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Des polars comme s’il en pleuvait : une bonne grosse averse de lecture palpitante, papillonnante, passionnante, pour la saison des pluies ; à déguster sans modération jusqu’au retour du soleil… (image Eric Warnauts)

PaulinFréderic Paulin, La grande peur du petit blanc, éd. Goater noir, 2013
Rennes, début des années 1970.
Louis Gascogne, ancien militaire, un temps barbouze et nouvellement détective privé tente de se reconstruire une vie loin de l’Algérie.
Achraf Laïfaoui, officier du FLN tombé en disgrâce travaille désormais à l’usine Citroën de Rennes, loin de sa famille, loin de son pays.
Mais le temps et la distance ne semblent pouvoir rien y faire : une décennie après la fin des combats, la mort, elle, continue à frapper aveuglément ces hommes revenus brisés d’une guerre qui n’a pas dit son nom.
Car, par-delà les souvenirs des années de conflit et leurs nouvelles existences au rabais, il semblerait que les ennemis d’hier doivent rendre des comptes à un fantôme…

khadraYasmina Khadra, Qu’attendent les singes, éd. Juillard, 2014

Une jeune étudiante est découverte assassinée dans la forêt de Baïnem, près d’Alger. Une femme, Nora Bilai, est chargée de mener l’enquête, loin de se douter que sa droiture est un danger mortel dans un pays livré aux requins en eaux troubles. Qu’attendent les singes est un voyage à travers l’Algérie d’aujourd’hui où le Mal et le Bien se sentent à l’étroit dans la diablerie naturelle des hommes.

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otsiemiJanis Otsiemi, Le chasseur de lucioles, éd. Pocket, 2014

Le corps d’un ex-flic retrouvé sur la plage, abattu au canon scié, calibre 22. Un fourgon blindé attaqué en plein Libreville, pour un butin d’une vingtaine de millions de francs CFA. Des prostituées assassinées par un tueur en série bien décidé à débarrasser la ville de toutes ses lucioles.
Au Gabon, comme ailleurs, la nature a horreur du vide, surtout en matière de crime. Meurtres, chantage, corruption… ici, on tire à balles réelles, et puisque l’argent est le nerf de la guerre, les flics peuvent difficilement la gagner sans se salir les mains…

smithRoger Smith, Le sable était brûlant, éd. LGF ‘Livre de poche), 2014

Accusé du meurtre de sa femme et de ses enfants, Robert Dell comprend que c’est à sa vie qu’en veut Inja Mazibuko, le flic et chef zoulou qui l’a arrêté. Désespéré, il s’attend au pire lorsqu’il est kidnappé par son père, ancien mercenaire de la CIA, bien décidé à rendre justice lui-même. Commence alors une traque infernale à travers une Afrique du Sud où la violence côtoie la misère et l’archaïsme tribal.
Dans sa quête de vengeance, Dell croisera le chemin de Sunday, une adolescente prête à tout pour échapper au mariage forcé auquel elle est destinée, et de Disaster Zondi, un ancien flic.

BussiMichel Bussi, Ne lâche pas ma main, éd. Pocket, 2014

Un couple d’amoureux dans les eaux turquoise de l’île de La Réunion. Farniente, palmiers, soleil. Un cocktail parfait. Pourtant, le rêve tourne court. Quand Liane disparaît de l’hôtel, son mari, Martial, devient le coupable idéal. Désemparé, ne sachant comment prouver son innocence, il prend la fuite avec leur fille de six ans. Pour la police, cela sonne comme un aveu : la course-poursuite, au coeur de la nature luxuriante de l’île, est lancée.

