L’Afrique vu de la France du XIX siècle : de drôles de découvertes… à lire en intégralité sur votre ordi préféré. Bonne lecture !
Honoré de Balzac, Une passion dans le désert
Étrange expérience que celle de ce jeune soldat perdu dans le désert égyptien. Le Provençal, qui participe à la campagne de Bonaparte, est fait prisonnier par les Maugrabins mais parvient à s’échapper. Réfugié dans l’immensité, il rencontre une bien curieuse panthère. Celle-ci, loin de se montrer agressive, réclame en effet caresses et jeux. L’homme l’apprivoise peu à peu et finit par ne plus s’en méfier. Mais on ne transforme pas une panthère, aussi douce soit-elle, en animal de compagnie : un coup de dents malencontreux, et l’aventure s’achève, « comme finissent toutes les grandes passions, par un malentendu ». Il ne pouvait en être autrement dans l’immensité déroutante d’un univers aussi fascinant qu’exaltant, où les hommes font l’expérience d’une autre vie.
Jules Verne, L’étonnante Aventure de la mission Barsac
Ce roman a été terminé et remanié par Michel Verne, après la mort de son père Jules Verne.
Un projet de loi ayant été déposé par le député Barsac, tendant à créer cinq sièges de députés dans la Sénégambie, la Haute-Guinée et la partie du Soudan français située à l’ouest du Niger, et à accorder l’électorat, voire l’éligibilité, aux gens de couleur, sans distinction de race, cette proposition obtient un franc de succès. Le Ministère est invité à constituer une mission qui parcourra cette région comprise dans la boucle du Niger et qui rédigera un rapport au vu duquel la Chambre statuera ultérieurement. La mission Barsac ayant commencé son périple se heurte au cours de ses investigations à un nombre croissant de difficultés. Ils finissent par être kidnappés et transportés au moyen de machines, mi-hélicoptère, mi-avions dans une ville, Blackland, inconnue du reste du monde et située en plein désert…
Édouard Deduraux, Maurice Dibos, Voyage et aventures d’un aérostat à travers Madagascar insurgée
Édouard Deburaux (1864-1904) a signé Léo Dex de nombreux ouvrages écrits en collaboration avec Maurice Dibos (1855-1931) et consacrés aux voyages en ballon. Ce roman prend prétexte de troubles à Madagascar pour une traversée aérienne de la Grande Île. Les faits, imaginaires, ne sont pas précisément datés. Mais on peut les situer, par recoupement, vers 1893 ou 1894. Il s’agit d’un grand roman d’aventures, dans l’esprit où Jules Verne a pu écrire Cinq semaines en ballon. Madagascar n’est ici qu’un décor. Décrit cependant avec précision grâce à la présence, parmi les aéronautes, d’un explorateur qui a beaucoup voyagé dans l’île.
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Jean-Marie Seillan, Aux sources du roman colonial (1863-1914) : L’Afrique à la fin du XIXe siècle, Éd. Karthala (Lettres su Sud), 2006
Les discours tenus aujourd’hui sur l’Afrique restent pour une large part pénétrés des fantasmes nourris par la conquête coloniale à la fin du XIXe siècle. Pour les saisir à leurs origines, l’auteur de ce livre est remonté aux sources du roman colonial français et a relu plus d’une centaine de romans ou cycles romanesques publiés entre 1863, date du texte fondateur Cinq semaines en ballon, et la guerre de 1914.
Ces fictions, dues à quelques grands noms (Zola, Villiers de l’Isle-Adam, Jules Verne, Rosny aîné) et le plus souvent à une foule de feuilletonistes sans gloire (de Louis Boussenard à Fernand Hue, d’Armand Dubarry à Edgar Monteil), combinent avec une grande liberté les scénarios les plus improbables avec des matériaux empruntés aux récits de voyages des explorateurs. À ce titre, elles forment au sein de la littérature fin de siècle un vaste territoire inexploré, avec son histoire et ses sous-genres propres, ses pratiques d’écriture et ses stéréotypies particulières.
Enfants perdus livrés à la gueule des lions, explorateurs assiégés par des hordes de cannibales, reines des Amazones à l’ardeur tropicale, sous-offs ignares proclamés rois par des foules noires émerveillées : rien ne manquait aux terreurs rassurantes et aux espérances illimitées promises aux lecteurs, ces téméraires aventuriers en chambre. Mais ces fictions leur livraient aussi, sous le couvert didactique et moralisateur d’aventures déclarées authentiques, des histoires de pillages et des scènes de carnages – affabulations de militaires rêvant, dans l’attente de la Revanche, de blanchir l’Afrique noire en exterminant ses habitants.
De la visite d’un continent alors si mal connu qu’on pouvait tout en dire, il ressort que la France, ligotée dans les certitudes rigides du positivisme, du nationalisme et du racialisme, a rencontré l’Afrique à la pire époque de son histoire intellectuelle, au point de faire d’elle le laboratoire fictionnel de ses songeries génocidaires, voire de ce qui apparaît après coup comme un proto-fascisme français.
Vu sur Loxias, Loxias 12
Louise Faure-Favier, Blanche et noir, Présentation de Roger Little avec la collaboration de Laurent de Freitas, Ed. L’Harmattan, (Autrement mêmes), 2006
Contre le racisme ambiant de la petite bourgeoisie de province (Forez et Velay), une jeune fille s’insurge avec d’autant plus d’entrain qu’elle se découvre un oncle sénégalais, né le même jour qu’elle. L’explication en est que sa grand-mère, veuve âgée de 42 ans, quitte son milieu étouffant, visite l’Exposition universelle de 1889, et découvre l’amour avec un des « spécimens » de ce « zoo humain ».
Lire des extraits de Blanche et noir
Aurore Cloteaux, Le mulâtre, Éd. L’harmattan, (Autrement mêmes), 2009
Au croisement de deux époques et de deux esthétiques, Le Mulâtre (1834) passe d’un coup des aspirations de la philosophie des Lumières aux visions des Romantiques et de la sensibilité du « bon sauvage » dévoué à son maître à la démesure du « nègre primitif ». Ce dernier, bien que libre, n’a pas droit à la femme (blanche) adorée et tombe dans la folie la plus violente. Le Mulâtre raconte sa désintégration psychique tout en explorant les conséquences.
A noter qu’Aurore Cloteaux est un pseudo de Balzac.
Pierre Loti, Le Roman d’un spahi, Éd.Gallimard (Folio), 1993
Voici en gros l’histoire : « un jeune paysan des Cévennes, beau garçon ingénu, fierté de ses parents, promis depuis toujours à sa chère cousine, s’engage dans les spahis. Il est envoyé au Sénégal où il découvre un monde aussi hostile qu’étrange. Après une première liaison avec une métisse, il s’entiche d’une jeune africaine et s’établit avec elle, ce qui causera sa perte. Leur perte à tous les deux ». Mais le roman de Loti c’est évidement bien plus que cela…
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D’autres livres de Pierre Loti sont disponibles sur E-books libres et gratuits (ainsi que bien d’autres auteurs).
Sur le même thème : Le (pas) bon temps des colonies… (2)