Entries tagged with “Haïti”.


Petina Gappah, Les racines déchirées, Éd. Plon (Feux Croisés), 2010
Une femme assiste à l’enterrement sous les drapeaux de son mari, mais elle sait que le cercueil est vide et que l’éloge funèbre est une mascarade. Des enfants courent entre des maisons de fortune où s’échangent ragots quotidiens et croyances éternelles. Une jeune fille épouse un homme dont les précédentes fiancées ont toutes été emportées par la « grande maladie au nom court ». D’autres s’envolent vers l’Europe et oublient la famille restée au pays. Terre de paradoxes, le Zimbabwe apparaît ici dans toute son ironie, celle d’un pays où le pain vaut des millions et la vie à peine quelques centimes, celle d’un régime absurde et terrible, d’un peuple pris en otage entre ses traditions et la tentation de l’Occident.
Dans une langue limpide et puissante, pleine d’humour et de tendresse, d’ironie et de tourment, Petina Gappah déploie avec talent l’un des charmes tragiques de l’Afrique : la volonté de rire de la vie, de peur d’en pleurer.
En savoir + : Le blog de Pepita Gappah (en anglais)

Fatou Diome, Le vieil homme sur la barque, Éd. Naive (Livres D’heures), 2010
« Nous habitions une île, vivions de la mer. Sobriété d’une vie de campagne, les journées passaient, lentes, dédoublées, aussi semblables que des jumelles habillées de la même cotonnade rêche. La luxuriance, c’était la poudre d’or rouge qui maquille les crépuscules. Marée haute, marée basse ! Même quand les humeurs fluctuaient, on n’en faisait qu’une affaire de lune. On préférait l’analyse des courants marins à celle des états d’âme. » Fatou Diome rend un très bel hommage au « grand homme » de son enfance : décrivant ses premières années sur l’île de Niodor, au Sénégal, elle ressuscite ses souvenirs de sorties en mer sur la barque de son grand-père, souvenirs enchantés de navigations qui donnèrent lieux à des échanges mémorables, et à des récits fabuleux… Des années plus tard, l’auteur découvre grâce au célèbre roman d’Hemingway, Le vieil homme et la mer, le récit précis de ce que fut la vie de son grand-père… et découvre alors «le courage, la volonté, l’abnégation et la dignité» de cet homme qui souffrait sans n’en rien laisser paraître. L’évocation sensible de cette relation entre une petite fille et son grand-père est aussi un éloge de la littérature, qui rend «toutes les frontières poreuses», permettant à la petite sénégalaise devenue grande de découvrir, par les mots d’un écrivain américain, les secrets de celui qu’elle croyait si bien connaître… L’occasion de véritables « retrouvailles » avec son grand-père. Des retrouvailles sans fin, puisque, dit-elle, « quelle que soit la houle, je sais que mon grand-père ne me quittera jamais. Hemingway non plus ». Le célèbre dessinateur Titouan Lamazou met son art et ses couleurs au service du récit tendre et délicat de Fatou Diome.

Kettly Mars, Saisons sauvages, Éd. Mercure De France, 2010
Port-au-Prince, années 1960 : Duvalier et ses tontons macoutes éliminent systématiquement les opposants au régime.
Daniel Leroy, rédacteur en chef du principal journal d’opposition, vient d’être enlevé. Pour obtenir de ses nouvelles, son épouse Nirvah se rend chez le secrétaire d’État à la Sécurité publique, Raoul Vincent. Le redoutable chef de la police est subjugué : pour assurer la survie de son époux et protéger sa famille, Nirvah se soumet au désir du fonctionnaire. Devenir la maîtresse officielle d’un homme fort du régime n’a pas que des désagréments. Encore faut-il supporter le regard inquisiteur des voisins et les questions muettes de ses propres enfants…
Kettly Mars décrit une période charnière et douloureuse de l’histoire d’Haïti et tisse ensemble deux histoires : l’intime - le destin de Nirvah et de sa famille -, et l’universelle - le régime politique dictatorial de Duvalier et ses exactions.
En savoir + : L’interviou de Kettly Mars sur RFI

“Quand commence le décompte
Des corps que décomposent les jours
À chaque désolation de l’existence”
Fernando d’Alméida, depuis les rives du Wouri n’est pas resté insensible aux drames de ses frères haïtiens.  Face à l’urgence, il est resté à sa table à composer un long poème : Didascalies d’un séisme est un poème de solidarité avec le peuple haïtien.
Il y a deux jours il m’annonçait par courriel son envie pressente d’écrire un texte d’une soixantaine de pages. Ce matin ce sont 83 textes qui m’attendaient. Avant la publication du recueil aux éditions opoto (ce qui prend plus de temps que l’écriture cette fois ci !) voici un large extrait.