Entries tagged with “J-M Coetzee”.
Did you find what you wanted?
lun 29 août 2011
Posted by Bruno under Non classé
No Comments

Deuxième série de la rentrée littéraire : les livres au format poche. Une bonne occasion de (re)découvrir des titres publiés l’année passée. (Lecture à Angongué. Photo Anne Cillon Perri)
Didier Daeninckx, Galadio, Éd. Gallimard ( Folio), 2011
Allemagne, années trente. Ulrich est un adolescent de Duisbourg comme les autres. À un détail près : sa peau est noire…
Son père, un soldat africain, est venu en Allemagne avec les troupes françaises d’occupation chargées de veiller à l’application du traité de Versailles. Il est reparti en 1921, quelques mois avant la naissance de cet enfant, fruit d’un bref amour avec une jeune Allemande.
Ils sont des centaines, comme Ulrich, à incarner ce qu’Hitler et les nationalistes ne cesseront de dénoncer, dans l’entre-deux-guerres, comme la « honte noire », symbole de l’avilissement délibéré du sang aryen par les occupants. Leur sort ne sera en général guère plus enviable que celui des Juifs.
Ulrich, pour sa part, va connaître un destin inattendu et mouvementé, et découvrir une autre facette de son identité : Galadio.
Comme toujours, Didier Daeninckx s’appuie sur une documentation très fouillée pour éclairer un aspect méconnu de l’histoire du vingtième siècle. Il révèle ici le sort terrible des Allemands métis dans un pays emporté par le délire nazi. De Duisbourg aux studios de cinéma de Babelsberg, jusqu’aux rivages du Sénégal où se déroulent les premiers combats entre pétainistes et gaullistes, Ulrich apprend à connaître les hommes.
Jean-Christophe Rufin, Katiba, Éd. Gallimard ( Folio), 2011
Quatre touristes occidentaux sont assassinés dans le Sahara. L’attaque est signée « al-Qaida au Maghreb islamique », dont tout laisse à penser que les partisans veulent aller beaucoup plus loin et rêvent de frapper la France au cœur. L’événement est présenté par les médias comme un fait divers tragique mais il met en alerte les services de renseignements du monde entier. Au centre de leurs jeux complexes, Jasmine. Jeune fonctionnaire du Quai d’Orsay apparemment sans histoire, elle émerge peu à peu comme la pièce maîtresse d’une opération d’envergure inédite. Quels liens cette Française à l’élégance stricte entretient-elle avec le monde musulman ? C’est en démêlant les fils les plus intimes de sa vie que la vérité se fera jour et que le suspense, haletant, trouvera son dénouement. Complice, victime ou agent double, Jasmine incarne le mélange de répulsion et de fascination que le fondamentalisme religieux exerce inconsciemment sur chacun de nous.
Francis Zamponi, Le boucher de Guelma, Éd. Gallimard ( Folio policiers), 2011
Arrêté lors d’une escale en Algérie, Maurice Fabre est inculpé de génocide et crimes contre l’humanité. Ancien sous-préfet de Guelma, petite ville de l’Est algérien, il est accusé d’avoir ordonné et perpétré les tristement célèbres « massacres de Guelma » en 1945 : lors des célébrations du 8 mai, des émeutes nationalistes éclatèrent et furent réprimées dans le sang, faisant de nombreuses victimes parmi les Européens comme parmi la population musulmane.
Plus de soixante ans après ces événements, Maurice Fabre accepte de répondre à la justice algérienne et se replonge dans les heures sombres de la France coloniale. Bien embarrassé par cette arrestation au moment où les relations entre les deux pays semblent s’apaiser, le gouvernement français tente de le faire passer pour un vieillard gâteux. Mais Fabre a prévu de dévoiler toute la vérité…
Mohammed Aïssaoui, L’affaire de l’esclave Furcy, Éd. Gallimard (Folio), 2011
«Le 16 mars 2005, les archives concernant « L’affaire de l’esclave Furcy » étaient mises aux enchères, à l’hôtel Drouot. Elles relataient le plus long procès jamais intenté par un esclave à son maître, trente ans avant l’abolition de 1848. Cette centaine de documents – des lettres manuscrites, des comptes rendus d’audience, des plaidories – illustrait une période cruciale de l’Histoire.
