Archive for avril, 2009

Alain Brézault, La noce des blancs cassés, Éd. Fayard (Fayard Noir), 2009
“En Afrique, le soir tombe vite…
Dans un nuage de poussière rouge, la Mercedes fonçait à tombeau ouvert sur la piste tôlée de Kodékro-Niamkadougou, comme un cafard affolé par une giclée d’insecticide.”
Dès l’entame du roman le ton est donné : l’histoire va se dérouler à un train d’enfer. Mais comme j’ai déjà présenté le livre je ne m’étends pas là dessus. Pour les distraits et nouveaux bienvenus sur opoto voici le lien.
Alain Brézault a choisi l’humour et la dérision pour parler de sujets d’une brulante actualité sur l’ensemble du continent africain : corruption et détournements de fonds, sectes et banditisme, prostitution et démocratie. Il a bien fait ! Et l’humour est noir, pas seulement à cause du continent, jusqu’à être déjanté. On dévore le livre en compagnie d’une galerie de personnage tous plus singuliers les uns que les autres à commencer par les deux héros, l’inspecteur Colombo (un nom qui ne doit rien au hasard) et son fidèle lieutenant Sheriff. Toutes ressemblances … sont effectivement voulues ; celles de Fossoyeur et Cercueil, les héros de Chester Himes dans le Harlem des années cinquante.
Mais il ne faudrait pas résumer le livre à une simple parodie.
Alain Brézault nous présente une Afrique criante de vérité. C’est là, sans doute, l’autre intérêt du livre. En voyageur attentif il a réuni dans son Bangali toutes les tares de l’Afrique de l’ouest ; et l’on songe aussi au Cameroun et en règle générale de l’Afrique au sud du Sahara. Vaste programme ! Ce n’est donc pas par hasard si l’auteur cite en exergue le parolier camerounais Lapiro de Mbanga : “Na wou go pay ?” (et maintenant qui va payer ?).
Comme toute (bonne) caricature, les portraits qu’il esquisse sont criants de vérité : paysan cupide, expatrié alcoolisé, notable pourri, flic véreux, fou de dieu, mère maquerelle…, tous embrigadés dans une histoire où règne une idole : l’argent. Et la morale dans tout cela ? Et, oui la morale. Mais qu’elle morale ?
Après une belle hécatombe (du sang, des explosions, des incendies, bref de la fureur et du bruit) l’histoire va bien se finir. Enfin, pas pour tout le monde…

L’Unesco ouvre sa bibliothèque numérique mondiale
Ouvert hier, le site est disponible en sept langues dont le français.

Avec l’objectif de mettre le savoir à la portée de tous, l’Unesco lance, sa propre bibliothèque numérique. Elle suit l’initiative de l’Union européenne qui a mit en ligne en début d’année la bibliothèque numérique Europena.
Développée par une équipe de la bibliothèque du Congrès américain et grâce au soutien technique de la Bibliotheca Alexandrina d’Egypte, la bibliothèque numérique mondiale (BNM) devrait proposer une grande diversité de contenus : Écouter un ancien esclave américain raconter son histoire, tourner les pages d’un livre évoquant d’anciens trésors égyptiens, étudier minutieusement de vieilles cartes en latin, découvrir le manifeste publié par l’Union des Populations du Cameroun (UPC) au sujet de l’indépendance du Cameroun…
Chacun des contenus est accompagné d’annotations et de commentaires en vidéo. Pour le moment la liste des documents disponibles, en cours de constitution, reste très loin de l’exhaustivité, mais l’ambition annoncée promet de belles et riches heures à découvrir le patrimoine de l’humanité.
L’Unesco, fidèle à ses engagements, souhaite ainsi favoriser la libre circulation des savoirs et leur diffusion à l’ensemble de la population, du milieu universitaires aux communautés les plus défavorisés.

Visiter la BNM
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Auguste-Léopold Mbondé Mouangué, Siké, Éd. Vents d’ailleurs, 2009
Un père prend la main de sa petite fille métisse, Sikè, née en France. Pour transmettre ce qu’il a reçu de ses parents, il rassemble les bouts de sa propre histoire, celle de sa famille, de sa culture sawa-duala. La mémoire s’éveille, les souvenirs surgissent et s’empilent?: tableaux, portraits et impressions émergent. Des personnages insolites, réels ou invraisemblables, adultes et enfants se pressent, durs ou bienveillants?; des faits mythiques se mêlent à ceux tendres et cruels du Cameroun actuel.
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Sayouba Traoré, L’héritier, Éd. Vents d’ailleurs, 2009
Sayouba Traoré dépeint une Afrique contemporaine où chacun est placé dans une stratégie de survie. Les vieux sont obligés de prendre en charge des jeunes diplômés chômeurs, les jeunes attendent un avenir qui se dérobe constamment. Son roman narre les incompréhensions entre générations, les déchirures
qui ­craquellent les couples, la vie quotidienne qui oscille entre nostalgie du ­village et rêve d’un confort urbain tout aussi illusoire.
En savoir plus avec un (petit) extrait

