Archive for août, 2009

Fred Bissahou, Une vie à Mangueba, Éd. De La Fremillerie, 2009
Mangueba était un village paisible. Riverain des forêts et des montagnes légendaires, il se profilait à  travers le feuillage d’un massif de manguiers et d’orangers dans l’ombre de ses cases et l’harmonie de ses habitants.
Mais lorsque « Des armes crépitèrent sur la route», le village sombra dans un destin funeste. Alors commença une Autre histoire manguébienne : «Manenie ne put y croire à  l’annonce de la nouvelle par Hanna. C’était comme un brasier dans sa tête. Ses mains se crispèrent, elle entrecroisa ses doigts pour éviter qu’ils ne tremblent, alla dans la chambre de Salvador pour s’en rassurer. Anna l’y suivit. La chambre était vide. Silencieuse comme la nuit. Manenie s’assit à  même le sol, eut une sueur froide : l’impression d’avoir failli à  un devoir essentiel, celui d’une mère vigilante. Elle pensa à Didine qui ne venait toujours pas, à Salvador qu’elle ne reverrait peut-être plus jamais !»
Fred Bissahou est Congolais (Brazzaville), né à Dolisie.
En 2005, il publie une première œuvre littéraire : Des roses et des ronces. Un recueil de poèmes qui lui apporte une certaine renommée dans les milieux académiques.
Fred Bissahou part au Kenya puis en Inde : un voyage de découvertes et d’expériences. Un voyage au milieu des couleurs et des senteurs.
De retour au Burkina-Faso, le pays qui l’a adopté comme un fils, Fred Bissahou écrit son premier roman : Une vie à Mangueba.
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Abdulrazak Gurnah, Adieu Zanzibar, Éd. Galaade, 2009
Kenya, 1899. Il est apparu à l’aube comme une figure de légende avant de s’effondrer aux pieds d’Hassanali. Martin Pearce, écrivain britannique, a été battu, volé et abandonné par ses guides dans le désert. Recueilli par son sauveur, il tombe amoureux fou de Rehana, la sœur de son hôte. Une relation interdite et scandaleuse commence, dont les conséquences se répercuteront sur les générations suivantes.
Zanzibar, années 1950. Amin, Rashid et leur sœur Farida sont chacun en proie aux difficultés du secret. Farida vit un amour caché que ses parents désapprouveraient. Amin s’éprend d’une femme plus âgée, Jamila, la propre petite-fille de Rehana et de Pearce, enfant de la honte et objet de mille rumeurs. Quant à Rashid, le narrateur, il part étudier à Londres dans un univers glacial et raciste, alors que Zanzibar, au lendemain de l’indépendance, bascule dans la violence et le chaos.
Londres, années 1960. Les parents de Rashid sont morts et les secrets ont été déliés. Dans un contexte social et racial apaisé, Rashid, devenu enseignant, rencontre par hasard la blanche Barbara, une lointaine cousine de Jamila…
De la fable poétique au témoignage désenchanté, Abdulrazak Gurnah raconte les amours et les illusions de Martin et de Rehana, d’Amin et de Jamila, de Rashid et de Barbara. Noirs ou Blancs, Indiens ou Arabes tissent, de Zanzibar à Londres, autant d’histoires d’ombre et de lumière.
Né en 1948 sur l’île de Zanzibar, Abdulrazak Gurnah est l’auteur de Près de la mer lauréat 2007 du prix RFI Témoin du monde et sélection pour le prix Baudelaire. Abdulrazak Gurnah vit aujourd’hui à Brighton et enseigne la littérature à l’université de Kent.
Il est édité en France par Gallaade éditions.

