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Pas grand chose dans les nouveautés ce mois ci, à part les quelques titres ci-dessous. Pourquoi ne pas en profiter pour visiter la librairie Présence Africaine de Paris : Nouvelle devanture, nouvelle enseigne, locaux refaits à neuf… la librairie a fait peau neuve durant cet été. Au cœur du quartier latin, la librairie est, plus que jamais, le lieu incontournable pour trouver le livre, l’article, l’atmosphère qui vous plonge dans le tourbillon de l’incroyable vitalité qui anime le continent africain et ses différentes diasporas.??

Mansour El Souwaim, Souvenirs d’un enfant des rues, Éd. Phebus, 2012
La guerre civile domine la scène politique soudanaise depuis l’indépendance du pays, opposant musulmans, chrétiens et animistes. Depuis les années 90, les raids d’enfants perpétrés par les différentes factions armées pour nourrir le marché quasi officiel de l’esclavage ont jeté dans les rues de Khartoum des milliers d’enfants de toutes confessions, orphelins et déracinés.
Kasshi, le héros du roman, est né paraplégique. Doté d’une intelligence supérieure et d’une mémoire phénoménale, il s’abreuve au savoir de ses maîtres, apprend le Coran par cœur, et se lance dans l’étude des sciences occultes et autres disciplines ésotériques. Nous le suivons de la petite enfance à l’âge adulte, au fil des rencontres avec les gamins des rues, chefs de gangs, voleurs ou vendeurs à la tire, indigents et infirmes. La nature l’ayant gratifié d’un sexe qui fait se pâmer la gente féminine, il découvre tôt les plaisirs charnels. Ses charlatans de maîtres à penser vont exploiter cette aubaine pour attirer les belles naïves dans des pièges dont elles ne sortiront pas indemnes.
L’auteur réussit à faire d’une vie marquée par le sceau de l’échec, du désespoir et de la violence, un récit quasi légendaire. Ainsi va la vie de Kasshi, tour à tour voyou et prophète, prince et mendiant, libre et captif, maître et victime de sa propre destinée.

Ivan Vladislavic, Folie, Éd. Zoe, 2012

Quelque part dans l’immensité du veld sud-africain, un homme arrive dans un terrain vague et y prend ses quartiers. M. et Mme Malgas, les occupants de la maison voisine, observent avec la plus grande attention cet intrus qui interrompt singulièrement leur routine. Monsieur est quincailler, Madame dépoussière les bibelots, regarde la télévision et attend le retour de son mari. L’inconnu explique à son voisin, de plus en plus fasciné, son plan: la construction très mystérieuse de sa maison, une maison mentale. La voisine, quant à elle, est convaincue de la folie de cet homme qu’elle s’obstine à appeler « l’Autre », et qui lui vole son bon mari. Folie est un huis clos à trois, récit d’une désillusion comique, tissée de clous et de fils, de chimère et de mots.

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Djiby Sy, Roger Lavergne, La véritable histoire de Monsieur Sy, Éd. Sépia, 2012
Monsieur Sy est un travailleur émigré sénégalais qui est arrivé en France dans les années soixante. Son parcours est exemplaire.

Le jeune Djiby Sy qui s’embarque en trichant légèrement sur son âge, se verra confronté au choc des cultures. Il ne sait ni lire ni écrire. Il apprendra d’abord à prendre le bus, à s’habituer à la nourriture française : sa nouvelle vie est si différente de celle de son village. Il exercera de nombreux « petits boulots » à Marseille, Bordeaux, Paris… Mais surtout, il apprendra à lire, à écrire et à prendre sa place dans la société française en citoyen responsable.
Le jeune Sy parle de son déchirement, de la place des femmes, de son mariage, de son engagement syndical et de sa retraite en banlieue parisienne. L’émigré est devenu « Monsieur Sy ». Il est respecté par tous et ses conseils sont écoutés.
Un livre qui déborde d’humanité.

