Archive for novembre, 2009

J’avais il y a quelques temps, dans la toute première version du blog opoto, évoqué le problème du piratage du livre au Cameroun. Mais depuis il semble que l’inventivité pour spolier les auteurs a fait beaucoup de progrès ! L’histoire qui suit est racontée par Marcelin Vounda Etoa, directeur des éditions Clé et qui tient une chronique littéraire (fort intéressante) tous les jeudi dans le quotidien Mutations.

On connaissait les adaptations de romans au cinéma : Les Misérables de Victor Hugo, Une vie de Guy de Maupassant, Thérèse Desqueyroux de François Mauriac, etc. Il faudra désormais s’accommoder d’une invention camerounaise : l’adaptation du roman au roman.
L’adaptation dont il est question (…) opère, au mépris du sens de ce mot et des pratiques en cours dans le champ littérature, c’est un subterfuge qui essaye de changer la paternité d’une œuvre par un jeu de passe-passe malhabile. Au terme cette esbroufe, un jeune auteur est spolié de ses droits patrimoniaux et de ses droits moraux sur une œuvre qu’il a mis quatre ans à écrire.
Les faits :
En 2006, un jeune homme jusque-là anonyme, Alphonse Ngang’hi, publie chez un éditeur basé à Yaoundé, un roman intitulé Billet retour. Il est structuré en six chapitres auxquels s’ajoutent une préface et un épilogue. L’ensemble compte 124 pages. Quelques journaux dont Mutations font la recension de la nouvelle parution. Le 2 octobre 2008, Justin Blaise Akono relève le caractère biographique de Billet retour en affirmant que : «l’auteur s’est incarné en Essomba, puisque les souvenirs de son enfance, ses voyages pour les vacances dans un petit village dans le département de la Haute-Sanaga, ou son parcours académique le démontrent à souhait.» Billet retour est en effet un roman fortement inspiré de la vie et de l’aventure de l’émigration en Russie de son auteur, Alphonse Ngang’hi. C’est ce roman, donc l’histoire est liée à celle de son auteur qui a été repris, contre toutes les règles de l’édition, par le propre éditeur de Ngang’hi sous le titre Comme un singe en hiver , curieusement sous la plume d’un autre auteur : Leudja Alex.
Lire l’intégralité de l’article de Marcelin Vounda Etoa.

Breyten Breytenbach, Outre-voix = Voice Over, Éd. Actes Sud, 2009

Le verset qui abrite sous son aile un seul poète
a déjà perdu tout rythme

Il y a un peu plus d’un an que le poète palestinien Mahmoud Darwich est décédé. Dans cette conversation nomade avec Mahmoud Darwich, Breyten Breytenbach poursuit sa conversation interrompue avec son ami. Elle prend désormais la forme de ce long poème.

Extrait :
au moment de mourir, Mahmoud
ton aorte se débat
comme éclate un serpent pourpre
car les versets n’arrivent plus
à filer la parfaite métaphore
de ton cœur jaillit tel un poème
le sang ultime
dans cet hôpital étranger
du pays barbare,
ton cœur enfin
devenu oiseau sans ailes

Lire un autre (beau) texte de Breyten Breytenbach  : Un os à ronger (La République des Lettres)

J’avais déjà présenté des titres concernant les enfants soldats. Voici une petite suite, toujours marquée d’autant d’horreurs…

Mehari Senait, Cœur de feu : J’étais une enfant soldat, Éd.Archipoche,2009
Abandonnée encore bébé par sa mère, Senait Mehari passe ses premières années dans un orphelinat, où sa naïveté lui permet de survivre aux pires abominations des hommes.
Elle part ensuite vivre chez son père, où violence, humiliation et privations marqueront son quotidien. Mais le pire est encore à venir… Elle a six ans lorsque, ne pouvant la nourrir, son père la confie au front de libération de l’Erythrée, qui fera d’elle une enfant-soldat… Ce sont les horreurs de la guerre et la mort vues à travers ses yeux d’enfant miraculée qu’elle livre dans ce témoignage. Mais aussi les sentiments qu’elle éprouva lors de son exil, point de départ d’une seconde vie.

