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mer 16 jan 2013

Petite livraison romanesque de cette « rentrée » 2013. Une belle année qui commence que nous vous souhaitons littéraire et passionnée.
Congo Brazzaville :
Alain Manbanckou , Lumières de Pointe Noire, éd. Seuil, 2013
Vingt-trois ans après avoir quitté le Congo pour aller étudier en France, Alain Mabanckou retourne pour la première fois dans son pays d’origine, avec sa compagne, et entreprend le tour des lieux et des personnages de son enfance et adolescence. Entretemps, sa mère Pauline Kengué, dont il était l’enfant unique, est morte. En 1995. Il ne s’est pas rendu aux funérailles, ni à celles de son beau-père Roger quelques années plus tard. Le voyage prend alors l’allure d’un travail du deuil, qui réveille plein de souvenirs à travers lesquels l’auteur nous ouvre sa petite valise fondamentale, celle des années passées autrefois dans la ville portuaire de Pointe-Noire.
Ce retour est aussi l’expérience compliquée de revenir chez soi en étranger, comme « le Français » ou « l’Américain » dont beaucoup attendent miracles, merveilles et argent. Le choc tient exactement à cela : les croyances héritées d’une part, la distance apprise d’autre part, comme un court-circuit du temps qui permet de mesurer à la fois l’évolution et la permanence d’un pays où le surnaturel garde toute sa puissance d’enchantement et de vérité.
En 25 chapitres qui portent le titre de films vus dans autrefois au cinéma Rex devenu une église évangéliste, Alain Mabanckou nous livre le récit d’une enfance qu’il regarde avec les yeux d’un adulte devenu écrivain. Avec des photos de Caroline Blache
Lybie :
Alessandro Spina, Triptyque lybien, éd. L’âge d’homme, 2013
Les textes présentés sont trois récits qui, d’une certaine façon, s’enchaînent et couvrent exactement la période de la « conquête » italienne de la Lybie, de 1911 à 1927, date de la défaite des derniers patriotes senoussites.
De longueur décroissante, ces trois récits mettent en scène des personnages complexes et tourmentés par une inquiétude sur leur identité, que la situation militaire, puis coloniale, rend plus aiguë, à travers des aventures dignes des Mille et une nuits ? et qui parfois en proviennent.
Dans les trois récits, se développe somptueusement le thème du double, de la gémellité presque comme nature, de l’amitié d’autant plus désirée qu’elle est impossible, de la quête de soi dans l’autre qui ne peut aboutir qu’à la mort, les personnages se constituent en couples de jumeaux qui se cherchent, croient se trouver et se comprendre, sont violement séparés par la désorganisation de la société et la négation de l’histoire qu’entraîne la colonisation
Nigéria :
Jackie Kay, Poussière rouge, éd. Métailié, 2013
Jackie Kay n’a pas la même couleur de peau que ses parents bien-aimés, formidablement généreux et sympathiques. Hantée par des images de poussière africaine et de mystérieuse infirmière des Highlands elle a la sensation inexorable d’être étrangère à elle-même. A 27 ans elle part à la recherche de ses parents biologiques, la tête pleine des histoires que sa mère lui a racontées sur un chef africain reparti sur ses terres loin de son grand amour écossais.
S’ensuit un voyage chaotique entre Lagos et Aberdeen, entre étrangeté et familiarité, entre prêche évangélique du père et début d’Alzheimer de la mère, entre fratrie et étrangers, entre surprises et émotions. Dans ce texte pétri de chaleur, d’humour et de compassion elle découvre que son héritage va au-delà des gènes et que notre paysage intérieur est aussi important que celui dans lequel nous nous déplaçons.
J.Kay écrit le récit plein de vie d’une quête de la mémoire, parfois cocasse, et toujours pleine d’énergie et d’amour.
Chimamanda Ngozi Adichie, Autour du cou, éd. Gallimard, 2013
Lauréate de la loterie des visas, Akunna quitte le Nigeria pour les États-Unis ; elle y découvre un pays qui a bien peu à voir avec celui de ses attentes. À Kano, dans le nord du Nigeria, une violente émeute intercommunautaire réunit deux femmes que tout sépare : une marchande d’oignons musulmane et une étudiante issue de la bourgeoisie chrétienne de Lagos. Dans Nsukka blanchie par l’harmattan, James Nwoye, ancien universitaire au soir de sa vie, repense au rêve biafrais et attend, la nuit, les visites de sa femme défunte, qui vient caresser ses jambes fatiguées.
Voici quelques-uns des personnages des nouvelles d’Adichie ; ils composent une image complexe et riche de la réalité nigériane d’aujourd’hui, qui prend ses racines dans le passé et se prolonge dans l’expérience de l’émigration, une plongée émouvante, souvent poignante, tour à tour terrible et drôle, toujours vibrante d’humanité.
Mozambique :
Mia Couto, Poisons de dieu, remèdes du diable, éd. Métailié, 2013
Sidónio Rosa est tombé éperdument amoureux de Deolinda, une jeune Mozambicaine, au cours d’un congrès médical à Lisbonne, ils se sont aimés puis elle est repartie chez elle. Il part à sa recherche et s’installe comme coopérant à Villa Cacimba. Il y rencontre les parents de sa bien-aimée, entame des relations ambiguës avec son père et attend patiemment qu’elle revienne de son stage. Mais reviendra-t-elle un jour ? Là, dans la brume qui envahit paysage et âmes, il découvre les secrets et les mystères de la petite ville, la famille des Sozihno, Munda et Bartolomeo, le vieux marin.
L’Administrateur et sa Petite Épouse, la messagère mystérieuse à la robe grise qui répand les fleurs de l’oubli. Les femmes désirantes et abandonnées. L’absence dont on ne guérit jamais. Un roman au charme inquiétant écrit dans une langue unique.
Cameroun :
Collectif, Chroniques du Cameroun, éd. Sepia Eds, 2013
Ce petit ouvrage de poche propose dix nouvelles d’auteurs camerounais. Les sujets abordés sont ceux de la société contemporaine : corruption, guerre civile, chômage, le mariage avec un Occidental, les traditions… La variété des thèmes et des écritures font de ce modeste ouvrage une sorte d’échantillon de la littérature camerounaise actuelle.
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Max Lobé, 39 rue de Berne, éd. Zoé, 2013
Le jeune auteur Max Lobe manie une langue inventive et nonchalante, imagée d’expressions africaines savoureuses qu’il tient de ses origines camerounaises. A la fois drôle et triste, l’histoire attachante balance entre l’Afrique, la rue de Berne à Genève et la cellule d’une prison.
Au Cameroun, pour « sauver » les filles et aider leurs familles, « les bienfaiteurs-philanthropes » les emmènent en Europe où elles finissent sur le trottoir, condamnées à la prostitution pour rembourser leurs dettes avant d’obtenir une liberté vaine et sans papiers…
Kenya :
Nicholas Drayson, Le safari des bêtes à sang chaud et autres meurtres de sang froid, éd. Des Deux Terres, 2013
L’honorable M. Malik est très occupé par l’organisation du safari d’observation annuel de l’Asadi Club. Une fois de plus, l’énigme du meurtre de Lord Erroll, un riche Anglais émigré à Nairobi dans l’entre-deux-guerres, refait surface. Une nouvelle hypothèse suscite de vifs débats. Et la mascotte attitrée du club, la dépouille empaillée du lion Kima Killer, jadis célèbre dans la région pour son appétit féroce, disparaît dans des circonstances suspectes. Sans parler de Petula, la fille de M. Malik, qui hésite à se marier, et du ministre de l’Intérieur, un homme qui menace l’Asadi Club de fermeture. Aidé de ses amis, M. Malik va essayer de percer le mystère d’un assassinat vieux de plusieurs décennies, de retrouver la mascotte et de faire sortir de l’ombre la bête la plus dangereuse d’Afrique.
Nicholas Drayson, Le pari des guetteurs de plumes africaines, éd. J’ai lu, 2013
D’un côté, le très réservé et honorable M Malik. De l’autre, Harry Khan, un arriviste tapageur aux dents aussi blanches que son veston de lin. Le premier est secrètement amoureux de Mme Rose Mbikwa, qui conduit chaque mardi matin la promenade ornithologique. Le second, bourreau de M. Malik au pensionnat, a, bien sûr, des vues sur Rose. Qui l’invitera au bal annuel du Hunt Club ? Celui des deux qui apercevra le plus grand nombre d’oiseaux en une semaine.