Henri Lopes, Une enfant de Poto-Poto, Éd. Gallimard (Continents Noirs), 2012

«À la une, la photo d’une foule en liesse… En bas, dans le coin gauche, quelqu’un lève deux doigts. C’est Pélagie. À sa gauche, c’est moi, Kimia… C’était le 15 août 1960. La nuit de notre Indépendance… Pour Pélagie et moi, il s’agissait plus d’une occasion de réjouissance que d’une date historique.» Suit le récit d’une amitié liant deux jeunes femmes que l’évolution de leurs pays va séparer un temps. Amitié profonde, complexe, sillonnée de rivalités, de jalousie et, surtout, mue par une indéfectible solidarité au cœur d’un monde divisé.
Entre Pélagie et Kimia, un Moundélé, comme on appelle les Blancs, là-bas! Mais ne serait-il pas, lui aussi, un enfant de Poto-Poto?… Doublant l’intrigue amoureuse, une plongée dans les consciences de trois êtres dont les identités se forgent à la fusion des boues et des glaises des sols d’Afrique et d’ailleurs. À contre-courant des clichés, l’auteur, à l’écriture dépouillée, rapide, cinématographique, nous offre trois palpitants destins en perpétuels dialogues.
De l’Europe aux États-Unis, ce trio fiévreux de passion et d’intelligence reste uni par une aspiration commune, le désir de s’assumer et de se dépasser, que traversent les parfums et les saveurs du Congo dans les rythmes des rumbas du pays bantou.

Denis Labaye, Noirs sur blanc, Éd. dialogues, 2012

Comment Zola Méké, jeune Africain issu d’une famille démunie, est-il devenu chirurgien à Paris ? ?Pour faire ses études, Zola, adolescent, est obligé de s’exiler. D’abord à Cuba, puis en Russie et en France. Une ascension sociale terriblement coûteuse : déchirement familial, petits boulots pour survivre, racisme, tiraillement entre l’attrait d’une vie « moderne » et l’emprise de la culture originelle.?Mais ce roman est aussi une histoire forte d’amitié et d’amour entre quatre jeunes aux destins divergents. Une aventure humaine où les personnages de rencontre abondent : un idéaliste égaré, une singulière mère adoptive, un curieux chirurgien russe adepte du silence… Le tout narré d’une plume alerte où l’humour s’invite souvent.
« Noirs en blanc » est une fiction inspirée des témoignages de médecins étrangers travaillant dans nos hôpitaux. Il évoque la fuite des cerveaux d’Afrique ? un drame pour ce continent… « Reprenez vos ONG et rendez-nous nos médecins ! » s’écrie Myezi, une femme chirurgien amoureuse de Zola.
« C’est un roman formidable et courageux. La première partie, un Cubain aurait pu l’écrire, les deux autres, un Africain aurait aimé les écrire. » Eduardo Manet

Mohammed El-Bisatie, La faim, Éd. Actes Sud (mondes arabes), 2011
Le ventre vide mais le corps souple et l’esprit vif, Zaghloul passe son temps à rendre service aux autres sans rien leur demander en échange.
Il lui arrive de croiser des étudiants dont les discussions le font réfléchir, de provoquer un notable bigot par des questions inconvenantes, de travailler aussi pour un riche obèse, et de calmer sa faim pendant quelques semaines avant que la mort de son bienfaiteur le renvoie à sa condition première. Sa femme, Sakina, n’a pas plus de chance auprès du veuf impotent qui lui a procuré le travail dont elle rêvait mais qui meurt aussitôt.
Et il en est de même pour le fils, Zahir, dont l’ami Mitron est licencié pour lui avoir permis, moyennant le nettoyage du four, d’emporter chez lui des galettes de pain à moitié brûlées. En trois séquences courtes, libres de tout pathos et teintées d’humour noir, Mohammed El-Bisatie restitue la vie quotidienne, dans un village égyptien, d’une famille extrêmement pauvre qui manque de tout : de pain, de savoir, de considération, mais qui n’abdique jamais sa dignité humaine.
Unanimement salué à sa parution, ce roman a été nominé en 2009 pour le Prix international du roman arabe.

Serge Amisi, Souvenez-vous de moi, l’enfant de demain, Éd. Vents d’ailleurs, 2011
Serge Amisi n’a pas dix ans quand il est enlevé par les soldats de Kabila. Conditionné, drogué, n’ayant pour père et mère que la kalachnikov, il sera, comme ses compagnons d’armes, acteur et témoin d’une des plus grandes guerres qu’ait connues l’humanité depuis 1945, celle du Congo.
Mais l’enfant, arme de guerre redoutable quand les adultes ont perdu toute humanité, ne cesse de s’interroger, ne cesse de vouloir retrouver sa place d’enfant, juste sa part d’enfance.
Ce récit de Serge Amisi, au-delà du témoignage d’un enfant-soldat, crée un univers saisissant. Écrit dans une langue musicale, lancinante, d’une extrême sensibilité et d’une grande finesse, il est bouleversant. Impossible de le lire sans trouble, sans remettre profondément en cause nos perceptions, nos rapports avec le monde. Un livre fort, indispensable.

