Jean-Joseph Rabearivelo, Oeuvres complètes – Tome 1, Le diariste (Les Calepins bleus), L’épistolier, Le moraliste, Éd. CNRS, 2010
Léopold Senghor voyait en lui le « Prince des Poètes malgaches ».
Sa trajectoire fut fulgurante. Au début du XXe siècle où triomphent sans partage l’idée et la réalité coloniales, ce jeune homme de couleur, soumis par les aléas de l’histoire à l’une des plus prestigieuses cultures européennes, se découvre, outre un amour passionné des Lettres et de la langue française, le don de l’expression littéraire. Rabearivelo a l’intuition qu’il pourrait devenir le premier « intellectuel » de sa nation et y travaille avec acharnement.
Tour à tour poète, journaliste, critique, dramaturge et romancier, historien de sa tradition, collecteur et traducteur de textes anciens comme de textes modernes, rien n’échappe à son emprise créatrice, à cheval sur deux cultures. Rabearivelo a exercé une influence décisive sur la littérature malgache actuelle. Premier volet de l’édition des oeuvres complètes de Rabearivelo, ce volume contient journal et lettres, le tout inédit à ce jour.

Collectif, Afrique du sud : Une traversée littéraire, Éd. Philippe Rey
Le 27 avril 1994, jour des premières élections démocratiques et multiraciales en Afrique du Sud, restera à jamais une date capitale de l’histoire de ce pays, bâillonné pendant des décennies.
Ce livre, construit autour de cette ligne de partage symbolique, invite le lecteur à découvrir la diversité et la créativité d’une littérature qui prend pleinement la place qui lui revient au sein de la littérature mondiale et parvient, à l’image de la « nation arc-en-ciel », à se libérer du passé et à fonder le contemporain. Après un panorama historique portant sur l’ensemble des littératures sud-africaines dans leur pluralité de langues, leur diversité de création et de transmission, viennent deux essais sur le roman (Denise Coussy) et la poésie (Joan Metelerkamp) depuis 1994, chacun complétés d’une anthologie.
L’ensemble donne à lire de nombreux auteurs, afrikaners, noirs, métisses ou anglophones, dont certains restent peu connus, voire inédits en français. Mandla Langa, Sello Duiker, Ivan Vladislavic, Kopano Matlwa, Zakes Mda, J.-M. Coetzee, Antjie Krog, Robert Berold, Seitlhamo Motsapi, Vonani Bila, Isabella Motadinyane, Lesego Rampolokeng, Bernat Kruger, Mxolisi Nyezwa, Don Maclennan, Ingrid de Kok, Karen Press, Jeremy Cronin, Ronelda Kamfer… Une chronologie des principaux faits littéraires et historiques ainsi qu’une bibliographie recensant les titres traduits vers le français figurent en fin de volume.

Kabelo Sello Duiker, 13 cents, Éd. Yago, 2010
Cape Town.
Il fait lourd et nous suivons avidement les tribulations d’un gamin des rues nommé Azure. A 13 ans, il connait tout juste la vie. Ces yeux innocents, bleu comme le ciel ou la mer profonde, le trahissent partout où il passe. Il est noir au yeux bleu, de quoi faire naître de terribles jalousies.
Pour survivre, Azure doit faire le pire: prostitution, drogue et deal avec des gangs extrêmement violents. Mais peut-on dire que ceci n’est que son quotidien et qu’il s’en sort plutôt pas mal ?
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Naguib Mahfouz, Karnak Café, Éd. Actes Sud (mondes arabes), 2010
Le Caire, vers le milieu des années 1960.
Au café Al-Karnak que gère une ancienne danseuse, le narrateur fait connaissance avec trois étudiants, Hilmi, Ismaïl et Zaynab. Le premier est l’amant de la gérante, et les deux autres, amis d’enfance, s’aiment tendrement. Tous les trois se considèrent comme des enfants de la révolution de 1952 et défendent ardemment ses principes et ses réalisations. Mais un jour ils cessent de fréquenter le café et, à leur retour, les clients apprennent qu’ils ont été arrêtés par la police politique qui les suspectait, contre toute évidence, d’appartenir au mouvement des Frères musulmans.
Déjà ébranlés dans leurs certitudes, ils sont encore arrêtés à deux reprises sous d’autres prétextes fallacieux. L’un d’eux, Hilmi, meurt en prison tandis que Zaynab et Ismaïl en sortent comme des loques humaines. Surviennent alors, en juin 1967, la guerre contre Israël et la cuisante défaite de l’armée égyptienne… Ecrit en 1971 et publié en 1974, ce roman a eu un grand retentissement, et le film qui en a été tiré, avec à l’affiche les plus grandes vedettes du cinéma égyptien, a longtemps été censuré à la télévision.
Mahfouz y fait preuve de son habituel talent de conteur, faisant du petit café le microcosme d’une Egypte en train de perdre ses repères.

Ibrahim Al-Koni, Ange, qui es-tu ?, Éd. Aden (Lettres du Monde), 2010
Tout commence par un homme venu inscrire un nouveau-né sur les registres de l’état civil, sans se douter un instant que cet acte simple le conduirait dans le tourbillon d’une histoire kafkaïenne.
L’auteur, comme à son habitude dans ses romans, maîtrise à merveille une science subtile, celle de l’égarement. Il nous mène depuis son désert natal, berceau du soleil, des illusions et des légendes, jusqu’au dénouement, par une langue fabuleuse et une philosophie des fragments et de l’illimité au service d’une cause, qu’il défend depuis longtemps, avec la même persuasion : celle de son peuple, les Touaregs, menacés comme tant de minorités d’une disparition totale.
Chaque mot nous effleure par sa mélodie, nous enchante et nous transforme. On s’imagine qu’on pourrait guérir de la sédentarité et de la ville. Que nous sommes libres. On s’imagine même que nous avons plié bagages et que nous sommes en partance vers le Sud.