Les archives révélaient un récit extraordinaire : celui de Furcy, un esclave âgé de trente et un ans, qui, un jour d’octobre 1817, dans l’île de la Réunion que l’on appelle alors île Bourbon, décida de se rendre au tribunal d’instance de Saint-Denis pour exiger sa liberté.
Après de multiples rebondissements, ce procès, qui a duré vingt-sept ans, a trouvé son dénouement le samedi 23 décembre 1843, à Paris.
Malgré un dossier volumineux, et des années de procédures, on ne sait presque rien de Furcy, il n’a laissé aucune trace, ou si peu. J’ai éprouvé le désir – le désir fort, impérieux – de le retrouver et de le comprendre. De l’imaginer aussi.»
Hisham Matar, Au pays des hommes, Éd. Points, 2011
Est-ce bien Baba, caché derrière des lunettes noires, qu’il a aperçu ? Suleiman est troublé : son père, que l’on dit en voyage d’affaire, a traversé la place en l’ignorant. En cet été 1979 à Tripoli, les événements lui échappent : un proche de son ami Karim est emmené violemment par des inconnus. Et que veulent ces hommes qui fouillent sa maison ? Pourquoi sa mère brûle-t-elle tous leurs livres ?
Né à New York de parents libyens, Hisham Matar a passé une partie de son enfance à Tripoli et au Caire. Au pays des hommes est son premier roman. Il a figuré dans la dernière sélection du Booker Prize.
« Un puissant roman politique et une tendre évocation des conflits humains ? l’identité, le pardon, l’amour. »
The Observer
J. M. Coetzee, L’Eté de la vie, Éd.. Points, 2011
Le célèbre écrivain J. M. Coetzee est mort. En recueillant le témoignage de ses proches, un universitaire établit sa biographie posthume. Amant indésirable, enseignant sans charisme, homme distant et peu sociable : le portrait n’est guère flatteur. En imaginant ce qu’on dirait de lui une fois disparu, John Coetzee dévoile son mal-être et une formidable méditation sur la condition humaine.
Né en 1940, J. M. Coetzee a reçu le prix Nobel de littérature en 2003. Il a écrit deux autres récits autobiographiques : Vers l’âge d’homme et Scènes de la vie d’un jeune garçon, disponibles en Points.
« Un autoportrait virtuose, qui entremêle le vrai et le faux, l’autobiographie et le roman. Magistral. »
Télérama
Abdellah Taïa, Le Jour du Roi, Éd. Points, 2011
À la vie, à la mort. Khalid et Omar, deux enfants de Salé, sont les deux moitiés d’un même fruit. Pourtant, tout les oppose. Khalid le riche, Omar le pauvre. Lorsqu’on a l’âge de courir dans les dunes jusqu’à en perdre la tête, l’argent et les différences sociales n’existent pas. Cette fragile insouciance ne résistera pas à la visite du roi Hassan II.
Abdellah Taïa est né à Salé (Maroc) en 1973. Il vit à Paris où il prépare un doctorat en lettres. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages, notamment L’Armée du salut et Une mélancolie arabe, disponibles en Points.
« Le lyrisme dépouillé d’Abdellah Taïa épouse parfaitement le tragique de la situation. »
Le Nouvel Observateur
Anouar Benmalek, Le Rapt, Éd. Livre de poche, 2011
Confronté aux violences qui secouent l’Algérie, Aziz se veut détaché et caustique, seule façon pour lui de se protéger. Mais, lorsque sa fille de quatorze ans est enlevée, il comprend que l’ironie ne lui sera d’aucun secours. Le ravisseur contacte la famille et menace sa victime du pire si la police est prévenue. De toute façon, qui aurait envie de s’en remettre aux autorités algériennes ? Aziz peut-il alors compter sur Mathieu, le beau-père de sa femme, un Français dont le passé pendant la guerre d’Algérie est plutôt trouble ?
Le souffle de la colère gonfle les pages de ce dernier roman. De la première à la cinq centième page, […] il enveloppe le lecteur, le bringuebale à travers différents temps et espaces pour le laisser groggy, l’estomac encore noué, un goût d’amertume au fond de la gorge. Et pourtant… on serait presque tenté d’en redemander. Jean-Pierre Han, L’Humanité.
Candi Miller, Le sel et le miel, Éd. J’ai lu, 2011
1958.
