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Une belle main de polars pour les longs ouiquendes du mois de mai à déguster entre manif et brin de muguet

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Jean-Hugues Oppel, Vostok, éd. Rivages (Rivages/Noir, n° 900), 2013
Quelque part en Afrique, sous une chaleur étouffante, la société Métal-Ik exploite les « terres rares », ces métaux stratégiques nécessaires à la haute technologie. Certaines multinationales, on le sait, ne sont pas très regardantes en matière de droit du travail. Aussi, lorsqu’une agence de l’ONU dépêche Tanya Lawrence sur place, elle n’est clairement pas la bienvenue. Face à l’hostilité générale, elle ne peut compter que sur Tony Donizzi, le guide que lui a assigné le consortium. Le climat s’alourdit vite dans la colonie minière de Métal-Ik, alors qu’une autre menace bien plus grande et moins perceptible, se profile…
Auteur de thrillers politiques féroces, Jean-Hugues Oppel (Grand Prix de littérature policière, Prix Mystère de la critique) signe son grand retour après plusieurs années d’absence.

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djibouti.inddElmore Leonard, Djibouti, éd. Rivages (Thriller), 2013
Dara Barr réalise des documentaires dans l’air du temps : le viol des femmes bosniaques, les néo-nazis, La Nouvelle-Orléans après Katrina. Décidée à se lancer de nouveaux défis, elle part pour Djibouti afin de filmer les pirates des temps modernes en action. Mais le soleil de la région a manifestement tapé sur certains crânes. Est-il vrai, par exemple, que l’explosion d’un superméthanier peut libérer autant d’énergie qu’une bombe atomique ? Cela expliquerait pourquoi un tel navire intéresse tellement les djihadistes locaux… Et si, au lieu d’un documentaire, Dara tournait finalement un film à gros budget hollywoodien ?
« Le plus grand écrivain américain de romans policiers. » (Newsweek)
Elmore Leonard, référence obligée de culture populaire américaine contemporaine, a influencé toute une génération d’écrivains, de scénaristes et de réalisateurs. Il a reçu en 2012 la médaille des Lettres américaines de la National Book Foundation.

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smith3Roger Smith, Le Sable était brûlant, éd. Calmann-Levy, 2013
Avec Le sable était brûlant, Roger Smith voulait écrire un thriller qui se nourrisse de tout ce qui le mettait en rage dans l’Afrique du Sud d’aujourd’hui : corruption généralisée du monde politique, assassinats de 1 500 enfants par an, mariages forcés des jeunes filles et viols des vierges, certains hommes y voyant le remède absolu contre le SIDA. Le tableau est lugubre, mais criant d’une vérité insoutenable.   Déjà traumatisé d’apprendre que son épouse était la maîtresse de Ben Barker, un entrepreneur corrompu qui vient d’être liquidé par des malfrats à la solde du pouvoir, Robert Dell se voit accusé d’avoir volontairement causé la mort de sa femme et de ses enfants lors de l’attentat déguisé en accident de voiture auquel il vient d’échapper. Comprenant qu’il s’agit d’un coup monté, il tente de se défendre, mais sent que c’est à sa vie même qu’en veulent le flic afrikaner Hans Theron et son collègue Zoulou Inja Mazibuko, qui viennent de l’arrêter. Désespéré, il s’attend au pire lorsqu’il est brutalement kidnappé par l’être qu’il déteste le plus au monde, à savoir son propre père, un ancien mercenaire de la CIA qui a décidé de le sauver. Commence alors un voyage infernal dans une Afrique du Sud où, preuve même de l’arriération tribale qui y règne dans certains endroits, la jeune Sunday essaie d’échapper au mariage forcé auquel elle est destinée.

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filiere malgachePierre Maury, Filière malgache, éd. No comment, 2013
Xavier, grand reporter, est envoyé à Madagascar pour enquêter sur l’esclavage moderne et ses filières.?Pas très méthodique, il se donne le temps de comprendre un peu comment fonctionne cette société dont il ignore tout.?Mais bientôt, il se retrouve sur la piste d’un dangereux réseau de trafic d’êtres humains aux ramifications internationales.?Il se lance alors dans une poursuite aventureuse dont les multiples rebondissements conduiront son enquête bien plus loin qu’il ne l’aurait imaginé…
Pierre Maury est né en Belgique en 1954. Il vit à Antananarivo (Madagascar), d’où il exerce, depuis plusieurs années, le métier de chroniqueur littéraire pour le grand quotidien francophone belge Le Soir. En 2006, il a créé la Bibliothèque malgache, où il réédite principalement des textes libres de droits, mais où il publie aussi des œuvres contemporaines.
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MikeNicolMike Nicol, La dette, éd. Ombres noires, 2013
Haine, drogue, trafics d’armes et de diamants sont au cœur de La Dette,  premier volet de la trilogie Vengeance de Mike Nicol. Publié et traduit dans de nombreux pays, ce roman a fait partie des dix meilleurs livres de l’année pour le journal Die Zeit, l’équivalent du « Time » en Allemagne, en compagnie de Fred Vargas, Robert Littell et Donald Ray Pollock notamment.
Le Cap (Afrique du Sud). Tenus par une ancienne dette, deux anciens mercenaires et trafiquants d’armes reconvertis dans la sécurité, Mace Bishop et Pylon, sont engagés par un malfrat pour assurer la protection de son fils, Matthew. Gérant d’une boîte de nuit, véritable plaque tournante de la drogue, Matthew est menacé par une association vertueuse, la Pagad. Cette association – en réalité une officine mafieuse – est représentée par l’avocate Shemina February, manipulatrice au passé trouble qui semble connaître Mace et Pylon du temps de l’apartheid.
Installés dans une maison adaptée au handicap de leur fille, Mace et sa femme Oumou sont financièrement aux abois. Aussi, lorsque l’ex-maîtresse de Mace, Isabella, lui propose un convoyage d’armes pour l’Angola, il ne refuse pas. Mais l’affaire tourne rapidement au règlement de compte. Là encore, Shemina February n’est pas loin. Si Mace et Pylon ont oublié qu’elle a été leur victime, elle non. Elle s’est jurée de les détruire à petit feu…