Denis Hirson, Denise Coussy, Joan Metelerkamp, Afrique du sud : Une traversée littéraire, Éd. Philippe Rey, 2011
Le 27 avril 1994, jour des premières élections démocratiques et multiraciales en Afrique du Sud, restera à jamais une date capitale de l’histoire de ce pays, bâillonné pendant des décennies.
Ce livre, construit autour de cette ligne de partage symbolique, invite le lecteur à découvrir la diversité et la créativité d’une littérature qui prend pleinement la place qui lui revient au sein de la littérature mondiale et parvient, à l’image de la « nation arc-en-ciel », à se libérer du passé et à fonder le contemporain. Après un panorama historique portant sur l’ensemble des littératures sud-africaines dans leur pluralité de langues, leur diversité de création et de transmission, viennent deux essais sur le roman (Denise Coussy) et la poésie (Joan Metelerkamp) depuis 1994, chacun complétés d’une anthologie.
L’ensemble donne à lire de nombreux auteurs, afrikaners, noirs, métisses ou anglophones, dont certains restent peu connus, voire inédits en français. Mandla Langa, Sello Duiker, Ivan Vladislavic, Kopano Matlwa, Zakes Mda, J.-M. Coetzee, Antjie Krog, Robert Berold, Seitlhamo Motsapi, Vonani Bila, Isabella Motadinyane, Lesego Rampolokeng, Bernat Kruger, Mxolisi Nyezwa, Don Maclennan, Ingrid de Kok, Karen Press, Jeremy Cronin, Ronelda Kamfer… Une chronologie des principaux faits littéraires et historiques ainsi qu’une bibliographie recensant les titres traduits vers le français figurent en fin de volume.

Jean-Joseph Rabearivelo, Oeuvres complètes – Tome 1, Le diariste (Les Calepins bleus), L’épistolier, Le moraliste, Éd. CNRS, 2010
Léopold Senghor voyait en lui le « Prince des Poètes malgaches ».
Sa trajectoire fut fulgurante. Au début du XXe siècle où triomphent sans partage l’idée et la réalité coloniales, ce jeune homme de couleur, soumis par les aléas de l’histoire à l’une des plus prestigieuses cultures européennes, se découvre, outre un amour passionné des Lettres et de la langue française, le don de l’expression littéraire. Rabearivelo a l’intuition qu’il pourrait devenir le premier « intellectuel » de sa nation et y travaille avec acharnement.
Tour à tour poète, journaliste, critique, dramaturge et romancier, historien de sa tradition, collecteur et traducteur de textes anciens comme de textes modernes, rien n’échappe à son emprise créatrice, à cheval sur deux cultures. Rabearivelo a exercé une influence décisive sur la littérature malgache actuelle. Premier volet de l’édition des oeuvres complètes de Rabearivelo, ce volume contient journal et lettres, le tout inédit à ce jour.

Collectif, Afrique du sud : Une traversée littéraire, Éd. Philippe Rey
Le 27 avril 1994, jour des premières élections démocratiques et multiraciales en Afrique du Sud, restera à jamais une date capitale de l’histoire de ce pays, bâillonné pendant des décennies.
Ce livre, construit autour de cette ligne de partage symbolique, invite le lecteur à découvrir la diversité et la créativité d’une littérature qui prend pleinement la place qui lui revient au sein de la littérature mondiale et parvient, à l’image de la « nation arc-en-ciel », à se libérer du passé et à fonder le contemporain. Après un panorama historique portant sur l’ensemble des littératures sud-africaines dans leur pluralité de langues, leur diversité de création et de transmission, viennent deux essais sur le roman (Denise Coussy) et la poésie (Joan Metelerkamp) depuis 1994, chacun complétés d’une anthologie.
L’ensemble donne à lire de nombreux auteurs, afrikaners, noirs, métisses ou anglophones, dont certains restent peu connus, voire inédits en français. Mandla Langa, Sello Duiker, Ivan Vladislavic, Kopano Matlwa, Zakes Mda, J.-M. Coetzee, Antjie Krog, Robert Berold, Seitlhamo Motsapi, Vonani Bila, Isabella Motadinyane, Lesego Rampolokeng, Bernat Kruger, Mxolisi Nyezwa, Don Maclennan, Ingrid de Kok, Karen Press, Jeremy Cronin, Ronelda Kamfer… Une chronologie des principaux faits littéraires et historiques ainsi qu’une bibliographie recensant les titres traduits vers le français figurent en fin de volume.

