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Quelques lectures pour l’été : l’Afrique du sud au nord dans des romans parus depuis le début de l’année. En prime une belle image des amis Guy et Eric.

coudercFrédéric Couderc, Un été blanc et noir, éd. Flammarion, 2013
1968. Marianne, une jeune Française professeur de lettres, est dépêchée en Afrique du Sud pour enseigner à l’université du Cap, ville dont le cadre idyllique renferme à la fois la liberté des swinging sixties et l’horreur de la ségrégation. Elle fait la connaissance de Denise, une avocate blanche engagée dans la lutte contre les lois raciales. Inséparables, les deux jeunes femmes se voient bientôt mêlées à un événement exceptionnel : la première greffe du coeur jamais réalisée…
Par le biais de Denise, Marianne rencontre Victor, Afrikaner charmeur et désinvolte. Elle va l’aimer passionnément, mais avec l’impression de ne pas vraiment le connaître. Car les apparences sont trompeuses au pays de l’apartheid.
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ScholesKatherine Scholes, La lionne, éd. Belfond, 2013

En Tanzanie, de nos jours. Avec sa fille Angel, sept ans, Laura, infirmière au grand coeur, sillonne la brousse tanzanienne pour porter secours aux malades. Un jour, la tragédie frappe : mordue par un serpent, Laura meurt sur le coup, laissant Angel seule dans le désert. Terrifiée, encerclée par les vautours et les hyènes, la petite fille est promise à une mort certaine. Quand surgit une lionne… Non loin de là, Emma Lindberg, biologiste australienne, est venue visiter la station où travaillait sa mère, virologue décédée vingt ans auparavant, dans l’espoir de faire son deuil.
Mais, lorsque les chameaux de Laura et Angel débarquent à la station, la vie si bien organisée d’Emma bascule. Aidée de Daniel, séduisant docteur Masaï, la jeune biologiste se lance à la recherche de la petite fille. Mais où chercher ? Pourquoi Angel est-elle introuvable ? Et si George Lawrence, celui que chacun surnomme l' »Homme aux lions », avait la réponse ? D’un campement où animaux et hommes vivent en harmonie, aux étendus sauvages et dangereuses de la savane tanzanienne, cette quête va emmener Emma bien plus loin qu’elle ne l’aurait cru… Et si le vieil adage était vrai ? Et si l’Afrique transformait à jamais ceux qui s’y aventurent ?
Le site de Katherine Scholes (en anglais)

MuttMutt-Lon, Ceux qui sortent dans la nuit, éd. Grasset, 2013

Ceux qui sortent dans la nuit est un roman qui se déroule dans les arcanes du monde des ewusus, ces gens qui hantent les nuits et que la légende africaine pare de pouvoirs aussi extravagants que l’invisibilité, la lévitation, la capacité à remonter le temps.Alain Nsona, le personnage principal, veut venger sa soeur et pour ce faire, devenir lui-même un ewusu, c’est-à-dire quelqu’un qui, la nuit venue, quitte son corps et a le don d’ubiquité. Il va rencontrer le vieil ewusu, Jean-Paul Ada, qui deviendra son gourou.
Ce dernier lui propose une mission qui consiste à remonter le temps jusqu’en 1705 dans un village africain à la recherche d’un certain Jam-Libe, ewusu du temps jadis, qui posséderait le pouvoir de dématérialiser les objets. Ce pouvoir est convoité par Ada et quelques autres ewusus qui ambitionnent de provoquer une révolution qui libèrerait l’Afrique.L’action se déroule alors en 1705. Alain Nsona, qui se croyait seul représentant de notre époque, a la surprise de rencontrer Tikyo, son contemporain qui avait été envoyé pour la même mission.
A travers ces deux jeunes gens, Nsona l’Africain moderne et Tikyo le conservateur, s’opposent deux perspectives de l’Afrique.

ananissohThéo Ananissoh, L’invitation, éd. Elyzad, 2013

Comme un carnet de voyage, ou presque : pour une fois, le regard d’un écrivain africain sur la vie dans un village français, et non l’inverse ! Moisant en Touraine, au nord de la Loire. Dans ce village de mille habitants, un écrivain venu d’une région chaude est accueilli en résidence d’écriture pour quatre mois. On l’installe dans un ancien presbytère, on l’invite à déjeuner, on lui présente les uns et les autres.
Un unique café, une place du village à peine animée en cet automne ensoleillé, une église déserte. Ces endroits sans aspérités, ces gens plus ou moins retirés de la vie active, prennent peu à peu du relief. Les habitants se muent en personnages de roman. Car les meurtrissures ne sont pas rares, mine de rien ; la haine et la générosité non plus. Tous les ingrédients concourent à faire de Moisant le tranquille théâtre d’un questionnement sur la place de l’autre dans nos sociétés.
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congoCollectif, Chroniques du Congo, éd. Sépia, 2013

Sélectionnés à l’occasion du Sommet de la Francophonie de Kinshasa d’octobre 2012, ces dix-neuf textes attestent de la vitalité de la langue française en République Démocratique du Congo. Issus de diverses régions de ce vaste territoire, leurs auteurs veulent être à la fois les témoins d’une réalité complexe et douloureuse et hérauts d’une langue qui permet d’entrer en relation.
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ebodeEugène Ebodé, La Rose dans le bus jaune, éd. Gallimard (Continents noirs), 2013

«Young Man, J’ai reçu votre charmante lettre. Il m’aurait plu de m’entretenir avec vous, même un court instant, de l’année du boycott à Montgomery que vous avez joliment appelée notre « odyssée de l’égalité ». Hélas, la médecine m’oblige à garder la chambre. Non, votre question sur ma résistance dans le fameux bus jaune ne m’agace pas. Ce geste ne fut pas prémédité. Je suis simplement restée assise pour tenir debout.
Nous avons, Blancs et Noirs, bravé férocité, intimidations, crachats et intempéries au nom de la dignité humaine. Ah ! si vous saviez combien les images des chiens aux yeux luisants, aux babines rouge sang, et lancés à nos trousses lors des marches pacifiques ont mis du temps à s’effacer de ma mémoire. Mais le « I have a dream » de Martin Luther King, ponctué de vibrants « Yes sir ! » devant le Lincoln Memorial à Washington, résonne encore en moi comme un puissant hymne de fraternité.
J’ai côtoyé des êtres exceptionnels et des gens haineux et stupides ! Ils venaient de tous les camps, y compris du nôtre. Dans le texte que je vous envoie, je parle enfin de Douglas White junior, ce Blanc qui voulut s’asseoir à ma place et que l’histoire a ignoré. Il fait partie de ces incroyables personnages que le combat pour les droits civiques m’a aussi permis de découvrir. Lisez-moi, young man, et n’oubliez pas de me répondre, ne n’oubliez pas.
Rosa»
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BehrMarc Behr, Les rois du Paradis, éd. JC Lattès, 2013

Lorsque Michiel Steyn revient en Afrique du Sud pour l’enterrement de sa mère, il a passé plus de la moitié de sa vie à l’étranger : à Londres, en Australie, aux îles Salomon, à San Francisco surtout, où il enseigne l’anglais à des étudiants étrangers. Pourtant, malgré ces quinze années d’absence, Michiel n’a pas oublié ce qui l’a poussé à fuir la ferme familiale Le Paradis. Des arbres fruitiers, des champs à perte de vue, une source, du bétail, des voisins fermiers, les ouvriers noirs et les servantes travaillant pour les maitres : c’est là que Michiel a grandi avec ses parents, et ses deux frères, les rois d’un royaume menacé.
Le rite du deuil et de la nostalgie se mêlent. Les souvenirs affleurent : la colère toujours vive d’un père, la mort d’un frère, la perte d’un enfant, la trahison d’un amour et le souvenir honni et honteux de l’Apartheid. Michiel doit affronter la douleur d’avoir perdu sa mère et les conséquences de sa disparition, de son silence. Personne n’est innocent. Michiel cherche les traces d’un monde disparu, les traces de son enfance et de sa jeunesse, de l’homme qu’il était.
Son retour au pays ne dure qu’une journée à peine, le temps des funérailles et d’une nuit avec les siens. Partout Michiel perçoit l’odeur de sa mère qui est aussi celle d’un pays oublié, d’un passé enfoui.
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nimrodNimrod, Un balcon sur l’Algérois, éd. Actes sud, 2013

Un balcon sur l’Algérois est le récit d’une fulgurance amoureuse – celle d’un jeune Africain avide de culture et de beauté venu s’installer à Paris dans les années 1970 avec une grande bourgeoise française, sorte de mante religieuse des Lettres, femme de pouvoir à qui rien ne doit être refusé. Dans une langue toujours plus poétique, jouant, comme dans Les Jambes d’Alice, avec l’autofiction sans jamais renoncer à l’imaginaire, Nimrod écrit les amours possessifs et passionnels de deux êtres diamétralement opposés.
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azerguiLhoussain Azergui, Le pain des corbeaux, Casa-express éditions, 2013

Ce roman est l’histoire d’un jeune journaliste recherché par la police militaire après avoir écrit un article sur la situation qui prévaut dans son pays et voyage clandestinement dans la montagne. Inspiré de faits réels au cours des  » années de plomb « , ce texte, traduit par l’auteur de l’amazigh au français, témoigne d’une époque révolue, antérieure à la création de l’Institut Royal de la Culture Amazigh et de l’inscription de cette langue dans la constitution marocaine en 2011.
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al azabMohamed Salah Al-Azab, Mauvaises passes, éd. Seuil, 2013

Mohammed Ibrahim, jeune Cairote d’une vingtaine d’années, décide avec son ami Moneim de partager un studio dans le centre-ville, loin de sa famille et loin du terne destin conjugal qu’il est appelé à connaître aux côtés de sa cousine Hind, sa fiancée, avec qui il entretient une relation beaucoup trop convenable à son goût. S’il affirme à ses parents que ce pied-à-terre facilitera ses recherches d’emploi, Mohammed entend surtout disposer d’une garçonnière, condition sine qua non pour multiplier à son gré les conquêtes féminines. Mais, dans cette métropole où l’intimité est un combat de tous les jours, où l’homme est tour à tour un loup et un pigeon pour l’homme, où la vie réserve souvent de mauvaises surprises, les choses ne sont pas si simples, et les déconvenues nombreuses.
Dans ce récit, Mohammed Salah al-Azab jette une lumière crue sur la misère sexuelle de la jeunesse masculine du Caire, tout en décrivant avec beaucoup de justesse et un humour ravageur les combats ordinaires de sa génération, sur fond de crise du logement et de corruption généralisée. Un roman vif et malicieux.
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GhachemMoncef Ghachem, Mugelières, éd. Apogée, 2013