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Le 29 mars 1947 éclate une insurrection dans la colonie française de Madagascar. La répression va provoquer des dizaines de milliers de victimes. la Grande Île compte alors 4 millions d’habitants sur une surface grande comme la France. Parmi eux 35.000 Européens veulent tout régenter.
La côté orientale, au climat tropical, compte beaucoup de plantations coloniales où l’on cultive le clou de girofle et la vanille, principale richesse de l’île. Les habitants de cette région ont souffert plus que les autres du travail forcé. Celui-ci, qui a donné lieu à de nombreux abus, a été remplacé en 1924 par des «travaux d’intérêt général», guère plus réjouissants ! C’est de cette région que va jaillir l’insurrection…

René Radaody-Ralarosy, Zovi : 1947, au cœur de l’insurrection malgache, Éd. Sépia, 2007

Zovi, « qui vit » en français, est un roman historique où l’écrivain relate le soulèvement d’une partie de la population malgache, le 29 mars 1947. Une rébellion qualifiée à l’époque par les autorités françaises d’« évènements », mais qui s’apparenta en réalité à une véritable guerre contre la France colonialiste ; on devine que le gouvernement français n’aurait jamais nommé cette lutte d’émancipation autrement que par ce terme lénifiant et mensonger d’« évènements » puisque les longs combats pour une Algérie libre ne seront qualifiés de guerre par ces mêmes autorités françaises que bien tardivement après la victoire du FLN. Pour relater une des périodes les plus dramatiques de l’histoire du peuple malgache où environ cent mille d’entre eux périront, Radaody-Ralarosy a préféré le roman historique à l’essai. Témoin à ses dix ans de cette guerre et ayant recueilli de nombreux témoignages tout au long de sa carrière militaire dans l’armée malgache, René Radaody-Ralarosy qui se veut le plus objectif possible, se montre l’écrivain idoine en l’espèce pour narrer cette tragédie occultée aujourd’hui tant en France qu’à Madagascar.
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Jean-Luc V. Rahatimanana, Nour, 1947, Éd. Le serpent à plumes, 1998

Madagascar, 1947. Par la quête obsédante d’un amour mort, un tirailleur se rebelle et plonge dans le passé de la Grande île. Raharimanana, l’auteur, en fouillant dans les mythes et la mémoire malgaches, fait ainsi surgir la violence qui jalonne l’histoire de son pays ; violence coloniale qui massacre au nom de ses certitudes civilisatrices, mais aussi violence du pays déchiré par les rêves d’unification et de conquête des royaumes successifs. Porté par une écriture visionnaire, hallucinée, Nour, 1947 est un roman nécessaire et bouleversant de l’histoire malgache.
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Jean-Luc V. Raharimanana, Pierrot Men, Portaits d’insurgés, Madagascar 1947, Éd. Vents d’ailleurs 2001

«·Si, aujourd’hui, des Français apprennent sans révolte les méthodes que d’autres Français utilisent parfois envers des Algériens ou des Malgaches, c’est qu’ils vivent, de manière inconsciente, sur la certitude que nous sommes supérieurs en quelque manière à ces peuples et que le choix des moyens propres à illustrer cette supériorité importe peu.·» Albert Camus, dans l’article de Combat du 10 mai 1947
Que s’est-il donc passé à Madagascar en 1947·? ?La colonisation a irrémédiablement changé l’histoire dans son entreprise de saccage de la culture et des traditions. 89·000 morts pour revenir aux chiffres, chiffres de l’état-major de l’armée française en 1949. 11·000 un an plus tard selon l’État colonial. Probablement 10·000 à 20·000 selon la révision récente des historiens dans le débat mémoriel actuel, en rajoutant 30·000 morts de dénutrition dans la forêt. Probablement. Tout n’est que probablement… ?Silence de part et d’autre. Silence de la France trahissant ses idéaux, trahissant la Résistance, trahissant l’humanité. Silence de l’île n’ayant pu enterrer ses morts, touchée dans ce qu’elle a de plus intime, le rapport à la mort, le rapport à la terre/chair, le rapport au monde, dans la destinée de l’être et du souffle de vie.
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Pierre d’Ovidio, Le choix des désordres, Éd. 10/18 (Grands détectives), 2012

Surprise et mise en difficulté par le départ du général de Gaulle, la IVe République craint l’embrasement de ses colonies. Maurice Clavault, chargé de surveiller l’activité malgache à Paris, est dépêché à Madagascar pour enquêter sur la disparition d’un éminent colon français. Tandis que d’autres enlèvements surviennent, Clavault découvre les stratégies perfides des tenants de l’ordre colonial… Pierre D’Ovidio fait revivre la période marquante de l’après-guerre et celle de la décolonisation, restituant avec talent l’atmosphère, la saveur authentique d’une époque si proche et si lointaine.
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Patrick Cauvin, Villa vanille, Éd. LGF/Livre de poche, 1997