En savoir + sur son précèdent livre (prix RFI 2007)

Boubacar Boris Diop, Les petits de la guenon, Éd.Philippe Rey (Roman français), 2009
« J’aurais préféré te parler de vive voix, comme tout conteur digne de ce nom, pour faire battre plus vite ton cœur et t’éprouver par mes déroutantes énigmes. […] Je t’écris, faute de mieux, et parce que sans cela il me serait bien égal d’être mort ou vivant. »
Ces mots sont ceux d’un très vieil homme, Nguirane Faye, à l’adresse de son petit-fils Badou. Au soir de sa vie, il souffre d’être sans nouvelles de ce dernier, émigré dans quelque lointain pays étranger. Ils ne se reverront plus, il le sait. Il décide alors de tout lui raconter dans sept Carnets que le jeune homme trouvera à son retour à Niarela.
Mais ce qui devait être une simple relation de la vie quotidienne d’un quartier dakarois devient peu à peu une fiction foisonnante. Nguirane Faye dresse le bilan de sa propre vie et nous fait découvrir, par un subtil croisement des récits, l’histoire de ses aïeux, les royaumes anciens, les grands écrivains wolofs et le Sénégal d’aujourd’hui.
À la fois fable politique et narration intimiste, ce roman ambitieux revisite sans relâche un passé mythique pour éclairer une troublante modernité.

Les petits de la guenon est la version française de Doomi Golo, roman en wolof de Boubacar Boris Diop, paru en 2003 aux Éditions Papyrus, à Dakar. La traduction en a été librement assurée par l’auteur lui-même.

En savoir + sur Boubacar Boris Diop
A découvrir
un article de Boubacar Boris Diop : Identité africaine et mondialisation (Il s’agit moins de subir la mondialisation que de recréer le monde : l’écrivain sénégalais Boubacar Boris Diop en appelle à la résistance des créateurs africains).
A découvrir
ce mois ci dans Le monde Diplomatique l’article de Boubacar Boris Diop : Omar Bongo, une passion française.

Collectif d’auteurs, En chemin elle rencontre…, Éd. des ronds dans l’O, 2009
Si pour Aragon “la femme est l’avenir de l’homme” un tas de salopards nous rappellent chaque minute que le chemin est encore long !
Une femme meurt tous les 2 jours et demi sous les coups de son conjoint, environ 70 000 adolescentes de dix à dix-huit ans sont menacées d’être mariées de force, entre 55 000 et 65 000 fillettes ou femmes sont mutilées ou menacées de l’être. Chaque année dans le monde, 5 000 femmes sont tuées au nom de l’honneur, des centaines de milliers de femmes sont victimes de la traite en vue de la prostitution… Pour que les femmes osent parler, pour briser le silence, pour une prise de conscience et de responsabilité, les artistes, femmes et hommes, se mobilisent pour la défense du droit humain. L’ouvrage bénéficie du soutien d’Amnesty International.
Parution en septembre 2009

Les artistes du collectif : Adeline Blondieau, Isabelle Bauthian, Philippe Caza, Daphné Collignon, Eric Corbeyran, Carine De Brab, Lucien De Gieter, Didjé, Renaud Dillies, Christian Durieux, René Follet, André Geerts, Fred Jannin, Kness, Kris, Kroll, Denis Lapière, Emmanuel Lepage, Magda, Malik, Charles Masson, Alain Maury, Marie Moinard, Rebecca Morse, Nicoby, Jeanne Puchol, Guy Raives, Sergio Salma, Aude Samama, Séraphine, Bernard Swysen, Turk, Damien Vanders, Philippe Xavier

La contribution de Charles Masson et Guy Raives :

