Archive for mars, 2009

À Manzadi, le Président-Fondateur proclame la manzadisation et instaure le recours à l’authenticité. Ces mesures transforment les habitants de Manzadi en silhouettes ombrageuses vivant dans la détresse et mourant en silence. L’histoire racontée ici donne du relief à ces ombres : des êtres nés pour accompagner les autres dans la maturité de la vie. Elle conjure leur sort et leur donne un langage perceptible par tous. Comme le lierre sur une paroi sombre, s’entrelacent la dictature, la folie des grandeurs et toutes les conséquences qu’elles entraînent. La république de Manzadi apparaît, par son impuissance, tel un dragon surplombé d’une tête de clown et traînant une queue phalloïde et vénéneuse.
On suit la destinée de Kitof, ouvrier devenu patron à la faveur de l’expulsion des patrons blancs (on songe aux fermiers blancs du Zimbabwe), ruiné par l’incendie de son entreprise, errant et pauvre parmi les pauvres puis devenu grand prêtre d’une église chrétienne où l’argent est Dieu (on pense évidement aux multitudes de sectes rackettant dans les villes d’Afrique centrale).
Abandonnés du pouvoir et des administrations un peuple part à la dérive : on pourrait se trouver un peu dans n’importe quel pays africain où FMI et banque mondiale ont imposé le règne du roi dollar. La débrouille se généralise jusque dans les évènements les plus improbables : «La place était entièrement inondée. La traversée à pied exigeait une parfaite connaissance du lieu à cause des bouches d’égouts découverts. Des badauds s’étaient transformés en passeurs. Moyennant un billet, ils transportaient des passants sur l’échine d’un lieu à l’autre.»
Dans ce court roman la vie défile ponctuée de méchants coups du sort jusqu’à la fin, inéluctable et violente. Un résumé sombre mais bien actuel de la réalité de l’Afrique Centrale.

« Un nom, c’est comme un vêtement, mais un vêtement que l’on est contraint de porter toute sa vie, une relique qui finit par nous ressembler car imprégnée de toutes nos odeurs intimes, de toutes nos sueurs et de toutes nos secrétions. »
Ce roman passe au microscope un nom pour dévoiler des personnages inscrits dans l’histoire de l’humanité, avec leurs joies et leurs peines. Une généalogie rongée par le poids des traditions. Un miroir du passé dont les reflets nous éclairent sur les  impasses du présent. Naître ou ne pas naître Noir. Ni l’un ni l’autre, mais naître. Cela n’a pas beaucoup de sens. L’un et l’autre comme le dirait cette petite métisse. Normal car la vision du monde se déploie à partir de soi. Une histoire émouvante dans un style simple et envoûtant. Passionnant !

Victor Kathémo est né à Bukavu (RDC). Il est l’auteur de plusieurs pièces de théâtre dont Le mur de lamentation (éd. de l’Harmattan). Il est comédien, vit et travaille en France.

En savoir + sur Victor Kathèmo et son œuvre.

Réza Barahéni, Les mystères de mon pays, Éd. Fayard, 2009
Voici un gros roman (553 pages et ce n’est que le premier tome). Lourd aussi. Et dense surtout. C’est un roman comparable à Terra Nostra de Carlos Fuentes ou à Vive le peuple brésilien de Joao Ubaldo Ribeiro mais pas seulement pour le nombre de pages. Un ouvrage que l’on commence sans pouvoir le lâcher tant il nous mène en voyage. Le mieux serait sans doute de s’installer confortablement dans un fauteuil près de la cheminée, dans le creux d’une dune bercé par l’océan ou à la rigueur bien au chaud sous sa couette, et de se laisser envahir par l’histoire : Il y a le puissant général Shâdân qui disparaît, dans d’étranges circonstances ; il y a l’odieux capitaine Crosly qui tyrannise le chétif colonel Djazâyeri.
Il y a Mahi, la plus belle femme du monde, et le lieutenant Biltmore, le golden-boy qui perd la tête. Il y a le loup du mont Sabalân, l’égorgeur d’étrangers, et la fière Tahmineh Nasseri, révolutionnaire de la première heure. Et puis il y a Hossein, le malheureux interprète au service des Américains qui, après dix-huit ans de prison pour un crime qu’il n’a pas commis, se retrouve à la croisée des chemins.
A travers les yeux de chacun de ces personnages défilent près de cinquante ans d’histoire, depuis les débuts de la ” coopération ” du Shah Réza Pahlavi avec les Etats-Unis, lesquels cherchent à enraciner leur influence au Moyen-Orient, jusqu’à l’arrivée au pouvoir de l’imam Khomeiny, après la Révolution de 1979.
Et parmis l’Histoire, des histoires singulières, des vies qui se croisent dans la grande absurdité de la guerre froide et des destinés malmenées par des politiques inhumaines loin, bien loin, de l’espoir d’une socièté meilleure.
Le livre, paru sous le manteau en 1987 après que Réza Barahéni eut été emprisonné et torturé par ceux-là mêmes en qui tout un peuple harassé par deux mille cinq cents ans de monarchie avait cru, résonne de tant d’injustices. Il n’est pas étonnant qu’aujourd’hui encore Les mystères de mon pays soit censuré en Iran car c’est un ouvrage sans concéssion qui déroule, à travers les aventures de ses personnages, une chronologie qui nous permet de mieux comprendre l’actualité iranienne.