Alors que l’apartheid règne en Afrique du Sud, la jeune Koba, onze ans, membre d’une tribu nomade du Kalahari, assiste au meurtre de ses parents par deux chasseurs blancs. Recueillie par Marta et Deon, un couple d’Afrikaners, Koba s’adapte peu à peu à sa nouvelle vie, tout en ayant conscience qu’elle est source de conflit entre les époux, dont les opinions divergent sur l’éducation à lui donner. Mannie, leur fils, éprouve d’abord un sentiment de culpabilité à l’égard de Koba, qui n’empêche pourtant pas une amitié de naître entre eux, jetant un pont fragile par-delà les différences raciales.
Mais la réalité les rattrapera lorsque cette amitié – qui s’est au début forgée grâce au troc : » Je te donne du sel ; tu me donnes du miel » – se transformera en amour… Pour rédiger ce roman, comparé outre-Manche à ceux de Karen Blixen et de Nadine Gordimer, Candi Miller a passé de longues semaines dans le désert du Kalahari, à la rencontre de ses habitants, afin de s’imprégner de leur culture. Un texte dont l’écriture sensible et poétique fait ressentir le charme envoûtant de l’Afrique.
Mots-clefs : Abdellah Taïa, Afrique du sud, Algérie, Anouar Benmalek, Candi Miller, Didier Daeninckx, Francis Zamponi, Hisham Matar, Ile de la Réunion, J-M Coetzee, Jean-Christophe Rufin, littérature afrique, livres de poche Afrique, Lybie, Maroc, Mohammed Aïssaoui, roman, Sénégal
jeu 17 mar 2011
Mohammed El-Bisatie, La faim, Éd. Actes Sud (mondes arabes), 2011
Le ventre vide mais le corps souple et l’esprit vif, Zaghloul passe son temps à rendre service aux autres sans rien leur demander en échange.
Il lui arrive de croiser des étudiants dont les discussions le font réfléchir, de provoquer un notable bigot par des questions inconvenantes, de travailler aussi pour un riche obèse, et de calmer sa faim pendant quelques semaines avant que la mort de son bienfaiteur le renvoie à sa condition première. Sa femme, Sakina, n’a pas plus de chance auprès du veuf impotent qui lui a procuré le travail dont elle rêvait mais qui meurt aussitôt.
Et il en est de même pour le fils, Zahir, dont l’ami Mitron est licencié pour lui avoir permis, moyennant le nettoyage du four, d’emporter chez lui des galettes de pain à moitié brûlées. En trois séquences courtes, libres de tout pathos et teintées d’humour noir, Mohammed El-Bisatie restitue la vie quotidienne, dans un village égyptien, d’une famille extrêmement pauvre qui manque de tout : de pain, de savoir, de considération, mais qui n’abdique jamais sa dignité humaine.
Unanimement salué à sa parution, ce roman a été nominé en 2009 pour le Prix international du roman arabe.
Serge Amisi, Souvenez-vous de moi, l’enfant de demain, Éd. Vents d’ailleurs, 2011
Serge Amisi n’a pas dix ans quand il est enlevé par les soldats de Kabila. Conditionné, drogué, n’ayant pour père et mère que la kalachnikov, il sera, comme ses compagnons d’armes, acteur et témoin d’une des plus grandes guerres qu’ait connues l’humanité depuis 1945, celle du Congo.
Mais l’enfant, arme de guerre redoutable quand les adultes ont perdu toute humanité, ne cesse de s’interroger, ne cesse de vouloir retrouver sa place d’enfant, juste sa part d’enfance.
Ce récit de Serge Amisi, au-delà du témoignage d’un enfant-soldat, crée un univers saisissant. Écrit dans une langue musicale, lancinante, d’une extrême sensibilité et d’une grande finesse, il est bouleversant. Impossible de le lire sans trouble, sans remettre profondément en cause nos perceptions, nos rapports avec le monde. Un livre fort, indispensable.
Denis Hirson, Denise Coussy, Joan Metelerkamp, Afrique du sud : Une traversée littéraire, Éd. Philippe Rey, 2011
Le 27 avril 1994, jour des premières élections démocratiques et multiraciales en Afrique du Sud, restera à jamais une date capitale de l’histoire de ce pays, bâillonné pendant des décennies.
Ce livre, construit autour de cette ligne de partage symbolique, invite le lecteur à découvrir la diversité et la créativité d’une littérature qui prend pleinement la place qui lui revient au sein de la littérature mondiale et parvient, à l’image de la « nation arc-en-ciel », à se libérer du passé et à fonder le contemporain. Après un panorama historique portant sur l’ensemble des littératures sud-africaines dans leur pluralité de langues, leur diversité de création et de transmission, viennent deux essais sur le roman (Denise Coussy) et la poésie (Joan Metelerkamp) depuis 1994, chacun complétés d’une anthologie.