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Almo, Zamzam le tiers-mondiste : les Mbènguétaires,  Éd.Lazhari Labter, Alger, 2009
Almo n’est pas tout à fait un inconnu pour les lecteurs d’Opoto. Il a déjà envoyé un petit courrier et dans la version précédente du blog j’avais consacré un long article à son travail. Pour résumer, les aventures de Zamzam sont parues dans le numéro spécial de l’été 2006 que le magazine Spirou avait consacré à la BD camerounaise (grâce à l’ami Éric Warnauts. Ensuite Almo a continué à publier les aventures de son héros dans le magazine qu’il avait lancé :  Fluide thermal. Mais c’est la première fois que Zamzam parait en album. Belle initiative des éditions Lazhari Labter.
Le recueil Les Mbènguétaires (traduire les européens), est une première puisque jamais un éditeur algérien n’avait publié un recueil de BD africain en Algérie. Cette première vaut le détour d’autant qu’elle dénote de ce renouveau voulu et espéré par quelques aficionados dont fait partie Lazhari Labter.
Les Mbenguétaires est une incursion dans la société camerounaise. Les histoires drôles et les portraits des personnages permettent une véritable découverte du Cameroun.
Zamzam est un jeune enfant qui aime le football et le pain fourré au chocolat. Enfant curieux, benjamin d’une fratrie de trois enfants, il vit les aventures d’un enfant de son âge et observe les adultes qui l’entourent.
Lorsque Almo colle un ami albinos à Zamzam, l’allusion et la dénonciation de certaines croyances archaïques et dangereuses en Afrique est sans ambages.
L’auteur a rajouté un glossaire en fin d’album. Des définitions des mots issus du camfranglais et des mots inconnus aux non camerounais. Le dessin sobre et précis renseigne sur la maitrise technique de Almo. L’album est à découvrir assurément.
Almo avait précédemment publié un (volumineux album) qui rassemblait des centaines de dessins humoristiques effectués pour la presse : Du crayon plein la gomme.

Voir le blog d’Almo

Dans la profusion de romans écrits par des auteurs européens de la fin du XIX et du début du XX  siècles tous ne sont pas voués au bienfait de la colonisation et du mythe du bon blanc attaqué par le méchant nègre.  Il n’est pas inutile de (re) lire les romans d’aventures de Henry Rider Haggard. Ils contiennent  de nombreux préjugés caractéristiques de la culture coloniale britannique de l’époque, mais ils témoignent néanmoins d’une grande sympathie envers les populations locales. Les Africains jouent fréquemment des rôles héroïques dans ses livres, même si les protagonistes sont habituellement des Européens. Une exception notable est Ignosi, le roi légitime du Kukuanaland dans Les Mines du Roi Salomon : s’étant lié d’amitié avec les trois Anglais qui l’aident à reconquérir son trône, Ignosi s’inspire de leurs conseils pour supprimer la chasse aux sorcières et la peine capitale arbitraire.
Dans She (Elle–qui–doit–être–obéie), un professeur de Cambridge, Horace Holly, et son fils adoptif, Leo Vincey, voyagent en Afrique. Ils y rencontrent la reine Ayesha, qui s’est rendue immortelle en se baignant dans une colonne de feu qui est la source de vie. Cette créature, d’une beauté exceptionnelle, est à la fois désirable et effrayante.
Rider Haggard explore les thèmes du pouvoir, de la vie et de la mort, de la réincarnation, de la sexualité, du destin.
Dans d’autres ouvrages, il traite de problèmes sociaux et de thèmes tels que la réforme agraire.
Dans She (elle, qui doit être obéie), utilisant ses connaissances de l’Afrique et de ses vieilles légendes, Rider Haggard met en scène, Ayesha, qui vit dans les ruines d’une civilisation perdue. À la suite de la découverte d’inscriptions sur une ancienne poterie, Horace Holly, un distingué linguiste comprend que son fils adoptif, Leo Vincey serait la réincarnation d’un prêtre du culte d’Isis, Kallitrates. L’inscription révèle comment le prêtre fut tué par une puissante reine éprise de lui et rendue jalouse par son mariage avec la fille du dernier pharaon d’Égypte. Holly et Vincey décident alors de s’aventurer dans l’actuelle Tanzanie sur les traces de la “sorcière blanche qui vit au cœur des marais africains”…
Succès de la période victorienne, She attira l’attention, quelques décennies plus tard, de Freud, qui en recommandait la lecture à ses patients, mais aussi de Jung qui comparait sa puissance d’imagination à l’égale de L’Enfer de Dante et de l’Anneau de Wagner. La lecture de She, un roman complexe mêlant réincarnation, vengeance, prédestination et destin, reste tout aussi fascinante aujourd’hui. Les diverses traductions françaises de She étant très défectueuses,  la version éditée par Terre de brume est entièrement révisée et complétée à partir de l’édition anglaise de 1898, version considérée par de nombreux spécialistes comme étant la meilleure.
L’édition parue chez Robert Laffont au milieu des années 80 dans la collection bouquins propose quant à elle une intéressante préface de Francis Lacassin, un spécialiste de la littérature populaire.