Ils étaient fiers, arrogants, passionnés. Ils étaient les maîtres de Madagascar, l’île rouge. Villa Vanille ou Palembang, leurs domaines, s’étendaient sur des milliers d’hectares au pied de l’Ankaratra. La tourmente de la Deuxième Guerre mondiale les avait épargnés. Ils pensaient que rien ne changerait dans ce paradis. Et pourtant, un matin de printemps 1947, dans les rayons d’un soleil qui ne reviendrait plus, les premiers feux de la révolte éclataient. Leur univers allait basculer. A jamais. Une fresque flamboyante et sensuelle où, dans la fournaise d’une violence longtemps cachée par l’Histoire, se joue le destin d’hommes et de femmes aux passions tumultueuses. Dans ce climat exacerbé de haines sourdes, de peurs, de chaleurs tropicales, Patrick Cauvin nous offre l’Autant en emporte le vent des colonies françaises. Un roman de chair, de sang, de fièvre, une tourmente furieuse au cœur d’un cyclone dévastateur.
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Plus d’infos sur le sujet : ici et

3 polars, pour un long ouiquende qui s’annonce pluvieux. 3 bonnes raisons de rester sous la couette et de bien se reposer avant d’aller à la manif du 1er mai…

Pierre D’Ovidio, Le Choix des désordres, Éd. 10/18, 2012
Surprise et mise en difficulté par le départ du général de Gaulle, la IVe République craint l’embrasement de ses colonies. Maurice Clavault, chargé de surveiller l’activité malgache à Paris, est dépêchéà Madagascar pour enquêter sur la disparition d’un éminent colon français. Tandis que d’autres enlèvements surviennent, Clavault découvre les stratégies perfides des tenants de l’ordre colonial…
Pierre D’Ovidio fait revivre la période marquante de l’après-guerre et celle de la décolonisation, restituant avec talent l’atmosphère, la saveur authentique d’une époque si proche et si lointaine.

Alexander Mc Call Smith, Le mariage avait lieu un samedi, Éd. 10/18, 2012
Résoudre des énigmes n’a jamais effrayé Mma Ramotswe, créatrice de l’Agence N°1 des Dames Détectives de Gaborone. Tandis que son assistante Mma Makutsi défend la cause des femmes du Botswana tout en préparant son mariage, Precious, armée de sa détermination coutumière, mène l’enquête sur un étrange carnage de bétail et les apparitions fantomatiques de sa regrettée camionnette !
Un savoureux voyage au cœur de l’Afrique et du mystère, autour du célèbre duo de Dames Détectives.

Roger Smith, Mélanges de sangs, Éd. Le Livre de Poche (Thriller), 2012
Jack Burn, sa femme enceinte et leur petit Matt sont agressés un soir par deux membres du gang des Americans. Ex-marine réfugié en Afrique du Sud, Jack les tue… tous les deux. Le vieux veilleur de nuit Benny Mongrel a tout vu. Ancien du gang des 28, il vit dans l’enfer des Flats et, craignant de replonger, il se tait. Jusqu’au jour où le flic Gatsby Barnard l’interroge. La guerre est alors déclarée et tous les coups sont permis, d’autant plus que Barnard est lui-même sous la surveillance de Disaster Zondi, un enquêteur zoulou qui veut sa tête. Ce roman couronné par le Deutschen Krimi Preis sera adapté au cinéma avec Samuel L. Jackson dans le rôle de Disaster Zondi.
Un auteur essentiel qui vient s’imposer au côté de Deon Meyer comme l’autre grand écrivain d’Afrique du Sud. Brigitte Hernandez, Le Point.

Johary Ravaloson, Géotropiques, Éd. Vents D’ailleurs, 2010
« Je », surfeur devant l’Éternel et dans l’océan Indien, Malgache vivant à La Réunion, avec son grand amour, B. L’histoire commence légère, facile, comme une vague, sous le soleil et le vent docile. Mais la rugosité de la vie s’en mêle. « Je » lit les carnets laissés par Andy. Carnets qui racontent l’histoire d’amour entre B., la Française, et Andy, le Malgache, sur fond de manifestations d’étudiants à Paris, puis d’un retour à Madagascar. Des sensibilités se heurtent, des individualités se découvrent…
Un premier roman publié d’un auteur malgache, loin de tous clichés concernant cette grande île si méconnue. Dans un style enlevé, rapide, comme le mouvement d’une vague, le ressac de la mer, Johary Ravaloson raconte une histoire d’amour et de mort, met en scène une génération portée par l’espoir et nourrie par les désillusions.

Yves Pinguilly, Adrienne Yabouza, Le bleu du ciel biani biani, Éd. Oslo (Le temps qui passe), 2010
Aïcha et Fatou, les deux grandes filles de Niwalie sont jumelles. Jeunes femmes, elles viennent de se retrouver, après avoir été séparées dans l’enfance.
Elles sont belles, mais le corps blessé de l’une et le corps malade de l’autre sont inguérissables. Elles en veulent au monde entier, aux hommes en particulier. Elles sont décidées à se venger.
Dans ce roman social-sorcier, où l’on retrouve l’écriture libre-réaliste des auteurs, c’est une part de la vie ordinaire des femmes de Bangui qui nous est contée. Ici les femmes ont en effet le premier rôle qui n’est pas toujours un beau rôle.

Deuxième volet d’ ouvrages jeunesse édités en Afrique. La liste est loin d’être exhaustive. Une source importante est La joie par les livres et son site Takamtikou plus particulièrement centré sur l’Afrique, les Caraïbes et l’Océan Indien. Pour approfondir le sujet les liens sont à votre disposition à la fin de ce papier.

