Archive for janvier, 2010

Le 11 février 1990, un homme âgé, très digne, marchant main dans la main avec la femme dont il a été séparé durant vingt-sept ans, quitte sa prison pour entrer dans l’Histoire. La date de la libération de Nelson Mandela restera à jamais gravée dans nos mémoires…

M. Maharaj, A. Kathrada, Mandela, Éd. Acropole, 2006
Mandela occupe une place à part dans notre monde comme dans cet ouvrage, qui retrace son périple vers la liberté et présente, outre la plus belle collection d’illustrations jamais rassemblées sur le sujet, plus d’une soixantaine de témoignages de dirigeants, d’amis, de camarades. Chacun d’entre eux a contribué à dresser un portrait fascinant, captivant, de cet homme inspiré, que nous découvrons ici par le regard de ses proches.
Écouter un extrait

James Gregory, Le regard de l’antilope, Éd. Robert Laffont, 2007
Lorsque James Gregory, jeune gardien de prison assigné à la surveillance d’un groupe de terroristes noirs au pénitencier de Robben Island, a vu Nelson Mandela pour la première fois, il le haïssait de toutes ses fibres. Et pourtant, une amitié profonde est née entre eux. Enfant, James avait grandi dans une ferme africaine, avec l’horizon pour limite, et un jeune Zoulou comme ami et compagnon de jeu. Mais à l’âge adulte, dressé par des années d’apprentissage à l’apartheid, il avait la haine au cœur pour ceux qui n’étaient pas de sa couleur.
Le Regard de l’antilope raconte comment sa rencontre avec Mandela – celui qui lui a appris à voir le monde autrement qu’en noir et blanc – a changé la vie de James Gregory ; comment les deux hommes en sont venus à partager les mêmes peines et les mêmes drames, les mêmes bonheurs volés – et le même idéal.

Nelson Mandela, Un long chemin vers la liberté, Éd. Fayard, 1995
En 1974, alors qu’il est au pénitencier de Robben Island, Nelson Mandela rédige clandestinement des ” souvenirs “. C’est ce texte, sorti en fraude, qu’il retrouvera lors de sa libération en 1990, après plus de vingt-sept ans de détention, et qu’il reprendra pour en faire Un long chemin vers la liberté. Nelson Mandela raconte comment le petit campagnard, né en 1918 au Transkei, dans la famille royale des Thembus, va ouvrir le premier cabinet d’avocats noirs d’Afrique du Sud et devenir un des principaux responsables de l’ANC. Ce récit mêle les souvenirs personnels, voire intimes, aux analyses de la situation en afrique du Sud et aux descriptions des luttes et des combats contre la domination blanche et l’apartheid.

The Nelson Mandela Foundation, Nelson Mandela, la biographie officielle en bande dessinée, Éd. Music And Entertainment Books, 2009
Mandela a été traité de terroriste et obligé de se cacher. Il a été capturé, menacé de la peine de mort et finalement jeté en prison pendant vingt-sept ans. Mais rien n’a pu l’empêcher de se battre pour libérer son pays de l’apartheid.
Ceci est la véritable histoire d’un jeune gardien de troupeau dont le destin était de devenir avocat, combattant de la liberté, premier Président démocratiquement élu en Afrique du Sud…et le grand père adoré de toute une nation. Cette histoire, exaltante, est racontée avec des mots et des dessins qui s’adressent aux jeunes et à ceux qui, dans leur cœur, le sont encore.

Matthieu Grousson, Nelson Mandela : contre l’Apartheid, Éd. Bayard Jeunesse (Grands Personnages), 2008

Ironie du sort, celui qui allait devenir le grand leader de la cause noire en Afrique du Sud est prénommé Rolihlahla, ce qui signifie, en langue xhosa « qui crée des problèmes ». Pourtant, rien ne laisse présager que ce jeune garçon qui garde les troupeaux deviendra l’un des militants les plus acharnés contre l’apartheid.  Ce récit mêle les souvenirs personnels, voire intimes, aux analyses de la situation en Afrique du Sud et aux descriptions des luttes et des combats contre la domination blanche et l’apartheid.