Kolyang Dina Taïwé, Wanré le ressuscité, Éd. L’Harmattan (Encres Noires), 2008
Petite exception à la règle : d’habitude je ne parle pas de l’Harmattan car cela rime trop avec charlatan et je ne suis pas non plus sensible aux bondieuseries. Pourtant je ne pouvais rater l’occasion de présenter un ouvrage de Kolyang Dina Taïwé, qui sans même me connaître  n’a pas hésité à participer à l’aventure de D’haujourd’hui : 15 poètes camerounais. Bonne chance donc pour son roman.
Wanré, le ressuscité plonge le lecteur dans les nouveaux territoires de Dieu, au Nord-Cameroun, au coeur de la naissance de nouvelles églises.
D’une religion subie vers. une réappropriation de la parole et de l’acte chrétien, en adhésion avec les croyances traditionnelles ancestrales Wanré, le héros, transforme ses échecs et son exclusion de l’église en une force. Seul contre pasteurs et clercs administratifs, abandonné par ses amis d’hier, il est emprisonné pour subversion. De sa geôle, il observe cette énergie qu’il a libérée et qui fonde son église, l’Ecclesia Souveraine.
Dans les soubresauts d’une vie de sacerdoce, l’auteur crée un univers de réflexions sur l’osmose et le syncrétisme religieux dont l’actualité s’impose dans le contexte des fanatismes de l’heure.
Lire des poèmes de Kolyang Dina Taïwé dans la bibliothèque numérique.

Amal Sewtohul, Les voyages et aventures de Sanjay, explorateur mauricien des anciens mondes, Éd. Gallimard (Continents noirs), 2009
« Étiez-vous une nazie, Mère ? » Ses yeux bleus s’ouvrirent tout grands, puis étincélèrent d’une colère froide : « Moi ? Chanter les louanges de ce parvenu, ce sale peintre de cartes postales ? Es-tu devenu fou ? Nous en avons déjà parlé.
– Alors, pourquoi vouloir à tout prix chercher les restes de ces sales bonshommes ? dit-il.
– Parce que je les ai trahis ! lâcha-t-elle. C’étaient quand même des hommes, et j’avais pour tâche de les guider dans ces montagnes, mais… je les ai amenés à la mort. »
Sanjay, orphelin mauricien, est employé comme comptable auprès d’un personnage haut en couleur, M. Ramallah, qui le présente un jour, après passages initiatiques entre dures réalités et cocasse et subtil voyage forain dans le panthéon des divinités hindoues, à une riche et noble amie allemande, Frau Beate. Elle adopte vite le jeune homme et l’emmène dans un Berlin d’après la chute du Mur… Commence alors une traversée baroque de notre époque, pleine de surprises inouïes, où se jouent l’amour, l’humour, l’hindouisme, l’humanisme, le nazisme, le tantrisme, l’ironie, depuis l’Europe jusqu’à une montagne inviolée du Tibet, un voyage intérieur aussi qui fait de ce livre un palpitant roman d’éducation à l’échelle du monde.
Amal Sewtohul est né à Quatre Bornes, Île Maurice, en 1971, où il vit. Diplômé en littératures anglaise et française à l’université de Maurice, il est actuellement Premier Secrétaire au Ministère des Affaires Étrangères, du Commerce International et de la Coopération, après avoir été journaliste dans un hebdomadaire local.
Du même auteur, paru il y a quelques années :
Histoire d’Ashok et d’autres personnages de moindre importance, Éd Gallimard (Collection Continents Noirs), 2001.

Léonora Miano, Soulfood équatoriale, Nil Éditions (Exquis d’écrivains), 2009
A table ! Un « Exquis d’écrivains » qui restitue les saveurs et les atmosphères d’une Afrique loin des clichés, avec Soulfood équatoriale, dans une Afrique débarrassée des clichés et pleine de saveurs. Le parfum du gingembre pilé avec des crevettes séchées est une invitation au voyage. Direction le Cameroun, qui doit son nom à ces crustacés (camarones, ou écrevisses) pullulant à l’embouchure du fleuve Wouri lorsque les explorateurs portugais y firent halte. Sous la plume de l’auteur, les mets et les mots se chargent d’une poésie toute particulière. Le jazz devient sauce tomate glissée dans les sandwichs saxophones, les beignets haricots remplissent l’âme et une morue s’érige en juge d’une rivalité amoureuse, à condition d’être bien cuisinée ! Ce texte nous livre avec bonheur légendes intemporelles et saynètes prises sur le vif. Une vraie gourmandise à l’image d’une cuisine camerounaise pleine d’arômes et d”épices assaisonnant la viande (crocodile au fumet de termites, Ndomba de vipère, le fameux poulet DG, …), des légumes (ndolé-que l’on peut comparer à des épinards-aux crevettes, met de pistache), des dizaines façon d’utiliser le manioc et les (bananes) plantains pour accompagner le barracuda, la sole ou le capitaine braisé. Sans oublier les fruits, à profusion, dont la mangue sauvage au goût incomparable et qui, malheureusement pour nos palais occidentaux, ne supporte pas le voyage et ne peut se consommer que sur place.
Un petit livre à lire en humant les pages. Appétit mes amis!
Le site de Léonora Miano
Savoir + : Pierre Nya Njike, L’art culinaire camerounais, Éd. L’Harmattan, 1998
Savoir encore + : le resto des blancs de Douala