L’ensemble donne à lire de nombreux auteurs, afrikaners, noirs, métisses ou anglophones, dont certains restent peu connus, voire inédits en français. Mandla Langa, Sello Duiker, Ivan Vladislavic, Kopano Matlwa, Zakes Mda, J.-M. Coetzee, Antjie Krog, Robert Berold, Seitlhamo Motsapi, Vonani Bila, Isabella Motadinyane, Lesego Rampolokeng, Bernat Kruger, Mxolisi Nyezwa, Don Maclennan, Ingrid de Kok, Karen Press, Jeremy Cronin, Ronelda Kamfer… Une chronologie des principaux faits littéraires et historiques ainsi qu’une bibliographie recensant les titres traduits vers le français figurent en fin de volume.
Mots-clefs : Afrique du sud, Antjie Krog, Bernat Kruger, Denis Hirson, Denise Coussy, Don Maclennan, Egypte, Ingrid de Kok, Isabella Motadinyane, Ivan Vladislavic, J-M Coetzee, Jeremy Cronin, Joan Metelerkamp, Karen Press, Kopano Matlwa, Lesego Rampolokeng, Mandla Langa, Mohammed El-Bisatie, Mxolisi Nyezwa, République Démocratique du Gongo, Robert Berold, Ronelda Kamfer, Seitlhamo Motsapi, Sello Duiker, Serge Amisi, Vonani Bila, Zakes Mda
mer 10 nov 2010
Jean-Joseph Rabearivelo, Oeuvres complètes – Tome 1, Le diariste (Les Calepins bleus), L’épistolier, Le moraliste, Éd. CNRS, 2010
Léopold Senghor voyait en lui le « Prince des Poètes malgaches ».
Sa trajectoire fut fulgurante. Au début du XXe siècle où triomphent sans partage l’idée et la réalité coloniales, ce jeune homme de couleur, soumis par les aléas de l’histoire à l’une des plus prestigieuses cultures européennes, se découvre, outre un amour passionné des Lettres et de la langue française, le don de l’expression littéraire. Rabearivelo a l’intuition qu’il pourrait devenir le premier « intellectuel » de sa nation et y travaille avec acharnement.
Tour à tour poète, journaliste, critique, dramaturge et romancier, historien de sa tradition, collecteur et traducteur de textes anciens comme de textes modernes, rien n’échappe à son emprise créatrice, à cheval sur deux cultures. Rabearivelo a exercé une influence décisive sur la littérature malgache actuelle. Premier volet de l’édition des oeuvres complètes de Rabearivelo, ce volume contient journal et lettres, le tout inédit à ce jour.
Collectif, Afrique du sud : Une traversée littéraire, Éd. Philippe Rey
Le 27 avril 1994, jour des premières élections démocratiques et multiraciales en Afrique du Sud, restera à jamais une date capitale de l’histoire de ce pays, bâillonné pendant des décennies.
Ce livre, construit autour de cette ligne de partage symbolique, invite le lecteur à découvrir la diversité et la créativité d’une littérature qui prend pleinement la place qui lui revient au sein de la littérature mondiale et parvient, à l’image de la « nation arc-en-ciel », à se libérer du passé et à fonder le contemporain. Après un panorama historique portant sur l’ensemble des littératures sud-africaines dans leur pluralité de langues, leur diversité de création et de transmission, viennent deux essais sur le roman (Denise Coussy) et la poésie (Joan Metelerkamp) depuis 1994, chacun complétés d’une anthologie.
L’ensemble donne à lire de nombreux auteurs, afrikaners, noirs, métisses ou anglophones, dont certains restent peu connus, voire inédits en français. Mandla Langa, Sello Duiker, Ivan Vladislavic, Kopano Matlwa, Zakes Mda, J.-M. Coetzee, Antjie Krog, Robert Berold, Seitlhamo Motsapi, Vonani Bila, Isabella Motadinyane, Lesego Rampolokeng, Bernat Kruger, Mxolisi Nyezwa, Don Maclennan, Ingrid de Kok, Karen Press, Jeremy Cronin, Ronelda Kamfer… Une chronologie des principaux faits littéraires et historiques ainsi qu’une bibliographie recensant les titres traduits vers le français figurent en fin de volume.
