Donald E. Westlake, Kahawa, Ed. Rivages (Rivages/noirs n° 377), 1997
Voler six millions de dollars sous forme de grains de café, qui dit mieux ? C’est ce que se proposent de faire Lew Brady et Frank Lanigan. Ils vont monter le hold-up du siècle : s’attaquer à un train de marchandises transportant une récolte de café. Nous sommes en Afrique orientale, en 1977. Idi Amin Dada règne sur l’Ouganda et nombreux sont ceux qui voudraient le voir tomber…
Westlake nous embarque dans un grand roman d’aventures où se mêlent érotisme, violence, exotisme et, bien sûr, humour.
Si Kahawa est un grand livre d’aventure il ne faudrait pas le réduire à cette dimension, même si Donald E. Westlake est un maître du genre.
L’action, située dans l’Ouganga du sanguinaire Idi Amin Dada, rassemble des trafiquants, des “affreux” et une foule de personnages plus inquiétants les uns que las autres.
Au delà de l’histoire, traduite par Jean-Patrick Manchette - et c’est déjà un gage de qualité, c’est tout un système qui est décrit : celui d’une lutte sans merci, d’une course effrénée, d’une manipulation constante avec comme objectif sublimé l’argent !
Comme toujours chez Westlake la narration est solide, documentée, vivante. La construction du roman tient en halène jusqu’au dénouement, sans temps morts : difficile de lâcher le livre lorsqu’on s’y plonge. 671 pages plus loin (dans l’édition de poche, 370 dans l’édition grand format parue en 1983 aux éditions Presses de la cité) on sort bouleversé de tant de violence et de gâchis, presque hagard devant un tel déferlement, mais comblé d’avoir vécu ce (long) moment de lecture !

André Allemand, un crime en Algérie, Ed. Rivages/noirs n°384), 2001
Voilà un petit polar qui se lit agréablement bien. L’histoire se situe au lendemain de l’indépendance de l’Algérie, en 1963. On y retrouve l’ambiance de ce jeune pays où tout est à construire, à inventer mais aussi des personnages en embuscade doté d’un machiavélisme brutal et prêt à s’approprier une parcelle de pouvoir la plus étendue possible. Si le début de l’intrigue peut paraître banale (une jeune fille est violée sur une plage, son compagnon est tué) on comprend vite avec Jean Mercier, le consul de France à Alger, que l’histoire est beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît et que les victimes ne sont pas toujours celles que l’on croît.
En savoir + : Un crime en Algérie
Du même auteur son polar se situant à Madagascar : Au cœur de l’ile rouge

Jean-Marc Pasquet, Nègre blanc, Ed. Mémoire d’encrier, 2006
Situé en Afrique de l’Ouest, entre Côte-d’Ivoire et Ghana, Nègre blanc offre une vision contemporaine de l’Afrique particulièrement fidèle aux réalités.
Construit comme une course poursuite il nous promène entre quartiers chauds, plages paradisiaques pour touristes en passant par la forêt tropicale. C’est un polar urbain chargé de légendes millénaires et écrasé par les conséquences de la colonisation.
Débutant autour d’une louche affaire de diamants l’épopée de Niilanti va se poursuivre dans la violence extrême, en croisant l’amour et l’amitié, mais elle va surtout lui offrir la possibilité d’un grand voyage intérieur qui lui permettra d’ouvrir ses sens sur de nouvelles vérités.
Quelques mots de l’auteur (lu sur haitirectoverso) : “Nègre Blanc, comme tous mes romans, est une pure fiction, mais je l’ai bien sûr nourrie de mes expériences africaines. Avec Nègre Blanc, j’ai voulu écrire un thriller qui, tout en se déroulant en milieu urbain, évoque la gravité des dommages perpétrés depuis cinq siècles par l’empreinte coloniale sur le continent et salue en même temps la pérennité de certaines valeurs animistes de l’Afrique millénaire. Je suis arrivé en Afrique de l’Ouest la première fois à l’âge de dix-sept ans, avec mon passeport pour seul bagage. J’ai vécu pendant des années dans la rue, entre la Côte d’Ivoire et le Ghana, une vie de clandestin nomade, refusant systématiquement les privilèges que me conférait mon statut d’occidental. L’Afrique que j’ai eu la chance de côtoyer, a servi de terreau à Nègre Blanc, mais l’histoire n’a rien d’autobiographique. Récemment, un professeur de littérature africaine à Montréal, m’a montré un exemplaire du roman complètement annoté, dans lequel il avait saisi des passages entiers, et écrit dans la marge : « Pas écrit par l’auteur ». Il s’est excusé auprès de moi, de m’avoir pris pour un « Nègre » au sens littéraire, refusant de croire, en voyant ma tête sur la photo en 4 ème de couverture, que je puisse être l’auteur d’un livre se référant de façon si contemporaine à l’Afrique millénaire, un compliment qui m’a comblé”.