Kabelo Sello Duiker, 13 cents, Éd. Yago, 2010
Cape Town.
Il fait lourd et nous suivons avidement les tribulations d’un gamin des rues nommé Azure. A 13 ans, il connait tout juste la vie. Ces yeux innocents, bleu comme le ciel ou la mer profonde, le trahissent partout où il passe. Il est noir au yeux bleu, de quoi faire naître de terribles jalousies.
Pour survivre, Azure doit faire le pire: prostitution, drogue et deal avec des gangs extrêmement violents. Mais peut-on dire que ceci n’est que son quotidien et qu’il s’en sort plutôt pas mal ?
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mobylivres

Naguib Mahfouz, Karnak Café, Éd. Actes Sud (mondes arabes), 2010
Le Caire, vers le milieu des années 1960.
Au café Al-Karnak que gère une ancienne danseuse, le narrateur fait connaissance avec trois étudiants, Hilmi, Ismaïl et Zaynab. Le premier est l’amant de la gérante, et les deux autres, amis d’enfance, s’aiment tendrement. Tous les trois se considèrent comme des enfants de la révolution de 1952 et défendent ardemment ses principes et ses réalisations. Mais un jour ils cessent de fréquenter le café et, à leur retour, les clients apprennent qu’ils ont été arrêtés par la police politique qui les suspectait, contre toute évidence, d’appartenir au mouvement des Frères musulmans.
Déjà ébranlés dans leurs certitudes, ils sont encore arrêtés à deux reprises sous d’autres prétextes fallacieux. L’un d’eux, Hilmi, meurt en prison tandis que Zaynab et Ismaïl en sortent comme des loques humaines. Surviennent alors, en juin 1967, la guerre contre Israël et la cuisante défaite de l’armée égyptienne… Ecrit en 1971 et publié en 1974, ce roman a eu un grand retentissement, et le film qui en a été tiré, avec à l’affiche les plus grandes vedettes du cinéma égyptien, a longtemps été censuré à la télévision.
Mahfouz y fait preuve de son habituel talent de conteur, faisant du petit café le microcosme d’une Egypte en train de perdre ses repères.

Ibrahim Al-Koni, Ange, qui es-tu ?, Éd. Aden (Lettres du Monde), 2010
Tout commence par un homme venu inscrire un nouveau-né sur les registres de l’état civil, sans se douter un instant que cet acte simple le conduirait dans le tourbillon d’une histoire kafkaïenne.
L’auteur, comme à son habitude dans ses romans, maîtrise à merveille une science subtile, celle de l’égarement. Il nous mène depuis son désert natal, berceau du soleil, des illusions et des légendes, jusqu’au dénouement, par une langue fabuleuse et une philosophie des fragments et de l’illimité au service d’une cause, qu’il défend depuis longtemps, avec la même persuasion : celle de son peuple, les Touaregs, menacés comme tant de minorités d’une disparition totale.
Chaque mot nous effleure par sa mélodie, nous enchante et nous transforme. On s’imagine qu’on pourrait guérir de la sédentarité et de la ville. Que nous sommes libres. On s’imagine même que nous avons plié bagages et que nous sommes en partance vers le Sud.