mabanckouAlain Mabanckou, Tais-toi et meurs, éd. Pocket, 2014

Pour un roman noir, et sans jeu de mots, c’en est un. Décor : le Paris du milieu des Africains, leurs boîtes, leurs bandes et leurs « hommes d’affaires » sapés en technicolor, avec des pompes évidemment en croco, bleu ciel ou vert (ou rouge). L’histoire : Julien, un cave venu du Congo avec un faux nom, se fait prendre sous l’aile de Pedro, un caïd. Pedro fait un coup foireux à l’issue duquel une femme se jette par la fenêtre. Enquête de police : Julien se fait refiler de force l’identité de Pedro et finit à Fresnes, où il écrit ce récit. Le style : caméra au poing. Plus d’un sociologue des milieux d’immigrés y trouvera matière à réflexion.  À la dernière page, on a l’impression d’éteindre la télé après être passé des toilettes d’un club branché à une cellule de Fresnes en compagnie d’un tordu furieux. Les portraits des filles qui hantent les parages sont gratinés. Mais celui de l’avocat, Me Champollion ( !), n’est pas mal non plus. La moralité : quand t’es le plus faible, tais-toi et meurs.
Couronné par plusieurs prix littéraires, Mabanckou écrit dru. Et certainement vrai. Un petit hic : il renforce à son insu certains préjugés sur l’immigration. Mais c’est certain : il n’écrit pas pour rien.
Gerald Messadié

la traque de la musaraigne [blog]-193x300Florent Couao-Zotti, La traque de la musaraigne, éd. Jigal, 2014

Quand Stéphane Néguirec, jeune Breton un brin rêveur, poète à ses heures, amoureux du large et des horizons lointains, débarque à Cotonou, au Bénin, il ne sait pas encore que question dépaysement, il va être servi ! Aux paysages enchanteurs qui l’électrisent, s’ajoutent les charmes des filles aux courbes délicieuses et notamment, ceux de la mystérieuse Déborah Palmer qui lui propose très vite un mariage blanc contre une fortune en billets verts.
À l’autre bout de la ville, Jésus Light, un voyou ghanéen, traque sans relâche sa femme, Pamela, partie précipitamment avec le butin de son dernier casse… En temps normal, leurs chemins n’auraient jamais dû se croiser… Mais c’était sans compter sur cette bande de ravisseurs islamistes venus du Nigéria voisin à la recherche d’otages européens…

ebersohnWessel Ebersohn, La tuerie d’octobre, éd. Rivages (rivages/noir), 2014

Un mystérieux assassin supprime les uns après les autres des blancs qui avaient perpétré des années auparavant un massacre contre des militants anti-apartheid. Après plus de 15 ans d’absence, le 4e volume des enquêtes de Yudel Gordon, psychiatre rattaché aux services de l’autorité policière sud-africaine.?Les 3 autres volumes de la série, tous en collection Rivages/Noir, sont : La nuit divisée (1993), Coin perdu pour mourir (1994), Le cercle fermé (1996).

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Petite livraison romanesque de cette « rentrée » 2013. Une belle année qui commence que nous vous souhaitons littéraire et passionnée.

Congo Brazzaville :

manbanckouAlain Manbanckou , Lumières de Pointe Noire, éd. Seuil, 2013
Vingt-trois ans après avoir quitté le Congo pour aller étudier en France, Alain Mabanckou retourne pour la première fois dans son pays d’origine, avec sa compagne, et entreprend le tour des lieux et des personnages de son enfance et adolescence. Entretemps, sa mère Pauline Kengué, dont il était l’enfant unique, est morte. En 1995. Il ne s’est pas rendu aux funérailles, ni à celles de son beau-père Roger quelques années plus tard. Le voyage prend alors l’allure d’un travail du deuil, qui réveille plein de souvenirs à travers lesquels l’auteur nous ouvre sa petite valise fondamentale, celle des années passées autrefois dans la ville portuaire de Pointe-Noire.
Ce retour est aussi l’expérience compliquée de revenir chez soi en étranger, comme « le Français » ou « l’Américain » dont beaucoup attendent miracles, merveilles et argent. Le choc tient exactement à cela : les croyances héritées d’une part, la distance apprise d’autre part, comme un court-circuit du temps qui permet de mesurer à la fois l’évolution et la permanence d’un pays où le surnaturel garde toute sa puissance d’enchantement et de vérité.
En 25 chapitres qui portent le titre de films vus dans autrefois au cinéma Rex devenu une église évangéliste, Alain Mabanckou nous livre le récit d’une enfance qu’il regarde avec les yeux d’un adulte devenu écrivain. Avec des photos de Caroline Blache