Le pari est lancé…
Égypte :
Mohamed Salah Al-Azab, Mauvaises passes, éd. Seuil, 2013
Mohammed Ibrahim, jeune Cairote d’une vingtaine d’années, décide avec son ami Moneim de partager une chambre dans le centre-ville, loin de sa famille et loin du terne destin conjugal qu’il est appelé à connaître aux côtés de sa cousine Hind, sa fiancée, avec qui il entretient une relation beaucoup trop convenable à son goût. S’il affirme à ses parents que ce pied-à-terre facilitera ses recherches d’emploi, Mohammed entend surtout disposer d’une garçonnière, condition sine qua non pour multiplier à son gré les conquêtes féminines. Mais, dans cette métropole où l’intimité est un combat de tous les jours, où l’homme est un pigeon pour l’homme, où la vie réserve souvent de mauvaises surprises, les déconvenues sont nombreuses.Mohammed Salah al-Azab jette une lumière crue sur la misère sexuelle de la jeunesse masculine du Caire, tout en décrivant avec beaucoup de justesse et un humour ravageur les combats ordinaires de sa génération, sur fond de crise du logement et de corruption généralisée.
Ibrahim Aslan, Deux chambres avec séjour : petit feuilleton domestique, éd. Actes sud (Sindbad), 2013 février 2013
Khalil et sa femme Ihsane vivent seuls dans ce petit appartement de deux chambres et un séjour, qu’ils ne quittent pratiquement jamais. Depuis que Khalil a pris sa retraite et que leurs deux enfants se sont mariés, ils n’ont plus rien à faire de leur journée, si ce n’est se quereller gentiment de temps à autre pour des broutilles, comme sur la manière de faire cuire les fèves, l’addiction de Khalil à la télévision ou sa manie de commencer toutes ses phrases par “je crois”.
Jusqu’au jour où Ihsane meurt, laissant Khalil dans une extrême solitude, en proie aux soucis liés à la vieillesse. Il renoue alors avec ses anciens amis et soudain, le monde extérieur s’engouffre dans l’appartement, dont la porte reste désormais toujours ouverte. Composé de courtes scènes de la vie quotidienne apparemment banales, mais dont chacune, sans le moindre artifice, ouvre sur des questionnements essentiels, ce feuilleton domestique est l’oeuvre ultime d’Ibrahim Aslân, décédé il y a quelques mois.
Maroc :
Mohammed Berrada, Vies voisines, éd. Actes Sud (Sindbad), 2013
Vies voisines entremêle les récits des vies de trois personnages, une femme émancipée à la tête d’un trafic de drogue, un homme du peuple éclairé voué au service des autres et un politicien déluré, qui, après une brillante carrière passée à prôner l’austérité, découvre la vie des plaisirs à l’âge de quatre-vingts ans. Ces personnages se racontent et se confient, se rencontrent et se séduisent, s’entraident et se trompent.
En filigrane de leurs mémoires et de leurs confessions croisées se dessine une société marocaine contemporaine, contradictoire et mouvementée.
Mahi Binebine, Le seigneur vous le rendra, éd. Fayard, 2013
Un bébé est empêché de grandir, un enfant est privé d’éducation, de liberté, il ne pourra devenir un individu capable de réfléchir et de se développer, d’agir en être libre. Surnommé « P’tit pain », il va traverser des années noires où, dans sa position passive de mendiant, il peut observer les agissements des adultes, leur violence, leur corruption. Tout est dit ici dans la litote, mettant en relief les beautés d’âmes apparemment détruites, les corps saccagés, les visages noyés dans l’alcool et la maladie.
L’enfant grandit néanmoins grâce au miracle de la vie, toujours imprévisible, et se défait de ses liens que l’on pourrait nommer ignorance, peur, sujétion. Libéré, il devient autonome et conscient. Pourra-t-il revoir un jour sa mère qui a pratiqué envers lui le non-amour jusqu’à l’abjection ?Dans ce roman noir s’il en est, mais imprégné d’une folle espérance, d’une foi exacerbée dans les capacités de rémission de l’homme, Mahi Binebine utilise le ton du conte picaresque et philosophique pour réduire la part tragique, toujours présente, dans ces pages déchargées de la noirceur absolue par la permanence de l’humour, du sourire derrière les larmes retenues.
Tunisie :
Raja Sakka, Un arbre attaché sur le dos, éd. L’Harmattan (Lettres du monde arabe), 2013
C’est le hasard qui a mis Nora en présence de l’arbre, alors qu’elle s’était réfugiée dans un village de montagne pour fuir la société. Décidée à le planter dans sa maison natale, elle se heurte au refus de ses habitants. Elle s’installe alors dans la pension Founoun en attendant la décision du conseil municipal et là, elle rencontre « l’exilé », un homme plus jeune qu’elle, qui réveille ses sentiments…
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Ailleurs :
Marie Dô, Dancing Rose, éd. Metailié, 2013
Maya est une mère divorcée, chorégraphe dans sa propre troupe de ballet, qu’elle prépare pour une tournée au Canada. Elle tente d’aider ses jeunes danseurs à s’épanouir. Elle-même est marquée par une enfance de métisse illégitime et rejetée. Elle reste hantée par la disparition mystérieuse de sa demi-sœur blanche, Benny, à laquelle elle est très attachée. Dans sa famille, plus personne n’ose en parler.
Inventant un dialogue entre ciel et terre qui l’aide à garder courage et à conserver son sourire, Maya s’adresse à Rose, sa mère décédée trop tôt. Entre son studio de danse, l’éducation de sa fille – au caractère aussi affirmé que le sien -, les plaintes d’un corps usé par l’exercice et qui ne doit surtout pas lui faire défaut, et le choc d’un amour aussi inattendu qu’anti conventionnel, Maya n’en poursuit pas moins sa quête de vérité. Mais une surprise concernant sa demi-sœur lui fera comprendre qu’on n’échappe jamais vraiment à son hérédité.
Un livre touchant, aux personnages attachants, qu’on ne lâche pas.
Marie NDiaye, Ladivine, éd. Gallimard, 2013
» Un chien montait la garde, un gros chien puissant qu’une chaîne retenait à un anneau fiché dans le sol. Il leva vers eux ses grands yeux noirs et doux et Ladivine, bouleversée, se vit tout entière dans ces pupilles sombres. Elle eut la tentation de s’y laisser engloutir et, là où elle serait parvenue, de ne plus bouger, prisonnière, hors d’atteinte. Si Marko avait prêté suffisamment d’attention à la manière d’être de l’animal, il aurait avancé la main pour le caresser, ému peut-être par quelque chose qu’il n’aurait pas reconnu immédiatement mais dont il aurait compris un peu plus tard qu’il s’agissait de l’âme de Ladivine.
» Ladivine nous entraîne dans le flux d’un récit ample et teinté de fantastique. Comme dans Trois femmes puissantes, Marie NDiaye déploie son écriture fluide et élégante, riche d’une infinité de ressources qui s’offrent au lecteur avec une fascinante simplicité.
Ryad Assani-Razaki, La main d’Iman, éd. Liana Levi, 2103
Une Afrique en crise d’identité, hantée par les mirages du modèle occidental. Des villes-capharnaüms dévorées par une urbanisation effrénée. Pour quelques francs CFA on peut acheter un enfant et en faire son esclave, pour un tour en Mercedes se procurer une jeune fille et la mettre dans son lit… C’est dans ce cadre que Ryad Assani-Razaki inscrit un premier roman où plusieurs voix se croisent et se racontent. L’enfant vendu qui porte au plus profond de lui la violence subie. La vieille femme corsetée dans une foi qui la paralyse. La rebelle qui se bat bec et ongles pour s’en sortir. La douce jeune fille qui poursuit son chemin avec détermination. Les raisons qui poussent les migrants à monter dans un bateau et à quitter leur terre au péril de leur vie apparaissent en filigrane. Et, à la croisée des destins, Iman, l’impénétrable métis, symbole de ce désir de fuir et d’un continent écartelé entre deux mondes.
Mots-clefs : al-AzabMohamed Salah Al-Azab, Alain Manbanckou, Alessandro Spina, Cameroun, Chimamanda Ngozi Adichie, Congo Brazzaville, Egypte, Ibrahim Aslan, Jackie Kay, Kenya, Lybie, Mahi Binebine, Marie Dô, Marie Ndiaye, Maroc, Max Lobé, Mia Couto, Mohammed Berrada, Mozambique, Nicholas Drayson, Nigéria, Raja Sakka, Ryad Assani-Razaki, Tunisie
mer 15 fév 2012
Loïc Malnati, Olivier Marro, Congo-Océan, Éd. Glénat (Hors collection), 2012
Brazzaville, en 1934.
Lisa est la fille unique de Charles Tréchault, puissant négociant colonial. Elle est enceinte et promise à Walter, fils de Cecil Robbes, propriétaire de mines de diamants. Lisa a d’autres rêves que la vie de riche héritière : elle est horrifiée par la cruauté des chasseurs qui désunissent sans pitié les couples de calaos, oiseaux connus pour leur fidélité en amour. Et c’est avec une cruauté bien pire que Walter traite les employés indigènes qui s’épuisent sur le chantier du train, le Congo-Océan… Lisa croise un jour le chemin de Paul, chez qui tout n’est que douceur. Tous deux tombent immédiatement et irrémédiablement amoureux. Mais Charles Tréchault et Cecil Robbes n’ont pas l’habitude de voir leurs plans contrariés…
Dans ce très beau roman graphique, Loïc Malnati nous emmène en Afrique à une époque révolue, pour nous conter une histoire romantique, exotique et universelle.
