Tiens, cela fait un petit moment que l’on ne voyait plus d’ouvrages d’ »espionnage » parlant de l’Afrique. On se souvient des OSS 117, Le Saint et autres héros bien en place dans la vision coloniale de leur auteur (et leur lectorat). La donne a un peu changé puisque, même si les crétineries continuent à être publier, de belles histoires bien écrites sont aussi publiées. (photo, Bonabéri, BEB)

Le pire :
Chris Ryan, Poussières d’Afrique, Éd. Nimrod, 2011
Envoyés en Afrique australe pour y former les troupes gouvernementales du Kamanga, un pays pauvre ravagé par la guerre civile dont les mines de diamant et de minerai attisent toutes les convoitises, le SAS Geordie Sharp et ses hommes ignorent que cette mission pourrait se révéler la plus dangereuse de leur carrière.
Pris au piège entre une armée déliquescente et des forces rebelles ivres de pouvoir et de violence, affaiblis par des pertes successives, les hommes du SAS vont devoir reprendre l’initiative et braver toutes les règles de sécurité pour échapper à l’anéantissement et préserver la stabilité de la région. Désormais, pour ces hommes, l’instinct de survie le dispute à la soif de vengeance. Et l’Afrique dans tout cela ? Une toile de fond. On peut déplacer l’action dans d’autres contrées : irak, Afghanistan, Colombie, Birmanie…avec toujours les mêmes imbécilités, le racisme larvé et la justification de l’ »honneur » des pays riches…à fuir !

Et encore pire :
Gérard de Villers, Guerre tribales en Afrique, Éd. Gérard de Villiers, 2005
Depuis un demi-siècle, l’Afrique est secouée de conflits interminables et féroces, la plupart du temps créés ou attisés de l’extérieur. Là aussi, les deux principaux protagonistes de la Guerre Froide, États-Unis et Union Soviétique, s’en sont à donnés à cœur joie. Ces conflits ont souvent perduré, car, en sus des motifs idéologiques, ils se sont cristallisés en véritables guerres tribales. Ethnie contre ethnie. Ou alors, en lutte contre le colonisateur, comme en Rhodésie, devenue le Zimbabwe. Dans ce pays, Robert Mugabé, mis en selle par l’Union Soviétique, continue, quinze ans après l’effondrement de celle-ci, sa lutte raciale. En Angola, Jonas Sawimbi, à la tête de l’UNITA, soutenue par l’Occident, a finalement perdu, après une guerre tribale de vingt-cinq ans. En Éthiopie, la junte de Mengistu, appuyée par l’URSS a mené le pays à la misère, au chaos et à la sécession. Le Zaïre, a vu l’affrontement de dirigeants pro-communistes comme Lumumba opposés à un Mobutu appuyé par les États-Unis et ses alliés. Résultat : trente ans de chaos qui dure toujours. Même la Haute-Volta, devenue Burkina Faso, a été prise dans la tourmente. Un des épisode de ce livre raconte la prise de pouvoir du colonel Sankara, marxiste, qui sera assassiné quelques années plus tard par son ami, Blaise Compaoré, un peu moins à gauche. Ce SAS thématique soulève un peu le voile sur ces innombrables conflits qui empêchent le continent noir de décoller.
En résumé : 1282 pages de haine de violence et de bêtise.

Le meilleur :
Wilbur Smith, Attaque en haute mer, Éd. Presse de la cité, 2011
Hazel Bannock est à la tête d’un empire pétrolier. Alors que son yacht se trouve dans l’océan Indien, il est détourné par des pirates somaliens qui massacrent une partie de l’équipage. Hazel n’était pas à bord, contrairement à sa fille de dix-neuf ans, Cayla, qui est prise en otage. Une rançon faramineuse est demandée en échange de sa libération. Pour appuyer leur propos, les ravisseurs font parvenir à Hazel des vidéos montrant les tortures que subit Cayla au quotidien.
Désespérée, Hazel comprend qu’elle ne pourra pas compter sur la diplomatie pour sauver sa fille. Elle décide de faire appel à Hector Cross, ancien membre des forces spéciales britanniques. Ensemble, ils vont mettre au point une opération commando pour libérer Cayla, dont la vie ne tient plus qu’à un fil…
Avec ce thriller au suspense implacable, inscrit dans un contexte géopolitique très actuel, le maître du roman d’aventures n’a pas fini de nous surprendre. Une lecture pour les amateurs d’adrénaline.

Le plus meilleur

John Le Carré, La constance du jardinier, Éd. Points, 2001
Tessa Quayle, avocate anglaise, est sauvagement assassinée dans le nord du Kenya. Son compagnon de voyage et amant supposé, médecin africain d’une ONG, a disparu de la scène du crime.
Justin, l’époux de Tessa, diplomate à Nairobi et jardinier amateur, se lance dans une quête solitaire à la recherche des tueurs et de leur mobile, une quête qui l’entraîne à Londres puis à travers l’Europe et au Canada, pour le ramener en Afrique. Au long de son périple, il se heurtera à la violence et aux sombres machinations des multinationales pharmaceutiques, mais sa plus grande révélation sera la découverte de cette épouse qu’il n’a guère eu le temps d’aimer.
La Constance du jardinier mêle l’histoire bouleversante d’un homme, grandi par la tragédie et l’impitoyable exploration de la face cachée de la mondialisation, par l’un des romanciers les plus incisifs de notre époque.