Réza Barahéni, romancier iranien, poète et critique, est né à Tabriz, au nord-ouest de l’Iran. Privé du droit d’expression dans sa langue maternelle, l’azeri, dialecte d’origine turque, c’est en persan et en anglais qu’il a écrit plus de cinquante livres. Comptant parmi les leaders du mouvement démocratique iranien depuis quarante ans, il a fondé l’Association des écrivains de son pays. Emprisonné et torturé sous les régimes du Shah et de l’actuelle République islamique d’Iran, il vit depuis dix ans au Canada et y enseigne la littérature comparée (Toronto). Ancien Président du Pen Club International pour ce pays, il lutte pour la défense de la liberté d’expression.
Ses ouvrages ont été traduits dans plus d’une douzaine de langues, dont, en français, Les Saisons en enfer du jeune Ayyâz, roman paru en 2000 chez Pauvert, Shéhérazade et son romancier, chez Fayard, en 2002, et Elias à New York, chez Fayard, en 2004).

Lire le début de Les mystères de mon pays

Lire une nouvelle inédite de Réza Barahéni

Younes Adli Si Mohand Ou Mhand : Errance et révolte, Ed. EDIF 2000 (Alger), Ed. Paris-Méditerranée (Paris), 2001
Si Mohand U M’hand est un poète kabyle de la tribu des At Yiraten de Kabylie (Algérie), né entre 1840 et 1845 à Icheraiouen, et mort le 28 décembre 1905 à Michelet.
L’oeuvre de Si Mohand est directement inspirée de sa vie. Son enfance est placée sous le signe de la violence et de l’exil. Né dans une famille de la petite bourgeoisie musulmane de Icereiwen, il assiste à l’arrivée des troupes françaises du général Randon en Kabylie et à la destruction de son village. À la place, les Français construisent une ville fortifiée devenue Fort national.
Installé dans un hameau voisin, le jeune homme se destine ensuite au droit musulman. Mais la révolte de 1871 met un terme à ses projets. Son père est exécuté, son oncle déporté avec ceux qui deviendront les Kabyles du Pacifique en Nouvelle-Calédonie et sa famille dispersée.
Déraciné et seul, Si Mohand devient un poète errant. Il emprunte à son expérience les thèmes de l’exil, de l’amour de sa terre natale, de l’amour et du destin. Le poète aurait par ailleurs juré de ne jamais répéter deux fois le même poème, de sorte que seule la mémoire populaire a permis de conserver son œuvre qui de générations en générations est arrivée jusqu’à nous.
En 2001 Younes Adli publie Si Mohand Ou Mhand : Errance et révolte. Il y brosse la vie du poète  “de l’errance, de la révolte, ainsi que de l’amour” et nous donne à découvrir une centaine de poèmes inédits à lire en berbère et en traduction française.
Quelques temps plus tard le réalisateur Liazid Khodja sort le film : L’insoumis.

Lire des poèmes de Si Mohand U M’hand

Lectures et séance de signatures à la médiathèque de St pierre d’Oléron. Le programme de cette semaine est particulièrement chargé. Une autre facette de l’œuvre d’Anne Cillon Perri avec le poème La paix des canons.

La paix des canons

Qu’il est beau d’être escroc
Sous la paix des canons
Des avions de guerre
Et de l’aide alimentaire

Les marchands vont l’amble
Sur les ruines et les décombres
La bombe dans la poche
Et la pioche en main

Les marchands sont heureux
Quand ils comptent les morts
Sur une mine d’or noir

Les marchands vont l’amble
Quand ils comptent les morts
Sur les ruines et les décombres

Grosse actualité pour le poète camerounais Anne Cillon Perri : Ateliers d’écritures, salon du livre de poésie de La Rochelle et rencontres dans les bibliothèques du Pays Marennes Oléron. Un marathon digne de son anthologie poétique Traversée qui vient de sortir…Petits instantanés de son périple accompagnés d’Aïcha, texte qui montre l’importance de l’océan dans son œuvre.


Salon de poésie La Rochelle


A St Pierre d’Oléron


Méditation !!!