John Carlin, Invictus, Nelson Mandela, Éd. Ariane Publications Et Distribution, 2010
Le livre dont Clint Eastwood s’est servi pour son film.
En 1994 Mandela savait que l’Afrique du Sud était encore dangereusement divisée par cinquante ans d’apartheid. S’il ne pouvait l’unir rapidement, d’une façon viscérale et émotionnelle, son pays allait s’effondrer dans le chaos. Il choisit une cause ayant, a priori, peu de chances de succès : l’appui au Springboks, l’équipe nationale de rugby, lors du tournoi de la Coupe du monde 1995 tenu en Afrique du Sud.
Contre les géants du sport, les perspectives de victoire des Springboks étaient faibles, et leurs chances de s’emparer des cœurs de la plupart des Sud-Africains semblaient encore plus inaccessibles, car ils avaient longtemps incarné le règne des Blancs. Durant l’apartheid, les Springboks et leurs partisans, tous des Blancs, avaient entonné des chants de ralliement racistes, et les Noirs venaient aux matchs des Springboks pour appuyer l’équipe adverse. Mais Mandela estimait que le sport, justement, avait le potentiel nécessaire pour rallier les Sud-Africains de toutes races.  Découvrez ici l’art politique et la sagesse de ce grand homme d’État.

“Quand commence le décompte
Des corps que décomposent les jours
À chaque désolation de l’existence”
Fernando d’Alméida, depuis les rives du Wouri n’est pas resté insensible aux drames de ses frères haïtiens.  Face à l’urgence, il est resté à sa table à composer un long poème : Didascalies d’un séisme est un poème de solidarité avec le peuple haïtien.
Il y a deux jours il m’annonçait par courriel son envie pressente d’écrire un texte d’une soixantaine de pages. Ce matin ce sont 83 textes qui m’attendaient. Avant la publication du recueil aux éditions opoto (ce qui prend plus de temps que l’écriture cette fois ci !) voici un large extrait.

Mouna-Hodan Ahmed, Les enfants du khat, Éd. Sépia (Sépia-Poche), 2010
Récit de la vie d’Asli, adolescente djiboutienne, confrontée aux errements de la jeunesse dans une société conditionnée par la consommation du khat, herbe hallucinogène locale. Premier roman.
Il s’agit d’un roman écrit par l’une des seules romancières originaires de Djibouti. Le khat est une drogue que tous les Djiboutiens mâchent dans l’après-midi, anéantissant tout travail et toute initiative. Considéré par beaucoup comme un fléau national, il perturbe aussi bien le psychisme des habitants que l’économie du pays. Cette chronique de la vie quotidienne à Djibouti livre le tableau de cette société gangrènée par par le khat. L’auteure, née à Djibouti conserve néanmoins l’espoir qu’un jour prochain, « les enfants du khat » reprendront le pays en mains et aboliront cette tradition délétère.
En savoir + sur Mouna-Hodan Ahmed

Florent Couao-Zotti, Si la cour du mouton est sale, ce n’est pas au cochon de le dire, Éd. Le serpent à plumes (serpent noir), 2010
Il y a d’abord une miss, belle et longiligne, qu’on retrouve mutilée sur la berge de Cotonou. Il y a ensuite une autre galante, tout aussi irrésistible, qui vient proposer à un homme d’affaires libanais d’échanger de l’argent contre une valise de cocaïne. Il y a enfin un détective privé, contacté par une troisième chérie, qui voudrait un acquéreur pour la même poussière d’ange.
Par-dessus le marché, deux flics de la Brigade des Stupéfiants sont prêts à bousculer les habitudes établies dans la hiérarchie. Ils refusent de faire ami-ami avec les trafiquants et s’engagent dans une course-poursuite contre le principal suspect : Smaïn, l’homme d’affaires.
Mais les nuits à Cotonou ont de multiples saveurs, qu’elles proviennent des fantômes teigneux, des amazones ou des populations elles-mêmes. Des gens qui aiment se rendre justice et charcuter au couteau tous ceux qui, dans leurs quartiers, sont surpris en flagrant délit de « pagaille nocturne ». Pour eux, personne ne peut leur donner de leçon : si la cour du mouton est sale, ce n’est pas au porc de le dire !
En savoir + : Le blog de Florent Couao-Zotti et le blog du livre “la cour du mouton”

