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Anne Cillon Perri » opoto

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Avant de quitter l’île (d’Oléron) pour de nouvelles aventures : quelques œuvres iliennes et africaines :

Extrait de Chanson pour Marennes et Oléron, Éd. Opoto, 2009

[…]
C’est vrai Paul
La poésie n’est pas faite pour la canaille
Ni la pagaille néolibérale

Il s’agit d’apprendre par cœur
La leçon de l’espoir gravée
En marge d’un traumatisme
Qui impose la désespérance
Comme un modus vivendi

La nuit écrit en lettres majuscules
Le dernier couplet de la chanson pour Oléron
L’île me subjugue comme une femme aimée

.

Jébalè (extrait de Traversée : anthologie poétique, Éd. Opoto, 2009)

Avant l’île
Un soleil assez fanfaron nous malmena
Nous avons tangué de la rive à l’endroit
En saluant la mangrove du seul étonnement
De nos caméras
Un grand gaillard épelait l’orthographe du lieu
Pour la rendre plus vulgaire
Nous l’écoutions sans intérêt
Seuls comptaient pour nous
Le ciel les oiseaux l’étendue aqueuse
Et ce vent de vendredi venant de la ville voisine
Un vieux moteur propulsa le rafiot
Avec toute la force de notre curiosité
Et soudain
Jébalè
[…]

En savoir + sur les poèmes d’Anne Cillon Perri

Marc Trillard, Campagne dernière, Éd. Phebus (Libretto), 2006
Victor Levantin, médecin de son état, vit avec le sentiment que la société confortable et pacifiée où il a fait son chemin n’est pas faîte pour lui. Le seul confort qu’il cherche est celui des peaux sombres librement offertes à l’amour. Voilà pourquoi il quitte la métropole pour aller s’établir à la Concorde, modeste îlot perdu sous les Tropiques, où la France persiste à faire flotter son drapeau. Là, Victor exerce sa profession sans souci de carrière, et consacre son loisir aux beautés locales. Mais l’îlot endormi dans son rêve immobile est réveillé par la venue d’un nouveau préfet à poigne qui prétend agir au nom de l’avenir. Victor s’engagera aux côtés des indigènes insulaires en révolte contre un pouvoir qui choisit d’ignorer leurs désirs. Cet engagement, criminel aux yeux de certains, lui semble aller de soi. Le combat est perdu d’avance, car mené sans grands moyens. Peu importe. A l’heure de livrer l’ultime campagne et d’y laisser peut-être la peau, ce qui compte, c’est la simple fidélité à soi – c’est-à-dire à quelques rêves.
 » Campagne dernière « , au style si inventif et à l’imagination si puissante, place Marc Trillard comme un des écrivains importants de la littérature française contemporaine.
En savoir + avec le site de Marc Trillard

Jean-Yves Loude, Coup de théâtre à Sao Tome, Éd. Actes sud (Aventure), 2007
Dans cet ouvrage, Jean-Yves Loude, l’auteur, écrivain du voyage, raconte comment depuis des siècles, à Sao Tomé, les descendants d’esclaves comme les pêcheurs devenus terriens, les affranchis de colons portugais ou les planteurs de cités utopiques des îles de Säo Tomé et Principe, jouent un théâtre qui fait revivre Charlemagne. En effet, les rumeurs et les croyances disent que Charlemagne, souverain sacré empereur en l’an 800, prolongerait là une retraite clandestine. Décoré de galons dorés, il apparaît régulièrement sur des scènes de théâtre en terre battue, sous les ombres des bananiers, et il rend la justice. Partant de ces ingrédients pour le moins insolites, Jean-Yves Loude nous livre un des plus étonnants récits de voyage qui soit, brossant ainsiun très riche portrait de ces îles minuscules qui furent sur les grandes routes de découverte du globe, autant qu’elles sont aujourd’hui au centre d’enjeux géopolitiques.