Ahmad Al-Malik, Stella Gaetano, Hisham Adam, Abdulaziz Baraka Sakin, Nouvelles du Soudan, Éd. Magellan et Cie (Miniatures), 2009
Soudan Indépendant depuis 1956, le Soudan moderne est l’un des pays les plus vastes du continent africain.
Étymologiquement, son nom dérive de l’expression arabe Bilâd as-Sûdân,  » le pays des Noirs « , qui désignait l’ensemble de l’Afrique saharienne à l’époque médiévale. Depuis au moins deux décennies, la diversité culturelle et religieuse (il est l’héritier des civilisations pharaonique, chrétienne et musulmane), mais aussi la dictature, la guerre civile et ses conséquences comme la misère et le sort des déplacés, se reflètent dans la production littéraire.
Les auteurs des six nouvelles rassemblées ici sont d’origine arabe, nubienne, sudiste ou darfouri. Tous écrivent en arabe, mais mettent en scène des personnages venus des quatre coins du pays, avec leurs coutumes et leurs caractéristiques. Les faits évoqués sont souvent graves, mais l’habileté et l’élégance des auteurs, l’humour et le Style onirique de certains. qui n’est pas sans rappeler le réalisme magique sud-américain, les transforment en petits bijoux, témoins à la fois d’une dure réalité et d’une littérature qui ne demande qu’à être découverte.

Ivan Vladislavic, Clés pour Johannesbourg : Portrait de ma ville, Éd. Zoé (Écrits d’ailleurs), 2009
Début du deuxième millénaire, Johannesbourg reste divisée, désormais autant par la pauvreté et la violence que par la race.
Vladislavic, fin arpenteur des rues, des quartiers, des parkings, des jardins, circule de scène en scène aussi cocasses que tragiques. Le livre est composé de 138 entrées, comme autant de clés pour comprendre la ville, à la manière Vladisalvic : sorte de regard agile et enregistreur, esprit joueur qui analyse, compare, fait des liens et manie les mots pour dire les impressions les plus fines. Ce texte est une ode amoureuse à Johannesbourg, industrielle, polluée, dangereuse, belle et injuste.

Hamidou Dia, Poésie africaine et engagement, Éd. Acoria-Dunia (Les mots en partage), 2009
Après avoir inventorié et analysé les différents thèmes porteurs du débat sur la création poétique africaine, l’auteur tout en s’appuyant sur des exemples concrets, nous permet de saisir les enjeux actuels de cette poésie. Il met notamment en évidence l’apport et l’héritage des poètes comme Tchicaya U Tam’Si, David Diop, Aimé Césaire, René Depestre ou Véronique Tadjo. Il nous permet, ainsi, de comprendre l’évolution des problématiques liées à la question de l’identité littéraire, qu’elle soit, individuelle, continentale ou nationale, tout en proposant l’esquisse d’une poétique personnelle.
Romancier, poète, critique littéraire et préfacier, Hamidou Dia fut secrétaire de la revue québécoise Études littéraires et rédacteur en chef de la revue Présence Africaine. Il est le représentant de l’association des écrivains du Sénégal en Europe. C’est le poète de la mémoire, du fleuve et de l’exil, enraciné dans la culture peul dans laquelle il a grandi. Hamidou Dia vit en France où il enseigne la littérature négro-africaine et la philosophie.

Aminata Sow Fall, La grève des Bàttu, Éd. Du Rocher (Histoire Vécue, n° 124 ), 2009
Si tous les mendiants de la « Grande Ville » se mettaient en grève contre les autorités qui rêvent de débarrasser les rues des « encombrements humains ».
La grève des bàttu fait désormais partie des grands classiques de la littérature africaine. Aminata Sow Fall imagine dans ce livre que les mendiants de la « Ville » lassés d’être persécutés par le pouvoir, feraient grève soudain, refusant d’aller mendier. Ils partent s’installer loin, hors de la ville, et là, attendent. En ville, la vie devient impossible car tout bon musulman se doit de faire des offrandes. Alors chacun se met à prendre le car, jusqu’à « l’arrêt des mendiants » pour faire ses dons. Et quels dons ! il faut du bon argent et de la viande sinon, l’offrande est impitoyablement refusée. Tout va encore se compliquer pour Mour Ndiaye, responsable des mendiants au Ministère de l’Intérieur. Il a consulté plusieurs marabouts pour savoir ce qu’il devrait faire pour être nommé Vice-Président du pays. La réponse est tombée, implacable : distribuer des offrandes de viande dans le bàttu des mendiants, au cœur même de la ville dont il vient de les expulser. La grève des bàttu est un roman, empli d’humour, qui exprime toute la réalité des maux actuels de l’Afrique francophone, tels qu’ils furent légués en grande partie, par la colonisation, et tels qu’ils perdurent aujourd’hui.