Mohamed Leftah, Hawa, Éd. La Différence (Littérature), 2010
À Casablanca, le quartier du Boussbir, lieu des bordels et de la débauche, voit éclore l’amour des jumeaux Zapata et Hawa, fruits de la rencontre d’un soldat américain et d’une prostituée. Liés par une passion incestueuse, monstrueuse, ils grandissent et s’affirment parmi les dealers et les maquereaux qui forment la mafia locale, ces « anges bagarreurs », innocemment cruels, que la plume de Leftah transfigure en héros.
« Qu’il s’agisse des romans ou des nouvelles, ces œuvres ont détonné dans le paysage littéraire. Qu’une voix d’une si profonde maturité, d’une ampleur passionnelle qui vous traîne vers le sublime à travers une promenade cauchemardesque dans les bas-fonds, émerge après des années de silence, et de surcroît en français venant du Caire via un éditeur parisien, n’a pu que sidérer les lecteurs, en état de choc. »
Kenza Sefrioui, Le Journal Hebdomadaire
En savoir + sur Mohamed Leftah

Le festival d’Angoulême va bientôt ouvrir ses portes. Premier constat : pas d’auteur africain dans la sélection.  Deuxième constat : 2 albums de cette sélection parlent d’Afrique. Troisième constat : si l’on veut découvrir de la BD d’Afriques une belle manifestation à lieu pour les chanceux de la région parisienne : les 4, 5 et 6 février prochains au Musée du Quai Branly à Paris. Pour ceux qui ne pourront s’y rendre : un maximum de liens pour se donner une idée de cette belle idée.

Les deux albums de la sélection d’Angoulême :

Judith Vanistendael, La Jeune fille et le nègre t. 2, Éd. Actes sud (l’An 2), 2009
L’histoire d’amour qui lie Sophie, une jeune Belge, étudiante en économie, et Abou, un demandeur d’asile togolais, nous est contée à travers les yeux d’un père et d’une mère. Derrière la chronique familiale, Judith Vanistendael évoque le quotidien des sans-papiers en Europe.

Charles Masson, Droit du sol, Éd. Casterman (écritures), 2009
Chaque année, des milliers de clandestins venus des Comores s’efforcent de s’installer à Mayotte, île française de l’océan Indien, à la recherche d’une vie meilleure. Mais le voyage est dangereux ; certains font naufrage et meurent… Le témoignage coup de poing d’un dessinateur indigné, qui dénonce crûment l’indifférence coupable de l’État français. (Voir des extraits)