En savoir + avec RFI et Étonnants voyageurs
Le site de l’auteur

Abdulrazak Gurnah, Adieu Zanzibar, Éd. Galaade (Littérature Étrangère), 2009
Kenya, 1899. Il est apparu à l’aube comme une figure de légende avant de s’effondrer aux pieds d’Hassanali, le marchand, sur le chemin de la mosquée. Martin Pearce, écrivain britannique, a été battu, volé et abandonné par ses guides dans le désert. Recueilli par Hassanali, il tombe amoureux fou de Rehana, la sœur de son hôte. Une relation interdite et scandaleuse s’initie, dont les conséquences se répercuteront sur les générations suivantes.
Zanzibar, années 1950. Amin, Rashid et leur sœur Farida sont chacun en proie aux difficultés du secret. Farida vit un amour caché que ses parents désapprouveraient. Amin, lui, s’éprend d’une femme plus âgée, Jamila, la propre petite-fille de Rehana et de Pearce, enfant de la honte et objet de mille rumeurs scabreuses. Quant à Rashid, le narrateur, il part étudier à Londres dans un univers glacial et raciste, alors que Zanzibar, au lendemain de l’indépendance, bascule dans la violence et le chaos.
Londres, années 1960. Les parents de Rashid sont morts et les secrets ont été déliés. Dans un contexte social et racial apaisé, Rashid, devenu enseignant, rencontre par hasard la blanche Barbara, une lointaine cousine de Jamila. Ils s’aiment librement et décident de partir à la recherche de leurs racines communes et de Jamila à Zanzibar.
En savoir +

Les premiers dons pour la constitution de la bibliothèque d’Angongué sont arrivés.  23 livres aujourd’hui, cela représente 1% des collections de la bibliothèque. A ce rythme dans 100 jours les étagères seront pleines.
Petit rappel de cette (belle) action de solidarité : Suite à  une résidence d’auteur au Pays Marennes Oléron (mars 2009, lors du festival d’animations littéraires ) le poète camerounais Anne Cillon Perri demande à l’association Mots en fête de l’aider à créer une bibliothèque dans le village d’Angongué. Il se charge de la construction du bâtiment et du mobilier. Mots en fête s’engage à fournir les livres et le petit matériel d’équipement.
L’objectif est de réunir 2100 livres (adultes et jeunesse).
La plaquette de présentation ci dessous donne le détail de l’opération ((le pourquoi du comment, quels livres choisir, qui fait quoi).

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Lecteurs, auteurs, éditeurs, nous attendons vos dons avec impatience !!!

En France : deux adresses pour envoyer votre livre :

SMPMO, réseau des bibliothèques
59 route des allées, BP 85
17 310 St Pierre d’Oléron

éditions opoto
17 impasse du docteur Delteil
17310 St Pierre d’Oléron

Au Cameroun : Contactez Anne Cillon Perri sur :
http://www.anne-cillon-perri.com/
ou pour les connaisseurs à l’Assoumière (Yaoundé)

Vous pouvez suivre la constitution des collections en direct sur bibliopmo, le blog du réseau des bibliothèques du Pays Marennes Oléron.

Anne Cillon Perri, Chanson pour Marennes et Oléron, éd. opoto, 2009
Avant la sortie en librairie prévue pour le début octobre voici un long extrait du nouveau recueil du poète camerounais Anne Cillon Perri.
Mars 2009. Par une froide soirée d’hiver, le poète camerounais arrive au Pays Marennes Oléron. Quelques heures plus tôt, il quittait son Afrique natale et ses 35°. Pendant trois semaines il présente ses œuvres aux habitants d’Oléron et du bassin de Marennes. En explorateur avisé il prend des notes, des photos, mais surtout, il fait des rencontres. Chanson pour Marennes et Oléron est la relation de ce voyage à la découverte d’un Pays, de ses habitants et de leurs bizarreries…

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Anne Cillon Perri, Chanson pour Marennes et Oléron, Éd. opoto, 2009
Mars 2009. Par une froide soirée d’hiver, le poète camerounais arrive au Pays Marennes Oléron. Quelques heures plus tôt, il quittait son Afrique natale et ses 35°.
Pendant trois semaines il présente ses œuvres aux habitants d’Oléron et du bassin de Marennes. En explorateur avisé il prend des notes, des photos, mais surtout, il fait des rencontres.
Chanson pour Marennes et Oléron est la relation de ce voyage à la découverte d’un Pays, de ses habitants et de leurs bizarreries…

Le livre est vendu 10 €. Sur cette somme 1 € est destiné à la construction d’une bibliothèque dans le village de Anne Cillon Perri. Nous vous présenterons le projet dès la fin de la semaine…