 » Belle bouffé d’oxygène iodé que ce témoignage de Moncef Ghachem qui nous permet de recouvrer les brises et meltem d’une époque où les pêcheurs étaient des êtres « chevronnés… authentiques et compétents », des hommes fiers du métier qu’ils exerçaient en toute sérénité, en ce temps pas si lointains où les enfants rêvaient d’être marins, pirates, aventuriers, explorateurs… plutôt que traders, homme d’affaires, stars du showbiz, martyrs ou mercennaires… » Alain Jégou.
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aslanIbrahim Aslân, Deux chambres avec séjour : Petit feuilleton domestique, éd. Actes sud (Sinbdad), 2013

Khalil et sa femme Ihsan vivent seuls dans un petit appartement de deux chambres avec séjour, qu’ils ne quittent pratiquement jamais. Depuis qu’il a pris sa retraite et que leurs deux enfants se sont mariés, ils n’ont plus rien à faire de leurs journées, sinon se quereller gentiment pour des broutilles, comme la manière de cuire les fèves, le choix des programmes télévisés ou la manie qu’a Khalil de commencer toutes ses phrases par « je pense ».
Puis Ihsan meurt, laissant Khalil dans une extrême solitude, en proie aux soucis de la vieillesse, et c’est alors qu’il renoue avec son ancien quartier, ses anciens amis, et que le monde extérieur s’engouffre dans son vieil appartement, dont la porte reste désormais toujours ouverte… Composé de courtes scènes apparemment banales de la vie quotidienne, mais dont chacune, sans le moindre artifice, s’ouvre sur des questionnements essentiels, ce feuilleton domestique est l’oeuvre ultime d’Ibrahim Aslân, décédé il y a quelques mois.
Avec son style dépouillé, son regard minutieux sur les êtres et les choses, et la douce mélancolie qui s’en dégage, il nous plonge avec malice, comme par enchantement, dans l’étrangeté de l’ordinaire.
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Petite livraison romanesque de cette « rentrée » 2013. Une belle année qui commence que nous vous souhaitons littéraire et passionnée.

Congo Brazzaville :

manbanckouAlain Manbanckou , Lumières de Pointe Noire, éd. Seuil, 2013
Vingt-trois ans après avoir quitté le Congo pour aller étudier en France, Alain Mabanckou retourne pour la première fois dans son pays d’origine, avec sa compagne, et entreprend le tour des lieux et des personnages de son enfance et adolescence. Entretemps, sa mère Pauline Kengué, dont il était l’enfant unique, est morte. En 1995. Il ne s’est pas rendu aux funérailles, ni à celles de son beau-père Roger quelques années plus tard. Le voyage prend alors l’allure d’un travail du deuil, qui réveille plein de souvenirs à travers lesquels l’auteur nous ouvre sa petite valise fondamentale, celle des années passées autrefois dans la ville portuaire de Pointe-Noire.
Ce retour est aussi l’expérience compliquée de revenir chez soi en étranger, comme « le Français » ou « l’Américain » dont beaucoup attendent miracles, merveilles et argent. Le choc tient exactement à cela : les croyances héritées d’une part, la distance apprise d’autre part, comme un court-circuit du temps qui permet de mesurer à la fois l’évolution et la permanence d’un pays où le surnaturel garde toute sa puissance d’enchantement et de vérité.
En 25 chapitres qui portent le titre de films vus dans autrefois au cinéma Rex devenu une église évangéliste, Alain Mabanckou nous livre le récit d’une enfance qu’il regarde avec les yeux d’un adulte devenu écrivain. Avec des photos de Caroline Blache

Lybie :

Alessandro Spina(1)Alessandro Spina, Triptyque lybien, éd. L’âge d’homme, 2013
Les textes présentés sont trois récits qui, d’une certaine façon, s’enchaînent et couvrent exactement la période de la « conquête » italienne de la Lybie, de 1911 à 1927, date de la défaite des derniers patriotes senoussites.
De longueur décroissante, ces trois récits mettent en scène des personnages complexes et tourmentés par une inquiétude sur leur identité, que la situation militaire, puis coloniale, rend plus aiguë, à travers des aventures dignes des Mille et une nuits ? et qui parfois en proviennent.
Dans les trois récits, se développe somptueusement le thème du double, de la gémellité presque comme nature, de l’amitié d’autant plus désirée qu’elle est impossible, de la quête de soi dans l’autre qui ne peut aboutir qu’à la mort, les personnages se constituent en couples de jumeaux qui se cherchent, croient se trouver et se comprendre, sont violement séparés par la désorganisation de la société et la négation de l’histoire qu’entraîne la colonisation

Nigéria :

kayJackie Kay, Poussière rouge, éd. Métailié, 2013
Jackie Kay n’a pas la même couleur de peau que ses parents bien-aimés, formidablement généreux et sympathiques. Hantée par des images de poussière africaine et de mystérieuse infirmière des Highlands elle a la sensation inexorable d’être étrangère à elle-même. A 27 ans elle part à la recherche de ses parents biologiques, la tête pleine des histoires que sa mère lui a racontées sur un chef africain reparti sur ses terres loin de son grand amour écossais.
S’ensuit un voyage chaotique entre Lagos et Aberdeen, entre étrangeté et familiarité, entre prêche évangélique du père et début d’Alzheimer de la mère, entre fratrie et étrangers, entre surprises et émotions. Dans ce texte pétri de chaleur, d’humour et de compassion elle découvre que son héritage va au-delà des gènes et que notre paysage intérieur est aussi important que celui dans lequel nous nous déplaçons.
J.Kay écrit le récit plein de vie d’une quête de la mémoire, parfois cocasse, et toujours pleine d’énergie et d’amour.

AdichieChimamanda Ngozi Adichie, Autour du cou, éd. Gallimard, 2013
Lauréate de la loterie des visas, Akunna quitte le Nigeria pour les États-Unis ; elle y découvre un pays qui a bien peu à voir avec celui de ses attentes. À Kano, dans le nord du Nigeria, une violente émeute intercommunautaire réunit deux femmes que tout sépare : une marchande d’oignons musulmane et une étudiante issue de la bourgeoisie chrétienne de Lagos. Dans Nsukka blanchie par l’harmattan, James Nwoye, ancien universitaire au soir de sa vie, repense au rêve biafrais et attend, la nuit, les visites de sa femme défunte, qui vient caresser ses jambes fatiguées.
Voici quelques-uns des personnages des nouvelles d’Adichie ; ils composent une image complexe et riche de la réalité nigériane d’aujourd’hui, qui prend ses racines dans le passé et se prolonge dans l’expérience de l’émigration, une plongée émouvante, souvent poignante, tour à tour terrible et drôle, toujours vibrante d’humanité.

Mozambique :

coutoMia Couto, Poisons de dieu, remèdes du diable, éd. Métailié, 2013
Sidónio Rosa est tombé éperdument amoureux de Deolinda, une jeune Mozambicaine, au cours d’un congrès médical à Lisbonne, ils se sont aimés puis elle est repartie chez elle. Il part à sa recherche et s’installe comme coopérant à Villa Cacimba. Il y rencontre les parents de sa bien-aimée, entame des relations ambiguës avec son père et attend patiemment qu’elle revienne de son stage. Mais reviendra-t-elle un jour ? Là, dans la brume qui envahit paysage et âmes, il découvre les secrets et les mystères de la petite ville, la famille des Sozihno, Munda et Bartolomeo, le vieux marin.
L’Administrateur et sa Petite Épouse, la messagère mystérieuse à la robe grise qui répand les fleurs de l’oubli. Les femmes désirantes et abandonnées. L’absence dont on ne guérit jamais. Un roman au charme inquiétant écrit dans une langue unique.

Cameroun :

camerounCollectif, Chroniques du Cameroun, éd. Sepia Eds, 2013
Ce petit ouvrage de poche propose dix nouvelles d’auteurs camerounais. Les sujets abordés sont ceux de la société contemporaine : corruption, guerre civile, chômage, le mariage avec un Occidental, les traditions… La variété des thèmes et des écritures font de ce modeste ouvrage une sorte d’échantillon de la littérature camerounaise actuelle.

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MAXLOBEMax Lobé, 39 rue de Berne, éd. Zoé, 2013
Le jeune auteur Max Lobe manie une langue inventive et nonchalante, imagée d’expressions africaines savoureuses qu’il tient de ses origines camerounaises. A la fois drôle et triste, l’histoire attachante balance entre l’Afrique, la rue de Berne à Genève et la cellule d’une prison.
Au Cameroun, pour « sauver » les filles et aider leurs familles, « les bienfaiteurs-philanthropes » les emmènent en Europe où elles finissent sur le trottoir, condamnées à la prostitution pour rembourser leurs dettes avant d’obtenir une liberté vaine et sans papiers…

Kenya :

DraysonNicholas Drayson, Le safari des bêtes à sang chaud et autres meurtres de sang froid, éd. Des Deux Terres, 2013
L’honorable M. Malik est très occupé par l’organisation du safari d’observation annuel de l’Asadi Club. Une fois de plus, l’énigme du meurtre de Lord Erroll, un riche Anglais émigré à Nairobi dans l’entre-deux-guerres, refait surface. Une nouvelle hypothèse suscite de vifs débats. Et la mascotte attitrée du club, la dépouille empaillée du lion Kima Killer, jadis célèbre dans la région pour son appétit féroce, disparaît dans des circonstances suspectes. Sans parler de Petula, la fille de M. Malik, qui hésite à se marier, et du ministre de l’Intérieur, un homme qui menace l’Asadi Club de fermeture. Aidé de ses amis, M. Malik va essayer de percer le mystère d’un assassinat vieux de plusieurs décennies, de retrouver la mascotte et de faire sortir de l’ombre la bête la plus dangereuse d’Afrique.