À la rencontre de la bande dessinée africaine

Trois jours pour mieux connaître la bande dessinée africaine. Ce sera les 4, 5 et 6 février prochains au Musée du Quai Branly à Paris, avec une journée d’études, la projection d’un documentaire et la rencontre avec des auteurs.
Il y a pile 50 ans était édité le premier album de bandes dessinées publié sur le continent africain : Le Curé de Pyssaro par la Togolaise Pyabélo Chaold. Mais où en est aujourd’hui le neuvième art là-bas ? C’est à cette question que tenteront de répondre ces trois journées d’études, animées par Christophe Cassiau-Haurie, conservateur des bibliothèques et spécialiste de la BD d’Afrique, de l’Océan indien et des Caraïbes.
La première journée est consacrée à une intervention de ce dernier sur la question de la constitution d’un fonds de bandes dessinées africaines en France. Le lendemain, le vendredi 4 février, se penchera sur la réalité et aux perspectives de la BD africaine, avec comme intervenants : Robert Wazi (éditeur), Alix Fuilu (auteur-éditeur), Serge Diantantu (auteur-éditeur), Jean-Louis Couturier (rédacteur en chef de Planète Jeunes et Planète Enfants), Alain Brezault (journaliste, écrivain, scénariste), Lassane Zohoré (auteur), Antoine Tshitungu Kongolo (commissaire de l’exposition Congo Strips à Bruxelles en 2009), Viviana Quiñones (Centre national de la littérature pour la jeunesse), Adjim Danngar (auteur), et Catherine Ferreyrolle (responsable de la bibliothèque de la Cité de la BD d’Angoulême).
Le samedi sera plus grand public, avec la présentation de revues et d’albums africains et la projection du documentaire Résistant du 9e art (en présence de la réalisatrice Nicoletta Fagiolo et l’artiste camerounais Issa Nyaphaga). Enfin, le dessinateur Pat Masioni (Rwanda 94) sera présent pour une démonstration.

Musée du Quai Branly – Salon de lecture Jacques Kerchache.
206 et 218 rue de l’Université ou 27 et 37 quai Branly – Paris VIIe
Renseignements : 01 56 61 70 00 et www.quaibranly.fr

Donald E. Westlake, Kahawa, Ed. Rivages (Rivages/noirs n° 377), 1997
Voler six millions de dollars sous forme de grains de café, qui dit mieux ? C’est ce que se proposent de faire Lew Brady et Frank Lanigan. Ils vont monter le hold-up du siècle : s’attaquer à un train de marchandises transportant une récolte de café. Nous sommes en Afrique orientale, en 1977. Idi Amin Dada règne sur l’Ouganda et nombreux sont ceux qui voudraient le voir tomber…
Westlake nous embarque dans un grand roman d’aventures où se mêlent érotisme, violence, exotisme et, bien sûr, humour.
Si Kahawa est un grand livre d’aventure il ne faudrait pas le réduire à cette dimension, même si Donald E. Westlake est un maître du genre.
L’action, située dans l’Ouganga du sanguinaire Idi Amin Dada, rassemble des trafiquants, des “affreux” et une foule de personnages plus inquiétants les uns que las autres.
Au delà de l’histoire, traduite par Jean-Patrick Manchette - et c’est déjà un gage de qualité, c’est tout un système qui est décrit : celui d’une lutte sans merci, d’une course effrénée, d’une manipulation constante avec comme objectif sublimé l’argent !
Comme toujours chez Westlake la narration est solide, documentée, vivante. La construction du roman tient en halène jusqu’au dénouement, sans temps morts : difficile de lâcher le livre lorsqu’on s’y plonge. 671 pages plus loin (dans l’édition de poche, 370 dans l’édition grand format parue en 1983 aux éditions Presses de la cité) on sort bouleversé de tant de violence et de gâchis, presque hagard devant un tel déferlement, mais comblé d’avoir vécu ce (long) moment de lecture !

André Allemand, un crime en Algérie, Ed. Rivages/noirs n°384), 2001
Voilà un petit polar qui se lit agréablement bien. L’histoire se situe au lendemain de l’indépendance de l’Algérie, en 1963. On y retrouve l’ambiance de ce jeune pays où tout est à construire, à inventer mais aussi des personnages en embuscade doté d’un machiavélisme brutal et prêt à s’approprier une parcelle de pouvoir la plus étendue possible. Si le début de l’intrigue peut paraître banale (une jeune fille est violée sur une plage, son compagnon est tué) on comprend vite avec Jean Mercier, le consul de France à Alger, que l’histoire est beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît et que les victimes ne sont pas toujours celles que l’on croît.
En savoir + : Un crime en Algérie
Du même auteur son polar se situant à Madagascar : Au cœur de l’ile rouge