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Christian Clot, Esteban Mathieu, Guillaume Dorison, Julien Telo, Mary Kingsley : La montagne des dieux, Éd. Glénat, (Explora), 2012
Lorsqu’elle débarque en Angola au milieu de l’année 1893, Mary Kingsley n’a connu que trois choses : son quartier de Londres qu’elle n’a jamais quitté, sa mère malade dont elle s’est occupée et les écrits de voyages africains d’un père toujours absent. Pourtant, à la mort de ses deux parents, elle embarque aussitôt pour une Afrique où sauvagerie, violence et horreur se côtoient selon les récits des explorateurs. Une Afrique dont elle ne connaît rien, mais qui lui a volé son père !
Elle est venue pour mourir. Ce qu’elle va vivre lui en coupe l’envie ! Dans la forêt tropicale, sur des fleuves ou des montagnes, elle apprendra les rudiments de la survie en milieu hostile, rencontrera des tribus « cannibales et sauvages » pourtant si riches, et ira plus loin que nul n’a encore été.
Au travers du regard d’une femme qui deviendra l’avocate infatigable du mode de vie africain, ce voyage, parfois au cœur de l’enfer, est un hymne aux échanges culturels et à la tolérance.
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Marazano, Frusin, L’expédition : Le roi de Nubie, Éd. Dargaud, 2012
Avec L’Expédition, dont Le Lion de Nubie est le 1er tome, Marazano et Frusin nous entraînent en Égypte, peu après la conquête romaine, pour une grande série d’aventures classique…
Le 1er volet de L’Expédition commence en Égypte avec la découverte par une centurie romaine d’une embarcation à la dérive. À son bord se trouve le cadavre d’un homme noir portant sur lui des documents dans une langue inconnue et de riches bijoux, autant d’éléments suggérant l’existence d’une civilisation riche et puissante. Une civilisation inconnue de Rome. Le centurion Caïus Bracca ne pouvant pas monter d’expédition officielle, il organise la désertion de dix hommes et les envoie, sous les ordres de Marcus Livius, à sa recherche. Seuls trois d’entre eux parviendront effectivement aux portes de ce royaume fabuleux, et Marcus Livius sera le seul à en revenir pour raconter leur incroyable aventure.
Ce 1er tome de l’Expédition inscrit la série dans la pure tradition de la bande dessinée d’aventures : un album balayé par le souffle de l’Histoire, traversé par des personnages héroïques au milieu de décors grandioses.
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Eric Borg, Alex Talamba, Sidi Bouzid Kids, Éd. Casterman (KSTR), 2012
« Tout le monde parle de toi, et pas qu’à Sidi Bouzid, dans toute la Tunisie ! Tu as libéré les cœurs, et la parole. Les jeunes se bougent enfin. C’est magnifique… » Ainsi Foued parle-t-il à son ami Mohamed, dont il ne reste qu’une silhouette agonisante, méconnaissable et silencieuse sur un lit d’hôpital, enveloppée de bandelettes, quelques jours après qu’il se soit immolé par le feu un jour de décembre 2010. Mohamed mourra peu après, mais son geste terrible, en effet, a enfin libéré les forces intérieures du peuple tunisien, étouffé depuis si longtemps. L’insurrection commence et la peur, pour la première fois, va changer de camp…
Sur le mode de la chronique, au plus près de la réalité humaine de la rue, Sidi Bouzid Kids tient tout en sobriété et en retenue le journal de la révolte tunisienne, déclenchée il y a quelques mois à peine par le désespoir d’un petit marchand de primeurs, au fin fond d’une ville de province où il ne se passait jamais rien. Un témoignage coup de poing sur les premiers pas du printemps arabe.
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Maurice Attia, Jacques Ferrandez, Alger la noire, Éd. Casterman (univers d’auteurs), 2012
Alger, fin janvier 1962. Sur l’une des plages de la ville, on retrouve les cadavres nus de deux jeunes gens enlacés. Elle est européenne, lui arabe. Il est émasculé et son dos arbore, gravées au couteau, les trois lettres « OAS ». Exécution presque ordinaire au titre du nettoyage ethnique, comme on pourrait le penser en ces temps plus que troublés ? Ou bien l’assassinat de Mouloud et d’Estelle cache-t-il autre chose ? S’échappant de la terne routine de son commissariat de Bab El Oued, l’inspecteur Paco Martinez mène l’enquête flanqué de l’irascible Choukroun, le vieux flic juif qui lui sert de mentor. Rythmées par les plasticages et les règlements de compte, qui ne cessent d’empoisonner un peu plus une atmosphère déjà irrespirable, leurs investigations les conduiront dans les coulisses et les arrières cours bien peu reluisantes de la grande ville, entre passions politiques, affairisme, banditisme, mœurs dissolues et violence omniprésente. Oui, décidément, Alger la blanche pourrait tout aussi bien s’appeler Alger la noire…
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Frédéric Bihel, Jean-François Charles, Maryse Charles, Africa Dreams : Dix volontaires sont arrivés enchaînés, Éd. Casterman, (Univers d’auteurs), 2012
1897. Dans le port d’Anvers, on charge et on décharge les vapeurs qui « font le Congo ». Cargaisons d’ivoire et de caoutchouc d’un côté, d’armes et de chaines de l’autre… Car en dépit du nom officiel de cette lointaine possession africaine – E.I.C., pour État Indépendant du Congo –, c’est bien le Roi Léopold qui en est l’unique propriétaire légal. Et sa consigne est claire : rentabiliser au mieux et au plus vite cette immense colonie, quitte à y faire régner l’arbitraire le plus absolu. Loin des regards, un quasi esclavage est imposé aux populations locales, comme l’a constaté depuis sa récente arrivée au Kivu le jeune missionnaire Paul Delisle. En dépit des discours « civilisateurs », éducation et évangélisation ne sont décidément pas les priorités du tyran de Bruxelles…
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Mots-clefs : Alex Talamba, Algérie, Angola, BD afrique, Christian Clot, Egypte, Eric Borg, Esteban Mathieu, Frédéric Bihel, Frusin, Guillaume Dorison, Jacques Ferrandez, Jean-François Charles, Julien Telo, Loïc Malnati, Marazano, Maryse Charles, Maurice Attia, Olivier Marro, Réuplique Démocratique du Congo, Tunisie
dim 27 nov 2011
F
arida Tahi, Merde in France, Éd. L’ Or des fous, 2011
Au rez-de-chaussée de l’immeuble évidé, au milieu d’un terrain vague de l’Est parisien, Moktar s’accroche à son bistrot ; les bulldozers des promoteurs attendent qu’il cède aux pressions. Mais lui, il l’aime son bistrot, il aime ses laissés-pour-compte qui viennent ici se réchauffer le cœur.
Zine, Miguel et Ba, trois jeunes Français issus de l’immigration, rencontrent dans leur quartier Jean-Pierre Morin, éducateur anarchiste. Leur entente fraternelle va les embarquer dans la lutte, du droit au logement au braquage désorganisé.
Les quatre jeunes gens créent un comité de soutien à leur pote Moktar et au maintien des habitants du quartier. Le bistrot devient le QG de la lutte.
Extrême gauche contre extrême droite, squatters éperdus, militants purs mais durs, jeunesse égarée, partis politiques inconsistants, tout le monde prend une claque.
Renouant avec le roman noir, Farida Tahi retrace, avec un humour au couteau, une histoire, celle de ceux qui n’ont rien, d’existences en marge, de combattants privés du minimum.
Dans les filets de l’infâme, la fraîcheur, l’humour, la poésie se fraient un chemin dans une atmosphère fébrile.
Dans ce premier roman, elle nous surprend par une langue de béton et d’amitié.
Lire un extrait
Emna BelHaj Yahia, Le jeu des rubans, Éd. Elyzad, 2011
Regards d’une romancière tunisienne sur ces femmes qui tout autour d’elle se voilent
Frida, chercheur, la cinquantaine, divorcée, compose sa vie entre son fils Tofayl, son compagnon Zaydûn et sa mère, si belle mais qui n’a plus sa tête. Frida non plus n’y voit pas très clair en ce moment. Elle ne comprend pas pourquoi elle croise de plus en plus de femmes voilées, elle dont la mère a justement enlevé le voile il y a des décennies. Pourquoi ces femmes habillent-elles ainsi leurs corps ? Comment s’habituer à ces nouvelles robes qui leur arrivent à la cheville, à ces métrages sur leurs cheveux ? Que veulent-elles dire par là ? Puis il y a la jeune étudiante que rencontre son fils, qui elle aussi porte un foulard sur la tête, son fils à qui elle avait pourtant montré la voie de la « modernité ». Frida est mal à l’aise mais cherche des réponses.