Eric Mogis, alias Gordon Zola, est l’auteur d’une série de romans parodiques basés sur l’univers de Tintin : La Lotus Bleu, Le Crado Pince Fort, Le Vol 714 Porcineys et L’Oreille Qui Sait sont les quatre premiers d’une série qui devrait en compter 23… Si du moins elle n’est pas stoppée net par Moulinsart, la société qui gère le patrimoine d’Hergé et qui vient de porter plainte pour contrefaçon contre Mogis et les Éditions du Léopard Démasqué.
Tous les exemplaires des romans humoristiques de la série Les aventures de Saint Tin et de son ami Lou ont été saisis chez l’imprimeur et on peut imaginer que les exemplaires restants en librairie vont s’arracher grâce à ce coup de pub inespéré, alors courrez vite à la librairie du coin, y’en aura pas pour tout le monde. Gordon Zola, créateur des éditions du Léopard Démasqué, déclare sur son blog être prêt à se battre jusqu’au bout, quitte à se ruiner (les héritiers d’Hergé demandent 185 000 euros de dommages et intérêts). Il invoque le droit au pastiche, citant au passage Proust qui le considérait comme “une critique littéraire en action”.  Il peut sans doute évoquer aussi les centaines de pastiches et autres parodies parues depuis que Tintin existe. (d’après fluctuat.net)

Lire aussi : Tintin et la censure
Lire encore : Tintin et la parodie

Pour le plaisir quelques couvertures des précédents ouvrages et de Saint Tin au gibet qui devait bientôt paraître.

Tedbabe Tilahoun, Le Cantique des Cantiques de Casantchis, Éd. L’Archange Minotaure (Aux Abyssinies), 2009
L’héroïne de ce récit autobiographique, c’est la «belle Casantchis» d’Addis Abeba, un quartier de plaisir de la capitale éthiopienne, avec ses boîtes de nuits et ses hôtels de passe, «du plus classe au moins coté».
L’auteur nous rapporte, sans rien dissimuler, la vie nocturne des filles et de leurs clients. Dans ce huis clos tonitruant, règnent «l’authentique ivresse, la vraie flambe, les pelotages en règle, les engueulades magnifiques, la prostitution sans limite». Tout ce que les bienséances d’une société formaliste et pudibonde feignent d’ignorer. Ce livre est donc un défi à l’hypocrisie, et une condamnation virulente, distanciée par l’humour, du cynisme et de la lâcheté des prostituants.
Débauchés, ivrognes, tenanciers, entremetteurs, mendiants et orgueilleux, sont crûment épinglés dans cette fresque-charge brutalement colorée. Par sa jactance noire, son verbe outrancier, son obscénité, ce voyage au bout de la nuit abyssine a fait scandale. Ses parodies des célèbres poèmes d’amour de La Bible ont été jugées sacrilèges. Ce témoignage, remarquable par son intérêt à la fois littéraire et sociologique, a connu en Éthiopie un succès qui ne s’est pas démenti.

Tedbabe Tilahoun est né en 1964 en Éthiopie. Il a fait son service militaire sous le DERG (le régime militaromarxiste qui a renversé L’empereur Hailé Sélassié en 1974 et s’est maintenu au pouvoir jusqu’en 1990), ce qui lui a valu de servir sur le front. Il a ensuite suivi des études de lettres à l’Université d’Addis Abeba, tout en écrivant dans des périodiques éthiopiens. Devenu journaliste spécialisé dans l’actualité sociale, il décide en 2002 d’émigrer aux États Unis où il vit depuis lors. C’est en 2003, alors que son manuscrit a été refusé par plusieurs éditeurs par crainte du scandale, que l’éditrice indépendante Sinedu Abebe choisit courageusement de publier Le Cantiques des cantiques de Casantchis. L’ouvrage connaîtra aussitôt un succès qui ne s’est pas démenti (près de 70 000 ex. vendus en quatre ans — un événement éditorial en Éthiopie.) Le Cantiques des cantiques de Casantchis est son premier livre.