Jean-Marc Pasquet, Nègre blanc, Ed. Mémoire d’encrier, 2006
Situé en Afrique de l’Ouest, entre Côte-d’Ivoire et Ghana, Nègre blanc offre une vision contemporaine de l’Afrique particulièrement fidèle aux réalités.
Construit comme une course poursuite il nous promène entre quartiers chauds, plages paradisiaques pour touristes en passant par la forêt tropicale. C’est un polar urbain chargé de légendes millénaires et écrasé par les conséquences de la colonisation.
Débutant autour d’une louche affaire de diamants l’épopée de Niilanti va se poursuivre dans la violence extrême, en croisant l’amour et l’amitié, mais elle va surtout lui offrir la possibilité d’un grand voyage intérieur qui lui permettra d’ouvrir ses sens sur de nouvelles vérités.
Quelques mots de l’auteur (lu sur haitirectoverso) : “Nègre Blanc, comme tous mes romans, est une pure fiction, mais je l’ai bien sûr nourrie de mes expériences africaines. Avec Nègre Blanc, j’ai voulu écrire un thriller qui, tout en se déroulant en milieu urbain, évoque la gravité des dommages perpétrés depuis cinq siècles par l’empreinte coloniale sur le continent et salue en même temps la pérennité de certaines valeurs animistes de l’Afrique millénaire. Je suis arrivé en Afrique de l’Ouest la première fois à l’âge de dix-sept ans, avec mon passeport pour seul bagage. J’ai vécu pendant des années dans la rue, entre la Côte d’Ivoire et le Ghana, une vie de clandestin nomade, refusant systématiquement les privilèges que me conférait mon statut d’occidental. L’Afrique que j’ai eu la chance de côtoyer, a servi de terreau à Nègre Blanc, mais l’histoire n’a rien d’autobiographique. Récemment, un professeur de littérature africaine à Montréal, m’a montré un exemplaire du roman complètement annoté, dans lequel il avait saisi des passages entiers, et écrit dans la marge : « Pas écrit par l’auteur ». Il s’est excusé auprès de moi, de m’avoir pris pour un « Nègre » au sens littéraire, refusant de croire, en voyant ma tête sur la photo en 4 ème de couverture, que je puisse être l’auteur d’un livre se référant de façon si contemporaine à l’Afrique millénaire, un compliment qui m’a comblé”.

Quoi de plus agréable que de commencer l’année avec un nouvel album d’Éric Warnauts et Guy Raives. L’album sera dans les librairie le 27 janvier 2010, j’y reviendrai… Mais avant tout les vœux des deux compères.

Voici les étapes de la création de la couverture et une petite présentation.

Éric Warnauts, Guy Raives, Liberty, Éd. Casterman (Univers d’auteurs), 2010
Kinshasa, 1974. La jeune Tshilanda, fille du chef de la sécurité d’un grand hôtel international de la capitale zaïroise, vient d’avoir seize ans. La petite fille s’est métamorphosée en une séduisante jeune femme qui attire tous les regards masculins. L’un de ces hommes, le très magnétique manager du groupe de James Brown, alors de passage au Zaïre, ne va faire qu’une bouchée de la naïve Tshilanda. La jeune fille est enceinte…
Il faut la faire quitter le Zaïre, éviter le scandale. Deux hommes, attachés l’un et l’autre à Tshilanda, vont l’aider dans cette entreprise : Édouard, un diplomate français de Kinshasa, et Mike, un musicien noir américain de Harlem, ancien G.I. du Vietnam devenu le batteur de James Brown. Grâce à l’alliance improbable de ces deux personnages, Tshilanda obtient une green card lui permettant de partir pour les États-Unis, où elle accouche d’une petite fille. Elle l’appelle Liberty…