Drayson pocheNicholas Drayson, Le pari des guetteurs de plumes africaines, éd. J’ai lu, 2013
D’un côté, le très réservé et honorable M Malik. De l’autre, Harry Khan, un arriviste tapageur aux dents aussi blanches que son veston de lin. Le premier est secrètement amoureux de Mme Rose Mbikwa, qui conduit chaque mardi matin la promenade ornithologique. Le second, bourreau de M. Malik au pensionnat, a, bien sûr, des vues sur Rose. Qui l’invitera au bal annuel du Hunt Club ? Celui des deux qui apercevra le plus grand nombre d’oiseaux en une semaine.
Le pari est lancé…

Égypte :

al-AzabMohamed Salah Al-Azab, Mauvaises passes, éd. Seuil, 2013
Mohammed Ibrahim, jeune Cairote d’une vingtaine d’années, décide avec son ami Moneim de partager une chambre dans le centre-ville, loin de sa famille et loin du terne destin conjugal qu’il est appelé à connaître aux côtés de sa cousine Hind, sa fiancée, avec qui il entretient une relation beaucoup trop convenable à son goût. S’il affirme à ses parents que ce pied-à-terre facilitera ses recherches d’emploi, Mohammed entend surtout disposer d’une garçonnière, condition sine qua non pour multiplier à son gré les conquêtes féminines. Mais, dans cette métropole où l’intimité est un combat de tous les jours, où l’homme est un pigeon pour l’homme, où la vie réserve souvent de mauvaises surprises, les déconvenues sont nombreuses.Mohammed Salah al-Azab jette une lumière crue sur la misère sexuelle de la jeunesse masculine du Caire, tout en décrivant avec beaucoup de justesse et un humour ravageur les combats ordinaires de sa génération, sur fond de crise du logement et de corruption généralisée.

AslanIbrahim Aslan, Deux chambres avec séjour : petit feuilleton domestique, éd. Actes sud (Sindbad), 2013 février 2013
Khalil et sa femme Ihsane vivent seuls dans ce petit appartement de deux chambres et un séjour, qu’ils ne quittent pratiquement jamais. Depuis que Khalil a pris sa retraite et que leurs deux enfants se sont mariés, ils n’ont plus rien à faire de leur journée, si ce n’est se quereller gentiment de temps à autre pour des broutilles, comme sur la manière de faire cuire les fèves, l’addiction de Khalil à la télévision ou sa manie de commencer toutes ses phrases par “je crois”.
Jusqu’au jour où Ihsane meurt, laissant Khalil dans une extrême solitude, en proie aux soucis liés à la vieillesse. Il renoue alors avec ses anciens amis et soudain, le monde extérieur s’engouffre dans l’appartement, dont la porte reste désormais toujours ouverte. Composé de courtes scènes de la vie quotidienne apparemment banales, mais dont chacune, sans le moindre artifice, ouvre sur des questionnements essentiels, ce feuilleton domestique est l’oeuvre ultime d’Ibrahim Aslân, décédé il y a quelques mois.

Maroc :

arton3085Mohammed Berrada, Vies voisines, éd. Actes Sud (Sindbad), 2013
Vies voisines entremêle les récits des vies de trois personnages, une femme émancipée à la tête d’un trafic de drogue, un homme du peuple éclairé voué au service des autres et un politicien déluré, qui, après une brillante carrière passée à prôner l’austérité, découvre la vie des plaisirs à l’âge de quatre-vingts ans. Ces personnages se racontent et se confient, se rencontrent et se séduisent, s’entraident et se trompent.
En filigrane de leurs mémoires et de leurs confessions croisées se dessine une société marocaine contemporaine, contradictoire et mouvementée.

binebineMahi Binebine, Le seigneur vous le rendra, éd. Fayard, 2013
Un bébé est empêché de grandir, un enfant est privé d’éducation, de liberté, il ne pourra devenir un individu capable de réfléchir et de se développer, d’agir en être libre. Surnommé « P’tit pain », il va traverser des années noires où, dans sa position passive de mendiant, il peut observer les agissements des adultes, leur violence, leur corruption. Tout est dit ici dans la litote, mettant en relief les beautés d’âmes apparemment détruites, les corps saccagés, les visages noyés dans l’alcool et la maladie.
L’enfant grandit néanmoins grâce au miracle de la vie, toujours imprévisible, et se défait de ses liens que l’on pourrait nommer ignorance, peur, sujétion. Libéré, il devient autonome et conscient. Pourra-t-il revoir un jour sa mère qui a pratiqué envers lui le non-amour jusqu’à l’abjection ?Dans ce roman noir s’il en est, mais imprégné d’une folle espérance, d’une foi exacerbée dans les capacités de rémission de l’homme, Mahi Binebine utilise le ton du conte picaresque et philosophique pour réduire la part tragique, toujours présente, dans ces pages déchargées de la noirceur absolue par la permanence de l’humour, du sourire derrière les larmes retenues.

Tunisie :

sakkaRaja Sakka, Un arbre attaché sur le dos, éd. L’Harmattan (Lettres du monde arabe), 2013
C’est le hasard qui a mis Nora en présence de l’arbre, alors qu’elle s’était réfugiée dans un village de montagne pour fuir la société. Décidée à le planter dans sa maison natale, elle se heurte au refus de ses habitants. Elle s’installe alors dans la pension Founoun en attendant la décision du conseil municipal et là, elle rencontre « l’exilé », un homme plus jeune qu’elle, qui réveille ses sentiments…

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Ailleurs :
doMarie Dô, Dancing Rose, éd. Metailié, 2013
Maya est une mère divorcée, chorégraphe dans sa propre troupe de ballet, qu’elle prépare pour une tournée au Canada. Elle tente d’aider ses jeunes danseurs à s’épanouir. Elle-même est marquée par une enfance de métisse illégitime et rejetée. Elle reste hantée par la disparition mystérieuse de sa demi-sœur blanche, Benny, à laquelle elle est très attachée. Dans sa famille, plus personne n’ose en parler.
Inventant un dialogue entre ciel et terre qui l’aide à garder courage et à conserver son sourire, Maya s’adresse à Rose, sa mère décédée trop tôt. Entre son studio de danse, l’éducation de sa fille – au caractère aussi affirmé que le sien -, les plaintes d’un corps usé par l’exercice et qui ne doit surtout pas lui faire défaut, et le choc d’un amour aussi inattendu qu’anti conventionnel, Maya n’en poursuit pas moins sa quête de vérité. Mais une surprise concernant sa demi-sœur lui fera comprendre qu’on n’échappe jamais vraiment à son hérédité.
Un livre touchant, aux personnages attachants, qu’on ne lâche pas.

NdiayeMarie NDiaye, Ladivine, éd. Gallimard, 2013
 » Un chien montait la garde, un gros chien puissant qu’une chaîne retenait à un anneau fiché dans le sol. Il leva vers eux ses grands yeux noirs et doux et Ladivine, bouleversée, se vit tout entière dans ces pupilles sombres. Elle eut la tentation de s’y laisser engloutir et, là où elle serait parvenue, de ne plus bouger, prisonnière, hors d’atteinte. Si Marko avait prêté suffisamment d’attention à la manière d’être de l’animal, il aurait avancé la main pour le caresser, ému peut-être par quelque chose qu’il n’aurait pas reconnu immédiatement mais dont il aurait compris un peu plus tard qu’il s’agissait de l’âme de Ladivine.
 » Ladivine nous entraîne dans le flux d’un récit ample et teinté de fantastique. Comme dans Trois femmes puissantes, Marie NDiaye déploie son écriture fluide et élégante, riche d’une infinité de ressources qui s’offrent au lecteur avec une fascinante simplicité.

Wet Eye GlassesRyad Assani-Razaki, La main d’Iman, éd. Liana Levi, 2103
Une Afrique en crise d’identité, hantée par les mirages du modèle occidental. Des villes-capharnaüms dévorées par une urbanisation effrénée. Pour quelques francs CFA on peut acheter un enfant et en faire son esclave, pour un tour en Mercedes se procurer une jeune fille et la mettre dans son lit… C’est dans ce cadre que Ryad Assani-Razaki inscrit un premier roman où plusieurs voix se croisent et se racontent. L’enfant vendu qui porte au plus profond de lui la violence subie. La vieille femme corsetée dans une foi qui la paralyse. La rebelle qui se bat bec et ongles pour s’en sortir. La douce jeune fille qui poursuit son chemin avec détermination. Les raisons qui poussent les migrants à monter dans un bateau et à quitter leur terre au péril de leur vie apparaissent en filigrane. Et, à la croisée des destins, Iman, l’impénétrable métis, symbole de ce désir de fuir et d’un continent écartelé entre deux mondes.

C’est la rentée… littéraire 2012. Deuxième salve des livres qui sortent en cette fin d”été. Avec, après le sublime Le rêve du celte Vargas LLosa et Congo de Vuillard un troisième livre, en 2012, sur l’histoire du Congo : Congo, une histoire de David Van Reybrouck ; à lire sans modération…

Sandrine Charlemagne, Mon pays étranger, éd. La Différence, 2012
Le voyage qu’entreprend la narratrice pour rejoindre l’Algérie où son père est né, est un pèlerinage et une quête d’identité. Sur le bateau qui l’emmène de l’autre côté de la Méditerranée, les souvenirs se bousculent. Qui est-elle au milieu de ces hommes aux visages familiers dont elle ne parle pas la langue ? A Alger, c’est Mahmoud, un Algérien rencontré à Paris, qui l’accueille et la guide. Il a travaillé au Théâtre national dont le directeur a été assassiné. ?Au fil de ses haltes, au théâtre, au café, dans les rues, elle prend conscience de la misère, de la peur, du désespoir de ces jeunes gens sans avenir et pourtant si pleins de vie et hospitaliers. Avant de repartir, elle passera dix jours à Oran, chez Amina dont le mari a été tué et qui vit seule avec ses filles. Visages de femmes, petits faits du quotidien, paysages, odeurs, intrusions brusques de la violence, réminiscences des attentats, du passé de la narratrice, tout s’interpénètre et frémit dans ce livre qui rend palpable la vie profuse et déchirée des gens chez qui s’exacerbent encore, comme une plaie qui ne se referme pas, espoirs et regrets.