Gongo

Serge Diantantu, La Petite Djily et Mère Mamou , Éd.Diantantu Editions, 2008
Djili n’aime pas rentrer à la maison après l’école, pas plus qu’elle n’aime les vacances… Nous apprenons pourquoi : la nouvelle femme de son père la maltraite. Cette BD met en scène une situation malheureusement fréquente, d’une manière ni appuyée ni démonstrative, par le biais d’une vraie histoire conséquente et bien ficelée, avec des dialogues et des dessins très vivants, ancrés dans la réalité de Kinshasa (comme le dit l’argumentaire de vente, l’ouvrage  « illustre si fidèlement l’Afrique qu’elle en exhale même son parfum »). Cette BD a été remarquée par l’ONU et paraîtra prochainement en allemand et en anglais. Belle production : grand format, couverture cartonnée, papier glacé. Venu du cinéma à la BD parce qu’il coûte trop cher de réaliser des films, Serge Diantantu publie lui-même certains de ses ouvrages. Il est l’auteur, entre autres, de deux BD sur Simon Kimbangu.
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Ile de la réunion

Robi, Maïté Chaveron, Elle a de qui tenir !, Éd. Océan Éditions, (Océan jeunesse), 2009
Qui n’a pas cherché, dans les traits de son enfant, un peu de soi ou de sa famille ? C’est à ce travers des adultes que l’album répond, en laissant petit à petit, au fil des pages, une place pour l’enfant et sa personnalité propre…
Sur un tel sujet, le texte pourrait aisément verser dans le mièvre : or, ce n’est pas le cas. Avec un joli rythme, une vraie présence en adéquation avec les illustrations, on découvre un album sincère et authentique ; une poésie sur les dettes familiales, qu’elles soient physiques ou psychologiques. En outre, l’alternance entre les peintures (réservées principalement aux portraits de la famille) et les croquis au crayon rose (représentant l’enfant en train de grandir) est un excellent choix graphique : il renforce la cohérence d’un texte fondé sur la comparaison des personnes et permet, au passage, une célébration du métissage.
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Guniée

Ahmed Tidjani Cissé, Naby Yoro : Le géant de Matakan, Éd. Ganndal, 2006
Ce recueil publié à Conakry en 2006 est toujours disponible sur place et à Paris, heureusement, car il est très intéressant. Ce sont de riches récits de la Guinée maritime pour la plupart, des histoires vraies, de la vie quotidienne et du passé, entremêlées de légende. Le récit qui donne le titre au recueil se situe sur l’île de Matakan au large de Conakry. Il raconte l’histoire du géant qui vécut sur cette île et sauva les habitants de la famine ; son tombeau reçoit encore des hommages chaque premier jeudi du mois lunaire… « La vengeance du Wagadou-Bida » rapporte l’histoire de ce serpent mythique dont un jeune éphèbe coupa la tête pour sauver sa fiancée du sacrifice rituel. Cela entraîna la fin du royaume ; les survivants partirent au XIe siècle s’installer dans l’actuelle Guinée. Cinq récits et trois contes complètent le volume.
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Bénin

Constantin Adadja, Les Trois singes : je reviendrai, Éd. Star (Prémices), 2009
Comme de nombreux enfants béninois, Gildas a été envoyé au Nigeria pour payer une dette familiale. Réduit à l’esclavage, il s’est enfui en se cachant dans un camion de gravier où il est mort étouffé. Le scénario mêle habilement récit de l’annonce de son décès aux membres de sa famille avec des flash-back sur les raisons mêmes de cette tragédie. L’alternance de points de vue permet la remontée de souvenirs différents et brosse en creux un portrait de Gildas. C’est une bande dessinée poignante, sans lourdeur en dépit d’une volonté de faire passer un message, et bien portée par le style graphique attentif aux expressions des personnages.
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Sénégal

Sous la dir. de Nafissatou Dia Diouf, T. T. Fons, Les Petits chercheurs, Éd. Tamalys, 2008
Des scientifiques du Sénégal proposent aux enfants vingt-deux expériences, sur les plantes, la lumière, l’électricité, la mécanique, l’eau… Pour chacune, une double page : quelques phrases pour susciter l’intérêt, indications illustrées sur le matériel nécessaire (facile à trouver !) et la manière de faire, puis des explications pour aider à comprendre ce qui s’est passé ; le tout complété d’un peu de vocabulaire et d’une vignette humoristique. La table des matières indique le niveau de difficulté des expériences. Limpide, très bien conçu, ce petit ouvrage est une excellente initiation à la science par une démarche active.
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Hélène Ngone Diop, Mame Daour Wade, Moustapha Ndiaye, Des djinns de toutes les couleurs = Jinne yu mel nune, Éd. BLD, 2008
Paru en 1997 dans une édition qui regroupait trois histoires, cette nouvelle présentation du conte, seul, dans un album carré plus petit, permet de mieux en goûter la saveur. La cohabitation entre les djinns et les hommes n’est pas facile, surtout à l’heure de la sieste quand les petits êtres invisibles ne cessent leur vacarme… Un texte très court, en français et en wolof ; d’amusantes illustrations très colorées de Moustapha Ndiaye dans son style si reconnaissable que l’on a plaisir à retrouver.
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Lamine Diemé, Bébé Amine, Éd.BLD (Tété), 2008
Quand Bébé Amine se réveille seul dans un grand lit, c’est d’abord la perplexité qui se lit dans ses yeux, bientôt relayée par l’inquiétude, pour finir par une très grosse colère. Heureusement, Maman n’est pas loin. Dans ce petit album carré, broché, aux illustrations très expressives, le récit est mené essentiellement par l’image qui joue habilement sur les cadrages. C’est le deuxième album dans la collection « Tété » de Lamine Diémé, jeune illustrateur dakarois, également auteur de courts métrages d’animation et de bandes dessinées.
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Centrafrique

Didier Kassaï, Vincent Carrière, L’Odyssée de Mongou, Éd. Les Rapides, 2008
Les adaptations en BD de grandes œuvres africaines, permettant de les faire connaître à de plus nombreux lecteurs, ne courent pas les rues… Cette BD est l’adaptation d’un roman classique de la littérature centrafricaine (disponible aux Éditions Sépia), écrit par Pierre Sammy-Mackfoy, écrivain et pédagogue, qui a dirigé à Bangui le journal pour enfants Balao. Le bédéiste centrafricain Didier Kassaï, plusieurs fois primé, a mis en images documentées, agréables et bien lisibles, la vie extraordinaire de Mongou. Ce chef bandia voit les Européens, hommes d’armes et d’Église, arriver pour la première fois dans son village et en changer le destin, puis aide au recrutement des Tirailleurs et découvre la France…  Une histoire collective et personnelle simplement « montrée », sans que des jugements de valeur interviennent.