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Libar M. Fofana, Le diable dévot, Éd. Gallimard (Continents noirs), 2010
Dans l’incapacité pécuniaire d’effectuer un pèlerinage à La Mecque, l’imam Galouwa craint d’être remplacé par un jeune hadji qui convoite sa place et ses privilèges. Un octogénaire lui propose le prix d’un billet d’avion en échange de sa fille Hèra, âgée de treize ans. Vendre la chair de sa chair au diable pour conserver sa religieuse fonction? Ce marché horrible ne plonge pas du tout Galouwa dans les affres d’un choix impossible. Un imam doit-il tout accepter pour mériter d’Allah? Que vaut une fille pour son père quand la passion et l’ambition religieuses s’en mêlent? Et l’amour ne peut-il être alors qu’un rêve sur de la chair meurtrie? Peut-il toucher à une diabolique rédemption?
Le diable dévot est un roman d’une rare et cruelle lucidité, une tranche de vie vraie dans la peau d’une jeune fille pour la plus grande gloire de Dieu, diraient d’autres religieux dans une autre religion. Un déchirant sacrifice, une passion portée par une écriture cristalline à en émouvoir jusqu’à la pierre carrée de La Mecque.
Libar M. Fofana est né en 1959 à Conakry, en Guinée. À dix-sept ans, il fuit son pays et le régime de terreur du président Sékou Touré et s’exile en Europe. Ingénieur en informatique, il vit actuellement à Marseille. Il a déjà publié trois romans aux Éditions Gallimard, dans la collection Continents Noirs : Le fils de l’arbre (2004), N’Körö (2005), Le cri des feuilles qui meurent (2007).

Scholastique Mukasonga, L’Iguifou : nouvelles rwandaises, Éd. Gallimard (Continents noirs), 2010
L’Iguifou («igifu» selon la graphie rwandaise), c’est le ventre insatiable, la faim, qui tenaille les déplacés tutsi de Nyamata en proie à la famine et conduit Colomba aux portes lumineuses de la mort… Mais à Nyamata, il y a aussi la peur qui accompagne les enfants jusque sur les bancs de l’école et qui, bien loin du Rwanda, s’attache encore aux pas de l’exilée comme une ombre maléfique… Kalisa, lui, conduit ses fantômes de vaches dans les prairies du souvenir et des regrets, là où autrefois les bergers poètes célébraient la gloire des généreux mammifères… Or, en ces temps de malheur, il n’y avait pas de plus grand malheur pour une jeune fille tutsi que d’être belle, c’est sa beauté qui vouera Helena à son tragique destin… Après le génocide, ne reste que la quête du deuil impossible, deuil désiré et refusé, car c’est auprès des morts qu’il faut puiser la force de survivre.
L’écriture sereine de Scholastique Mukasonga, empreinte de poésie et d’humour, gravite inlassablement autour de l’indicible, l’astre noir du génocide.
L’auteur
Scholastique Mukasonga est née en 1956 au Rwanda dans une famille Tutsi. Elle vit et travaille actuellement en Basse-Normandie. Elle a déjà publié deux ouvrages aux Éditions Gallimard, dans la collection Continents Noirs : Inyenzi ou les cafards (2006), La femme aux pieds nus, prix Seligmann « contre le racisme, l’injustice et l’intolérance » (2008).

André Brink, Mes bifurcations : mémoires, Éd. Actes Sud, 2010
C’est en romancier qu’André Brink choisit de composer ce livre de Mémoires, en alternant narration et réflexions. Le lecteur découvre ainsi la trajectoire, les convictions et les doutes, les “bifurcations” d’un intellectuel issu d’une famille qui ne remet pas en question l’apartheid, le parcours d’un enfant qui va grandir entre ruptures et attachements, violence silencieuse des conflits familiaux, terreur de la rue et sérénité d’un milieu privilégié.
Promenant le fil de sa vie sur des chemins de traverse et livrant son amour des arts, de la musique et de la peinture, André Brink fait défiler sous nos yeux avec virtuosité mille autres sujets, majeurs ou anecdotiques, qui dessinent peu à peu l’histoire d’un Sud-Africain né en 1935, qui, depuis l’enfance jusqu’à la toute dernière élection présidentielle, condamne les horreurs de l’apartheid comme les dérives du gouvernement actuel, sans jamais s’affranchir de l’amour qu’il porte à cette terre qu’il n’a jamais quittée.