Wilfried N’Sondé, Le silence des esprits, Éd. Actes Sud (lettres africaines), 2010
Terrorisé par un contrôle de police sur les quais de la gare de Lyon, Clovis Nzila vient de sauter dans un train de banlieue. Sans-papiers, clandestin, il s’assied au hasard d’un wagon surchauffé et tente de maîtriser sa peur. Face à lui, une femme l’observe, accepte en retour ses regards indiscrets, ne semble pas effrayée par sa triste apparence. Attentive, elle engage la conversation, perçoit le désespoir de ce jeune Africain… Ensemble, ils vont plonger sans retenue dans un mirage, convaincus de renaître des cendres du passé.
Après Le Cœur des enfants léopards, un premier roman très remarqué (prix Senghor de la création littéraire ; prix des Cinq Continents de la francophonie), Wilfried N’Sondé nous livre ici le récit d’une rencontre sur le mode d’une ballade sombre et lumineuse.
Chris Abani, Le corps rebelle d’Abigail Tansi, Éd. Albin Michel (Grandes traductions), 2010
Ceux qui ont lu Graceland (Prix Pen-Hemingway 2007), le précédent roman de Chris Abani, n’auront pas oublié Elvis, ce garçon de 16 ans qui errait sur les plages de Lagos en quête d’un peu d’argent et d’espoir. Avec Le Corps rebelle d’Abigail Tansi, l’écrivain nigérian poursuit une oeuvre sombre et saisissante, marquée par l’histoire d’un pays où la violence fait loi. Hantée par le fantôme de sa mère morte en couches, Abigail, une adolescente nigériane dotée d’une force de caractère peu commune, est envoyée par son père à Londres chez des cousins. Mais loin d’y trouver la paix, elle plonge bien vite dans un enfer de solitude. Habile à mobiliser les pouvoirs attachés au spectre maternel pour survivre, elle va devoir payer sa résistance au prix fort… Tout à la fois lyrique et dépouillée, forgée aux rythmes et aux cadences de son pays natal, la prose de Chris Abani sublime l’expérience de la souffrance humaine en une méditation profonde sur la perte, l’abandon et la solitude. Par-delà la tragédie, Le corps rebelle d’Abigail Tansi est un chef-d’oeuvre de poésie et de sensualité.
Koffi Kwahulé, Monsieur Ki : rhapsodie parisienne à sourire pour caresser le temps, Éd. Gallimard (Continents noirs), 2010
Ce roman est composé de plusieurs histoires de Blancs et de Noirs, se déroulant entre Paris et un village africain, qui évoquent le racisme et la méfiance envers l’autre.
Monsieur Ki « Toujours est-il que je ne me sens à l’aise qu’avec les Blancs racistes ; avec eux je suis confiant, je sais à quoi m’en tenir, je sais où je mets les pieds. Tout de suite je me dis : “Voilà un Blanc.” En revanche, je me méfie de ceux qui ont un ami sénégalais ou camerounais, les Monsieur-moi-je-connais-bien-les-Noirs, les Monsieur-moi-j’ai-passé-vingt-ans-en-Afrique, qui n’écoutent que Miles Davis ou Tiken Jah Fakoly, qui ne jurent que par la spontanéité et l’élégance naturelle des nègres ; ceux-là je m’en méfie. Ils me foutent mal à l’aise. Je ne mets pas en doute leur sincérité, mais ils me foutent mal à l’aise, c’est tout. » Voici un roman fou qui révèle, plus que les sages, notre monde, au premier, au deuxième, au trentième degré !… Cent histoires s’enchâssent, mille facettes composent ce roman-mosaïque qui se passe surtout entre Paris et un village africain où règne une désopilante folie. Roman-rhapsodie, Monsieur Ki chante et nous enchante pour caresser à rebrousse-poil notre temps…