Georges Yemi, Tarmac des hirondelles, Éd. Pocket, 2009
A douze ans, soldat sans foi d’une guerre sans loi, Djéméah a vu et commis les pires atrocités.
Autant bourreau que victime, il sait à peine quel est son camp dans la lutte qui oppose les leaders corrompus de son pays. Mais un jour son groupe, le Tarmac des hirondelles, est décimé dans une embuscade. Egaré, blessé, affamé, brutalement sevré de drogues, Djéméah entame alors une longue errance à travers un pays ravagé. Un voyage parsemé de rencontres et rythmé par de terribles visions du passé. Une quête hallucinée et mystique de son destin au terme de laquelle il retrouvera, peut-être, un peu d’espoir et d’humanité perdue.

Léonora Miano, Les aubes écarlates : Sankova cry, Éd. Plon, 2009
Epa a été enrôlé de force dans les troupes d’Isilo, un mégalomane qui rêve de rendre sa grandeur à toute une région de l’Afrique équatoriale.
Emmené au cœur d’une zone isolée, il découvre qu’il est entouré de présences mystérieuses : plusieurs fois, il aperçoit des ombres enchaînées demander réparation pour les crimes du passé. Sur tout le continent, les esprits des disparus de la traite négrière distillent l’amertume et la folie en attendant que justice leur soit rendue… Parvenant à s’échapper, Epa retrouve Ayané, une fille énigmatique et attentionnée qui l’aide à reprendre goût à la vie.
Comment donner à l’Afrique la chance de connaître des aubes lumineuses ? Pour conjurer le passé d’une terre qui ne cesse de se faire souffrir elle-même, Epa devra rechercher ses compagnons d’infortune et les rendre à leur famille.

Ishmael Beah, Le chemin parcouru : Mémoires d’un enfant soldat, Éd.Pocket, 2009
Écrasés sous le poids de leurs armes, ils hantent la savane comme des insectes de cauchemar.
Les “enfants soldats” qui combattent dans bien des pays d’Afrique sont une des inventions les plus terribles de notre temps : hier encore, ils jouaient à la guerre. Désormais, ils la font. Ishmael a 12 ans quand la guerre civile embrase la Sierra Leone, son pays. Tous les siens sont assassinés. Il s’enfuit alors au hasard dans la forêt, entre villages incendiés et monceaux de cadavres. Recruté de force par des rebelles parmi une petite troupe affamée, droguée et hagarde, on le transforme en machine à tuer.
Quinze ans plus tard, sauvé de cet enfer par une mission humanitaire, Ishmael se souvient et raconte cette inimaginable enfance au-delà du bien et du mal, de la pitié et de l’horreur.

Voir aussi : Le libéralisme c’est (aussi) les enfants soldats

Ahmad Al-Malik, Stella Gaetano, Hisham Adam, Abdulaziz Baraka Sakin, Nouvelles du Soudan, Éd. Magellan et Cie (Miniatures), 2009
Soudan Indépendant depuis 1956, le Soudan moderne est l’un des pays les plus vastes du continent africain.
Étymologiquement, son nom dérive de l’expression arabe Bilâd as-Sûdân, ” le pays des Noirs “, qui désignait l’ensemble de l’Afrique saharienne à l’époque médiévale. Depuis au moins deux décennies, la diversité culturelle et religieuse (il est l’héritier des civilisations pharaonique, chrétienne et musulmane), mais aussi la dictature, la guerre civile et ses conséquences comme la misère et le sort des déplacés, se reflètent dans la production littéraire.
Les auteurs des six nouvelles rassemblées ici sont d’origine arabe, nubienne, sudiste ou darfouri. Tous écrivent en arabe, mais mettent en scène des personnages venus des quatre coins du pays, avec leurs coutumes et leurs caractéristiques. Les faits évoqués sont souvent graves, mais l’habileté et l’élégance des auteurs, l’humour et le Style onirique de certains. qui n’est pas sans rappeler le réalisme magique sud-américain, les transforment en petits bijoux, témoins à la fois d’une dure réalité et d’une littérature qui ne demande qu’à être découverte.

Ivan Vladislavic, Clés pour Johannesbourg : Portrait de ma ville, Éd. Zoé (Écrits d’ailleurs), 2009
Début du deuxième millénaire, Johannesbourg reste divisée, désormais autant par la pauvreté et la violence que par la race.
Vladislavic, fin arpenteur des rues, des quartiers, des parkings, des jardins, circule de scène en scène aussi cocasses que tragiques. Le livre est composé de 138 entrées, comme autant de clés pour comprendre la ville, à la manière Vladisalvic : sorte de regard agile et enregistreur, esprit joueur qui analyse, compare, fait des liens et manie les mots pour dire les impressions les plus fines. Ce texte est une ode amoureuse à Johannesbourg, industrielle, polluée, dangereuse, belle et injuste.