Les premiers vers :

Et puis il a fallu partir
Perdre mon ancrage
Au sol solide du terroir
Traverser l’énorme rature
Du dernier cordon policier
Et plus haut que les oiseaux
Plus haut que les nuages
S’envoler dans la nuit profonde

Yaoundé
Douala
Tamanrasset
Musiques arabes
Et au petit matin
Aéroport Mohamed V
Cordon policier
Et l’attente
Toute une journée
À poireauter là
À lécher les vitrines de l’espoir
À tourner
et retourner
des
araberies
Vendues à prix d’or
Aux doux benêts de passage

En savoir +

Lectures et séance de signatures à la médiathèque de St pierre d’Oléron. Le programme de cette semaine est particulièrement chargé. Une autre facette de l’œuvre d’Anne Cillon Perri avec le poème La paix des canons.

La paix des canons

Qu’il est beau d’être escroc
Sous la paix des canons
Des avions de guerre
Et de l’aide alimentaire

Les marchands vont l’amble
Sur les ruines et les décombres
La bombe dans la poche
Et la pioche en main

Les marchands sont heureux
Quand ils comptent les morts
Sur une mine d’or noir

Les marchands vont l’amble
Quand ils comptent les morts
Sur les ruines et les décombres

Grosse actualité pour le poète camerounais Anne Cillon Perri : Ateliers d’écritures, salon du livre de poésie de La Rochelle et rencontres dans les bibliothèques du Pays Marennes Oléron. Un marathon digne de son anthologie poétique Traversée qui vient de sortir…Petits instantanés de son périple accompagnés d’Aïcha, texte qui montre l’importance de l’océan dans son œuvre.


Salon de poésie La Rochelle


A St Pierre d’Oléron


Méditation !!!

Aïcha

Je pense à toi Aïcha
A l’embouchure du fleuve
Où tu parlais beaucoup
De nous et la Lobé
Au point de m’agacer

Tu t’égosillais
Un peu plus que la mer
Plus que la plage
Et même plus que le vent
Qui tenait ta chevelure en laisse
Et criait la détresse de ta liesse

J’ai gardé dans la bouche
Le sel de tes aisselles
Et celui de la mer
Où tu montrais ton sexe sans cesse
Et parlais beaucoup
De nous et la Lobé
Comme si le jour était interminable

C’est si triste de ne pouvoir te haïr
Ni oublier
Les navires en partance
Qui emportaient
De tes yeux le parfum
Et ton sexe essentiel et sans ciel et sans seuil
A chaque rivage de ton aine
C’est vraiment triste de ne pouvoir te haïr

Anne Cillon Perri, traversée, Éd. opoto, 2009

Le recueil de poèmes d’Anne Cillon Perri est annoncé pour les prochains jours : 218 pages et une belle couverture réalisée à partir d’un tableau de Hervé Yamguen. La version papier sortira la semaine prochaine la version numérique dans la foulée.
La poésie d’Anne Cillon Perri est une écriture multiple qui croise les thèmes de l’enfance, du désir, de la paix, de l’amour et des tourments du monde actuels. Tourments du poète mais aussi de l’homme confronté à un monde en crise et forcement arbitraire et inhumain. Elle s’enracine dans la forêt équatoriale du sud Cameroun pour mieux déferler sur les rivages de la modernités avec son lot d’injustices, d’espoir et par cela donne matière à s’interroger. Sur soi, sur le monde qui nous entoure.
Anne Cillon Perri, né en 1961 à Sangmélima au Cameroun est selon Fernando d’Alméida (Grand Prix de poésie Léopold Sédar Senghor 2008) « l’un des meilleurs artisans du renouveau poétique camerounais ».

Il est déjà possible de commander la version papier en envoyant un courriel (avec votre adresse postale et le nombre d’exemplaires souhaités) à bebopoto@yahoo.fr (16 € port compris).

Lire un extrait de traversée :

Publiez sur Calaméo ou explorez la bibliothèque.