Dans le concert des voix qui traversent ce roman, on découvre des points de vue contradictoires, des vérités divergentes d’un personnage à l’autre. Le tout à l’intérieur d’une Tunisie qui, en se reconstruisant, se donne aujourd’hui à lire autrement.
Mohamed Choukri, Mohamed Leftah, Abdellah Taïa, Karim Boukhari, Fadwa Islah, Abdelaziz Errachidi, Zineb El Rhazoui, Nouvelles du Maroc, Éd. Magellan Et Cie (Miniatures), 2011
À l’extrême ouest du Maghreb, tête de pont vers les Amériques, point de passage vers l’Europe par le détroit de Gibraltar, le Maroc un carrefour d’influences unique au monde où se mélangent modernité et traditions.
Son ancrage dans la civilisation arabo-musulmane est total et les splendeurs de son patrimoine sont restées intactes. Mais, ni plus ni moins que dans d’autres pays de la rive sud de la Méditerranée, le « Printemps arabe », qui débuta avec le geste désespéré d’un jeune Tunisien, résonne ici aussi dans toutes les têtes. Si ces révolutions ont un visage, c’est celui de la jeunesse. Et avec le surgissement de cette brûlante soif de liberté, la liberté de penser et d’écrire s’est également manifestée, comme en attestent les textes pour certains très étonnants de ce recueil. Ils sont l’expression incontestable d’un moment historique, revendiqué par de jeunes écrivains, hommes et femmes, qui s’expriment haut et fort, parfois avec des mots crus, sur le sexe, la drogue, la religion, la violence politique, la situation des femmes : tout ce qui pouvait être tabou jusqu’ici.
Ce recueil s’inscrit plus que jamais dans l’actualité et démontre que la littérature peut dire autrement le monde qui change.
Alla El Aswani, Chroniques de la révolution Égyptienne, Éd. Actes Sud, 2011
Les cinquante chroniques réunies dans ce livre sont des instantanés de la réalité, elles s’emparent d’une anecdote ou d’un fait divers, développent une argumentation et finissent toujours par conclure : « La démocratie est la solution ».
Elles constituent un document exceptionnel sur l’état de l’Egypte d’avant la révolution, et sur les tensions, contradictions et difficultés qui subsistent aujourd’hui encore, plusieurs mois après les événements. Rigoureux dans ses analyses, pédagogue dans ses prises de position et opiniâtre dans son combat pour une vraie démocratie à construire, le plus célèbre des écrivains égyptiens contemporains fustige tour à tour un régime corrompu, le délitement de la justice, l’indigence des structures hospitalières, la torture et les exactions de la sécurité d’État, les manœuvres visant à une transmission héréditaire du pouvoir, l’inégalité des droits octroyés aux femmes, la haine des différences religieuses, les fausses interprétations de l’islam et, en ce moment même, la persistante présence des hommes de l’ancien régime dans bien des rouages de l’État.
Comme le rappelle dans sa préface Gilles Gauthier, son traducteur, si les grands romans d’Alaa El Aswany amenaient à comprendre la nécessité d’une révolution pour l’Égypte, ces chroniques montrent toute l’étendue des risques qu’il a pris et continue de prendre, désignant entre dictature et dérives doctrinales une voie juste et exigeante, à laquelle il se consacre avec une inébranlable détermination.
Mots-clefs : Abdelaziz Errachidi, Abdellah Taïa, Alla El Aswani, Egypte, Emna Belhaj Yahia, Fadwa Islah, Farida Tahi, Karim Boukhari, Maroc, Mohamed Leftah, Tunisie, Zineb El Rhazoui, [maroc] Mohamed Choukri
lun 22 août 2011

Belle rentrée littéraire 2011 avec en prime deux romans des ami(e)s Marc et Léonora. Les lectures de cette fin de semaine auront un air du Kamer. (où cette mamiwata peinte sur un rocher d’une plage de Kribi semble guetter le voyageur intrépide… photo BEB)
Marc Trillard, Les mamiwatas, Éd. Actes sud, 2011
Alors qu’un climat d’insurrection s’étend sur le Cameroun, le directeur de l’Alliance française de Buea, cloîtré chez lui, face à la mer et ses créatures délétères (les mamiwatas), boit la coupe de deux ans de désenchantements : sa scabreuse addiction de quinquagénaire aux charmes d’une trop jolie menteuse locale ; l’illusion d’échapper au passif des amours/haines coloniales ; et l’agonie (programmée en haut lieu) de l’Alliance française qu’il dirige – fruit pourrissant de siècles de présence française en Afrique. (le temps de faire un p’tit tour chez mon libraire préféré et on en reparle bientôt).
Lire ou écouter un extrait
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Léonora Miano, Ces âmes chagrines, Éd. Plon, 2011
Né dans l’Hexagone, Antoine Kingué, dit Snow, n’arrive pas à surmonter la rancoeur qu’il nourrit envers sa mère, coupable de ne l’avoir pas assez aimé. Elle l’a laissé en pension alors qu’il n’avait que sept ans et envoyé passer les grandes vacances seul au Mboasu, ce pays subsaharien où il ne s’est jamais senti à sa place. Par ailleurs, il est persuadé que son frère Maxime a reçu plus d’affection que lui.
Pour se venger de cette enfance malheureuse, Snow fait payer ceux qui l’ont fait souffrir, rêve de devenir une vedette adulée, une star dont la vie serait enfin brillante et facile.
Quand son frère lui annonce son retour au pays avec leur mère, Snow voit son univers s’effondrer. Sans plus personne sur qui passer sa rage, il se retrouve face à lui-même…(le temps de faire un p’tit tour chez mon libraire préféré et on en reparle bientôt).
José Eduardo Agualusa, Barroco tropical, Éd. Métaillé, 2011
Une femme tombe du ciel et s’écrase sur la route devant Bartolomeu au moment où éclate une tempête tropicale et où sa maîtresse lui annonce qu’elle le quitte. Il décide de percer ce mystère alors que tout change autour de lui, il découvre que la morte, mannequin et ex-miss, avait fréquenté le lit d’hommes politiques et d’entrepreneurs, devenant ainsi gênante pour certains, et il comprend qu’il sera la prochaine victime. ?Il croise les chemins d’une chanteuse à succès, d’un trafiquant d’armes ambassadeur auprès du Vatican, d’un guérisseur ambitieux, d’un ex-démineur aveugle, d’un dandy nain, d’une prêtresse du candomblé adepte du mariage, d’un jeune peintre autiste, d’un ange noir ou de son ombre. Il explore la ville de Luanda en 2020, métaphore de la société angolaise où les traditions ancestrales cohabitent difficilement avec une modernité mal assimilée. Il s’enfonce dans la Termitière, gratte-ciel inachevé mais déjà en ruine où les riches vivent dans les étages tandis que les pauvres et les truands occupent les sous-sols. Il nous montre une ville en convulsion où l’insolite est toujours présent et intimement mêlé au prosaïque et au quotidien, où la réalité tend à être beaucoup plus invraisemblable que la fiction. ?Dans une prose magnifique cet amoureux des mots définit son pays comme une culture de l’excès, que ce soit dans la façon de s’amuser ou dans la façon de manifester ses sentiments ou sa souffrance. (le temps de faire un p’tit tour chez mon libraire préféré et on en reparle bientôt).
Mia Couto, L’accordeur de silences, Éd. Métaillé, 2011
« La première fois que j’ai vu une femme j’avais onze ans et je me suis trouvé soudainement si désarmé que j’ai fondu en larmes. Je vivais dans un désert habité uniquement par cinq hommes. Mon père avait donné un nom à ce coin perdu : Jésusalem. C’était cette terre-là où Jésus devrait se décrucifier. Et point, final.?Mon vieux, Silvestre Vitalício, nous avait expliqué que c’en était fini du monde et que nous étions les derniers survivants. Après l’horizon ne figuraient plus que des territoires sans vie qu’il appelait vaguement “l’Autre-Côté”. »?Dans la réserve de chasse isolée, au cœur d’un Mozambique dévasté par les guerres, le monde de Mwanito, l’accordeur de silences, né pour se taire, va voler en éclats avec l’arrivée d’une femme inconnue qui mettra Silvestre, le maître de ce monde désolé, en face de sa culpabilité.?Mia Couto, admirateur du Brésilien Guimarães Rosa, tire de la langue du Mozambique, belle, tragique, drôle, énigmatique, tout son pouvoir de création d’un univers littéraire plein d’invention, de poésie et d’ironie.