Kabelo Sello Duiker, 13 cents, Éd. Yago, 2010
Cape Town.
Il fait lourd et nous suivons avidement les tribulations d’un gamin des rues nommé Azure. A 13 ans, il connait tout juste la vie. Ces yeux innocents, bleu comme le ciel ou la mer profonde, le trahissent partout où il passe. Il est noir au yeux bleu, de quoi faire naître de terribles jalousies.
Pour survivre, Azure doit faire le pire: prostitution, drogue et deal avec des gangs extrêmement violents. Mais peut-on dire que ceci n’est que son quotidien et qu’il s’en sort plutôt pas mal ?
Lire la suite de la critique sur mobylivres
Naguib Mahfouz, Karnak Café, Éd. Actes Sud (mondes arabes), 2010
Le Caire, vers le milieu des années 1960.
Au café Al-Karnak que gère une ancienne danseuse, le narrateur fait connaissance avec trois étudiants, Hilmi, Ismaïl et Zaynab. Le premier est l’amant de la gérante, et les deux autres, amis d’enfance, s’aiment tendrement. Tous les trois se considèrent comme des enfants de la révolution de 1952 et défendent ardemment ses principes et ses réalisations. Mais un jour ils cessent de fréquenter le café et, à leur retour, les clients apprennent qu’ils ont été arrêtés par la police politique qui les suspectait, contre toute évidence, d’appartenir au mouvement des Frères musulmans.
Déjà ébranlés dans leurs certitudes, ils sont encore arrêtés à deux reprises sous d’autres prétextes fallacieux. L’un d’eux, Hilmi, meurt en prison tandis que Zaynab et Ismaïl en sortent comme des loques humaines. Surviennent alors, en juin 1967, la guerre contre Israël et la cuisante défaite de l’armée égyptienne… Ecrit en 1971 et publié en 1974, ce roman a eu un grand retentissement, et le film qui en a été tiré, avec à l’affiche les plus grandes vedettes du cinéma égyptien, a longtemps été censuré à la télévision.
Mahfouz y fait preuve de son habituel talent de conteur, faisant du petit café le microcosme d’une Egypte en train de perdre ses repères.
Ibrahim Al-Koni, Ange, qui es-tu ?, Éd. Aden (Lettres du Monde), 2010
Tout commence par un homme venu inscrire un nouveau-né sur les registres de l’état civil, sans se douter un instant que cet acte simple le conduirait dans le tourbillon d’une histoire kafkaïenne.
L’auteur, comme à son habitude dans ses romans, maîtrise à merveille une science subtile, celle de l’égarement. Il nous mène depuis son désert natal, berceau du soleil, des illusions et des légendes, jusqu’au dénouement, par une langue fabuleuse et une philosophie des fragments et de l’illimité au service d’une cause, qu’il défend depuis longtemps, avec la même persuasion : celle de son peuple, les Touaregs, menacés comme tant de minorités d’une disparition totale.
Chaque mot nous effleure par sa mélodie, nous enchante et nous transforme. On s’imagine qu’on pourrait guérir de la sédentarité et de la ville. Que nous sommes libres. On s’imagine même que nous avons plié bagages et que nous sommes en partance vers le Sud.
Mots-clefs : Antjie Krog, Bernat Kruger, Don Maclennan, Ibrahim Al-Koni, Ingrid de Kok, Isabella Motadinyane, Ivan Vladislavic, J-M Coetzee, Jean-Joseph Rabearivelo, Jeremy Cronin, Kabelo Sello Duiker, Karen Press, Kopano Matlwa, Lesego Rampolokeng, Mandla Langa, Mxolisi Nyezwa, Naguib Mahfouz, Robert Berold, Ronelda Kamfer, Seitlhamo Motsapi, Sello Duiker, Vonani Bila, Zakes Mda
jeu 26 août 2010
Fatou Diome, Celles qui attendent, Éd. Flammarion, 2010
Arame et Bougna, mères, respectivement, de Lamine et Issa, deux émigrés clandestins. Elles ne comptaient plus leurs printemps, mais chacune était la sentinelle vouée et dévouée à la sauvegarde des siens, le pilier qui devait tenir la demeure sur les galeries creusées par l’absence. Mais comment dépeindre la peine d’une mère qui attend son enfant, sans jamais être certaine de le revoir ? Coumba et Daba, quant à elles, humaient leurs premières roses : jeunes, belles, elles rêvaient d’un destin autre que celui de leurs aînées du village. Assoiffées d’amour, d’avenir et de modernité, elles s’étaient lancées, sans réserve, sur une piste du bonheur devenue peu à peu leur chemin de croix. Mariées, respectivement à Issa et Lamine, l’Europe est leur plus grande rivale. Esseulées, elles peuvent rester fidèles à leur chambre vide ou succomber à la tentation. Mais la vie n’attend pas les absents, derrière les émigrés, les amours varient, les secrets de famille affleurent ; les petites et grandes trahisons vont alimenter la chronique sociale du village et déterminer la nature des retrouvailles. Le visage qu’on retrouve n’est pas forcément celui qu’on attendait.