Le poète camerounais Anne Cillon Perri était en Centrafrique, en début d’année, à l’invitation de l’alliance franco-centrafricaine. Des rencontres et ateliers d’écritures organisés à Bangui il est revenu avec un projet : éditer cinq poètes centrafricains (Romain Bally-Kenguet Sokpe, Jeanne de Chantal Wodobode, Georgette Koyt Deballe, Honoré Douba, ). Son travail acharné est récompensé. Aujourd’hui les éditions Ifrikiya publient Dans le buisson de l’espoir : Cinq poètes centrafricains à Yaoundé (Cameroun). Après D’aujourd’hui : 15 poètes camerounais (publié aux éditions du CCF de Douala en 2007), c’est un nouvel opus de la poésie contemporaine d’Afrique Centrale que nous pouvons découvrir.

Quelques extraits en guise de mise en bouche :

Jeanne de Chantal Wodobode
La part du rêve
Tu n’as pas compris
Tu ne comprendras jamais rien
Trêve de malices
De toi je ne désire rien
A quoi servirait un cadeau
Qui conduit à la haine
Arrêtons la ruse et les mesquineries
Chaque chose a son temps
Un espace une dimension
Le passé est vraiment passé
Tournons nous vers l’avenir
A quoi servirait un geste de toi
Quelle est la part du rêve
Quand il y a inconscience
Et lorsqu’il n’y a plus d’espérance

Georgette Koyt Deballe
Drôle de saison

Drôle de saison dans ma conscience en friche
Putain d’existence
Je beugle
En rêvant d’un ailleurs
Drôle de saison dans ma conscience en friche
Soucis et errance
Absence de pluie
Pour laver mes jours
Drôle de saison dans ma conscience en friche
Je marche comme un mendiant
Toujours badigeonné de kaolin
Drôle de saison dans ma conscience en friche
Grisaille qui mitraille
Grisaille qui cisaille

Sur les ailes des sens
Chaleur moite
Douceur chaude
Caresses furtives
Contacts subtils
Toucher suave
Froufrous soyeux
Odeurs fleuries
Baisers fondants
Repos électrique
Senteurs âcres
Images troubles
Fièvre abdominale
L’amour s’envole
Sur les ailes des sens
Et bouleverse leurs rôles
Sans aucune décence
Frétillement avide
Rencontre idyllique
Veille survoltée
Fatigue assouvie

Honoré Douba
Matin d’un jour radieux

Le soleil glisse nonchalant et jovial,
Sur la colline à la crête sombre
Où rivalisant avec les singes,
Les oiseaux annoncent le jour radieux.
Sur la pointe des pieds
La nuit honteusement s’en va
Charognards et éperviers affamés
Tourbillonnent planent et guettent
Dans une gigantesque villa blanche
René frénétiquement danse
Il rêve de manger sous un tamarinier
Un dimanche bien garnie
Le chat tourne en miaulant
Vers l’horizon lointain et infini
Le soleil poursuit sa glissade torride
Entraînant ses rêves dans le cul de l’utopie

Plus sur les éditions Ifrikiya.
D’autres nouvelles sur le blogue d’Anne Cillon Perri.

Fernando d’Almeida fait un peu figure de chef de fil de la poésie camerounaise, voir africaine car on le présente à la fois comme poète camerounais ou béninois. C’est selon. Lui se défini doublement africain (Il est né en 1955-ou bien est-ce en 1951?- à Douala (Cameroun) d’une mère camerounaise et d’un père dahoméen (béninois) d’ascendance noire brésilienne. Chaleureux jusqu’à l’ivresse ce bon vivant est capable de parler de poésie, la sienne mais aussi celle des autres, la nuit durant sans lasser son auditoire. Pas étonnant qu’il se soit plongé dans cet hommage à Aimé Césaire. Il a du passer des nuits à poétiser la feuille blanche dans son refuge de la Roseraie du Goyavier. Son stylo encrant la page d’un jet nerveux et continu avec juste de temps en temps une pose pour réfléchir en sirotant une gorgée de Beaufort lite (« light » prononcé à la française) à la trompette (au goulot).
Parlant de Fernando d’Almeida, l’écrivain français Lionel Bourg a pu écrire : “Un poète se reconnaît toujours à son ton. A cette tenue de la langue et chez toi, ce charme, au sens profond, magique du terme, qui agit inéluctablement, brassant les éléments et les êtres, le concept et l’image, fondant enfin une manière de mythe contemporain, profondément enraciné mais aérien ensemble”.
Léopold Sédar Senghor qui de lui que sa poésie était de « belle eau ».