Nadifa Mohamed, Black Mamba Boy, Éd. Phébus, 2011
Ce premier roman de Nadifa Mohamed débute à Aden, au Yémen, en 1935. Il retrace la vie mouvementée de Jama, un enfant des rues dont le père a disparu peu après la naissance et dont la mère lui jure qu’il est né sous une bonne étoile. À la mort de celle-ci, Jama part à la recherche de son géniteur. Ce périple rendu incandescent par la croyance en une terre promise, lui fait traverser l’Abyssinie, la Somalie, l’Érythrée, le Soudan, l’Égypte et la Palestine. Mais chaque frontière franchie se révèle source de déception. Les décennies passent, les empires coloniaux s’effondrent, le monde change, cependant Jama l’aventurier demeure un laissé-pour-compte, malgré le serpent tatoué sur son bras, le fameux mamba noir. Évocation puissante de contrées en proie à la guerre, mais aussi roman de formation, Black Mamba Boy est une véritable épopée qui nous fait mieux comprendre le destin de cette partie du globe.
Yasmina Khadra, L’équation africaine, Éd. Julliard, 2011
Médecin à Francfort, Kurt Krausmann mène une existence ordinaire, limitée à ses allers-retours entre son cabinet de consultation et son appartement bourgeois. Jusqu’au drame familial qui va le précipiter dans le désespoir. Afin de l’aider à surmonter son chagrin, son meilleur ami, Hans, un riche homme d’affaires versé dans l’humanitaire, lui propose de l’emmener sur son voilier jusque dans les Comores, pour les besoins d’une bonne cause. Au large des côtes somaliennes, leur bateau est assailli par des pirates. Kurt et Hans sont enlevés puis transférés dans un campement clandestin. Dans leur geôle improvisée, se trouve déjà Bruno, un otage français que tout le monde semble avoir oublié, et qui tente péniblement de concilier sa passion pour le continent africain avec l’angoisse de sa captivité. Une détention à l’issue incertaine, des conditions de vie innommables, une promiscuité dangereuse avec des mercenaires sans pitié, c’est le début d’une descente aux enfers dont personne ne sortira indemne. Mais parce que le drame est propice aux revirements de situation, c’est aussi pour Kurt le début d’une grande histoire d’amour.
En nous offrant ce voyage saisissant de réalisme, qui nous transporte, de la Somalie au Soudan, dans une Afrique orientale aux multiples contradictions – tour à tour effrayante, irrationnelle, sage, fière, digne et infiniment courageuse -, Yasmina Khadra confirme une fois encore son immense talent de narrateur. Construit et mené de main de maître, ce roman décrit la lente et irréversible transformation d’un Européen, dont les yeux vont, peu à peu, s’ouvrir à la réalité d’un monde jusqu’alors inconnu de lui. Un hymne à la grandeur d’un continent livré aux pires calamités.
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Khadi Hane, Des fourmis dans la bouche, Éd. Denoël, 2011
Gratteurs d’écailles dans une poissonnerie, vendeurs ambulants de montres de pacotille ou de statuettes en bois, journaliers payés au noir pour décharger des sacs d’un camion, hommes à tout faire d’un commerçant pakistanais qui revendait des pots de crème à l’hydroquinone censés procurer aux nègres l’éclat d’une peau blanche, la leur ne faisant plus l’affaire. Sur le marché Dejean, on trouvait de tout…
Née au Mali, Khadîja élève seule quatre enfants à Paris, dans le quartier de Château-Rouge. Pétrie de double culture, musulmane mais le doute chevillé au corps, elle se retrouve exclue de sa communauté du fait de sa liaison avec Jacques, le père de son fils métis.
Cercle après cercle, depuis ses voisines maliennes jusqu’aux patriarches du foyer Sonacotra et à ses propres enfants, Khadîja passe en jugement. Mais cette absurde comparution, où Africains et Européens rivalisent dans la bêtise et l’injustice, réveille en elle une force et un humour inattendus.
Tableau intense de Château-Rouge, Des fourmis dans la bouche est porté par une écriture inventive au ton très singulier, fondée sur la double appartenance. Un roman qui dit la difficile liberté d’une femme africaine en France.
Fouad Laroui, La vieille dame du riad, Éd. Juillard, 2011
Comment partager son espace avec quelqu’un qui vous est totalement étranger ? Telle est la question !
À travers cette fable tragi-comique, Fouad Laroui pose la question des rapports entre la France et le Maroc dans leurs dimensions historique, affective et culturelle.
Sur un coup de tête, François et Cécile lâchent tout à Paris pour aller s’installer à Marrakech. Quel choc quand ils découvrent, dans une petite pièce au fond du riad qu’ils viennent d’acquérir, une vieille femme qui y semble installée de toute éternité. Ni l’agence immobilière ni les anciens propriétaires ne sont en mesure de leur expliquer ce qu’elle fait là. La femme est très vieille, paisible, parlant quelques mots d’un dialecte que personne ne comprend et ne paraît absolument pas disposée à quitter les lieux. Cette présence dérangeante plonge le jeune couple dans le plus profond des embarras. Pétris de valeurs humanistes, ils ne savent comment gérer cette situation. Pas question de jeter à la rue une personne aussi fragile. Aucune institution n’est prête à l’accueillir. Impossible de retrouver sa famille. Comment aménager cette cohabitation ? La faire travailler contre le gîte et le couvert ?… mais pour faire quoi ?… La considérer comme une amie de la famille ? Mais ils n’ont absolument rien en commun. Lui trouver une chambre en ville ? Impossible de la faire partir manu militari. Accomplir un acte charitable et l’accueillir comme une SDF ? Se soumettre et accepter cette étrange situation ? Mais cette présence, aussi discrète soit-elle, reste une intrusion insupportable et un viol de l’intimité de ce couple plein de bonnes intentions.
Avec cette fable drôle et touchante, Fouad Laroui s’interroge de façon faussement naïve sur les différences culturelles et leur difficile cohabitation.
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Boualem Sansal, Rue Darwin, Éd. Gallimard (blanche), 2011
« Je l’ai entendu comme un appel de l’au-delà : »Va, retourne à la rue Darwin. »
J’en ai eu la chair de poule.
Jamais, au grand jamais, je n’avais envisagé une seule seconde de retourner un jour dans cette pauvre ruelle où s’était déroulée mon enfance. »
Après la mort de sa mère, Yazid, le narrateur, décide de retourner rue Darwin dans le quartier Belcourt, à Alger. « Le temps de déterrer les morts et de les regarder en face » est venu.
Une figure domine cette histoire : celle de Lalla Sadia, dite Djéda, toute-puissante grand-mère installée dans son fief villageois, dont la fortune immense s’est bâtie à partir du florissant bordel jouxtant la maison familiale. C’est là que Yazid a été élevé, avant de partir pour Alger. L’histoire de cette famille hors norme traverse la grande histoire tourmentée de l’Algérie, des années cinquante à aujourd’hui.
Encore une fois, Boualem Sansal nous emporte dans un récit truculent et rageur dont les héros sont les Algériens, déchirés entre leur patrie et une France avec qui les comptes n’ont toujours pas été soldés. Il parvient à introduire tendresse et humour jusque dans la description de la corruption, du grouillement de la misère, de la tristesse qui s’étend… Rue Darwin est le récit d’une douleur identitaire, génératrice du chaos politique et social dont l’Algérie peine à sortir.
Noël Nétonon Ndjekery, Mosso, Éd. Infolio, 2011
Dans un Tchad miné par l’impunité, Dendo, une veuve refuse la diya, compensation qu’on veut lui verser pour la mort de son mari. Par contre, elle veut savoir pourquoi et par qui celui-ci a été tué. Pour mener cette quête onéreuse, elle va devoir se prostituer et s’adonner à la contrebande avec l’Europe. Cependant, elle finira, elle-même, en pleine Helvétie, par être ravalée au rang de vile marchandise dans un négoce qu’elle croyait définitivement remisé dans les livres d’histoire : le trafic d’êtres humains.
Mots-clefs : Algérie, Boualem Sansal, Cameroun, Egypte, Erythrée, Fouad Laroui, José Eduardo Agualusa, Khadi Hane, Léonora Miano, littérature afrique, Mali, Marc Trillard, Maroc, Mia Couto, Nadifa Mohamed, Noël Nétonon Ndjekery, roman, Somalie, Soudan, Tchad, Yasmina Khadra
jeu 17 mar 2011
Mohammed El-Bisatie, La faim, Éd. Actes Sud (mondes arabes), 2011
Le ventre vide mais le corps souple et l’esprit vif, Zaghloul passe son temps à rendre service aux autres sans rien leur demander en échange.
Il lui arrive de croiser des étudiants dont les discussions le font réfléchir, de provoquer un notable bigot par des questions inconvenantes, de travailler aussi pour un riche obèse, et de calmer sa faim pendant quelques semaines avant que la mort de son bienfaiteur le renvoie à sa condition première. Sa femme, Sakina, n’a pas plus de chance auprès du veuf impotent qui lui a procuré le travail dont elle rêvait mais qui meurt aussitôt.