Lybie :

Alessandro Spina(1)Alessandro Spina, Triptyque lybien, éd. L’âge d’homme, 2013
Les textes présentés sont trois récits qui, d’une certaine façon, s’enchaînent et couvrent exactement la période de la « conquête » italienne de la Lybie, de 1911 à 1927, date de la défaite des derniers patriotes senoussites.
De longueur décroissante, ces trois récits mettent en scène des personnages complexes et tourmentés par une inquiétude sur leur identité, que la situation militaire, puis coloniale, rend plus aiguë, à travers des aventures dignes des Mille et une nuits ? et qui parfois en proviennent.
Dans les trois récits, se développe somptueusement le thème du double, de la gémellité presque comme nature, de l’amitié d’autant plus désirée qu’elle est impossible, de la quête de soi dans l’autre qui ne peut aboutir qu’à la mort, les personnages se constituent en couples de jumeaux qui se cherchent, croient se trouver et se comprendre, sont violement séparés par la désorganisation de la société et la négation de l’histoire qu’entraîne la colonisation

Nigéria :

kayJackie Kay, Poussière rouge, éd. Métailié, 2013
Jackie Kay n’a pas la même couleur de peau que ses parents bien-aimés, formidablement généreux et sympathiques. Hantée par des images de poussière africaine et de mystérieuse infirmière des Highlands elle a la sensation inexorable d’être étrangère à elle-même. A 27 ans elle part à la recherche de ses parents biologiques, la tête pleine des histoires que sa mère lui a racontées sur un chef africain reparti sur ses terres loin de son grand amour écossais.
S’ensuit un voyage chaotique entre Lagos et Aberdeen, entre étrangeté et familiarité, entre prêche évangélique du père et début d’Alzheimer de la mère, entre fratrie et étrangers, entre surprises et émotions. Dans ce texte pétri de chaleur, d’humour et de compassion elle découvre que son héritage va au-delà des gènes et que notre paysage intérieur est aussi important que celui dans lequel nous nous déplaçons.
J.Kay écrit le récit plein de vie d’une quête de la mémoire, parfois cocasse, et toujours pleine d’énergie et d’amour.

AdichieChimamanda Ngozi Adichie, Autour du cou, éd. Gallimard, 2013
Lauréate de la loterie des visas, Akunna quitte le Nigeria pour les États-Unis ; elle y découvre un pays qui a bien peu à voir avec celui de ses attentes. À Kano, dans le nord du Nigeria, une violente émeute intercommunautaire réunit deux femmes que tout sépare : une marchande d’oignons musulmane et une étudiante issue de la bourgeoisie chrétienne de Lagos. Dans Nsukka blanchie par l’harmattan, James Nwoye, ancien universitaire au soir de sa vie, repense au rêve biafrais et attend, la nuit, les visites de sa femme défunte, qui vient caresser ses jambes fatiguées.
Voici quelques-uns des personnages des nouvelles d’Adichie ; ils composent une image complexe et riche de la réalité nigériane d’aujourd’hui, qui prend ses racines dans le passé et se prolonge dans l’expérience de l’émigration, une plongée émouvante, souvent poignante, tour à tour terrible et drôle, toujours vibrante d’humanité.