Hamidou Dia, Poésie africaine et engagement, Éd. Acoria-Dunia (Les mots en partage), 2009
Après avoir inventorié et analysé les différents thèmes porteurs du débat sur la création poétique africaine, l’auteur tout en s’appuyant sur des exemples concrets, nous permet de saisir les enjeux actuels de cette poésie. Il met notamment en évidence l’apport et l’héritage des poètes comme Tchicaya U Tam’Si, David Diop, Aimé Césaire, René Depestre ou Véronique Tadjo. Il nous permet, ainsi, de comprendre l’évolution des problématiques liées à la question de l’identité littéraire, qu’elle soit, individuelle, continentale ou nationale, tout en proposant l’esquisse d’une poétique personnelle.
Romancier, poète, critique littéraire et préfacier, Hamidou Dia fut secrétaire de la revue québécoise Études littéraires et rédacteur en chef de la revue Présence Africaine. Il est le représentant de l’association des écrivains du Sénégal en Europe. C’est le poète de la mémoire, du fleuve et de l’exil, enraciné dans la culture peul dans laquelle il a grandi. Hamidou Dia vit en France où il enseigne la littérature négro-africaine et la philosophie.

Aminata Sow Fall, La grève des Bàttu, Éd. Du Rocher (Histoire Vécue, n° 124 ), 2009
Si tous les mendiants de la “Grande Ville” se mettaient en grève contre les autorités qui rêvent de débarrasser les rues des “encombrements humains”.
La grève des bàttu fait désormais partie des grands classiques de la littérature africaine. Aminata Sow Fall imagine dans ce livre que les mendiants de la “Ville” lassés d’être persécutés par le pouvoir, feraient grève soudain, refusant d’aller mendier. Ils partent s’installer loin, hors de la ville, et là, attendent. En ville, la vie devient impossible car tout bon musulman se doit de faire des offrandes. Alors chacun se met à prendre le car, jusqu’à “l’arrêt des mendiants” pour faire ses dons. Et quels dons ! il faut du bon argent et de la viande sinon, l’offrande est impitoyablement refusée. Tout va encore se compliquer pour Mour Ndiaye, responsable des mendiants au Ministère de l’Intérieur. Il a consulté plusieurs marabouts pour savoir ce qu’il devrait faire pour être nommé Vice-Président du pays. La réponse est tombée, implacable : distribuer des offrandes de viande dans le bàttu des mendiants, au cœur même de la ville dont il vient de les expulser. La grève des bàttu est un roman, empli d’humour, qui exprime toute la réalité des maux actuels de l’Afrique francophone, tels qu’ils furent légués en grande partie, par la colonisation, et tels qu’ils perdurent aujourd’hui.

Éric Raoult est coutumier des coups médiatiques. Il s’en prend maintenant à Marie Ndiaye qui selon lui a tenu des « propos d’une rare violence, peu respectueux voire insultants, à l’égard de ministres de la République et plus encore du Chef de l’État ». Il demande même au Ministre de la Culture et de la Communication de rappeler la romancière à l’ordre, comme si celle-ci était une vulgaire élue UMP, et en lui imaginant pour l’occasion un « devoir de réserve ».
Le député PS, Christian Paul, parle d’« une forme exécrable de censure ».
Il demande à Éric Raoult, « pour notre pays et son histoire, de retirer ses propos et de s’en excuser, et au ministre de la Culture de faire son devoir, en condamnant cette dérive. Je suis indigné et honteux qu’en France ces temps-ci, par bêtise partisane, exerçant une ignoble intimidation, un parlementaire s’adresse ainsi à une artiste ».
Les propos de Marie Ndiaye, tenu en 2007 disait son amertume et décidait de quitter une « France monstrueuse » où régnait « atmosphère de flicage, de vulgarité ». Ce matin dans un interviou diffusé sur Europe 1 elle précise : « Je n’aime pas dire les choses ainsi. C’est très excessif. Je ne veux pas avoir l’air de fuir je ne sais quelle tyrannie insupportable [...]. Depuis quelques temps, je trouve l’atmosphère en France assez dépressive, assez morose. Il me semble qu’à Berlin, elle est plus exaltante ».
Les propos d’Éric Raoult semblent en tout cas lui donner raison.
Et la meilleure réponse à lui apporter et de courir à sa bibliothèque préférée pour emprunter le livre ou de faire un saut à la librairie et l’acheter…
Lire à ce sujet l’interviou de Bernard Pivot
Écouter l’interviou de Marie Ndiaye sur Europe 1
Découvrir le livre de Marie Ndiaye et lire des extraits