Et il en est de même pour le fils, Zahir, dont l’ami Mitron est licencié pour lui avoir permis, moyennant le nettoyage du four, d’emporter chez lui des galettes de pain à moitié brûlées. En trois séquences courtes, libres de tout pathos et teintées d’humour noir, Mohammed El-Bisatie restitue la vie quotidienne, dans un village égyptien, d’une famille extrêmement pauvre qui manque de tout : de pain, de savoir, de considération, mais qui n’abdique jamais sa dignité humaine.
Unanimement salué à sa parution, ce roman a été nominé en 2009 pour le Prix international du roman arabe.
Serge Amisi, Souvenez-vous de moi, l’enfant de demain, Éd. Vents d’ailleurs, 2011
Serge Amisi n’a pas dix ans quand il est enlevé par les soldats de Kabila. Conditionné, drogué, n’ayant pour père et mère que la kalachnikov, il sera, comme ses compagnons d’armes, acteur et témoin d’une des plus grandes guerres qu’ait connues l’humanité depuis 1945, celle du Congo.
Mais l’enfant, arme de guerre redoutable quand les adultes ont perdu toute humanité, ne cesse de s’interroger, ne cesse de vouloir retrouver sa place d’enfant, juste sa part d’enfance.
Ce récit de Serge Amisi, au-delà du témoignage d’un enfant-soldat, crée un univers saisissant. Écrit dans une langue musicale, lancinante, d’une extrême sensibilité et d’une grande finesse, il est bouleversant. Impossible de le lire sans trouble, sans remettre profondément en cause nos perceptions, nos rapports avec le monde. Un livre fort, indispensable.
Denis Hirson, Denise Coussy, Joan Metelerkamp, Afrique du sud : Une traversée littéraire, Éd. Philippe Rey, 2011
Le 27 avril 1994, jour des premières élections démocratiques et multiraciales en Afrique du Sud, restera à jamais une date capitale de l’histoire de ce pays, bâillonné pendant des décennies.
Ce livre, construit autour de cette ligne de partage symbolique, invite le lecteur à découvrir la diversité et la créativité d’une littérature qui prend pleinement la place qui lui revient au sein de la littérature mondiale et parvient, à l’image de la « nation arc-en-ciel », à se libérer du passé et à fonder le contemporain. Après un panorama historique portant sur l’ensemble des littératures sud-africaines dans leur pluralité de langues, leur diversité de création et de transmission, viennent deux essais sur le roman (Denise Coussy) et la poésie (Joan Metelerkamp) depuis 1994, chacun complétés d’une anthologie.
L’ensemble donne à lire de nombreux auteurs, afrikaners, noirs, métisses ou anglophones, dont certains restent peu connus, voire inédits en français. Mandla Langa, Sello Duiker, Ivan Vladislavic, Kopano Matlwa, Zakes Mda, J.-M. Coetzee, Antjie Krog, Robert Berold, Seitlhamo Motsapi, Vonani Bila, Isabella Motadinyane, Lesego Rampolokeng, Bernat Kruger, Mxolisi Nyezwa, Don Maclennan, Ingrid de Kok, Karen Press, Jeremy Cronin, Ronelda Kamfer… Une chronologie des principaux faits littéraires et historiques ainsi qu’une bibliographie recensant les titres traduits vers le français figurent en fin de volume.
Mots-clefs : Afrique du sud, Antjie Krog, Bernat Kruger, Denis Hirson, Denise Coussy, Don Maclennan, Egypte, Ingrid de Kok, Isabella Motadinyane, Ivan Vladislavic, J-M Coetzee, Jeremy Cronin, Joan Metelerkamp, Karen Press, Kopano Matlwa, Lesego Rampolokeng, Mandla Langa, Mohammed El-Bisatie, Mxolisi Nyezwa, République Démocratique du Gongo, Robert Berold, Ronelda Kamfer, Seitlhamo Motsapi, Sello Duiker, Serge Amisi, Vonani Bila, Zakes Mda
ven 11 mar 2011
Ibrahim Sonallah, Turbans et chapeaux, Éd. Actes Sud (mondes arabes), 2011
Ce roman se présente comme un récit parallèle à la chronique de l’historien Jabarti, témoin oculaire de la conquête de l’Égypte par Bonaparte en 1798.
Il serait l’ouvre d’un jeune disciple possédant quelques rudiments de français qui vont lui permettre d’être recruté à l’Institut d’Égypte, en tant que sous-bibliothécaire. Il peut ainsi fréquenter des Français, observer de près leurs mœurs, s’informer de leurs idées. Il note ce qu’il voit et entend d’un ton généralement neutre, parfois amusé, et n’hésite pas à consigner ses émois amoureux. On apprend ainsi qu’une Française – et pas n’importe laquelle puisqu’il s’agit de Pauline Fourès, la maîtresse de Bonaparte ! – lui a accordé ses faveurs.
Cependant, copiste et informateur de Jabarti, il est aussi au courant de tout ce qui se passe en Égypte, et ne manque pas de dénoncer les crimes commis par les mamelouks et les Ottomans, ou les compromissions des grands « turbans » locaux. Roman historique, Turbans et chapeaux n’en reste pas moins une œuvre d’une brûlante actualité. Écrit lors de l’invasion américaine de l’Irak, il explore, avec la vigueur qui a fait la renommée de Sonallah Ibrahim, l’histoire des relations orageuses entre les Arabes et l’Occident depuis deux siècles.
Koulsy Lamko, Les racines du yucca, Éd. Philippe Rey, 2011
Un écrivain africain vivant à Mexico est atteint d’un incroyable mal : une allergie au papier… Son étiopathe lui conseille de voyager, de retrouver la nature. Il part donc dans le Yucatan animer des ateliers d’écriture dans un village de refugies de la guerre du Guatemala des années quatre-vingts. Une de ses stagiaires, Teresa, lui présente son journal des années de guerre. Fasciné par ce texte, l’écrivain décide de l’aider à le rédiger jusqu’au bout. Il va amener Teresa à accoucher des démons qui sommeillaient dans sa mémoire. Mais il va aussi réveiller les siens…
Généreux et ambitieux, ce roman tisse des liens solides entre l’imaginaire latino-amérindien et celui d’une Afrique confrontée aux affres des guerres, des trahisons multiples, des errements de politiques suicidaires.
Avec Les racines du yucca, Koulsy Lamko propose un regard croisé riche de ses multiples errances, et jette un pont entre deux continents qui feignent de s’ignorer alors que tout les rapproche. Il construit ainsi une parole poétique engagée et sereine : celle des espérances têtues. Comme celles du Yucca, cette plante tenace, rebelle a la destruction, dont toute tige ou racine arrachée revit au contact de la terre.
Boubacar Boris Diop, Murambi, le livre des ossements, Éd. Zulma, 2011
Construit comme une enquête, avec une extraordinaire lucidité, le roman de Boubacar Boris Diop nous éclaire sur l’ultime génocide du xxe siècle. Avant, pendant et après, ses personnages se croisent et se racontent, s’aiment et se confessent. Jessica, la miraculée qui sait et comprend du fond de son engagement de résistante ; Faustin Gasana, membre des Interahamwe, la milice des massacreurs du Hutu Power ; le lumineux Siméon Habineza et son frère, le docteur Karekezi ; le colonel Perrin, officier de l’armée française ; Cornelius enfin qui, de retour au Rwanda après de longues années d’exil, plonge aux racines d’une histoire personnelle tragiquement liée à celle de son peuple.
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Sylvie Kandé, La quête infinie de l’autre rive : épopée en trois chants, Éd. Gallimard (continents noirs), 2011
La quête infinie de l’autre rive évoque ceux qui, par goût de l’aventure, soif de connaissance ou nécessité économique, se lancent en pirogue sur l’Atlantique. Hier, ils étaient des milliers qui, sous la conduite d’Aboubakar II, alias Bata Manden Bori, mirent le cap sur l’Amérique ; aujourd’hui ils sont des dizaines de milliers, qui, dans l’espoir d’atteindre l’Europe, s’embarquent audacieusement sur l’océan. En filigrane, le texte s’interroge sur la possibilité d’une histoire autre, si les expéditions malinké avaient, avant Christophe Colomb, « découvert » l’Amérique.
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François Devenne, La nuit d’ivoire, Éd. Actes Sud, 2011
Dans le Kenya contemporain, les destins croisés d’un jeune Masaï qui entrevoit avec peur et fascination le monde moderne, et d’un « délinquant » de Nairobi qui, à travers l’expérience de la chasse aux éléphants et du trafic de l’ivoire, va recouvrer la connaissance et les valeurs de ses ancêtres.