Martine Desjardins, Maleficium, éd. Phébus, 2012

« Père, pardonnez-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font. » Pardonnez à ces sept pécheurs victimes d’étranges maléfices, venus chercher dans le confessionnal une oreille attentive au récit de leur infortune, et implorer le salut de leur âme souillée par la curiosité et la faiblesse de la chair. Pardonnez aussi à cette femme calomniée, emmurée dans un cruel silence. Pardonnez enfin à l’homme de Dieu qui a recueilli leurs aveux et brisé le sceau de la confession en les transcrivant dans un opus à l’odeur de soufre, Maleficium. ?A la fin du XIXe siècle, sept hommes partis aux confins de l’Orient et de l’Afrique croisent tour à tour la route d’une troublante créature. Pourquoi les soumet-elle aux plus inavouables tentations ? De quoi cherche-t-elle à les punir ? En huit tableaux, Martine Desjardins compose une fresque baroque, invitant à voyager aux limites des plaisirs et de la souffrance. Une œuvre rare, parfumée de fantastique, d’exotisme et d’érotisme, portée par une langue somptueuse.

Mathias Enard, Rue des voleurs, Actes Sud, 2012

C’est un jeune Marocain de Tanger, un garçon sans histoire, un musulman passable, juste trop avide de liberté et d’épanouissement, dans une société peu libertaire. Au lycée, il a appris quelques bribes d’espagnol, assez de français pour se gaver de Série Noire. Il attend l’âge adulte en lorgnant les seins de sa cousine Meryem. C’est avec elle qu’il va “fauter”, une fois et une seule. On les surprend : les coups pleuvent, le voici à la rue, sans foi ni loi.
Commence alors une dérive qui l’amènera à servir les textes – et les morts – de manières inattendues, à confronter ses cauchemars au réel, à tutoyer l’amour et les projets d’exil.
Dans Rue des Voleurs, roman à vif et sur le vif, l’auteur de Zone retrouve son territoire hypersensible à l’heure du Printemps arabe et des révoltes indignées. Tandis que la Méditerranée s’embrase, l’Europe vacille. Il faut toute la jeunesse, toute la naïveté, toute l’énergie du jeune Tangérois pour traverser sans rebrousser chemin le champ de bataille. Parcours d’un combattant sans cause, Rue des Voleurs est porté par le rêve d’improbables apaisements, dans un avenir d’avance confisqué, qu’éclairent pourtant la compagnie des livres, l’amour de l’écrit et l’affirmation d’un humanisme arabe.
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Teju Cole, Open City, éd. Denoël (& d’ailleurs), 2012

Nous sommes en hiver : Julius, un jeune Nigérian interne en psychiatrie, vient de connaître une rupture douloureuse. La pression des consultations le laisse exsangue et son passé au Niger le hante. Pour tromper sa solitude, il déambule dans New York. Très vite, ces longues marches deviennent l’occasion de confronter son isolement à des milliers de visages anonymes dans une ville cosmopolite mais meurtrie par les attaques du 11 septembre. De rencontre fortuite en rencontre fortuite, ces visages prennent corps, donnent de la voix, comme autant de témoins d’un paysage humain morcelé, à la fois déchiré et uni par la question de l’autre : marathonien claudiquant seul sur le trottoir après l’exploit, vieux professeur de littérature à l’agonie, cireur de chaussures haïtien, sans-papiers libérien incarcéré, jeunes Noirs américains en quête d’eux-mêmes, patients inconsolables. Magnifique série de rencontres qui font s’engouffrer dans le texte toute la modernité de New York, cependant qu’en contrepoint l’architecture que Julius déchiffre sans relâche, la musique qu’il écoute, les pièces d’art qu’il contemple dévoilent au lecteur le prodigieux palimpseste de la ville.
Étonnant premier roman, Open City met en scène un homme en crise dans une ville en crise. La prose de Teju Cole, profonde, rythmée, sert à merveille cette belle médiation sur l’identité, la perte, l’acceptation de soi et des autres, dans un monde où l’altérité est partout brandie comme une menace.

David Van Reybrouck, Congo, une histoire, Actes Sud, 2012

Le livre du Congo, un essai total écrit comme un roman.?De la préhistoire aux premiers chasseurs d’esclaves, du voyage de Stanley missionné par Léopold II à la décolonisation, de l’arrivée de Mobutu puis de Kabila à l’implantation industrielle d’une importante communauté chinoise, ce livre retrace, analyse, conte et raconte 90 000 ans d’histoire : l’Histoire d’un immense pays africain au destin violenté.
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C’est la rentée… littéraire 2012. Première salve des livres qui sortent en cette fin d »été. Avec (encore) un superbe roman de Tierno Monénembo…

Tierno Monénembo, Le terroriste noir, éd. Seuil, 2012
Le terroriste noir est l’histoire, superbement mise en fiction, du résistant Addi Bâ (1916-1943). Ce « Petit peul », orphelin adopté en France à l’âge de 13 ans, s’est engagé dès 1939 comme tirailleur et s’est distingué rapidement au combat. Prisonnier, il s’évadera, sera recueilli dans un village des Vosges où il organisera un des premiers et des plus efficaces réseaux de résistance, avant d’être arrêté et exécuté par les soldats allemands.
Il faudra attendre 60 ans, quand la médaille de la Résistance lui sera décernée en 2003 à titre posthume, pour que ses exploits et son charisme resurgissent dans les mémoires. C’est grâce à celle de Germaine Tergoresse, petit fille pendant la guerre, que Tierno Monénembo fait revivre l’étonnant destin et la personnalité hors du commun d’Addi Bâ.
Avec une écriture inventive, attentive aux richesses de l’oralité, l’auteur nous offre un dixième roman d’une grande force, appelé à devenir un véritable classique et à révéler à un large public le talent rare de ce grand écrivain guinéen d’expression française.

Mamadou Mahmoud N’Dongo, Remington, éd. Gallimard (Continents Noirs), 2012
« Mon dimanche a commencé comme le début d’un film de Jim Jarmusch par un long plan séquence où le héros devant son verre de pur malt est assis au comptoir, près de lui, une Rita Hayworth éméchée mime une danse lascive devant un juke-box à la prise débranchée, tandis que le barman lit 2666 de Roberto Bolaño, il est minuit passé de cinq minutes, rue Myrha, je regarde mon reflet dans le miroir au-dessus du comptoir, je venais d’avoir quarante et un ans ». Miguel Juan Manuel vit à Paris, il est critique rock pour le magazine Remington, où il tient une chronique dans laquelle il fait entendre sa musique.
Un brin narcissique, un rien insouciant, Miguel Juan Manuel carbure au sexe, à l’alcool et au rock’n’roll… mais, le soir de son anniversaire, il fait son examen de conscience lors de la fête que lui organisent ses amis et ses fantômes. Dans de courts chapitres, comme autant de récits de vie, de récits de soi, Mamadou Mahmoud N’Dongo relate les ambivalences, les incertitudes, les doutes d’une génération.

Collectif, Les lyres de l’Ogooué, éd. Jets d’encre, 2012
Dix femmes gabonaises nous parlent de la femme.
Dix plumes, dix voix. À la fois différentes et univoques, pour évoquer les thèmes qui touchent les femmes du monde entier : l’amour, dont rêvent toutes les jeunes filles et qui peut se transformer en cauchemar, la maternité, le désir de liberté et le besoin de reconnaissance, la vieillesse, la solitude, le deuil…
Les nouvelles présentées dans cet ouvrage esquissent des portraits tantôt drôles tantôt graves de femmes et de jeunes filles africaines, soulignant avec fraîcheur et élégance que si la femme est plurielle, sa condition et ses aspirations sont universelles.

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Abdellah Taïa, Infidèles, éd. Seuil, 2012
Slima est une putain marocaine. Son fils Jallal l’aide à attraper les hommes, les clients, les soldats d’une base militaire. Il parle à sa place, se bat pour elle. Tous deux résistent à la misère et aux humiliations. Ils savent manipuler les hommes, tirer d’eux de quoi survivre. Ils se sont inventé une religion où cohabitent l’Islam, la sorcellerie, et des rêves nés des chansons populaires et des films. Marilyn Monroe est devenue pour eux une sorte d’idole protectrice.
Slima est arrêtée par la police. Elle est torturée par les sbires d’Hassan II. Elle met Jallal à l’abri en l’envoyant en Egypte. Elle le rejoint et reprend son métier de prostituée au Caire. Elle y rencontre un Belge, converti à l’Islam. Avec lui elle trouve la voie d’une ascèse qui la conduit à mourir sur la tombe du prophète à Médine. Installé à Bruxelles par l’amant de sa mère, Jallal s’y sent étranger.
Révolté et rêveur, il rencontre à son tour, dans un hôpital, un européen musulman, qui le subjugue. C’est un coup de foudre où la spiritualité tient plus de place que la sensualité. Ensemble ils partent pour Casablanca avec le projet de se faire exploser. Jallah voit dans cette explosion une façon d’imposer au monde leur amour réprouvé et de venger sa mère. Quand il comprend que son ami est en fait un terroriste il est trop tard.
Jallah, après sa mort, est accueilli par un Dieu qui n’est autre que Marilyn Monroe, l’idole de sa mère.

Farida Tahi, Merde in France, Éd. L’ Or des fous, 2011

Au rez-de-chaussée de l’immeuble évidé, au milieu d’un terrain vague de l’Est parisien, Moktar s’accroche à son bistrot ; les bulldozers des promoteurs attendent qu’il cède aux pressions. Mais lui, il l’aime son bistrot, il aime ses laissés-pour-compte qui viennent ici se réchauffer le cœur.
Zine, Miguel et Ba, trois jeunes Français issus de l’immigration, rencontrent dans leur quartier Jean-Pierre Morin, éducateur anarchiste. Leur entente fraternelle va les embarquer dans la lutte, du droit au logement au braquage désorganisé.
Les quatre jeunes gens créent un comité de soutien à leur pote Moktar et au maintien des habitants du quartier. Le bistrot devient le QG de la lutte.
Extrême gauche contre extrême droite, squatters éperdus, militants purs mais durs, jeunesse égarée, partis politiques inconsistants, tout le monde prend une claque.
Renouant avec le roman noir, Farida Tahi retrace, avec un humour au couteau, une histoire, celle de ceux qui n’ont rien, d’existences en marge, de combattants privés du minimum.
Dans les filets de l’infâme, la fraîcheur, l’humour, la poésie se fraient un chemin dans une atmosphère fébrile.
Dans ce premier roman, elle nous surprend par une langue de béton et d’amitié.