Ile Maurice

Gabrielle Wiehe, Sirandann :P etites devinettes = Small Guessing Games, Éd. Vizavi, 2009
Ce livre de devinettes trilingue (créole, français, anglais) est un hommage rendu à la culture de l’océan Indien et au célèbre jeu des sirandanes partagé par toutes les générations. Natacha Appanah, dans la préface de l’album, donne des sirandanes une belle définition, subtile et complexe : « les sirandanes ne sont pas que des devinettes. Cette joute orale en langue créole faite d’énigmes est un « ouvre-l’œil » sur ce qui nous entoure. C’est une manière de dire le monde, de lui enlever son masque de tous les jours, et de le surprendre ». Un exemple de ces joutes poétiques ? Qui est la demoiselle qui nous suit partout et que l’on ne peut jamais embrasser ? L’ombre, bien sûr… Gabrielle Wiehe met tout son talent à servir la poésie de ces sirandanes en proposant des collages, à partir de papiers très divers, qu’elle recouvre à l’acrylique, au pastel, ou encore, au fusain. On sent une véritable profondeur de l’image, nimbée de mystère, qui vient soutenir un texte aux multiples entrées de sens…
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Madagascar

Jeanne Ralimahenintsoa, Dominique Chelot, Ridha Andriatomanga, Paul Razafindraibe, ABDlire, Éd. jeunes malgaches, 2007
Abécédaire bilingue français/malgache pour les enfants en classe de maternelle qui découvrent les rapports entre les lettres et les images. Chaque page est présentée sans commentaire pour laisser les enfants libres dans l’interprétation des images. La photographie a été utilisée pour les illustrations.
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Cyprienne TOAZARA, Soza le pêcheur, Éd. jeunes malgaches, 2007
La pirogue de Soza n’ a pas su franchir la barrière de corail et le pêcheur de langouste fait naufrage. Pourtant, il reviendra chez lui, pour le bonheur et la paix de tous. C’est le retour du justicier en terre du Sud.
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Mali

Modibo Keita, Svetlana Amegankpoe, L’épopée de Soundjata, Éd. Donniya, 2005
Inspirée de la tradition orale malinké, l’histoire de Soundjata Keita, courageux fondateur de l’empire du Mali, est magnifiquement représentée par les illustrations de Svetlana Amegankpoe.
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Aïda Mady Diallo, Ibrahima Aya, Ali Zoromé, Awa et Adama à Wadakédji, Éd. Tombouctou (Awa et Adama), 2009
Saluons la création d’une nouvelle maison d’édition malienne, dirigée par Aïda Diallo et Ibrahima Aya, auteurs engagés en faveur de la lecture des jeunes. Voici le premier titre de leur collection de bandes dessinées documentaires qui prévoit la découverte de diverses régions du Mali, tenant compte des souhaits de leurs habitants, à travers les voyages des jumeaux Awa et Adama. Il s’agit ici de Wadakédji. Chaque étape de ce voyage des enfants est l’occasion d’une découverte des particularités de la région et aussi l’occasion d’aborder des thèmes plus généraux comme l’importance d’inscrire ses enfants à l’état civil ou de voter, la culture du karité…

Guinée Bissao

Teresa Montenegro, Kriol Ten, Ku Si Mon Editora, 2007
Livre écrit en portuguais et non traduit, mais cela ne devrait pas poser de problème aux francophones : « O vivo sabor do crioulo guineense falado através de termos, expressões, provérbios, com traduções em português. Fugindo à ordem alfabética, a apresentação é feita em vinte e um campos semânticos entre os quais o mundo, os animais, o corpo, o intelecto, os sentimentos, o carácter, a vontade, o parentesco, as viagens ».
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Coédition

Béatrice Lalinon Gbado, Mamadou Wolid Niang, Ousseynou Sakho, Abdoulaye Seck, Ibrahima Dia, Chérif Diop, Maman, éditions Ruisseaux d’Afrique (Bénin), Mokand’Art (Congo Brazzaville), BLD (Sénégal), Éburnie (Côte d’Ivoire) et Sankofa & Gurli (Burkina Faso), 2006
Une magnifique coédition panafricaine en jeunesse : Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Sénégal, Congo Brazzaville. Ce texte poétique, écrit par Béatrice Lalinon Gbado, est un véritable hommage à la femme, un long poème magnifiquement illustré par plusieurs artistes sénégalais travaillant la technique du « sous-verre ».

Pour être (beaucoup) plus complet il faut évidement faire un grand tour sur le site takamtikou et notamment sur la Bibliographie de l’Afrique – mars 2010 et la Bibliographie de l’océan Indien – mars 2010
Il y a aussi d’autres ouvrages sur le site de l’alliance internationale des éditeurs indépendants où l’on trouve une bibliographie que j’avais déjà présentée sur opoto et qui est plus que jamais
d’actualité.