Aïcha

Je pense à toi Aïcha
A l’embouchure du fleuve
Où tu parlais beaucoup
De nous et la Lobé
Au point de m’agacer

Tu t’égosillais
Un peu plus que la mer
Plus que la plage
Et même plus que le vent
Qui tenait ta chevelure en laisse
Et criait la détresse de ta liesse

J’ai gardé dans la bouche
Le sel de tes aisselles
Et celui de la mer
Où tu montrais ton sexe sans cesse
Et parlais beaucoup
De nous et la Lobé
Comme si le jour était interminable

C’est si triste de ne pouvoir te haïr
Ni oublier
Les navires en partance
Qui emportaient
De tes yeux le parfum
Et ton sexe essentiel et sans ciel et sans seuil
A chaque rivage de ton aine
C’est vraiment triste de ne pouvoir te haïr

Deux ouvrages d’André Brink sortent en même temps : que du bonheur…

André Brink, L’amour et l’oubli, Éd.Actes Sud (Babel), 2009
Chris, un écrivain sud-africain, aborde l’hiver de sa vie.
Avant de perdre la mémoire, de ne plus percevoir l’importance des choses ou leur légèreté, avant d’oublier l’absence de son tout dernier amour et la mort si récente de sa propre mère, il revisite les belles années de son passé, évoque les femmes aimées et désirées qui, chacune à sa manière, ont accompagné sa vie d’écriture et de combats politiques - une vie de Sud-Africain blanc, enseignant, écrivain et militant, souvent en danger, emprisonné parfois, et toujours témoin révolté de son temps.
L’Amour et l’Oubli est une autobiographie fictive, par le biais de laquelle André Brink rend hommage avec une évidente honnêteté au désir et à l’amour qui ont construit, nourri et régénéré l’homme - plus encore que l’écrivain - dans un pays brûlant de violences et d’engagements, de trahisons, de passions, d’exils et d’utopies.

André Brink, Dans le miroir - Suivi de Appassionata, Éd. Actes Sud, 2009
Au Cap, Steve est architecte.
Marié et père de deux enfants, séducteur et carriériste, il découvre un matin avec effroi que la couleur de sa peau a changé. Cet homme qui jusqu’alors se payait le luxe de ne pas être engagé politiquement, ce Blanc avide de privilèges, se retrouve soudain du mauvais côté de l’histoire sud-africaine. Au soir de cette étrange métamorphose, Steve est confronté à la violence d’un groupe armé et cagoulé.
Dans le restaurant où se déroulait l’attaque dînaient également un pianiste et une soprano. Incapables d’oublier la violence de cette soirée, ils partent pour quelques jours à l’écart de la ville. Mais cette soudaine promiscuité révèle en eux une dangereuse fascination. Dans ces deux récits qui, avec La Porte bleue (Actes Sud, 2007), se répondent en composant un subtil triptyque, André Brink met en scène deux couples aux vies parallèles et qui subissent sous un éclairage différent de troublantes épreuves.
Jouant en virtuose de la réalité comme du paraître, l’auteur explore de façon envoûtante leur identité. Comme si l’Afrique du Sud avait à ce niveau un pouvoir de destruction aux frontières du sortilège.
En savoir plus sur André Brink

Gérard Delteil, Gombo, Éd. Liana Lévi, 2009

Dans certains pays, critiquer la femme du Président vous conduit tout droit en prison. Et en prison, il fait chaud, encore plus chaud que sous le soleil d’Afrique qui plombe les rues. Les secrets qui y traînent risquent même de vous brûler les ailes. Des secrets qui mettent en cause de puissantes entreprises pharmaceutiques occidentales et qu’un petit journaliste camerounais trop curieux ferait mieux d’ignorer. Pour Jean- Christophe Assamoa, il est temps de prendre la tangente. Mais dans Douala la grouillante, il n’est pas facile de se cacher des regards indiscrets. Par chance et par hasard, Assamoa apprend qu’un de ses anciens camarades d’université français réside en ville. C’est à lui qu’il demandera de l’aide. Mais même pour un « expat » blanc, les choses ne sont pas simples. Le recours à des intermédiaires influents et aux « gombos », ces bakchichs que tout le monde convoite, ne suffisent pas toujours à protéger un homme traqué…

L’auteur
Gérard Delteil est né en 1939. Après des études aux Beaux-Arts, il exerce pendant dix ans la profession de crayeur (dessinateur de trottoirs). Cette expérience lui a fourni la matière d’un de ses romans les plus connus, N’oubliez pas l’artiste (Fleuve Noir 1985, Folio 1992). De multiples petits boulots le conduisent au journalisme puis à l’écriture. Il a publié plus de cinquante romans noirs qui s’appuient le plus souvent sur des enquêtes (consacrées aux prisons, aux trafics de viande, aux dangers de l’industrie chimique…) menées tant en France qu’à l’étranger. Aux éditions Liana Levi sont parus en 1985 Le Miroir de l’Inca et en 1987 Festin de crabes. Il a reçu le Prix Quai des Orfèvres 1993 pour Pièces détachées (Fayard).
Gérard Delteil a écrit Gombo à la suite d’un séjour au Cameroun qui lui a permis de découvrir ce pays et de rencontrer des citoyens camerounais de toutes conditions.

Le site de Gerard Delteil