Dans la profusion de romans écrits par des auteurs européens de la fin du XIX et du début du XX siècles tous ne sont pas voués au bienfait de la colonisation et du mythe du bon blanc attaqué par le méchant nègre. Il n’est pas inutile de (re) lire les romans d’aventures de Henry Rider Haggard. Ils contiennent de nombreux préjugés caractéristiques de la culture coloniale britannique de l’époque, mais ils témoignent néanmoins d’une grande sympathie envers les populations locales. Les Africains jouent fréquemment des rôles héroïques dans ses livres, même si les protagonistes sont habituellement des Européens. Une exception notable est Ignosi, le roi légitime du Kukuanaland dans Les Mines du Roi Salomon : s’étant lié d’amitié avec les trois Anglais qui l’aident à reconquérir son trône, Ignosi s’inspire de leurs conseils pour supprimer la chasse aux sorcières et la peine capitale arbitraire.
Dans She (Elle–qui–doit–être–obéie), un professeur de Cambridge, Horace Holly, et son fils adoptif, Leo Vincey, voyagent en Afrique. Ils y rencontrent la reine Ayesha, qui s’est rendue immortelle en se baignant dans une colonne de feu qui est la source de vie. Cette créature, d’une beauté exceptionnelle, est à la fois désirable et effrayante.
Rider Haggard explore les thèmes du pouvoir, de la vie et de la mort, de la réincarnation, de la sexualité, du destin.
Dans d’autres ouvrages, il traite de problèmes sociaux et de thèmes tels que la réforme agraire.
Dans She (elle, qui doit être obéie), utilisant ses connaissances de l’Afrique et de ses vieilles légendes, Rider Haggard met en scène, Ayesha, qui vit dans les ruines d’une civilisation perdue. À la suite de la découverte d’inscriptions sur une ancienne poterie, Horace Holly, un distingué linguiste comprend que son fils adoptif, Leo Vincey serait la réincarnation d’un prêtre du culte d’Isis, Kallitrates. L’inscription révèle comment le prêtre fut tué par une puissante reine éprise de lui et rendue jalouse par son mariage avec la fille du dernier pharaon d’Égypte. Holly et Vincey décident alors de s’aventurer dans l’actuelle Tanzanie sur les traces de la “sorcière blanche qui vit au cœur des marais africains”…
Succès de la période victorienne, She attira l’attention, quelques décennies plus tard, de Freud, qui en recommandait la lecture à ses patients, mais aussi de Jung qui comparait sa puissance d’imagination à l’égale de L’Enfer de Dante et de l’Anneau de Wagner. La lecture de She, un roman complexe mêlant réincarnation, vengeance, prédestination et destin, reste tout aussi fascinante aujourd’hui. Les diverses traductions françaises de She étant très défectueuses, la version éditée par Terre de brume est entièrement révisée et complétée à partir de l’édition anglaise de 1898, version considérée par de nombreux spécialistes comme étant la meilleure.
L’édition parue chez Robert Laffont au milieu des années 80 dans la collection bouquins propose quant à elle une intéressante préface de Francis Lacassin, un spécialiste de la littérature populaire.
Henry Rider Haggard, Elle, Éd. Terre De Brume (Terres Mysterieuses), 2006
Henry Rider Haggard, Elle-qui-doit-être-obéie, Éd. Robert Laffont (Bouquins), 1985
Henry Rider Haggard, Les mines du roi Salomon, Éd. Terre De Brume (Terres Mysterieuses), 2006
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