Henry Rider Haggard, Elle, Éd. Terre De Brume (Terres Mysterieuses), 2006
Henry Rider Haggard, Elle-qui-doit-être-obéie, Éd. Robert Laffont (Bouquins), 1985
Henry Rider Haggard, Les mines du roi Salomon, Éd. Terre De Brume (Terres Mysterieuses), 2006

Lire Les mines du roi Salomon dans la bibliothèque numérique

Sur le même thème : Le (pas) bon temps des colonies…

Magdy Al Shafee, Métro, Éd. Malameh, Le Caire, 2007
Métro est l’acte de naissance de la bande dessinée égyptienne.
Métro, le premier roman graphique en langue arabe, n’est pas passé inaperçu en Égypte.
Résumons l’ouvrage : Comme beaucoup d’Égyptiens, Shihab a des dettes. Et pas d’argent pour les rembourser. Menacé par ses créanciers, le jeune informaticien décide un beau jour de braquer une banque. Quand son complice hésite, il le rassure : « Dans ce pays ce sont les pauvres qui vont en prison, et toi tu vas être riche ! » Ainsi commence Métro, une bande dessinée - thriller sorti début 2008 en Égypte, mais retirée de la vente deux mois plus tard par les « brigades du vice », le département de la police égyptienne qui s’occupe des affaires de prostitution. En cause, deux vignettes où l’on aperçoit une femme nue, et quelques insultes vulgaires, comme on en entend chaque jour dans les rues du Caire.
Faits reprochés : insultes, dialogues sur le sexe, violence, et images érotiques. A savoir, un couple faisant l’amour… sous une couverture. Bref, rien d’irrévérencieux. « Ce qui choque, ce n’est par le roman en lui-même mais son accessibilité », explique le dessinateur au quotidien dubaiote The National. « Tout le monde peut le lire, peut le comprendre, la jeunesse désabusée égyptienne peut s’identifier au protagoniste », précise-t-il. Dans un langage emprunté à la rue, le roman raconte l’histoire de Shihab, un informaticien plongé dans un « Caire moderne, touché par l’insécurité sociale et financière » qui décide de braquer une banque pour s’acquitter de ses dettes auprès de fonctionnaires corrompus.
Mais ce qui blesse le plus les autorités égyptiennes c’est évidement cette critique sociale.
Et ce n’est pas un événement isolé car depuis quelques années, les atteintes à la liberté d’expression se multiplient dans ce pays dirigé d’une main de fer par Hosni Moubarak.
En savoir + avec RFI
Plus d’info avec afrik.com et culture et politique arabes
Voir le site de Magdy El Shafee
Voir les premières planches (en anglais)

Abdourahman A. Waberi, Passage des larmes, Éd. JC Lattès, 2009
Djibril a quitté Djibouti depuis de longues années. A Montréal, il est devenu un homme neuf : le pays de son enfance n’est plus pour lui qu’une terre étrangère, poussiéreuse, un terrain vague. Employé par une agence de renseignement, il doit pourtant y retourner pour une mission de quelques jours. Djibouti est devenu un enjeu géostratégique majeur : la France, les Etats-Unis, Dubaï, les islamistes se disputent ce morceau de basalte. Djibril n’a que faire de leurs querelles mais il se sent trahi par ce pays né, comme lui, un 17 juin 1977, jour de l’Indépendance. Les plaies s’ouvrent, les fantômes des siens viennent le hanter, son enquête piétine. Chaque jour, il se laisse entraîner sur les chemins dangereux de la mémoire. De sa prison cachée sur les îlots du Diable, au large de Djibouti, Djamal, le frère jumeau de Djibril, né quelques minutes après lui, a appris le retour de son aîné prodigue : il le suit en pensée où qu’il aille, l’interpelle, ne le laisse pas en paix. On ne revient pas impunément sur les traces de son passé.
Lire un extrait
Voir une vidéo de l’interviou d’Abdourahman A. Waberi