Le poète du Wouri (le fleuve qui traverse Douala à deux pas de chez Fernando d’Almeida) livre pour les lecteurs d’opoto sont nouveau recueil de poèmes dédié à la mémoire d’Aimé Césaire : Dans l’ailleurs de l’ailleurs (Tombeau d’Aimé Césaire).
Lire un article de Anne Cillon Perri sur Fernando d’Almeida et Paul Dakeyo
Mise à jour (3 mai 2009)
: Bonne nouvelle : Fernando D’Alméida pulie chez un « éditeur » Dans l’ailleurs de l’ailleurs. Mauvaise nouvelle : le texte n’est plus disponible gratuitement sur Opoto.org.

Je ne me suis jamais risqué à parler d’Anne Cillon Perri tant il est difficile de présenter un grand ami. Et pour rajouter à la difficulté un grand poète. Je pensais sans doute que je n’aurai rien à ajouter à ce qui c’est déjà écrit sur lui, ses œuvres, ses idées.  Aussi plutôt que de pompeux discours je préfère vous le présenter à travers des textes, des intervioux. Pour ce premier article voici sa « profession de foi ». Nous sommes en 2004, Pico publie son premier recueil : Sur les rues de ma mémoire.

Je voudrais commencer par remercier ceux qui ne sont pas venus. Allez leur dire qu’en décidant d’honorer de leur absence cette cérémonie, ils m’ont soulagé au plus haut point. Car, devant eux, « tout m’afflige et me nuit et conspire à me nuire ».
Quant à vous qui êtes présents, je vous remercie du fond du cœur d’être venus. Je dois vous le dire non seulement pour m’acquitter d’un agréable tribut de gratitude, mais aussi parce que je suis à présent convaincu que Sur les rues de ma mémoire, je ne serai plus jamais seul. Vous serez toujours au bout du chemin le public qui m’attend avec ses angoisses et ses espérances. Votre présence massive dans cette salle me rend à l’évidence que j’ai eu raison de ne pas céder au désespoir du silence. Il me fallait absolument sortir de la réserve pour hurler cette parole poétique que j’ai vraiment voulue exemplaire, bien que je ne sache pas si j’y suis parvenu. J’ai posé dans ce livre des pierres d’attente. Certains y trouveront ce que j’y ai mis, d’autres, ce qu’ils redoutent d’y trouver et quelques-uns ce qu’ils y apporteront. Voilà pourquoi je décevrai encore ceux d’entre vous qui m’avez posé la question de savoir ce qu’au juste je veux dire dans mes poèmes. J’ai toujours soigneusement éludé cette question. Je vous avoue enfin aujourd’hui que je ne dis rien. Cependant, tout en ne disant rien, c’est-à-dire, en m’offrant corps et âme à des riens, je me suis investi dans la production d’un tissu vocabulaire dont la réalisation accordait un primat beaucoup plus aux motifs figuratifs qu’aux motifs significatifs. En effet, il s’agit pour moi toutes les fois que j’écris un poème d’opaliser la parole pour en faire non pas un objet vulgaire de communication, mais bien d’avantage une pièce d’orfèvrerie dont l’ornementation procède d’une volonté tenace de donner à voir, à entendre, à sentir, voire à ressentir. Je m’emploie à essayer de mettre en avant le « côté palpable des signes » linguistiques, dans un réglage rythmique et sonore qui n’est pas toujours idéologiquement marqué, mais qui s’acharne à conserver la mémoire des choses exprimées, à retenir l’odeur symphonique d’un regard de femme, la saveur d’un souvenir ou d’un coucher de soleil, la musique d’un clair de lune ou la couleur d’un sourire. Mes poèmes sont par conséquent des oeuvres suggestives plutôt que des pièces démonstratives. Ce sont des œuvres dans lesquelles je me suis épuisé à essayer de saisir toutes choses de biais pour n’en retenir que les reflets et les formes essentielles. Ma poésie se veut donc un espace ludique de convivialité et de partage. Sur les rues de ma mémoire, je m’amuse à fond avec les muses. Leur visitation est toujours pour moi l’occasion de m’en aller plus loin du monde, loin des soifs, pour guérir de la migraine d’une vie que je n’aurais indubitablement jamais choisie telle qu’elle m’échoit quotidiennement. Il convient par conséquent d’interroger mes textes plutôt que leur