Antoine Matha, Epitaphe, Éd. Gallimard, (Continents noirs), 2009
«Tout le monde ici soupire après Paris… Paris que vous vous représentez comme une caverne gorgée de biens… Paris où le bonheur a son enseigne… Aujourd’hui comme jadis, c’est la même verroterie qui vous fascine… Non contents d’être contemporains, vous voulez être modernes… Mais savez-vous ce qu’il en coûte d’être moderne ? Savez-vous qu’au bout de nos bagnoles qui polluent, de nos télés qui nous regardent et nous possèdent, au bout de tout ce qui se vend, s’achète, s’use, s’accumule, savez-vous qu’une immense lassitude vous attend, celle qui nous a déjà pris ?»
Deux jeunes Africains, amis depuis l’enfance, quittent leur pays pour Paris, attirés par les sirènes de la société d’abondance. Nous les suivons dans cette vie nouvelle qui tour à tour leur offre des scènes étonnantes, l’argent facile et illicite, les émois du coeur et du sexe, les tracas et les avanies ordinaires d’une vie d’immigré… Jusqu’au jour où la catastrophe survient : l’un meurt, et l’autre se retrouve à convoyer le cercueil de son ami défunt dans leur pays d’origine où une guerre civile vient d’éclater…
Omar Ba, Je suis venu, j’ai vu, je n’y crois plus, Éd. Max Milo, 2009
Je veux faire comprendre aux jeunes d’Afrique que cette Europe ne vaut pas de risquer sa vie, car on y vit, comme partout ailleurs, avec des souffrances, des impasses et des échecs récurrents.
Omar Ba en a rêvé pendant vingt ans : l’Europe, c’est pour des millions de jeunes Africains un eldorado fantasmatique. Qu’il faut atteindre à tout prix. En s’arrachant aux siens.
Après un périple de trois ans, au péril de sa vie, il a fini par atteindre la France. Toutes ses illusions s’effondrent. Il ne trouvera rien des fausses images d’abondance qui circulent en Afrique.
À 29 ans, l’auteur, étudiant en sociologie et travaillant dans une ONG, conseille aux jeunes de son continent d’origine : “Si vous croyez que l’Europe est la solution à vos problèmes, ne venez pas ! Rêvez plutôt d Afrique !”
Feuilleter le livre de Omar Ba
Hery Mahavanona, Johary Ravaloson, Désiré Razafinjata, Cyprienne Toazara, Nouvelles chroniques de Madagascar, Éd.Sépia, (Sépia-Poche), 2009
Quatre récits de Hery Mahavanona, Johary Ravaloson, Désiré Razafinjata et Cyprienne Toazara ont avec pour toile de fond l’île de Madagascar.
À la suite des 12 nouvelles des Chroniques de Madagascar, ces quatre récits sont à michemin entre le roman, le conte et la nouvelle. Dans la ville d’Antananarivo, les villages tsimihety de l’Ouest et en Algérie, ils mettent en scène des personnages à la vie à la fois ordinaire et fascinante. Le lecteur accompagnera paysans, citadins et soldats dans leurs dilemmes et leurs découvertes grâce à des écritures qui mêlent habilement le rêve et la réalité. Loin des caricatures exotiques, ces textes malgaches attestent du dynamisme d’une langue française résonnant de multiples échos.
Mia Couto, Le dernier vol du flamant, Éd.Chandeigne, 2009
Tizangara, village imaginaire du Mozambique, est le théâtre d’événements délirants. Les casques bleus, venus surveiller le processus de paix après la fin de la guerre civile, explosent sans laisser de traces, si ce n’est celle de leur membre viril. Massimo Risi, inspecteur italien des Nations Unies, est dépêché sur les lieux pour élucider ces morts mystérieuses. Accompagné d’un traducteur, il arpente Tizangara à la recherche d’indices.
Ana Deusqueira la prostituée, Sulplício le père du narrateur, Temporina la jeune ensorcelée, le prêtre Muhando, le sorcier Zeca Andorinho et Estêvão Jonas l’administrateur corrompu du village sont les personnages bigarrés de cette farce à la fois grotesque et tragique.
Mia Couto dépeint avec un humour décapant l’histoire du Mozambique contemporain, de l’immense espoir suscité par l’indépendance et la confiscation du pouvoir par les héros d’hier à la période qui a suivi la fin de la guerre civile sous le regard complice de la communauté internationale. Fable du chaos, le dernier vol du flamant s’élève contre les vies brisées par le fracas des guerres et l’indigence des gouvernants.
Marcel Kemadjou Njanke, Dieu n’a pas besoin de ce mensonge : racontages, éd. ifrikiya (proximité), 2009
Ma mère ne m’appelle dans sa chambre que lorsqu’elle veut me parler d’une « chose plus importante que le soleil et la lune ».
La première fois qu’elle le fit, ce fut pour me parler du fonctionnement très original du corps de la femme au moment où la source des eaux rouges de la puberté jaillit. La deuxième fois, ce fut pour me supplier de démentir une rumeur qui circulait au quartier et qui disait que j’étais enceinte. La troisième et la dernière fois fut un vendredi après la prière de midi. Elle me convoqua d’un air que je ne lui avais jamais connu. Son visage était dessiné avec les traits et les couleurs de la gravité et de la fermeté.
Marcel Kemadjou Njanke est un jeune commerçant installé à Douala. Il est le coordonnateur du Festival International de Poésie 3V et a déjà publié plusieurs recueils de poèmes et de nouvelles.