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ven 25 fév 2011
Posted by Bruno under Actualité
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Les frustrations et la misère bousculent les tyrans du nord de l’Afrique et donnent envie de voir ces mouvements gagner le continent et se propager dans le vaste monde.
Cinq livres, un par pays, parmi tant d’autres éclairent ces événements qui n’ont rien de spontanés mais prennent racines dans des décennies d’exploitation.
« Je suis peuple, peuple innombrable,
J’ai dans ma voix la force pure,
Pour traverser le silence
Et germer dans les ténèbres ».
Pablo Néruda, Chant général, Éd. Gallimard (poésie n°182)
Naguib Mahfouz, Karnak café, Éd. Actes Sud, 2010
Le Caire, vers le milieu des années 1960.
Au café Al-Karnak que gère une ancienne danseuse, le narrateur fait connaissance avec trois étudiants, Hilmi, Ismaïl et Zaynab. Le premier est l’amant de la gérante, et les deux autres, amis d’enfance, s’aiment tendrement. Tous les trois se considèrent comme des enfants de la révolution de 1952 et défendent ardemment ses principes et ses réalisations. Mais un jour ils cessent de fréquenter le café et, à leur retour, les clients apprennent qu’ils ont été arrêtés par la police politique qui les suspectait, contre toute évidence, d’appartenir au mouvement des Frères musulmans.
Déjà ébranlés dans leurs certitudes, ils sont encore arrêtés à deux reprises sous d’autres prétextes fallacieux. L’un d’eux, Hilmi, meurt en prison tandis que Zaynab et Ismaïl en sortent comme des loques humaines. Surviennent alors, en juin 1967, la guerre contre Israël et la cuisante défaite de l’armée égyptienne… Écrit en 1971 et publié en 1974, ce roman a eu un grand retentissement, et le film qui en a été tiré, avec à l’affiche les plus grandes vedettes du cinéma égyptien, a longtemps été censuré à la télévision.
Mahfouz y fait preuve de son habituel talent de conteur, faisant du petit café le microcosme d’une Égypte en train de perdre ses repères.
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Taoufik Ben Brik, Ben Brik président, Éd. Exils, 2003
» Gourmand du pouvoir, je le fus aussi de tout ce que le palais pouvait offrir : je deviens un pillard, discret mais prompt à remplir sa besace, champion dans l’art de la rapine.
Mes poches étaient déformées par le poids des argenteries, montres suisses, stylos en or et pochettes de soie. Un Jean Valjean de passage. Je suis… Je suis… Je suis EL PRESIDENT » Ceci est un livre de combat, à la fois baroque et direct. Sa cible ? Le président tunisien Ben Ali qui, le 26 mai 2002, a obtenu par référendum de modifier la Constitution afin de rester à la tête du pays pendant de longues années encore.
Ben Ali, président à vie, ou Ben Avi, le » tyranneau de Carthage « … Face à cette situation, qui réduit à néant les espoirs de l’opposition tunisienne, Taoufik Ben Brik invente une fable, à la fois burlesque et tragique. Il décide que, pourquoi pas, lui-même sera Président, élu en 2004 pour une centaine d’années. Ainsi le livre entremêle-t-il les exploits de Ben Brik au palais et ceux de son prédécesseur, des virées de journaliste dans les recoins du pays, et l’écho de la souffrance muette du peuple.
Un récit politique donc, écrit avec les armes de la poésie.
Hisham Matar, Au pays des hommes, Éd. Denoël, 2007
Tripoli, 1979.
La société libyenne étouffe sous le régime autoritaire du colonel Kadhafi mais le jeune Suleiman, neuf ans, a bien d’autres soucis : il s’ennuie sous l’écrasante chaleur estivale. Son père est absent, on le dit en voyage d’affaires. Sa mère, adorée, crainte, erre dans la demeure, de plus en plus souvent ivre, et délire jusqu’à épuisement. Tout est murmure, tout est secret, tout est hostilité. Mais bientôt le monde du petit Suleiman bascule : en plein centre-ville, un matin, il aperçoit Baba, son père, caché derrière d’épaisses lunettes noires.
Pas un signe, pas un geste, l’homme les ignore, sa mère et lui. Subtilement, la peur et le doute s’installent dans la vie de Suleiman. Qui sont ces hommes en armes qui viennent fouiller la maison ? Pourquoi le père de Karim, son meilleur ami, est-il emmené par la police ? Comment se fait-il que sa mère brûle un à un les livres de la bibliothèque, jusqu’alors véritable trésor familial ? Un livre puissant et juste sur la fin de l’enfance et l’horreur de la répression politique.
Hisham Matar est né à New York de parents libyens. Il a passé une partie de son enfance à Tripoli puis au Caire. Venu suivre des études à Londres, il apprend en 1990 l’enlèvement puis le rapatriement de force de son père dans les geôles libyennes : il n’a aucune nouvelle de lui depuis 1995. Au pays des hommes, son premier roman, figurait dans la dernière sélection du prestigieux Booker Prize.
Rachid Mimouni, Une peine à vivre, Éd. Pocket, 1993
Face au peloton d’exécution, le dictateur attend la mort.
Tandis que les soldats épaulent leurs fusils, l’homme se souvient… De son enfance misérable; de son engagement dans l’armée; de son absence de scrupules et d’humanité; du putsch sanglant qui fit de lui le maître absolu… Il se souvient surtout de la seule femme qu’il ait aimée et qui a mystérieusement disparu. Dans quelques instants, les balles traverseront sa poitrine et il sourit… Étrange itinéraire d’un dictateur amoureux qui courut à sa perte pour avoir été confronté à un dilemme terriblement humain : l’amour ou le pouvoir…
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Fouad Laroui, Le jour où Malika ne s’est pas mariée, Éd. Julliard, 2009
Qu’ils soient restés au pays ou partis à l’étranger, les jeunes Marocains, déchirés entre traditions et modernité, sont mal dans leur peau. Dans ces nouvelles tragiques ou cocasses, Fouad Laroui met en lumière le dur combat qu’ils doivent mener pour que leurs rêves d’émancipation ne soient pas broyés sous la chape de plomb de la réalité.
À Casablanca, par une chaleur écrasante, un groupe de jeunes gens désœuvrés refait le monde à la terrasse du café de l’Univers. La moindre rencontre – un passant excentrique, un touriste égaré – est prétexte aux échanges de palabres, souvenirs réels ou légendes colportées. Un dispositif narratif astucieux d’où va naître une série de récits pétris d’humour et d’autodérision, reflétant les aspirations profondes des jeunes Marocains. Au Maroc comme ici, les causeries intellectuelles au café du coin sont de tradition séculaire. Empruntant au conte philosophique le ton de la critique faussement candide, les narrateurs attablés interrogent avec drôlerie la morale de chaque anecdote relatée. Et s’aperçoivent que là où règnent l’injustice et le non-sens, seuls l’art et le plaisir de raconter des histoires peuvent encore ordonner le monde.
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jeu 27 jan 2011

L’année commence bien : un nouvel album des amis Raives et Warnauts. Même si le (superbe) album n’est pas directement lié à l’Afrique, sa présence envoutante (p. 38) suffit amplement à mon bonheur, d’où sa place dans ce blog.
Éric Warnauts, Guy Raives, Les temps nouveaux : T 1, le retour, Éd. Le Lombard, 2011
Après huit ans passés au Congo belge, Thomas éprouve le mal du pays et revient dans ses Ardennes natales.
Mais revient-on jamais chez soi ? Alice, son amour de jeunesse, est maintenant la mère des enfants de son frère Charles. Et la Belgique de 1938, déchirée entre les rexistes pro-nazis de Léon Degrelle et ses querelles intestines, peine à se déterminer au sein de cette Europe trouble, agitée par les conquêtes hitlériennes et la guerre d’Espagne. Warnauts et Raives ouvrent une page sombre de l’Histoire, au prisme de la vie d’un village tout ce qu’il y a de plus tranquille… en apparence !
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Le site des auteurs
Séraphin Kajiwami, Les diamants de Kamituga, Éd. AAD, 2011
Lina, une jeune Congolaise de Bukavu, rend visite à sa maman Asha à l’hôpital, accompagnée de ses amis. Asha est atteinte du SIDA. Un souvenir apporté par sa fille la replonge soudain dans le passé et la conduit à parler de sa vie aux jeunes gens.
Elle leur raconte comment son mari, Mayele, longtemps sans emploi, a choisi de se faire engager dans la mine de coltan et de cassitérite de Kamituga pour subvenir aux besoins de sa famille. Là-bas, les tentations sont nombreuses. Lorsqu’il est impliqué dans une affaire de diamants, il s’enfuit et tente d’échapper aux militaires. Il rejoint finalement Bukavu, porteur, sans le savoir, du virus du SIDA.
Ce « thriller humanitaire », entre aventure et sensibilisation sur le virus du SIDA, nous offre un témoignage bouleversant sur le quotidien des habitants de la région des Grands Lacs.