auteur. Car, dans l’enthousiasme de la visitation des muses, le « je » qui parle est véritablement « un autre ». C’est un sujet qui évolue dans un espace de liberté et de fantaisies multiformes, un sujet qui vogue dans une zone de permissivité où il peut se livrer à tous les jeux interdits, même les plus lubriques. C’est donc d’une régression à l’enfance qu’il s’agit, ma folle enfance forestière irriguée par une ruralité d’autant plus têtue qu’elle s’articule sur ma cosmogonie bantou, ma paganité boulou et la spiritualité de ce siècle qui sent encore le relent de celui qui vient de s’achever et dans lequel j’ai bêché loin de mon père que j’ai vraiment failli aimer.
Il faut donc se donner des yeux de môme pour mieux évoluer avec moi Sur les rues de ma mémoire. Car ici, mes mots copulent dans une phraséologie particulièrement transgressive de la norme, mais qui demeure tout de même respectueuse de la langue française. Ma poésie se lit avec les yeux, d’ailleurs quoi de plus normal ; mais elle se lit aussi avec la bouche, la peau, le nez, les oreilles et le sexe, c’est à dire avec le cœur. il faut donc se donner devant mon poème un regard désaccordé et s’exercer à voir dans certains de mes mots des perles rares. Il faut s’accoutumer à rêver la vie, je veux dire, à vivre le rêve, non pas comme un rêve, mais bien davantage, comme possible ancrage au vrai, au juste, au bien et au beau. Ainsi donc, dans la douleur jubilatoire du dire vrai et juste, j’ai voulu oser l’ascèse de promouvoir le bien et le beau. Toute ma vie, je voudrais vouer un culte au beau pour donner créance au bien. Je voudrais épuiser tous les codes de l’amour pour faire un sort à la vie. Voilà pourquoi je me suis toujours défendu contre ce que Brecht a appelé « l’art pour tous ». Car, je ne suis pas un idéologue. Je ne cherche à construire aucun système révolutionnaire pour bouleverser la face du monde. Le démocratisme poétique, à mon avis, tue la poésie.
Le texte poétique doit être fait pour résister un peu à l’assaut des importuns. C’est en cela que le poème est comparable à la femme. Il s’agit en clair de se donner par bribes successives, en résistant un tantinet d’une étape à l’autre. Il s’agit de se donner sans mettre en relief cette volonté. Cela induit de la part du lecteur la nécessité de cultiver un art de lire. Comme un amant qui s’acharne à visiter en dedans l’objet de son amour, le lecteur doit développer des stratégies opératoires. C’est-à-dire, caresser longuement ce dont il faut connaître le système de fonctionnement. Le poète n’est pas un comédien. L’expressivité qu’on met dans la voix en disant des fadaises n’en fait pas de grands poèmes. De même, un navet dit par un bon comédien demeure un navet. Au demeurant, vouloir faire de l’écoutant d’un poème, non pas une personne qui prend une part active dans la réception du texte, mais un spectateur qui en est étranger détourne la poésie de sa vocation originelle. Car le poème est avant tout un texte et non un geste.
S’il y a un théâtre muet, on ne peut concevoir une poésie muette, c’est-à-dire sans paroles. Même Paul Verlaine qui est de manière lointaine le père de l’idéal moderne n’a pu faire ses Romances sans paroles qu’en alignant des vers. C’est dire que le jeu scénique est détachable du poème auquel il n’ajoute rien. Bien au contraire, il détourne du texte qu’il masque, étouffe et tue.
Le poète n’est pas forcément un militaire qui se sert des mots comme d’autres se servent du canon. Mais il est toujours un fleuriste qui peut, soit le demeurer uniquement, soit alors se servir des fleurs à des fins combattantes. Voilà pourquoi il ne faut pas prendre une grippe de s’entendre dire que l’on ne milite pas dans ses poèmes pour une grande cause sociale. Car, « l’art n’est pas d’un parti ». Musset a pleuré toute sa vie, il a été poète. Césaire n’a fait que tonitruer dans ses textes, il est aussi poète. Certains comme Hugo ont parfois gémi, parfois bramé contre des systèmes sociaux, ils ne