Charles Masson, Droit du sol, Éd.Casterman (Écritures), 2009
Quatorze personnes ont péri et 7 étaient portées disparues vendredi après le naufrage, au large de Mayotte, d’une barque chargée de clandestins venus chercher fortune sur l’île française de l’océan Indien.
Les recherches se poursuivaient vendredi après-midi pour tenter de retrouver des victimes de ce drame survenu jeudi vers 20h locales, à 10 km au large de Mayotte. Un premier bilan faisait état de 4 morts, 17 disparus et 12 rescapés. La préfecture l’a révisé à 16h locales après avoir retrouvé 10 corps supplémentaires. Selon les témoignages des rescapés, le « kwassa », une barque de pêche traditionnelle, transportait 33 personnes, dont 7 enfants. Il a sans doute heurté un platier, c’est-à-dire un haut-fond de corail découvrant à marée basse. Un précédent naufrage de « kwassa », le 24 juillet, avait fait 6 morts et 16 disparus à 1 km à peine des côtes. Des milliers de Comoriens clandestins venus d’Anjouan tentent chaque année de s’installer à Mayotte, distante de seulement 70 km. L’île française, dont le produit intérieur brut est neuf fois supérieur à celui des Comores, représente pour eux un eldorado économique. Vendredi 21 nov. 2008, 10 h 26. MAMOUDZOU (AFP).
Charles Masson nous invite à Mayotte. Mais pas pour ses plages de sable fin et son eau transparente. Ni pour le dépaysement. Il nous parle du quotidien de l’île et par cela montre ce que le gouvernement français accompli. C’est pas joli ! Pas du tout. Une BD coup de poing pas pour nous culpabiliser mais pour ouvrir d’autres perspectives et considérer l’Homme comme un être humain. Tout simplement.
En savoir + et découvrir des images

Appollo, Brüno, Commando Colonial T. 2, Le Loup gris de la Désolation, Ed.Dargaud (Poisson Pilote), 2009
Alors que la guerre fait rage dans les îles, les deux membres du commando colonial Robillard et Rivière doivent rejoindre leur base avec des documents confidentiels. L’avion qui les transporte, se fait descendre en plein milieu de l’océan indien. Capturés par un sous-marin allemand, ils vont alors vivre une incroyable aventure qui les conduira jusqu’aux Kerguelen. Appollo et Brüno réinventent à travers Commando Colonial les histoires de guerre et créent un grand classique d’aujourd’hui.
Le tome 1, Opération Ironclad, nous avait enchanté, en pointant du doigt l’attitude mercantile des expatriés français et en rappelant aussi quelques vérités que l’on ne trouvent pas dans les manuels scolaires portant sur la deuxième guerre mondiale : de Gaule ne voulait surtout pas aider les nègres à se libérer !
Le tome 2, Le loup gris de la désolation, est aussi au rendez-vous.
Savoir + : voir les premières planches

Évariste Parny, Chansons madécasses, Éd. opoto, 2009
Cette édition s’orne d’une somptueuse couverture réalisée par Éric Warnauts et Guy Raives. On peut découvrir le cheminement de leur travail, du crayonné à la couverture finale, sur leur blog et découvrir en même temps leur univers graphique.
Évariste Désiré de Forges (1753-1814) Né à la Réunion, a été militaire avant de devenir écrivain. C’est en Inde qu’il écrit ces poèmes qui sont d’une étonnante modernité. Ils sont parmi les premiers poèmes en prose de la littérature française. Et, surtout, ils proposent le regard des Malgaches (les «Madécasses») sur les Blancs : Méfiez-vous des blancs, habitants du rivage. Du temps de nos pères, des blancs descendirent dans cette île. On leur dit : Voilà des terres, que vos femmes les cultivent ; soyez justes, soyez bons, et devenez nos frères. Les blancs promirent, et cependant ils faisaient des retranchements. Un fort menaçant s’éleva ; le tonnerre fut renfermé dans des bouches d’airain ; leurs prêtres voulurent nous donner un Dieu que nous ne connaissons pas ; ils parlèrent enfin d’obéissance et d’esclavage.
Parny était farouchement opposé à l’esclavage et à la colonisation. Jouant aussi de la supercherie, il présente ces textes comme une traduction en français, ce qu’ils ne sont pas : il en est bien l’auteur. Les surréalistes ont vu en ces chansons comme une lointaine ascendance.
A l’heure où certains veulent confiner l’homme africain dans une non histoire, il est salutaire de constater qu’il y a plus de 200 ans Évariste Parny se méfiait des « bien faits » de la colonisation.
Les Chansons madécasses sont disponibles, gratuitement (pour l’instant avec l’ancienne couverture), dans la bibliothèque numérique d’opoto. Et fin juin dans toutes les (bonnes) librairies pour quelques euros.

Antoine Matha, Epitaphe, Éd. Gallimard, (Continents noirs), 2009
«Tout le monde ici soupire après Paris… Paris que vous vous représentez comme une caverne gorgée de biens… Paris où le bonheur a son enseigne… Aujourd’hui comme jadis, c’est la même verroterie qui vous fascine… Non contents d’être contemporains, vous voulez être modernes… Mais savez-vous ce qu’il en coûte d’être moderne ? Savez-vous qu’au bout de nos bagnoles qui polluent, de nos télés qui nous regardent et nous possèdent, au bout de tout ce qui se vend, s’achète, s’use, s’accumule, savez-vous qu’une immense lassitude vous attend, celle qui nous a déjà pris ?»
Deux jeunes Africains, amis depuis l’enfance, quittent leur pays pour Paris, attirés par les sirènes de la société d’abondance. Nous les suivons dans cette vie nouvelle qui tour à tour leur offre des scènes étonnantes, l’argent facile et illicite, les émois du coeur et du sexe, les tracas et les avanies ordinaires d’une vie d’immigré… Jusqu’au jour où la catastrophe survient : l’un meurt, et l’autre se retrouve à convoyer le cercueil de son ami défunt dans leur pays d’origine où une guerre civile vient d’éclater…