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Emna BelHaj Yahia, Le jeu des rubans, Éd. Elyzad, 2011

Regards d’une romancière tunisienne sur ces femmes qui tout autour d’elle se voilent
Frida, chercheur, la cinquantaine, divorcée, compose sa vie entre son fils Tofayl, son compagnon Zaydûn et sa mère, si belle mais qui n’a plus sa tête. Frida non plus n’y voit pas très clair en ce moment. Elle ne comprend pas pourquoi elle croise de plus en plus de femmes voilées, elle dont la mère a justement enlevé le voile il y a des décennies. Pourquoi ces femmes habillent-elles ainsi leurs corps ? Comment s’habituer à ces nouvelles robes qui leur arrivent à la cheville, à ces métrages sur leurs cheveux ? Que veulent-elles dire par là ? Puis il y a la jeune étudiante que rencontre son fils, qui elle aussi porte un foulard sur la tête, son fils à qui elle avait pourtant montré la voie de la « modernité ». Frida est mal à l’aise mais cherche des réponses.
Dans le concert des voix qui traversent ce roman, on découvre des points de vue contradictoires, des vérités divergentes d’un personnage à l’autre. Le tout à l’intérieur d’une Tunisie qui, en se reconstruisant, se donne aujourd’hui à lire autrement.

Mohamed Choukri, Mohamed Leftah, Abdellah Taïa, Karim Boukhari, Fadwa Islah, Abdelaziz Errachidi, Zineb El Rhazoui, Nouvelles du Maroc, Éd. Magellan Et Cie (Miniatures), 2011

À l’extrême ouest du Maghreb, tête de pont vers les Amériques, point de passage vers l’Europe par le détroit de Gibraltar, le Maroc un carrefour d’influences unique au monde où se mélangent modernité et traditions.
Son ancrage dans la civilisation arabo-musulmane est total et les splendeurs de son patrimoine sont restées intactes. Mais, ni plus ni moins que dans d’autres pays de la rive sud de la Méditerranée, le « Printemps arabe », qui débuta avec le geste désespéré d’un jeune Tunisien, résonne ici aussi dans toutes les têtes. Si ces révolutions ont un visage, c’est celui de la jeunesse. Et avec le surgissement de cette brûlante soif de liberté, la liberté de penser et d’écrire s’est également manifestée, comme en attestent les textes pour certains très étonnants de ce recueil. Ils sont l’expression incontestable d’un moment historique, revendiqué par de jeunes écrivains, hommes et femmes, qui s’expriment haut et fort, parfois avec des mots crus, sur le sexe, la drogue, la religion, la violence politique, la situation des femmes : tout ce qui pouvait être tabou jusqu’ici.
Ce recueil s’inscrit plus que jamais dans l’actualité et démontre que la littérature peut dire autrement le monde qui change.

Alla El Aswani, Chroniques de la révolution Égyptienne, Éd. Actes Sud, 2011

Les cinquante chroniques réunies dans ce livre sont des instantanés de la réalité, elles s’emparent d’une anecdote ou d’un fait divers, développent une argumentation et finissent toujours par conclure : « La démocratie est la solution ».
Elles constituent un document exceptionnel sur l’état de l’Egypte d’avant la révolution, et sur les tensions, contradictions et difficultés qui subsistent aujourd’hui encore, plusieurs mois après les événements. Rigoureux dans ses analyses, pédagogue dans ses prises de position et opiniâtre dans son combat pour une vraie démocratie à construire, le plus célèbre des écrivains égyptiens contemporains fustige tour à tour un régime corrompu, le délitement de la justice, l’indigence des structures hospitalières, la torture et les exactions de la sécurité d’État, les manœuvres visant à une transmission héréditaire du pouvoir, l’inégalité des droits octroyés aux femmes, la haine des différences religieuses, les fausses interprétations de l’islam et, en ce moment même, la persistante présence des hommes de l’ancien régime dans bien des rouages de l’État.
Comme le rappelle dans sa préface Gilles Gauthier, son traducteur, si les grands romans d’Alaa El Aswany amenaient à comprendre la nécessité d’une révolution pour l’Égypte, ces chroniques montrent toute l’étendue des risques qu’il a pris et continue de prendre, désignant entre dictature et dérives doctrinales une voie juste et exigeante, à laquelle il se consacre avec une inébranlable détermination.


Deuxième série de la rentrée littéraire : les livres au format poche. Une bonne occasion de (re)découvrir des titres publiés l’année passée. (Lecture à Angongué. Photo Anne Cillon Perri)

Didier Daeninckx, Galadio, Éd. Gallimard ( Folio), 2011
Allemagne, années trente. Ulrich est un adolescent de Duisbourg comme les autres. À un détail près : sa peau est noire…
Son père, un soldat africain, est venu en Allemagne avec les troupes françaises d’occupation chargées de veiller à l’application du traité de Versailles. Il est reparti en 1921, quelques mois avant la naissance de cet enfant, fruit d’un bref amour avec une jeune Allemande.
Ils sont des centaines, comme Ulrich, à incarner ce qu’Hitler et les nationalistes ne cesseront de dénoncer, dans l’entre-deux-guerres, comme la « honte noire », symbole de l’avilissement délibéré du sang aryen par les occupants. Leur sort ne sera en général guère plus enviable que celui des Juifs.
Ulrich, pour sa part, va connaître un destin inattendu et mouvementé, et découvrir une autre facette de son identité : Galadio.
Comme toujours, Didier Daeninckx s’appuie sur une documentation très fouillée pour éclairer un aspect méconnu de l’histoire du vingtième siècle. Il révèle ici le sort terrible des Allemands métis dans un pays emporté par le délire nazi. De Duisbourg aux studios de cinéma de Babelsberg, jusqu’aux rivages du Sénégal où se déroulent les premiers combats entre pétainistes et gaullistes, Ulrich apprend à connaître les hommes.

Jean-Christophe Rufin, Katiba, Éd. Gallimard ( Folio), 2011
Quatre touristes occidentaux sont assassinés dans le Sahara. L’attaque est signée « al-Qaida au Maghreb islamique », dont tout laisse à penser que les partisans veulent aller beaucoup plus loin et rêvent de frapper la France au cœur. L’événement est présenté par les médias comme un fait divers tragique mais il met en alerte les services de renseignements du monde entier. Au centre de leurs jeux complexes, Jasmine. Jeune fonctionnaire du Quai d’Orsay apparemment sans histoire, elle émerge peu à peu comme la pièce maîtresse d’une opération d’envergure inédite. Quels liens cette Française à l’élégance stricte entretient-elle avec le monde musulman ? C’est en démêlant les fils les plus intimes de sa vie que la vérité se fera jour et que le suspense, haletant, trouvera son dénouement. Complice, victime ou agent double, Jasmine incarne le mélange de répulsion et de fascination que le fondamentalisme religieux exerce inconsciemment sur chacun de nous.

Francis Zamponi, Le boucher de Guelma, Éd. Gallimard ( Folio policiers), 2011
Arrêté lors d’une escale en Algérie, Maurice Fabre est inculpé de génocide et crimes contre l’humanité. Ancien sous-préfet de Guelma, petite ville de l’Est algérien, il est accusé d’avoir ordonné et perpétré les tristement célèbres « massacres de Guelma » en 1945 : lors des célébrations du 8 mai, des émeutes nationalistes éclatèrent et furent réprimées dans le sang, faisant de nombreuses victimes parmi les Européens comme parmi la population musulmane.
Plus de soixante ans après ces événements, Maurice Fabre accepte de répondre à la justice algérienne et se replonge dans les heures sombres de la France coloniale. Bien embarrassé par cette arrestation au moment où les relations entre les deux pays semblent s’apaiser, le gouvernement français tente de le faire passer pour un vieillard gâteux. Mais Fabre a prévu de dévoiler toute la vérité…

Mohammed Aïssaoui, L’affaire de l’esclave Furcy, Éd. Gallimard (Folio), 2011
«Le 16 mars 2005, les archives concernant « L’affaire de l’esclave Furcy » étaient mises aux enchères, à l’hôtel Drouot. Elles relataient le plus long procès jamais intenté par un esclave à son maître, trente ans avant l’abolition de 1848. Cette centaine de documents – des lettres manuscrites, des comptes rendus d’audience, des plaidories – illustrait une période cruciale de l’Histoire.
Les archives révélaient un récit extraordinaire : celui de Furcy, un esclave âgé de trente et un ans, qui, un jour d’octobre 1817, dans l’île de la Réunion que l’on appelle alors île Bourbon, décida de se rendre au tribunal d’instance de Saint-Denis pour exiger sa liberté.
Après de multiples rebondissements, ce procès, qui a duré vingt-sept ans, a trouvé son dénouement le samedi 23 décembre 1843, à Paris.
Malgré un dossier volumineux, et des années de procédures, on ne sait presque rien de Furcy, il n’a laissé aucune trace, ou si peu. J’ai éprouvé le désir – le désir fort, impérieux – de le retrouver et de le comprendre. De l’imaginer aussi.»