Mozambique :

coutoMia Couto, Poisons de dieu, remèdes du diable, éd. Métailié, 2013
Sidónio Rosa est tombé éperdument amoureux de Deolinda, une jeune Mozambicaine, au cours d’un congrès médical à Lisbonne, ils se sont aimés puis elle est repartie chez elle. Il part à sa recherche et s’installe comme coopérant à Villa Cacimba. Il y rencontre les parents de sa bien-aimée, entame des relations ambiguës avec son père et attend patiemment qu’elle revienne de son stage. Mais reviendra-t-elle un jour ? Là, dans la brume qui envahit paysage et âmes, il découvre les secrets et les mystères de la petite ville, la famille des Sozihno, Munda et Bartolomeo, le vieux marin.
L’Administrateur et sa Petite Épouse, la messagère mystérieuse à la robe grise qui répand les fleurs de l’oubli. Les femmes désirantes et abandonnées. L’absence dont on ne guérit jamais. Un roman au charme inquiétant écrit dans une langue unique.

Cameroun :

camerounCollectif, Chroniques du Cameroun, éd. Sepia Eds, 2013
Ce petit ouvrage de poche propose dix nouvelles d’auteurs camerounais. Les sujets abordés sont ceux de la société contemporaine : corruption, guerre civile, chômage, le mariage avec un Occidental, les traditions… La variété des thèmes et des écritures font de ce modeste ouvrage une sorte d’échantillon de la littérature camerounaise actuelle.

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MAXLOBEMax Lobé, 39 rue de Berne, éd. Zoé, 2013
Le jeune auteur Max Lobe manie une langue inventive et nonchalante, imagée d’expressions africaines savoureuses qu’il tient de ses origines camerounaises. A la fois drôle et triste, l’histoire attachante balance entre l’Afrique, la rue de Berne à Genève et la cellule d’une prison.
Au Cameroun, pour « sauver » les filles et aider leurs familles, « les bienfaiteurs-philanthropes » les emmènent en Europe où elles finissent sur le trottoir, condamnées à la prostitution pour rembourser leurs dettes avant d’obtenir une liberté vaine et sans papiers…

Kenya :

DraysonNicholas Drayson, Le safari des bêtes à sang chaud et autres meurtres de sang froid, éd. Des Deux Terres, 2013
L’honorable M. Malik est très occupé par l’organisation du safari d’observation annuel de l’Asadi Club. Une fois de plus, l’énigme du meurtre de Lord Erroll, un riche Anglais émigré à Nairobi dans l’entre-deux-guerres, refait surface. Une nouvelle hypothèse suscite de vifs débats. Et la mascotte attitrée du club, la dépouille empaillée du lion Kima Killer, jadis célèbre dans la région pour son appétit féroce, disparaît dans des circonstances suspectes. Sans parler de Petula, la fille de M. Malik, qui hésite à se marier, et du ministre de l’Intérieur, un homme qui menace l’Asadi Club de fermeture. Aidé de ses amis, M. Malik va essayer de percer le mystère d’un assassinat vieux de plusieurs décennies, de retrouver la mascotte et de faire sortir de l’ombre la bête la plus dangereuse d’Afrique.

Drayson pocheNicholas Drayson, Le pari des guetteurs de plumes africaines, éd. J’ai lu, 2013
D’un côté, le très réservé et honorable M Malik. De l’autre, Harry Khan, un arriviste tapageur aux dents aussi blanches que son veston de lin. Le premier est secrètement amoureux de Mme Rose Mbikwa, qui conduit chaque mardi matin la promenade ornithologique. Le second, bourreau de M. Malik au pensionnat, a, bien sûr, des vues sur Rose. Qui l’invitera au bal annuel du Hunt Club ? Celui des deux qui apercevra le plus grand nombre d’oiseaux en une semaine.
Le pari est lancé…