Henry T. Aubin, Jérusalem délivrée : l’alliance entre Hébreux et Africains en 701 avant notre ère, Éd. Être et Connaître, 2009
L’histoire proche-orientale, qu’elle soit spirituelle ou profane, n’a pas fini de nous livrer tous ses secrets. Mais ce qui est encore plus surprenant, c’est son imbrication extraordinaire avec l’histoire de l’Afrique, berceau de l’humanité.
Dans la Bible hébraïque, la figure de Pharaon est empreinte de rejet. Cependant, avec les Pharaons koushites, l’Egypte ancienne retrouve unité, stabilité et puissance.
Journaliste et historien, Henry T. Aubin, à travers ce livre, nous fait revivre un pan complètement méconnu, voire occulté de l’histoire universelle.
Ce livre, c’est l’histoire héroïque de la civilisation koushite, plus précisément celle de la XXV dynastie. Mieux, l’histoire d’une exceptionnelle solidarité entre le royaume de Koush et le royaume de Juda, entre Africanité et Judaïsme.
L’auteur a raison d’écrire que cette histoire est un « chef-d’oeuvre peu connu de la littérature antique ».
En –701, l’armée assyrienne, redoutée pour son professionnalisme, se trouve aux portes de Jérusalem. Ezéchias se rend au Temple de Salomon, implore l’Eternel de délivrer Jérusalem de l’Assyrie. Mais en même temps, il prend soin de solliciter l’aide militaire de l’Egypte koushite. Car la chute de Jérusalem signerait la fin du judaïsme. TAHARKA, prince koushite et stratège militaire hors pair, vole au secours de Juda, met en déroute les Assyriens. Jérusalem est délivrée, elle fait la fête, et la société hébraïque peut continuer à s’épanouir.
Il ne fait aucun doute que les lecteurs francophones, à la suite des lecteurs anglophones qui l’ont déjà consacré comme un classique, le consacreront à leur tour lumière pour notre temps.

Jean-Yves Loude, Frédérick Mansot, La Sanza de Bama, Éd. Belin, 2008
En Afrique, on dit que les sons magiques produits par la sanza peuvent transformer l’être le plus méchant en champion de la gentillesse et changer la violence en tolérance.
Longtemps les humains n’eurent pas connaissance de ce merveilleux instrument de musique qui adoucit les moeurs. Les puissants génies, les djinns, ne pouvaient pas confier ce trésor à n’importe qui. Ils attendaient que Bama naisse, au bord d’un marigot, parmi les crocodiles, pour lui révéler le secret de la sanza. Bama, un enfant au destin hors du commun…
Voir et écouter des extraits

C. Helft, Florent Silloray, La musique africaine : Timbélélé et la reine Lune, Éd. Gallimard Jeunesse, 2008
Dans la grande Afrique, M’Dongo, le léopard, se croit le roi des malins. Il invente une ruse chaque fois qu’il a faim… Laissez-vous envoûter par le son de la kora, du balafon, du khollé, des djembés, du tama, l’accent du narrateur et les voix incomparables des frères Toure. Partez à la découverte des musiques d’Afrique !
Composition origine de Touré Kunda
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Pierre Coran, Judith Gueyfier, L’enfant de la lune rouge, Éd. Didier jeunesse, 2009
Une histoire envoûtante, la quête initiatique d’un jeune Africain dans un monde où la nature est reine. Amadou du Sénégal vit sur l’île aux oiseaux. Il est fils de la Terre et du Vent. On raconte qu’il est capable d’étranges métamorphoses et que ses chansons faites de noms d’oiseaux Soucroucrou, Tisserin, Oricou, Cou-coupé… envoûtent tous les animaux qui l’entourent. Un midi, le silence paisible de l’île est brisé par un bruit de moteur. Amadou pressent l’arrivée du Grand Prédateur. L’homme porte un chapeau à large bord, un long manteau de peau, des bottes à mi-cuisse, un fusil à deux canons, qui aboie. Amadou, qui ne connaît pas la peur, invoque alors le ciel et les oiseaux pour faire fuir le chasseur…
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