Hisham Matar, Au pays des hommes, Éd. Points, 2011
Est-ce bien Baba, caché derrière des lunettes noires, qu’il a aperçu ? Suleiman est troublé : son père, que l’on dit en voyage d’affaire, a traversé la place en l’ignorant. En cet été 1979 à Tripoli, les événements lui échappent : un proche de son ami Karim est emmené violemment par des inconnus. Et que veulent ces hommes qui fouillent sa maison ? Pourquoi sa mère brûle-t-elle tous leurs livres ?
Né à New York de parents libyens, Hisham Matar a passé une partie de son enfance à Tripoli et au Caire. Au pays des hommes est son premier roman. Il a figuré dans la dernière sélection du Booker Prize.
« Un puissant roman politique et une tendre évocation des conflits humains ? l’identité, le pardon, l’amour. »
The Observer

J. M. Coetzee, L’Eté de la vie, Éd.. Points, 2011
Le célèbre écrivain J. M. Coetzee est mort. En recueillant le témoignage de ses proches, un universitaire établit sa biographie posthume. Amant indésirable, enseignant sans charisme, homme distant et peu sociable : le portrait n’est guère flatteur. En imaginant ce qu’on dirait de lui une fois disparu, John Coetzee dévoile son mal-être et une formidable méditation sur la condition humaine.
Né en 1940, J. M. Coetzee a reçu le prix Nobel de littérature en 2003. Il a écrit deux autres récits autobiographiques : Vers l’âge d’homme et Scènes de la vie d’un jeune garçon, disponibles en Points.
« Un autoportrait virtuose, qui entremêle le vrai et le faux, l’autobiographie et le roman. Magistral. »
Télérama

Abdellah Taïa, Le Jour du Roi, Éd. Points, 2011
À la vie, à la mort. Khalid et Omar, deux enfants de Salé, sont les deux moitiés d’un même fruit. Pourtant, tout les oppose. Khalid le riche, Omar le pauvre. Lorsqu’on a l’âge de courir dans les dunes jusqu’à en perdre la tête, l’argent et les différences sociales n’existent pas. Cette fragile insouciance ne résistera pas à la visite du roi Hassan II.
Abdellah Taïa est né à Salé (Maroc) en 1973. Il vit à Paris où il prépare un doctorat en lettres. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages, notamment L’Armée du salut et Une mélancolie arabe, disponibles en Points.
« Le lyrisme dépouillé d’Abdellah Taïa épouse parfaitement le tragique de la situation. »
Le Nouvel Observateur

Anouar Benmalek, Le Rapt, Éd. Livre de poche, 2011
Confronté aux violences qui secouent l’Algérie, Aziz se veut détaché et caustique, seule façon pour lui de se protéger. Mais, lorsque sa fille de quatorze ans est enlevée, il comprend que l’ironie ne lui sera d’aucun secours. Le ravisseur contacte la famille et menace sa victime du pire si la police est prévenue. De toute façon, qui aurait envie de s’en remettre aux autorités algériennes ? Aziz peut-il alors compter sur Mathieu, le beau-père de sa femme, un Français dont le passé pendant la guerre d’Algérie est plutôt trouble ?
Le souffle de la colère gonfle les pages de ce dernier roman. De la première à la cinq centième page, […] il enveloppe le lecteur, le bringuebale à travers différents temps et espaces pour le laisser groggy, l’estomac encore noué, un goût d’amertume au fond de la gorge. Et pourtant… on serait presque tenté d’en redemander. Jean-Pierre Han, L’Humanité.

Candi Miller, Le sel et le miel, Éd. J’ai lu, 2011
1958.
Alors que l’apartheid règne en Afrique du Sud, la jeune Koba, onze ans, membre d’une tribu nomade du Kalahari, assiste au meurtre de ses parents par deux chasseurs blancs. Recueillie par Marta et Deon, un couple d’Afrikaners, Koba s’adapte peu à peu à sa nouvelle vie, tout en ayant conscience qu’elle est source de conflit entre les époux, dont les opinions divergent sur l’éducation à lui donner. Mannie, leur fils, éprouve d’abord un sentiment de culpabilité à l’égard de Koba, qui n’empêche pourtant pas une amitié de naître entre eux, jetant un pont fragile par-delà les différences raciales.
Mais la réalité les rattrapera lorsque cette amitié – qui s’est au début forgée grâce au troc :  » Je te donne du sel ; tu me donnes du miel  » – se transformera en amour… Pour rédiger ce roman, comparé outre-Manche à ceux de Karen Blixen et de Nadine Gordimer, Candi Miller a passé de longues semaines dans le désert du Kalahari, à la rencontre de ses habitants, afin de s’imprégner de leur culture. Un texte dont l’écriture sensible et poétique fait ressentir le charme envoûtant de l’Afrique.

Belle rentrée littéraire 2011 avec en prime deux romans des ami(e)s Marc et Léonora. Les lectures de cette fin de semaine auront un air du Kamer. (où cette mamiwata peinte sur un rocher d’une plage de Kribi semble guetter le voyageur intrépide… photo BEB)

Marc Trillard, Les mamiwatas, Éd. Actes sud, 2011
Alors qu’un climat d’insurrection s’étend sur le Cameroun, le directeur de l’Alliance française de Buea, cloîtré chez lui, face à la mer et ses créatures délétères (les mamiwatas), boit la coupe de deux ans de désenchantements : sa scabreuse addiction de quinquagénaire aux charmes d’une trop jolie menteuse locale ; l’illusion d’échapper au passif des amours/haines coloniales ; et l’agonie (programmée en haut lieu) de l’Alliance française qu’il dirige – fruit pourrissant de siècles de présence française en Afrique. (le temps de faire un p’tit tour chez mon libraire préféré et on en reparle bientôt).

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Léonora Miano, Ces âmes chagrines, Éd. Plon, 2011
Né dans l’Hexagone, Antoine Kingué, dit Snow, n’arrive pas à surmonter la rancoeur qu’il nourrit envers sa mère, coupable de ne l’avoir pas assez aimé. Elle l’a laissé en pension alors qu’il n’avait que sept ans et envoyé passer les grandes vacances seul au Mboasu, ce pays subsaharien où il ne s’est jamais senti à sa place. Par ailleurs, il est persuadé que son frère Maxime a reçu plus d’affection que lui.
Pour se venger de cette enfance malheureuse, Snow fait payer ceux qui l’ont fait souffrir, rêve de devenir une vedette adulée, une star dont la vie serait enfin brillante et facile.
Quand son frère lui annonce son retour au pays avec leur mère, Snow voit son univers s’effondrer. Sans plus personne sur qui passer sa rage, il se retrouve face à lui-même…(le temps de faire un p’tit tour chez mon libraire préféré et on en reparle bientôt).

José Eduardo Agualusa, Barroco tropical, Éd. Métaillé, 2011
Une femme tombe du ciel et s’écrase sur la route devant Bartolomeu au moment où éclate une tempête tropicale et où sa maîtresse lui annonce qu’elle le quitte. Il décide de percer ce mystère alors que tout change autour de lui, il découvre que la morte, mannequin et ex-miss, avait fréquenté le lit d’hommes politiques et d’entrepreneurs, devenant ainsi gênante pour certains, et il comprend qu’il sera la prochaine victime. ?Il croise les chemins d’une chanteuse à succès, d’un trafiquant d’armes ambassadeur auprès du Vatican, d’un guérisseur ambitieux, d’un ex-démineur aveugle, d’un dandy nain, d’une prêtresse du candomblé adepte du mariage, d’un jeune peintre autiste, d’un ange noir ou de son ombre. Il explore la ville de Luanda en 2020, métaphore de la société angolaise où les traditions ancestrales cohabitent difficilement avec une modernité mal assimilée. Il s’enfonce dans la Termitière, gratte-ciel inachevé mais déjà en ruine où les riches vivent dans les étages tandis que les pauvres et les truands occupent les sous-sols. Il nous montre une ville en convulsion où l’insolite est toujours présent et intimement mêlé au prosaïque et au quotidien, où la réalité tend à être beaucoup plus invraisemblable que la fiction. ?Dans une prose magnifique cet amoureux des mots définit son pays comme une culture de l’excès, que ce soit dans la façon de s’amuser ou dans la façon de manifester ses sentiments ou sa souffrance. (le temps de faire un p’tit tour chez mon libraire préféré et on en reparle bientôt).

Mia Couto, L’accordeur de silences, Éd. Métaillé, 2011
« La première fois que j’ai vu une femme j’avais onze ans et je me suis trouvé soudainement si désarmé que j’ai fondu en larmes. Je vivais dans un désert habité uniquement par cinq hommes. Mon père avait donné un nom à ce coin perdu : Jésusalem. C’était cette terre-là où Jésus devrait se décrucifier. Et point, final.?Mon vieux, Silvestre Vitalício, nous avait expliqué que c’en était fini du monde et que nous étions les derniers survivants. Après l’horizon ne figuraient plus que des territoires sans vie qu’il appelait vaguement “l’Autre-Côté”. »?Dans la réserve de chasse isolée, au cœur d’un Mozambique dévasté par les guerres, le monde de Mwanito, l’accordeur de silences, né pour se taire, va voler en éclats avec l’arrivée d’une femme inconnue qui mettra Silvestre, le maître de ce monde désolé, en face de sa culpabilité.?Mia Couto, admirateur du Brésilien Guimarães Rosa, tire de la langue du Mozambique, belle, tragique, drôle, énigmatique, tout son pouvoir de création d’un univers littéraire plein d’invention, de poésie et d’ironie.

Nadifa Mohamed, Black Mamba Boy, Éd. Phébus, 2011
Ce premier roman de Nadifa Mohamed débute à Aden, au Yémen, en 1935. Il retrace la vie mouvementée de Jama, un enfant des rues dont le père a disparu peu après la naissance et dont la mère lui jure qu’il est né sous une bonne étoile. À la mort de celle-ci, Jama part à la recherche de son géniteur. Ce périple rendu incandescent par la croyance en une terre promise, lui fait traverser l’Abyssinie, la Somalie, l’Érythrée, le Soudan, l’Égypte et la Palestine. Mais chaque frontière franchie se révèle source de déception. Les décennies passent, les empires coloniaux s’effondrent, le monde change, cependant Jama l’aventurier demeure un laissé-pour-compte, malgré le serpent tatoué sur son bras, le fameux mamba noir. Évocation puissante de contrées en proie à la guerre, mais aussi roman de formation, Black Mamba Boy est une véritable épopée qui nous fait mieux comprendre le destin de cette partie du globe.