Égypte :

al-AzabMohamed Salah Al-Azab, Mauvaises passes, éd. Seuil, 2013
Mohammed Ibrahim, jeune Cairote d’une vingtaine d’années, décide avec son ami Moneim de partager une chambre dans le centre-ville, loin de sa famille et loin du terne destin conjugal qu’il est appelé à connaître aux côtés de sa cousine Hind, sa fiancée, avec qui il entretient une relation beaucoup trop convenable à son goût. S’il affirme à ses parents que ce pied-à-terre facilitera ses recherches d’emploi, Mohammed entend surtout disposer d’une garçonnière, condition sine qua non pour multiplier à son gré les conquêtes féminines. Mais, dans cette métropole où l’intimité est un combat de tous les jours, où l’homme est un pigeon pour l’homme, où la vie réserve souvent de mauvaises surprises, les déconvenues sont nombreuses.Mohammed Salah al-Azab jette une lumière crue sur la misère sexuelle de la jeunesse masculine du Caire, tout en décrivant avec beaucoup de justesse et un humour ravageur les combats ordinaires de sa génération, sur fond de crise du logement et de corruption généralisée.

AslanIbrahim Aslan, Deux chambres avec séjour : petit feuilleton domestique, éd. Actes sud (Sindbad), 2013 février 2013
Khalil et sa femme Ihsane vivent seuls dans ce petit appartement de deux chambres et un séjour, qu’ils ne quittent pratiquement jamais. Depuis que Khalil a pris sa retraite et que leurs deux enfants se sont mariés, ils n’ont plus rien à faire de leur journée, si ce n’est se quereller gentiment de temps à autre pour des broutilles, comme sur la manière de faire cuire les fèves, l’addiction de Khalil à la télévision ou sa manie de commencer toutes ses phrases par “je crois”.
Jusqu’au jour où Ihsane meurt, laissant Khalil dans une extrême solitude, en proie aux soucis liés à la vieillesse. Il renoue alors avec ses anciens amis et soudain, le monde extérieur s’engouffre dans l’appartement, dont la porte reste désormais toujours ouverte. Composé de courtes scènes de la vie quotidienne apparemment banales, mais dont chacune, sans le moindre artifice, ouvre sur des questionnements essentiels, ce feuilleton domestique est l’oeuvre ultime d’Ibrahim Aslân, décédé il y a quelques mois.

Maroc :

arton3085Mohammed Berrada, Vies voisines, éd. Actes Sud (Sindbad), 2013
Vies voisines entremêle les récits des vies de trois personnages, une femme émancipée à la tête d’un trafic de drogue, un homme du peuple éclairé voué au service des autres et un politicien déluré, qui, après une brillante carrière passée à prôner l’austérité, découvre la vie des plaisirs à l’âge de quatre-vingts ans. Ces personnages se racontent et se confient, se rencontrent et se séduisent, s’entraident et se trompent.
En filigrane de leurs mémoires et de leurs confessions croisées se dessine une société marocaine contemporaine, contradictoire et mouvementée.

binebineMahi Binebine, Le seigneur vous le rendra, éd. Fayard, 2013
Un bébé est empêché de grandir, un enfant est privé d’éducation, de liberté, il ne pourra devenir un individu capable de réfléchir et de se développer, d’agir en être libre. Surnommé « P’tit pain », il va traverser des années noires où, dans sa position passive de mendiant, il peut observer les agissements des adultes, leur violence, leur corruption. Tout est dit ici dans la litote, mettant en relief les beautés d’âmes apparemment détruites, les corps saccagés, les visages noyés dans l’alcool et la maladie.
L’enfant grandit néanmoins grâce au miracle de la vie, toujours imprévisible, et se défait de ses liens que l’on pourrait nommer ignorance, peur, sujétion. Libéré, il devient autonome et conscient. Pourra-t-il revoir un jour sa mère qui a pratiqué envers lui le non-amour jusqu’à l’abjection ?Dans ce roman noir s’il en est, mais imprégné d’une folle espérance, d’une foi exacerbée dans les capacités de rémission de l’homme, Mahi Binebine utilise le ton du conte picaresque et philosophique pour réduire la part tragique, toujours présente, dans ces pages déchargées de la noirceur absolue par la permanence de l’humour, du sourire derrière les larmes retenues.