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Maryse Charles, Jean-François Charles, Francis Carin, Ella Mahé, T 2, Princesse des Sables, Éd. Glénat, 2011
Une grande saga romanesque au coeur de l’Égypte d´aujourd’hui et d’hier.
Ella Mahé se remet doucement du départ de ce mufle de Thomas Reilly. Après avoir pérégriné quelques jours en touriste, il est temps pour elle de se souvenir qu’elle est en Égypte à l’invitation du musée du Caire. Son conservateur, séduit par l’expertise française en matière de restauration de manuscrits anciens, la prie de se rendre à Ismaïlia, la perle du canal de Suez, pour apporter ses bons soins à une réserve précieuse d’ouvrages. Sur la route qui relie Le Caire à Ismaïlia, Ella Mahé est fascinée par les paysages traversés, comme si elle y avait vécu…Trois mois seulement après la sortie du premier tome, la saga Ella Mahé s’enrichit d’un deuxième volume, dessiné en partie par Jean-François Charles et cette fois accompagné de Francis Carin.
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Mots-clefs : BD, BD afrique, Congo, Egypte, Eric Warnauts, Francis Carin, Guy Raives, Jean-François Charles, Maryse Charles, Répubique Démocratique du Congo, Séraphin Kajiwami, SIDA
mer 1 sept 2010
Merwan Chabane, Fabien Bedouel, Maurin Defrance, Fabien Nury, L’or et le sang, T2 – L’or et le sang, Éd.12 Bis, 2010
Léon Matillo et Calixte de Prampéand rejoignent Tanger à bord de leur voilier, l’Arudj, chargé d’armes. Cette cargaison sera vendue aux combattants rifains qui livrent une guerre d’indépendance aux espagnols colonisateurs. Nos deux aventuriers, trafiquants à la petite semaine, vont se retrouver piégés par un prétendu combattant qui est à la solde de l’occupant.
Une fois emprisonnés ils retrouvent Ahmed, qui doit être fusillé. Léon et Calixte prennent les choses en mains et feront évader leur compagnon. Dès lors ils deviendront des héros de guerre indépendantiste. Mais l’aventure ne fait que commencer…
L’Or et le sang a reçu un accueil très élogieux à la parution du tome 1. Nominé à Angoulême, il consacre Fabien Nury comme l’un des tous meilleurs scénaristes actuels et nous a fait découvrir trois talents en devenir… Merwan Chabane et Fabien Bedouel au dessin et Maurin de France qui est à l’origine de cette fabuleuse histoire.
Découvrir l’album
Aleksic, Bruno Falba, Antichristus, T2 – Bonaparte, Éd. Soleil Productions (Secrets Du Vatican), 2010
Le voile se lève sur le voyage de Napoléon en Égypte.
1798 ap. J.-C. Bonaparte, l’ennemi de l’Église, veut prendre Alexandrie. Mais pourquoi ? Le chevalier Achard de Bonvouloir le suit contre ses convictions. S’il a pactisé avec l’Antéchrist, c’est pour mieux déjouer ses plans. Sa quête n’est pas sans danger. Ses alliés dévoilent en Égypte leur véritable visage. Les francs-maçons sont ici. La résistance musulmane s’organise. La flotte britannique rode. Que cherchent-t-ils ? L’or des Templiers, le pouvoir ou la mémoire du monde ? C’est ce que le chevalier Achard de Bonvouloir va tenter de découvrir.
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Jean-Christophe Chauzy, Anne Barrois, Bonne arrivée à Cotonou, Éd. Dargaud, 2010
Un personnage, nommé Charles, parisien et féru d’Afrique gagne un voyage/safari au Bénin. Il arrive de plein pied dans un univers qu’il a imaginé, recrée à partir d’images stéréotypées et découvre la réalité de l’Afrique et le fossé entre l’image rêvée et la réalité. Un voyage criblé de pièges et loufoque dans un décor luxuriant et animalier.
Kùabò ! C’est ainsi que l’on est accueilli à Cotonou où la langue fon est bien plus parlée que le français qui, pourtant, a valeur de langue officielle. Kùabò ! Bonne arrivée ! Quels mots réconfortants pour le yovo (l’étranger) qui y arrive pour la première fois, surpris par la moiteur de l’air et un brin angoissé dans l’attente de découvrir, après que son avion s’est posé de nuit, à quoi ressemblent les choses lorsqu’elles sont dans la lumière du jour ! (d’autres infos sur Bodoï)
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Mathieu Sapin, Marguerite Abouet, Akissi, T1 : Attaque de chats, Éd. Gallimard Bd, 2010
Pauvre Akissi ! Les chats du quartier la poursuivent pour lui prendre son poisson, son petit singe Boubou manque de finir à la casserole avec une bonne sauce graine, et elle n’est qu’un misérable margouillat aux yeux de son grand frère Fofana… Mais il en faudrait beaucoup plus pour décourager Akissi. Car cette petite fille-là est survitaminée, une aventurière, une championne du monde de la bêtise, un piment.
«Akissi est très dynamique et le lecteur s’attache très vite à elle. Ses petites aventures, contées sous forme de bandes dessinées, son toutes aussi drôles les unes que les autres». (Lire l’intégralité de l’article sur Livres-à-lire)
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Hippolyte, L’Afrique de papa, Éd. Des Bulles Dans L’océan, 2010
«Jusqu’en 1980, Saly était un village de pêcheurs au sud de Dakar. C’est aujourd’hui le plus grand centre touristique d’Afrique de l’Ouest.
En haute saison, plus de 20 000 personnes s’y retrouvent le long des plages. Soleil, mer, golf, quad… Saly attire aussi des retraités européens. L’un d’eux est le père d’Hippolyte. «Elle est pas belle la vie ?» lui demande-t-il. Le fils ne répond pas : il dessine, photographie et raconte «L’Afrique de papa». L’Afrique de Papa mêle subtilement BD traditionnelle et photographies. La grande force réside dans l’alliance des deux techniques qui se font écho, apportant une vraie force au propos». (Lire l’intégralité de l’article sur Weebulle )
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Mots-clefs : Aleksic, Anne Barrois, BD, BD afrique, Bénin, Bruno Falba, Egypte, Fabien Bedouel, Fabien Nury, Hippolyte, Jean-Christophe Chauzy, Marguerite Abouet, Maroc, Mathieu Sapin, Maurin Defrance, Merwan Chabane, Sénégal
dim 6 sept 2009
Khaled Al Khamissi, Taxi, Éd. Actes sud (Textes arabes), 2009
Portant chacune sur un aspect particulier de la vie sociale, économique ou politique en Égypte, ces cinquante-huit conversations avec des chauffeurs de taxi du Caire composent un tableau fascinant de ce pays à un moment clé (avril 2005-mars 2006) du règne du président Hosni Moubarak – qui sollicitait alors un cinquième mandat. Tout y est, en effet : les difficultés quotidiennes de la grande majorité de la population, la corruption qui sévit à tous les échelons de l’administration, l’omniprésence et la brutalité des services de sécurité, le blocage du système politique, les humiliations sans fin que la population subit en silence, les ravages du capitalisme sauvage…
Consignés en dialecte égyptien avec un humour décapant et un admirable sens de la mise en scène, ces échanges librement reconstitués par l’auteur, sinon entièrement inventés par lui, relèvent à la fois de la création littéraire et de l’enquête de terrain. S’ils font connaître les griefs des “gens d’en bas”, ils laissent aussi entrevoir les raisons pour lesquelles le pouvoir en place tient bon malgré sa décrépitude et son impopularité.
Ce court extrait donne la tonalité du roman : » On se demande pourquoi l’économie est foutue ! s’est exclamé le taxi. Ce sont les gens qui la foutent en l’air. Vous y croyez, vous ? En Égypte, les gens paient plus de vingt milliards de livres chaque année en factures de téléphone. Vingt milliards de livres, ça veut dire que si on ne parlait pas pendant deux ou trois ans, l’Egypte serait transformée. Les Egyptiens sont tarés, je vous jure. Ils n’ont pas de quoi manger mais chacun se balade avec son téléphone portable et une cigarette à la bouche ».
C’est sans doute cette combinaison inédite de lucidité politique, de tendresse pour les plus faibles et d’humour qui explique la diffusion de Taxi, dans sa version originale, à plus de cent mille exemplaires.
Né au Caire en 1962, Khaled Al Khamissi est producteur, réalisateur et journaliste. Diplômé de sciences politiques de l’université du Caire et de relations internationales de l’université de Paris- Sorbonne, il a publié en 2007 ce premier livre, devenu rapidement un best-seller et aussitôt traduit en plusieurs langues européennes. Son deuxième opus, Safînat Nûh (L’Arche de Noé), paraîtra au Caire à la fin de 2009.
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