perdaient pas la qualité de poète dans une situation pour la gagner dans une autre. Et ce qui est vrai de ces maîtres l’est aussi de Ernest Alima qui doit définitivement comprendre que le tam-tam pleure, mais le tam-tam rit aussi. J’ai dit de lui que globalement, il n’était pas engagé comme René Philombe par exemple. Mais cela n’a rien de dépréciatif. De même, dire que la guerre froide fait désormais partie de l’histoire ne range pas dans un musée l’œuvre de Mveng qui lui consacre une place de choix dans Balafon. L’antagonisme Est-Ouest s’est mué en un monisme dictatorial qui s’exerce du district de Columbia vers le reste du monde mené par le bout du nez.
Mesdames et messieurs,
Je vous prie de croire qu’un autre monde est vraiment possible et qu’on peut le réaliser loin du marxisme en promouvant un commerce mondial équitable, plus de démocratie et de liberté. Je vous prie de croire en un monde émancipé de la dictature des grandes firmes et libéré du terrorisme des marques. Je suis très conscient des dangers auxquels je m’expose dans la haute administration où je suis fonctionnaire et où je rêve tout de même d’une carrière, en osant dire aujourd’hui que le monde et, singulièrement l’Afrique, sont plus terrorisés par les marchands que par les barbus. Ceux qui veulent nous imposer le blue jean et le coca cola comme alternatives incontournables à notre mal-être sont précisément nos plus grands malfaiteurs.
Nous avons ouvert les marchés, nous avons accepté le pluralisme politique, nous avons confiné l’Etat à ses seules missions régaliennes, en inhibant toute vision keynésienne de la relance économique, le néolibéralisme est triomphant, mais nous n’avons plus d’électricité, encore moins le téléphone qui sont quand même des préalables incontournables à une insertion dans l’espace virtuel mondialisé.
J’ai tenu à le souligner afin que Sur les rues de ma mémoire, personne ne se méprenne sur le sens profond de mon engagement qui ne prendra jamais fait et cause pour ceux qui sont si différents de nous qu’ils pensent suffisant de garder la barbe pour changer la face du monde. Mais ce n’est pas leur barbe qui m’offusque. C’est bien davantage le fait qu’ils refusent d’envoyer leurs filles à l’école et qu’ils offrent régulièrement leurs têtes à exploser pour abréger leur chemin du Paradis en emportant au passage quelques innocents qui veulent bien profiter des joies de la terre.
Mesdames et messieurs, j’ai vraiment rêvé d’aller avec le monde main dans la main, jusqu’à l’orgasme de la paix. Si vous pensez comme moi, je vous invite à me suivre Sur les rues de ma mémoire. Vous y trouverez beaucoup de poésie. C’est moi qui les ai ainsi parées. L’amour, la fraternité et la justice vous y hèlent dans un réglage qui s’efforce de concilier les isotopies sonores avec « la violence faite au langage », selon l’expression d’Octavio Paz. Rien ne doit vous impressionner. J’ai versifié librement dans ce livre pour mieux exorciser les fantômes qui nous font des grimaces effroyables sur toutes les sentes de la liberté. J’ai voulu surmonter l’épreuve de leur morale surannée en prenant comme Francis Ponge le parti des choses par un travail de figuration qui risque de vous dépayser comme je l’ai souhaité. Il s’agit ici, comme chez André Salmon de souvenirs sans fin dont la succession reprend la phrase interrompue de Louis Aragon et les chants émouvants du « cortège des femmes, long comme un jour sans pain ».
Mesdames et messieurs, c’est sur ce vers de Blaise Cendrars dont je me sers pour illustrer comme Max Jacob le fond de l’eau que je voudrais avoir terminé.

Sur les rues de ma mémoire, éd. Proximité et éd. Interlignes, Yaoundé, 2004. Malheureusement épuisé depuis depuis on peut en lire des extraits dans Anthologie de la littérature camerounaise : des origines à nos jours, éd. Afrédit, Yaoundé, 2007

Lire des poèmes de Anne Cillon Perri dans la bibliothèque numérique d’opoto.
Faire un tour sur son excellent blogue : Pic’Art de l’Assoumière