Tunisie :

sakkaRaja Sakka, Un arbre attaché sur le dos, éd. L’Harmattan (Lettres du monde arabe), 2013
C’est le hasard qui a mis Nora en présence de l’arbre, alors qu’elle s’était réfugiée dans un village de montagne pour fuir la société. Décidée à le planter dans sa maison natale, elle se heurte au refus de ses habitants. Elle s’installe alors dans la pension Founoun en attendant la décision du conseil municipal et là, elle rencontre « l’exilé », un homme plus jeune qu’elle, qui réveille ses sentiments…

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Ailleurs :
doMarie Dô, Dancing Rose, éd. Metailié, 2013
Maya est une mère divorcée, chorégraphe dans sa propre troupe de ballet, qu’elle prépare pour une tournée au Canada. Elle tente d’aider ses jeunes danseurs à s’épanouir. Elle-même est marquée par une enfance de métisse illégitime et rejetée. Elle reste hantée par la disparition mystérieuse de sa demi-sœur blanche, Benny, à laquelle elle est très attachée. Dans sa famille, plus personne n’ose en parler.
Inventant un dialogue entre ciel et terre qui l’aide à garder courage et à conserver son sourire, Maya s’adresse à Rose, sa mère décédée trop tôt. Entre son studio de danse, l’éducation de sa fille – au caractère aussi affirmé que le sien -, les plaintes d’un corps usé par l’exercice et qui ne doit surtout pas lui faire défaut, et le choc d’un amour aussi inattendu qu’anti conventionnel, Maya n’en poursuit pas moins sa quête de vérité. Mais une surprise concernant sa demi-sœur lui fera comprendre qu’on n’échappe jamais vraiment à son hérédité.
Un livre touchant, aux personnages attachants, qu’on ne lâche pas.

NdiayeMarie NDiaye, Ladivine, éd. Gallimard, 2013
 » Un chien montait la garde, un gros chien puissant qu’une chaîne retenait à un anneau fiché dans le sol. Il leva vers eux ses grands yeux noirs et doux et Ladivine, bouleversée, se vit tout entière dans ces pupilles sombres. Elle eut la tentation de s’y laisser engloutir et, là où elle serait parvenue, de ne plus bouger, prisonnière, hors d’atteinte. Si Marko avait prêté suffisamment d’attention à la manière d’être de l’animal, il aurait avancé la main pour le caresser, ému peut-être par quelque chose qu’il n’aurait pas reconnu immédiatement mais dont il aurait compris un peu plus tard qu’il s’agissait de l’âme de Ladivine.
 » Ladivine nous entraîne dans le flux d’un récit ample et teinté de fantastique. Comme dans Trois femmes puissantes, Marie NDiaye déploie son écriture fluide et élégante, riche d’une infinité de ressources qui s’offrent au lecteur avec une fascinante simplicité.

Wet Eye GlassesRyad Assani-Razaki, La main d’Iman, éd. Liana Levi, 2103
Une Afrique en crise d’identité, hantée par les mirages du modèle occidental. Des villes-capharnaüms dévorées par une urbanisation effrénée. Pour quelques francs CFA on peut acheter un enfant et en faire son esclave, pour un tour en Mercedes se procurer une jeune fille et la mettre dans son lit… C’est dans ce cadre que Ryad Assani-Razaki inscrit un premier roman où plusieurs voix se croisent et se racontent. L’enfant vendu qui porte au plus profond de lui la violence subie. La vieille femme corsetée dans une foi qui la paralyse. La rebelle qui se bat bec et ongles pour s’en sortir. La douce jeune fille qui poursuit son chemin avec détermination. Les raisons qui poussent les migrants à monter dans un bateau et à quitter leur terre au péril de leur vie apparaissent en filigrane. Et, à la croisée des destins, Iman, l’impénétrable métis, symbole de ce désir de fuir et d’un continent écartelé entre deux mondes.