Yasmina Khadra, L’équation africaine, Éd. Julliard, 2011
Médecin à Francfort, Kurt Krausmann mène une existence ordinaire, limitée à ses allers-retours entre son cabinet de consultation et son appartement bourgeois. Jusqu’au drame familial qui va le précipiter dans le désespoir. Afin de l’aider à surmonter son chagrin, son meilleur ami, Hans, un riche homme d’affaires versé dans l’humanitaire, lui propose de l’emmener sur son voilier jusque dans les Comores, pour les besoins d’une bonne cause. Au large des côtes somaliennes, leur bateau est assailli par des pirates. Kurt et Hans sont enlevés puis transférés dans un campement clandestin. Dans leur geôle improvisée, se trouve déjà Bruno, un otage français que tout le monde semble avoir oublié, et qui tente péniblement de concilier sa passion pour le continent africain avec l’angoisse de sa captivité. Une détention à l’issue incertaine, des conditions de vie innommables, une promiscuité dangereuse avec des mercenaires sans pitié, c’est le début d’une descente aux enfers dont personne ne sortira indemne. Mais parce que le drame est propice aux revirements de situation, c’est aussi pour Kurt le début d’une grande histoire d’amour.
En nous offrant ce voyage saisissant de réalisme, qui nous transporte, de la Somalie au Soudan, dans une Afrique orientale aux multiples contradictions – tour à tour effrayante, irrationnelle, sage, fière, digne et infiniment courageuse -, Yasmina Khadra confirme une fois encore son immense talent de narrateur. Construit et mené de main de maître, ce roman décrit la lente et irréversible transformation d’un Européen, dont les yeux vont, peu à peu, s’ouvrir à la réalité d’un monde jusqu’alors inconnu de lui. Un hymne à la grandeur d’un continent livré aux pires calamités.
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Khadi Hane, Des fourmis dans la bouche, Éd. Denoël, 2011
Gratteurs d’écailles dans une poissonnerie, vendeurs ambulants de montres de pacotille ou de statuettes en bois, journaliers payés au noir pour décharger des sacs d’un camion, hommes à tout faire d’un commerçant pakistanais qui revendait des pots de crème à l’hydroquinone censés procurer aux nègres l’éclat d’une peau blanche, la leur ne faisant plus l’affaire. Sur le marché Dejean, on trouvait de tout…
Née au Mali, Khadîja élève seule quatre enfants à Paris, dans le quartier de Château-Rouge. Pétrie de double culture, musulmane mais le doute chevillé au corps, elle se retrouve exclue de sa communauté du fait de sa liaison avec Jacques, le père de son fils métis.
Cercle après cercle, depuis ses voisines maliennes jusqu’aux patriarches du foyer Sonacotra et à ses propres enfants, Khadîja passe en jugement. Mais cette absurde comparution, où Africains et Européens rivalisent dans la bêtise et l’injustice, réveille en elle une force et un humour inattendus.
Tableau intense de Château-Rouge, Des fourmis dans la bouche est porté par une écriture inventive au ton très singulier, fondée sur la double appartenance. Un roman qui dit la difficile liberté d’une femme africaine en France.

Fouad Laroui, La vieille dame du riad, Éd. Juillard, 2011
Comment partager son espace avec quelqu’un qui vous est totalement étranger ? Telle est la question !
À travers cette fable tragi-comique, Fouad Laroui pose la question des rapports entre la France et le Maroc dans leurs dimensions historique, affective et culturelle.
Sur un coup de tête, François et Cécile lâchent tout à Paris pour aller s’installer à Marrakech. Quel choc quand ils découvrent, dans une petite pièce au fond du riad qu’ils viennent d’acquérir, une vieille femme qui y semble installée de toute éternité. Ni l’agence immobilière ni les anciens propriétaires ne sont en mesure de leur expliquer ce qu’elle fait là. La femme est très vieille, paisible, parlant quelques mots d’un dialecte que personne ne comprend et ne paraît absolument pas disposée à quitter les lieux. Cette présence dérangeante plonge le jeune couple dans le plus profond des embarras. Pétris de valeurs humanistes, ils ne savent comment gérer cette situation. Pas question de jeter à la rue une personne aussi fragile. Aucune institution n’est prête à l’accueillir. Impossible de retrouver sa famille. Comment aménager cette cohabitation ? La faire travailler contre le gîte et le couvert ?… mais pour faire quoi ?… La considérer comme une amie de la famille ? Mais ils n’ont absolument rien en commun. Lui trouver une chambre en ville ? Impossible de la faire partir manu militari. Accomplir un acte charitable et l’accueillir comme une SDF ? Se soumettre et accepter cette étrange situation ? Mais cette présence, aussi discrète soit-elle, reste une intrusion insupportable et un viol de l’intimité de ce couple plein de bonnes intentions.
Avec cette fable drôle et touchante, Fouad Laroui s’interroge de façon faussement naïve sur les différences culturelles et leur difficile cohabitation.
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Boualem Sansal, Rue Darwin, Éd. Gallimard (blanche), 2011
« Je l’ai entendu comme un appel de l’au-delà : « Va, retourne à la rue Darwin. »
J’en ai eu la chair de poule.
Jamais, au grand jamais, je n’avais envisagé une seule seconde de retourner un jour dans cette pauvre ruelle où s’était déroulée mon enfance. »
Après la mort de sa mère, Yazid, le narrateur, décide de retourner rue Darwin dans le quartier Belcourt, à Alger. « Le temps de déterrer les morts et de les regarder en face » est venu.
Une figure domine cette histoire : celle de Lalla Sadia, dite Djéda, toute-puissante grand-mère installée dans son fief villageois, dont la fortune immense s’est bâtie à partir du florissant bordel jouxtant la maison familiale. C’est là que Yazid a été élevé, avant de partir pour Alger. L’histoire de cette famille hors norme traverse la grande histoire tourmentée de l’Algérie, des années cinquante à aujourd’hui.
Encore une fois, Boualem Sansal nous emporte dans un récit truculent et rageur dont les héros sont les Algériens, déchirés entre leur patrie et une France avec qui les comptes n’ont toujours pas été soldés. Il parvient à introduire tendresse et humour jusque dans la description de la corruption, du grouillement de la misère, de la tristesse qui s’étend… Rue Darwin est le récit d’une douleur identitaire, génératrice du chaos politique et social dont l’Algérie peine à sortir.

Noël Nétonon Ndjekery, Mosso, Éd. Infolio, 2011
Dans un Tchad miné par l’impunité, Dendo, une veuve refuse la diya, compensation qu’on veut lui verser pour la mort de son mari. Par contre, elle veut savoir pourquoi et par qui celui-ci a été tué. Pour mener cette quête onéreuse, elle va devoir se prostituer et s’adonner à la contrebande avec l’Europe. Cependant, elle finira, elle-même, en pleine Helvétie, par être ravalée au rang de vile marchandise dans un négoce qu’elle croyait définitivement remisé dans les livres d’histoire : le trafic d’êtres humains.

Les frustrations et la misère bousculent les tyrans du nord de l’Afrique et donnent envie de voir ces mouvements gagner le continent et se propager dans le vaste monde.
Cinq livres, un par pays, parmi tant d’autres éclairent ces événements qui n’ont rien de spontanés mais prennent racines dans des décennies d’exploitation.

« Je suis peuple, peuple innombrable,
J’ai dans ma voix la force pure,
Pour traverser le silence
Et germer dans les ténèbres ».
Pablo Néruda, Chant général, Éd. Gallimard (poésie n°182)

Naguib Mahfouz, Karnak café, Éd. Actes Sud, 2010
Le Caire, vers le milieu des années 1960.
Au café Al-Karnak que gère une ancienne danseuse, le narrateur fait connaissance avec trois étudiants, Hilmi, Ismaïl et Zaynab. Le premier est l’amant de la gérante, et les deux autres, amis d’enfance, s’aiment tendrement. Tous les trois se considèrent comme des enfants de la révolution de 1952 et défendent ardemment ses principes et ses réalisations. Mais un jour ils cessent de fréquenter le café et, à leur retour, les clients apprennent qu’ils ont été arrêtés par la police politique qui les suspectait, contre toute évidence, d’appartenir au mouvement des Frères musulmans.
Déjà ébranlés dans leurs certitudes, ils sont encore arrêtés à deux reprises sous d’autres prétextes fallacieux. L’un d’eux, Hilmi, meurt en prison tandis que Zaynab et Ismaïl en sortent comme des loques humaines. Surviennent alors, en juin 1967, la guerre contre Israël et la cuisante défaite de l’armée égyptienne… Écrit en 1971 et publié en 1974, ce roman a eu un grand retentissement, et le film qui en a été tiré, avec à l’affiche les plus grandes vedettes du cinéma égyptien, a longtemps été censuré à la télévision.
Mahfouz y fait preuve de son habituel talent de conteur, faisant du petit café le microcosme d’une Égypte en train de perdre ses repères.

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Taoufik Ben Brik, Ben Brik président, Éd. Exils, 2003
 » Gourmand du pouvoir, je le fus aussi de tout ce que le palais pouvait offrir : je deviens un pillard, discret mais prompt à remplir sa besace, champion dans l’art de la rapine.
Mes poches étaient déformées par le poids des argenteries, montres suisses, stylos en or et pochettes de soie. Un Jean Valjean de passage. Je suis… Je suis… Je suis EL PRESIDENT  » Ceci est un livre de combat, à la fois baroque et direct. Sa cible ? Le président tunisien Ben Ali qui, le 26 mai 2002, a obtenu par référendum de modifier la Constitution afin de rester à la tête du pays pendant de longues années encore.
Ben Ali, président à vie, ou Ben Avi, le  » tyranneau de Carthage « … Face à cette situation, qui réduit à néant les espoirs de l’opposition tunisienne, Taoufik Ben Brik invente une fable, à la fois burlesque et tragique. Il décide que, pourquoi pas, lui-même sera Président, élu en 2004 pour une centaine d’années. Ainsi le livre entremêle-t-il les exploits de Ben Brik au palais et ceux de son prédécesseur, des virées de journaliste dans les recoins du pays, et l’écho de la souffrance muette du peuple.
Un récit politique donc, écrit avec les armes de la poésie.