Alain Mabanckou, Demain j’aurai vingt ans, Éd. Gallimard (Blanche), 2010
Pointe-Noire, capitale économique du Congo, dans les années 1970. Le narrateur, Michel, est un garçon d’une dizaine d’années qui fait l’apprentissage de la vie, de l’amitié et de l’amour, tandis que le Congo vit sa première décennie d’indépendance sous la houlette de « l’Immortel Marien Ngouabi », chef charismatique marxiste. Les épisodes d’une chronique familiale truculente et joyeuse se succèdent, avec ses situations burlesques, ses personnages hauts en couleurs : le père adoptif de Michel, réceptionniste au Victory Palace ; maman Pauline, qui a parfois du mal à éduquer son turbulent fils unique ; l’oncle René, fort en gueule, riche et néanmoins opportunément communiste ; l’ami Lounès, dont la sœur Caroline provoque chez Michel un furieux remue-ménage d’hormones ; bien d’autres encore. Mais voilà que Michel est soupçonné, peut-être à raison, de détenir certains sortilèges…
Au fil d’un récit enjoué, Alain Mabanckou nous offre une sorte de Vie devant soi à l’africaine. Les histoires d’amour tiennent la plus grande place, avec des personnages attachants de jeunes filles et de femmes. La langue que Mabanckou prête à son narrateur est réjouissante, pleine d’images cocasses, et sa fausse naïveté fait merveille.
J-M Coetzee, L’été de la vie, Éd. Seuil, 2010
Après Scènes de la vie d’un jeune garçon et Vers l’âge d’homme, voici le troisième volet de l’entreprise autobiographique de Coetzee : il a atteint la trentaine et, de retour au pays natal, partage avec son père vieillissant une maison délabrée dans la banlieue du Cap.
Autobiographie fictive puisque l’auteur confie la tâche d’un portrait posthume à un jeune universitaire anglais qui recueille les témoignages de quatre femmes et d’un collègue qui auraient compté pour l’écrivain en gestation dans les années 1970. Ce quintette de voix laisse entrevoir un homme maladroit, mal à l’aise, brebis galeuse de la famille afrikaner qui peine à ouvrir son coeur. La femme adultère, la danseuse brésilienne, la cousine chérie, l’universitaire et la maîtresse française s’accordent à faire de lui un amant sans chaleur, un amoureux indésirable, un enseignant sans charisme.
Ces entretiens sont encadrés de notes et fragments extraits de carnets où l’écrivain s’interroge et se cherche. Dans ce récit où se mêlent le comique et le ridicule, la mélancolie et le désespoir, Coetzee se livre avec prudence et dévoile peu à peu un coeur en souffrance sous la cuirasse. Il invite une nouvelle fois le lecteur à une superbe méditation sur la condition humaine.
Léonora Miano, Tels des astres éteints, Éd. Pocket (Pocket, n° 14050), 2010
Amok, Shrapnel et Amandla sont des immigrés africains. Amandla, elle, vient de la Caraïbe. Tous trois ont vu le jour sur des terres lointaines. Ils n’ont pas la couleur des enfants du Nord. Cette différence est leur héritage commun, mais chacun l’habite à sa manière… Amok refuse que sa couleur conditionne son identité. Shrapnel, au contraire, revendique une filiation globale et aspire à l’unité, de l’Afrique aux Amériques. Quant à Amandla, elle croit trouver les réponses aux tourments du présent dans une ancienne mythologie. Chacune de ces voies peut déboucher sur une impasse. Ces astres éteints devront s’ouvrir et abandonner le ressentiment pour briller à nouveau..