. De ce travail harassant et dangereux, elles ne survivent qu’à peine mais y puisent l’espoir d’un avenir meilleur pour leurs enfants. Achetés par des hommes dominateurs et méprisants, les sacs de graviers sont revendus trois fois leur prix de vente jusqu’au jour où la demande suscitée par de grands travaux devient si forte que le bénéfice monte en flèche sans que les femmes n’y trouvent la moindre compensation. Alertées, le groupe de travailleuses décident de protester, elles refusent de vendre leurs sacs de gravier, s’apprêtent à faire valoir leurs droits. Commence alors un long combat les propulsant au devant de la scène politique, les confrontant pour la première fois à des situations qu’elles ne maîtrisent pas totalement et qui révèlent rapidement leurs faiblesses, transcendées par une solidarité exemplaire. Derrière cette extraordinaire galerie de portraits féminins, ce livre est une virulente dénonciation du comportement masculin, des dérives et des compromissions du pouvoir. Racontant cette histoire en créant un jeu de distance puis de proximité avec ses personnages, Emmanuel Dongala signe ici un roman lumineux éclairant d’optimisme et d’humour une Afrique où l’avenir politique et social de la femme est souvent illusoire.
Découvrir les autres ouvrages d’Emmanuel Dongala

Nuruddin Farah, Exils, Éd. Serpent à Plumes, 2010
Après vingt ans d’exil à New York, Jeebleh décide de retourner en Somalie, son pays. Au programme : trouver la tombe de sa mère et aider son ami d’enfance Bile à récupérer Raasta, sa fille enlevée. Mais quand il débarque à Mogadiscio, Jeebleh se rend compte que la situation a radicalement empiré.
Les clans ont divisé le pays, les adolescents prennent les gens pour des cibles et les Américains ont la gâchette facile. La tâche de Jeebleh est complexe, d’autant qu’on se méfie de lui. A quel clan appartient-il aujourd’hui ?
Dans ce monde chaotique où rien et personne n’est ce qu’il paraît, où chaque mot peut être une bombe, la petite Raasta, nommée la Protégée, représente l’espoir. Ses mots, sa présence sont le seul réconfort de ce peuple de vautours gouverné par la peur.
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Nafissatou Dia Diouf , Boubacar Boris Diop , Khadi Hane , Ken Bugul , Aminata Sow Fall, Nouvelles du Sénégal, Éd. Magelan et Cie (Miniatures), 2010
L’histoire du Sénégal, ou en tout cas de cette partie de l’Afrique de l’Ouest, ne commence pas avec les Indépendances : sa préhistoire, la longue et riche histoire de ses royaumes, sont en grande partie dans le précieux patrimoine que constituent ses langues et leur mémoire que sont le diola, le malinké, le pular, le peul, le sérère, le soninké ou le wolof. Le français s’est imposé comme langue nationale après deux siècles de colonisation. C’est la langue de la plupart des écrivains sénégalais aujourd’hui, même si certains, tel Boubacar Boris Diop, ont aussi écrit en wolof. Outre l’importance de Léopold Sédar Senghor, de Cheikh Hamidou Kane ou de Sembene Ousmane, une autre spécificité de la littérature sénégalaise est la place qu’y occupent les femmes : Mariama Bâ, Aminata Sow Fall, Fatou Diome, Ken Bugul, Khadi Hane, Nafissatou Dia Diouf. Francophone et féminine, telle se présente la littérature sénégalaise, consciente de son passé, attachée à des traditions multiséculaires, mais aussi moderne, ouverte sur le monde, sur le reste de l’Afrique, sur le monde arabe et sur l’Europe, tout en nouant de subtils liens avec les Amériques du Nord et du Sud où vivent tant de descendants du commerce triangulaire.

Ryad Assani-Razaki, Deux cercles, Vlb Éditions (Fictions), 2009
Ce premier recueil de Ryad Assani-Razaki, parle de discrimination et d’exclusion. Chacune des nouvelles de Deux cercles relate un moment de la vie d’un individu qui doit faire face aux difficultés et aux frustrations liées à l’immigration. Un immigrant ne parle pas du tout la langue du pays d’accueil ; il a réussi de peine et de misère à passer sa commande au fast food, mais il doit encore obtenir le petit jouet promotionnel pour le donner à son fils. Un autre rentre au pays après dix années passées en Occident ; la jeune femme qu’il fréquentait avant son départ lui expliquera longuement pourquoi elle le refuse. Un personnage ne veut plus faire partie du monde ; il s’efforce de n’être plus personne, mais le souvenir de la femme qu’il a aimée l’empêche d’y arriver… Dans un monde qui ressemble de plus en plus au village global, nous devons composer avec nos différences, nos croyances, nos préjugés… Quand les cercles sociaux, culturels et religieux s’entrecroisent, quand ils entrent en résonance avec notre cercle intime et avec celui des autres, à plus forte raison lorsque ces derniers sont des étrangers, quelles difficultés surgissent dans la vie de tous les jours ? Le déséquilibre et la confrontation sont-ils inévitables ?
Ryad Assani-Razaki est né à Cotonou, au Bénin, en 1981 et habite aujourd’hui à Toronto, où il travaille comme informaticien. Avant d’arriver au Canada, il a fait des études en informatique à l’Université de Caroline du Nord. Au Québec, il a obtenu une maîtrise en informatique à l’Université de Montréal. Deux cercles est son premier livre.

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