Hisham Matar, Au pays des hommes, Éd. Denoël, 2007
Tripoli, 1979.
La société libyenne étouffe sous le régime autoritaire du colonel Kadhafi mais le jeune Suleiman, neuf ans, a bien d’autres soucis : il s’ennuie sous l’écrasante chaleur estivale. Son père est absent, on le dit en voyage d’affaires. Sa mère, adorée, crainte, erre dans la demeure, de plus en plus souvent ivre, et délire jusqu’à épuisement. Tout est murmure, tout est secret, tout est hostilité. Mais bientôt le monde du petit Suleiman bascule : en plein centre-ville, un matin, il aperçoit Baba, son père, caché derrière d’épaisses lunettes noires.
Pas un signe, pas un geste, l’homme les ignore, sa mère et lui. Subtilement, la peur et le doute s’installent dans la vie de Suleiman. Qui sont ces hommes en armes qui viennent fouiller la maison ? Pourquoi le père de Karim, son meilleur ami, est-il emmené par la police ? Comment se fait-il que sa mère brûle un à un les livres de la bibliothèque, jusqu’alors véritable trésor familial ? Un livre puissant et juste sur la fin de l’enfance et l’horreur de la répression politique.
Hisham Matar est né à New York de parents libyens. Il a passé une partie de son enfance à Tripoli puis au Caire. Venu suivre des études à Londres, il apprend en 1990 l’enlèvement puis le rapatriement de force de son père dans les geôles libyennes : il n’a aucune nouvelle de lui depuis 1995. Au pays des hommes, son premier roman, figurait dans la dernière sélection du prestigieux Booker Prize.

Rachid Mimouni, Une peine à vivre, Éd. Pocket, 1993
Face au peloton d’exécution, le dictateur attend la mort.
Tandis que les soldats épaulent leurs fusils, l’homme se souvient… De son enfance misérable; de son engagement dans l’armée; de son absence de scrupules et d’humanité; du putsch sanglant qui fit de lui le maître absolu… Il se souvient surtout de la seule femme qu’il ait aimée et qui a mystérieusement disparu. Dans quelques instants, les balles traverseront sa poitrine et il sourit… Étrange itinéraire d’un dictateur amoureux qui courut à sa perte pour avoir été confronté à un dilemme terriblement humain : l’amour ou le pouvoir…

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Fouad Laroui, Le jour où Malika ne s’est pas mariée, Éd. Julliard, 2009
Qu’ils soient restés au pays ou partis à l’étranger, les jeunes Marocains, déchirés entre traditions et modernité, sont mal dans leur peau. Dans ces nouvelles tragiques ou cocasses, Fouad Laroui met en lumière le dur combat qu’ils doivent mener pour que leurs rêves d’émancipation ne soient pas broyés sous la chape de plomb de la réalité.
À Casablanca, par une chaleur écrasante, un groupe de jeunes gens désœuvrés refait le monde à la terrasse du café de l’Univers. La moindre rencontre – un passant excentrique, un touriste égaré – est prétexte aux échanges de palabres, souvenirs réels ou légendes colportées. Un dispositif narratif astucieux d’où va naître une série de récits pétris d’humour et d’autodérision, reflétant les aspirations profondes des jeunes Marocains.  Au Maroc comme ici, les causeries intellectuelles au café du coin sont de tradition séculaire. Empruntant au conte philosophique le ton de la critique faussement candide, les narrateurs attablés interrogent avec drôlerie la morale de chaque anecdote relatée. Et s’aperçoivent que là où règnent l’injustice et le non-sens, seuls l’art et le plaisir de raconter des histoires peuvent encore ordonner le monde.
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Après les triomphes des années passées (Léonora Miano, Ahmadou Kourouma, Alain Mabanckou, Tierno Monénembo …), difficile de trouver un rayon de soleil africain pour égailler la grisaille des tristes prix médiatisés et vaguement littéraires de cet automne.
On trouve (quant même) un bout de l’Interallié qui a en plus le mérite de ne pas être nombrilique et le prix de flore au prometteur Abdellah Taïa. Ouf !

Jean-Michel Olivier,L’amour nègre, Éd. De Fallois, 2010
Dans son malheur, Adam a de la chance : né en Afrique, dans la misère, il a onze ans quand il est adopté par un couple de stars du cinéma. A Hollywood, il découvre le glamour et le désœuvrement. Les paradis artificiels. Mais Adam multiplie les bêtises. Pour le punir, on l’envoie chez Jack Malone, un acteur qui vante les mérites d’une capsule de café. Adam s’enfuit à nouveau et rencontre Gladys, fille et femme de banquier, qui l’attire en Suisse, où son destin s’accomplira.
A travers les cinq continents, L’Amour nègre explore les vertiges de la vie factice. On se délecte des tribulations d’un Candide africain confronté aux mille tentations du monde global : luxe et culture unique, bling-bling et dépression, matérialisme triomphant.
En savoir + : une belle petite critique bien léchée sur Fluctuat.net

Abdellah Taïa, Le jour du roi, Éd. Le Seuil, 2010

Nous sommes en 1987.
Dans un Maroc qui vit encore dans la peur, sur une route entre deux villes, Rabat et Salé, le roi Hassan II va passer. Perdus au milieu de la foule, deux amis, Omar et Khalid, un pauvre et un riche, l’attendent. Le riche a été choisi pour aller baiser la main du souverain. L’autre est jaloux. La guerre des classes est déclarée. Elle se terminera au milieu de la forêt, dans le sang.

Lire le premier chapitre du livre


Abdellah Taïa, Le Jour du Roi_Seuil

Merwan Chabane, Fabien Bedouel, Maurin Defrance, Fabien Nury, L’or et le sang, T2 – L’or et le sang, Éd.12 Bis, 2010
Léon Matillo et Calixte de Prampéand rejoignent Tanger à bord de leur voilier, l’Arudj, chargé d’armes. Cette cargaison sera vendue aux combattants rifains qui livrent une guerre d’indépendance aux espagnols colonisateurs. Nos deux aventuriers, trafiquants à la petite semaine, vont se retrouver piégés par un prétendu combattant qui est à la solde de l’occupant.
Une fois emprisonnés ils retrouvent Ahmed, qui doit être fusillé. Léon et Calixte prennent les choses en mains et feront évader leur compagnon. Dès lors ils deviendront des héros de guerre indépendantiste. Mais l’aventure ne fait que commencer…
L’Or et le sang a reçu un accueil très élogieux à la parution du tome 1. Nominé à Angoulême, il consacre Fabien Nury comme l’un des tous meilleurs scénaristes actuels et nous a fait découvrir trois talents en devenir… Merwan Chabane et Fabien Bedouel au dessin et Maurin de France qui est à l’origine de cette fabuleuse histoire.
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Aleksic, Bruno Falba, Antichristus, T2 – Bonaparte, Éd. Soleil Productions (Secrets Du Vatican), 2010
Le voile se lève sur le voyage de Napoléon en Égypte.
1798 ap. J.-C. Bonaparte, l’ennemi de l’Église, veut prendre Alexandrie. Mais pourquoi ? Le chevalier Achard de Bonvouloir le suit contre ses convictions. S’il a pactisé avec l’Antéchrist, c’est pour mieux déjouer ses plans. Sa quête n’est pas sans danger. Ses alliés dévoilent en Égypte leur véritable visage. Les francs-maçons sont ici. La résistance musulmane s’organise. La flotte britannique rode. Que cherchent-t-ils ? L’or des Templiers, le pouvoir ou la mémoire du monde ? C’est ce que le chevalier Achard de Bonvouloir va tenter de découvrir.

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Jean-Christophe Chauzy, Anne Barrois, Bonne arrivée à Cotonou, Éd. Dargaud, 2010
Un personnage, nommé Charles, parisien et féru d’Afrique gagne un voyage/safari au Bénin. Il arrive de plein pied dans un univers qu’il a imaginé, recrée à partir d’images stéréotypées et découvre la réalité de l’Afrique et le fossé entre l’image rêvée et la réalité. Un voyage criblé de pièges et loufoque dans un décor luxuriant et animalier.
Kùabò ! C’est ainsi que l’on est accueilli à Cotonou où la langue fon est bien plus parlée que le français qui, pourtant, a valeur de langue officielle. Kùabò ! Bonne arrivée ! Quels mots réconfortants pour le yovo (l’étranger) qui y arrive pour la première fois, surpris par la moiteur de l’air et un brin angoissé dans l’attente de découvrir, après que son avion s’est posé de nuit, à quoi ressemblent les choses lorsqu’elles sont dans la lumière du jour ! (d’autres infos sur Bodoï)

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Mathieu Sapin, Marguerite Abouet, Akissi, T1 : Attaque de chats, Éd. Gallimard Bd, 2010
Pauvre Akissi ! Les chats du quartier la poursuivent pour lui prendre son poisson, son petit singe Boubou manque de finir à la casserole avec une bonne sauce graine, et elle n’est qu’un misérable margouillat aux yeux de son grand frère Fofana… Mais il en faudrait beaucoup plus pour décourager Akissi. Car cette petite fille-là est survitaminée, une aventurière, une championne du monde de la bêtise, un piment.
«Akissi est très dynamique et le lecteur s’attache très vite à elle. Ses petites aventures, contées sous forme de bandes dessinées, son toutes aussi drôles les unes que les autres». (Lire l’intégralité de l’article sur Livres-à-lire)

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Hippolyte, L’Afrique de papa, Éd. Des Bulles Dans L’océan, 2010
«Jusqu’en 1980, Saly était un village de pêcheurs au sud de Dakar. C’est aujourd’hui le plus grand centre touristique d’Afrique de l’Ouest.
En haute saison, plus de 20 000 personnes s’y retrouvent le long des plages. Soleil, mer, golf, quad… Saly attire aussi des retraités européens. L’un d’eux est le père ­d’Hippolyte. «Elle est pas belle la vie ?» lui demande-t-il. Le fils ne répond pas : il dessine, photographie et raconte «L’Afrique de papa». L’Afrique de Papa mêle subtilement BD traditionnelle et photographies. La grande force réside dans l’alliance des deux techniques qui se font écho, apportant une vraie force au propos». (Lire l’intégralité de l’article sur Weebulle )

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