Omar Ba, Je suis venu, j’ai vu, je n’y crois plus, Éd. Max Milo, 2009
Je veux faire comprendre aux jeunes d’Afrique que cette Europe ne vaut pas de risquer sa vie, car on y vit, comme partout ailleurs, avec des souffrances, des impasses et des échecs récurrents.
Omar Ba en a rêvé pendant vingt ans : l’Europe, c’est pour des millions de jeunes Africains un eldorado fantasmatique. Qu’il faut atteindre à tout prix. En s’arrachant aux siens.
Après un périple de trois ans, au péril de sa vie, il a fini par atteindre la France. Toutes ses illusions s’effondrent. Il ne trouvera rien des fausses images d’abondance qui circulent en Afrique.
À 29 ans, l’auteur, étudiant en sociologie et travaillant dans une ONG, conseille aux jeunes de son continent d’origine : « Si vous croyez que l’Europe est la solution à vos problèmes, ne venez pas ! Rêvez plutôt d Afrique ! »
Feuilleter le livre de Omar Ba

Hery Mahavanona, Johary Ravaloson, Désiré Razafinjata, Cyprienne Toazara, Nouvelles chroniques de Madagascar, Éd.Sépia, (Sépia-Poche), 2009
Quatre récits de Hery Mahavanona, Johary Ravaloson, Désiré Razafinjata et Cyprienne Toazara ont avec pour toile de fond l’île de Madagascar.
À la suite des 12 nouvelles des Chroniques de Madagascar, ces quatre récits sont à michemin entre le roman, le conte et la nouvelle. Dans la ville d’Antananarivo, les villages tsimihety de l’Ouest et en Algérie, ils mettent en scène des personnages à la vie à la fois ordinaire et fascinante. Le lecteur accompagnera paysans, citadins et soldats dans leurs dilemmes et leurs découvertes grâce à des écritures qui mêlent habilement le rêve et la réalité. Loin des caricatures exotiques, ces textes malgaches attestent du dynamisme d’une langue française résonnant de multiples échos.

Mia Couto, Le dernier vol du flamant, Éd.Chandeigne, 2009
Tizangara, village imaginaire du Mozambique, est le théâtre d’événements délirants. Les casques bleus, venus surveiller le processus de paix après la fin de la guerre civile, explosent sans laisser de traces, si ce n’est celle de leur membre viril. Massimo Risi, inspecteur italien des Nations Unies, est dépêché sur les lieux pour élucider ces morts mystérieuses. Accompagné d’un traducteur, il arpente Tizangara à la recherche d’indices.
Ana Deusqueira la prostituée, Sulplício le père du narrateur, Temporina la jeune ensorcelée, le prêtre Muhando, le sorcier Zeca Andorinho et Estêvão Jonas l’administrateur corrompu du village sont les personnages bigarrés de cette farce à la fois grotesque et tragique.
Mia Couto dépeint avec un humour décapant l’histoire du Mozambique contemporain, de l’immense espoir suscité par l’indépendance et la confiscation du pouvoir par les héros d’hier à la période qui a suivi la fin de la guerre civile sous le regard complice de la communauté internationale. Fable du chaos, le dernier vol du flamant s’élève contre les vies brisées par le fracas des guerres et l’indigence des gouvernants.

Marcel Kemadjou Njanke, Dieu n’a pas besoin de ce mensonge : racontages, éd. ifrikiya (proximité), 2009
Ma mère ne m’appelle dans sa chambre que lorsqu’elle veut me parler d’une « chose plus importante que le soleil et la lune ».
La première fois qu’elle le fit, ce fut pour me parler du fonctionnement très original du corps de la femme au moment où la source des eaux rouges de la puberté jaillit. La deuxième fois, ce fut pour me supplier de démentir une rumeur qui circulait au quartier et qui disait que j’étais enceinte. La troisième et la dernière fois fut un vendredi après la prière de midi. Elle me convoqua d’un air que je ne lui avais jamais connu. Son visage était dessiné avec les traits et les couleurs de la gravité et de la fermeté.
Marcel Kemadjou Njanke est un jeune commerçant installé à Douala. Il est le coordonnateur du Festival International de Poésie 3V et a déjà publié plusieurs recueils de poèmes et de nouvelles.

«Le temps, c’est comme l’eau du fleuve. On a l’impression qu’elle passe, mais elle est toujours là. Va au bord du fleuve à n’importe quel moment, il y a toujours de l’eau et tu puises si tu en veux. Crois-moi, le temps ne passe pas, Mwana. Il passerait pour aller où ?»
C’est avec cette conviction, continuellement insufflée par sa grand-mère Iyo, que Mwana grandit. La vie est belle à Douala, quelle que soit la saison. Belle et pleine de péripéties souvent amusantes que ce roman raconte comme de vive voix. Mais tout va devenir différent à partir du jour où, adolescent, Mwana entrera à l’école. Et découvrira, tout surpris, un tyran à l’air conciliant pourtant : la montre.
À vrai dire, avec Mwana, c’est tout un continent qui est ainsi pris au piège d’un temps nouveau. Car maintenant, même en Afrique et n’en déplaise à Iyo, le temps s’est mis à passer. Bel et bien. Comme partout ailleurs dans le monde.
Francis Bebey, L’enfant-pluie, Ed. Sépia, 2008
En savoir plus : le site consacré à Francis Bebey

