mar 31 mar 2009
Deux romans de Victor Kathémo
Posted by Bruno under la pointe de la plume
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À Manzadi, le Président-Fondateur proclame la manzadisation et instaure le recours à l’authenticité. Ces mesures transforment les habitants de Manzadi en silhouettes ombrageuses vivant dans la détresse et mourant en silence. L’histoire racontée ici donne du relief à ces ombres : des êtres nés pour accompagner les autres dans la maturité de la vie. Elle conjure leur sort et leur donne un langage perceptible par tous. Comme le lierre sur une paroi sombre, s’entrelacent la dictature, la folie des grandeurs et toutes les conséquences qu’elles entraînent. La république de Manzadi apparaît, par son impuissance, tel un dragon surplombé d’une tête de clown et traînant une queue phalloïde et vénéneuse.
On suit la destinée de Kitof, ouvrier devenu patron à la faveur de l’expulsion des
patrons blancs (on songe aux fermiers blancs du Zimbabwe), ruiné par l’incendie de son entreprise, errant et pauvre parmi les pauvres puis devenu grand prêtre d’une église chrétienne où l’argent est Dieu (on pense évidement aux multitudes de sectes rackettant dans les villes d’Afrique centrale).
Abandonnés du pouvoir et des administrations un peuple part à la dérive : on pourrait se trouver un peu dans n’importe quel pays africain où FMI et banque mondiale ont imposé le règne du roi dollar. La débrouille se généralise jusque dans les évènements les plus improbables : «La place était entièrement inondée. La traversée à pied exigeait une parfaite connaissance du lieu à cause des bouches d’égouts découverts. Des badauds s’étaient transformés en passeurs. Moyennant un billet, ils transportaient des passants sur l’échine d’un lieu à l’autre.»
Dans ce court roman la vie défile ponctuée de méchants coups du sort jusqu’à la fin, inéluctable et violente. Un résumé sombre mais bien actuel de la réalité de l’Afrique Centrale.
« Un nom, c’est comme un vêtement, mais un vêtement que l’on est contraint de porter toute sa vie, une relique qui finit par nous ressembler car imprégnée de toutes nos odeurs intimes, de toutes nos sueurs et de toutes nos secrétions. »
Ce roman passe au microscope un nom pour dévoiler des personnages inscrits dans l’histoire de l’humanité, avec leurs joies et leurs peines. Une généalogie rongée par le poids des traditions. Un miroir du passé dont les reflets nous éclairent sur les impasses du présent. Naître ou ne pas naître Noir. Ni l’un ni l’autre, mais naître. Cela n’a pas beaucoup de sens. L’un et l’autre comme le dirait cette petite métisse. Normal car la vision du monde se déploie à partir de soi. Une histoire émouvante dans un style simple et envoûtant. Passionnant !
Victor Kathémo est né à Bukavu (RDC). Il est l’auteur de plusieurs pièces de théâtre dont Le mur de lamentation (éd. de l’Harmattan). Il est comédien, vit et travaille en France.
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