«Quiconque ne pouvait chanter sa généalogie jusqu’à l’octave juste, jusqu’au Totem, était appelé l’Anomalie : quelqu’un dont l’apparence humaine allait compter pour contrefaçon. « La panique pour l’instant n’a gagné que les mots », écrivait Mozaya, le ton toujours aussi buté que s’il avait parlé de ces pluies calamiteuses qui s’annoncent par de grands vents, mais qui ne s’abattent pas, que les hommes se préparent à fuir, avant de s’apercevoir que le ciel s’est à nouveau éclairci sans raison. Et je sais que la fanfaronnade est la pudeur des grands blessés.»
Le narrateur revient dans son pays après dix ans de massacres. Ce faisant, il cherche à comprendre comment son ami Mozaya est mort, et à retrouver un certain Asafo Johnson avec lequel il avait fondé une troupe de théâtre en ses années d’étudiant. La vie renaît, hantée par de vieilles et mortelles litanies, ces phrases-talismans qui se recourbent sur elles-mêmes comme la queue du scorpion.
Yosuah Kossi Efoui, Solo d’un revenant, Ed. du Seuil, 2008

C’est un fait dont on parle trop rarement : au moins un Africain émigré sur deux adresse les trois quarts de son salaire à sa famille restée sur le continent afin d’assurer sa subsistance. Osele, l’aîné de trente-trois enfants, est envoyé en France, où il fait de brillantes études d’ingénieur. Marié à une Française, père de deux enfants, il expédie tout son salaire en Afrique, ce qui le mène à la rupture conjugale. Le narrateur n’a de cesse de se justifier en remontant le cours de sa mémoire, dégageant peu à peu le modeste gisement d’une existence vouée au respect de la tradition. Cet homme dénué d’agressivité, qui n’élève jamais la voix, avec quel acharnement il dénonce la perpétuation d’un héritage ! Souvent, il invoque la peur, sa peur. Au fil des mots, il redessine le trajet de sa vie, à laquelle il offre un contour neuf, une nouvelle dignité. Mais un homme seul peut-il s’opposer à un peuple conservateur qui a tout intérêt à entretenir une telle dépendance ? Menacé de mort, frappé par la maladie, Osele exprime la dérision d’un combat inégal.
Gaston-Paul Effa, Nous, enfants de la tradition, Ed. Anne Carrière, 2008

Dans l’intra muros d’une grande ville d’Europe, vivent Amok, Shrapnel et Amandla. Alors qu’Amok et Shrapnel sont nés en Afrique, Amandia a grandi dans un territoire d’outre-mer. Trois parcours différents, une même couleur de peau, parfois embarrassante, lorsque l’Afrique, la Terre Mère, a des allures de continent déchu. Une couleur qui emprisonne et influence leur rapport au monde. Tandis qu’Amandla, l’icône rasta, s’enflamme pour une histoire glorieuse où le peuple noir descend des pharaons d’Egypte, Amok, l’écorché vif, étouffe sous cette couleur si lourde de sens. Quant à Shrapnel, le prince des villes qui rêve d’un peuple noir uni de l’Afrique aux Amériques, il a du mal à savoir où il en est depuis qu’il est tombé amoureux d’une blonde aux yeux bleus…
Entre révolte, fierté et mal de vivre, est-il possible de surmonter une identité si envahissante pour se révéler à soi-même ?
Léonora Miano, Tels des astres éteints, Ed. Plon, 2008
En savoir plus : le site de Léonora Miano

Avant-propos de l’auteur : « Au moment même où une barrière métallique de plus de six mètres de haut était érigée sur les enclaves espagnoles de Ceuta et Mellila pour stopper les vagues d’immigrés en route vers les pays de l’Union européenne, une pirogue de Hann, village traditionnel de pêcheurs de la banlieue de Dakar, perdue en mer à la suite d’une panne de moteur, à la dérive durant deux semaines, poussée par les vents et les courants marins, accosta à Santa Cruz de Tenerife. [...] Le voyage en pirogue des côtes du Sénégal aux îles Canaries, porte de l’Espagne, était du domaine du possible. »
« Mbëkë mi », c’est « le coup de tête » sur lequel on part, défiant tous les périls ; et c’est devenu, tant elle est folle à accomplir, « la traversée » des milliers de jeunes Africains, le dos à la misère et à la désespérance, fuyant ainsi leur pays en pirogue… Dix jours de navigation et d’errance dans un tronc d’arbre évidé et chargé d’au moins quarante personnes pour un Éden européen rêvé, passant d’abord d’un Purgatoire villageois à l’Enfer océanien… Avec les personnages de cette histoire, le lecteur est emporté par l’espoir, l’immense beauté et cruauté de l’océan, la mort, le viol, la faim, la soif, les hallucinations, il est, lui aussi, le coeur au ventre, suspendu sur les abysses entre deux continents, empirogué jusqu’à l’autre rive…
Abasse Ndione, Mbeke Mi :A l’assaut des vagues de l’atlantique, Ed. Gallimard (Continents noirs), 2008

Quelque part au milieu de l’océan, une terre, une île, des rues, des décharges, des plaines immenses et oubliées où se déroulent des tragédies. Quelque part toujours sur une terre dominée par les puissants, Dollaromane à leur tête, des tirailleurs, des femmes aux cheveux de paille, des ancêtres sur la piste de leur libido perdue. Entre la mémoire et l’actualité plane un temps brouillé où rien ne distingue les faits d’hier de ceux d’aujourd’hui.
Face à eux : Za, personnage démesuré à la recherche du corps de son fils emporté dans un ruisseau encombré de détritus, le « fleuve de cellophane ». Sa femme est folle, lui-même a connu la prison, la torture. Il invective, demande pardon, s’humilie, s’esclaffe, chante, récite des poèmes. Za, gorgé de barbarie, est réduit à la seule liberté qui lui reste, une liberté immense qu’il brandit dans son désespoir : celle du langage, celle du rire.
Un roman d’une inventivité verbale inouïe, qu’on se surprend à lire avec une bien cruelle jubilation…
Jean-Luc Raharimanana, Za, Ed.P. Rey, 2008