Archive for février, 2009

Petite suite de l’article des contes pour les petits (et les grands aussi)
Voir aussi : des contes pour les petits (et les grands aussi ) 3

Laura Guéry , Zaf Zapha, Dalaka : Voyage musical en Afrique de l’ouest, Éd. Rue des enfants, 2008 (avec 1 CD audio)
Voyagez à travers l’Afrique de l’Ouest.
En musique ! Partez à la rencontre de Nountenen, et de Fatoumata, les héros des chansons mais aussi de l’éléphant et du caméléon. Chaque chanson est aussi une invitation à découvrir un instrument de musique typique et un aspect de la civilisation africaine.

Henri Gougaud, Contes d’Afrique, Éd. Seuil Jeunesse, 2009
Comment un singe essaya de devenir le Roi du monde à la place de Dieu.
Comment Pas-de-Roi-comme-Dieu devint propriétaire de la moitié du Royaume grâce à un simple anneau d’or. Comment Ti-tête et Ti-corps furent liés pour l’éternité. D’Afrique noire, d’Afrique du Nord ou d’Egypte ancienne, les contes rassemblés dans ce recueil transmettent la sagesse universelle tout en nous plongeant dans des univers fantasques.

Abakar Adam abaye , Sylvie Bourbonniere , Franck Sylvestre, Contes d’Afrique, Éd. Planète rebelle (Conter fleurette), 2008 (avec 1 CD audio)
Il était une fois un sage parmi les sages.
Il s’appelait Saila. Il habitait un petit village au cœur de l’Afrique, un village presque perdu dans le désert. Tous les soirs, les habitants de Maokoudou viennent écouter sa parole qui est profonde.

Visiter le site des Éd. Planète Rebelle

Souleymane Mbodj , Hervé Le Goff, Contes d’Afrique : Pour les tout-petits, Éd. Milan Jeunesse, 2007 (avec 1 CD audio)
Peut-on transporter du beurre dans la manche de son vêtement ? Un chiot dans de l’eau ?.
Un chat peut-il délivrer son amie des griffes d’un terrible sorcier ? De quoi peut être capable un gourmand ?. Voici les nouveaux contes de Souleymane Mbod j. Des histoires à lire et à écouter pour les tout-petits mais aussi pour les plus grands.

Hortense Mayaba Taofick Atoro, Arouna le petit champion, Éd. Ruisseaux d’Afrique (Libellules),
ISBN : 99919-50-14-1
Arouna est le plus petit des concurrents. Les organisateurs de la course hésitent à l’accepter. La foule se moque de lui. Mais Arouna ne se laisse pas décourager…

Visiter le site des Éd Ruisseaux d’Afrique

Anne Cillon Perri, traversée, Éd. opoto, 2009

Le recueil de poèmes d’Anne Cillon Perri est annoncé pour les prochains jours : 218 pages et une belle couverture réalisée à partir d’un tableau de Hervé Yamguen. La version papier sortira la semaine prochaine la version numérique dans la foulée.
La poésie d’Anne Cillon Perri est une écriture multiple qui croise les thèmes de l’enfance, du désir, de la paix, de l’amour et des tourments du monde actuels. Tourments du poète mais aussi de l’homme confronté à un monde en crise et forcement arbitraire et inhumain. Elle s’enracine dans la forêt équatoriale du sud Cameroun pour mieux déferler sur les rivages de la modernités avec son lot d’injustices, d’espoir et par cela donne matière à s’interroger. Sur soi, sur le monde qui nous entoure.
Anne Cillon Perri, né en 1961 à Sangmélima au Cameroun est selon Fernando d’Alméida (Grand Prix de poésie Léopold Sédar Senghor 2008) « l’un des meilleurs artisans du renouveau poétique camerounais ».

Il est déjà possible de commander la version papier en envoyant un courriel (avec votre adresse postale et le nombre d’exemplaires souhaités) à bebopoto@yahoo.fr (16 € port compris).

Lire un extrait de traversée :

A chaque festival de littérature son histoire de censure. Celle-ci se passe à Dubaï, où l’auteur britannique Geraldine Bedell s’est vu interdire son roman sur une Foire du livre. Suite à cette décision, l’écrivain canadien Margaret Atwood, vice-présidente du PEN International, choisit de boycotter l’événement.
Intitulé The Gulf between us, l’ouvrage frappé par la censure est une comédie romantique qui devait être officiellement présenté au cours du festival. Mais les organisateurs, selon Geraldine Bedell, se sont ensuite rétractés, invoquant diverses raisons : le fait que l’histoire se déroule dans les Émirats Arabes, les allusions à l’Islam et à la guerre d’Irak, mais également la présence d’un personnage secondaire, un cheik homosexuel dont le petit copain est anglais…
La directrice du festival, Isobel Abulhoul, affirme que sa décision d’interdire le livre a été prise en connaissance de cause : à la lecture du manuscrit, elle aurait ainsi pressenti que le texte pourrait “offenser certaines sensibilités culturelles” et qu’il n’était donc pas dans l’intérêt du festival de le présenter.
Beaucoup des écrivains invités se sont sentis touchés par cette atteinte à la liberté d’expression, et certains d’entre eux, à l’instar d’Anthony Horowitz et de Lauren Child, deux célèbres auteurs pour la jeunesse, remettent en question leur participation au festival. (source : fluctuat.net)

Un ouvrage sur Cuba interdit dans une école de Miami
Pour quelles raisons peut-on interdire l’utilisation d’un manuel scolaire dans une école ? Images pornos, propos racistes ? Pas seulement. A Miami, un ouvrage jeunesse va être retiré de la bibliothèque parce qu’on y voit des enfants en uniforme communiste tout souriants.
Une cour d’appel fédérale américaine a donné raison aux dirigeants d’une commission scolaire de Miami qui avaient décidé de mettre à l’index un livre pour enfants à propos de Cuba, sous prétexte qu’il montre sous un jour trop favorable la vie dans ce pays.
La cour d’appel a rendu son verdict le 5 février dernier et a jugé que la commission scolaire de Miami-Dade n’avait pas enfreint le premier amendement, en 2006, alors qu’ils avaient retiré de leurs bibliothèques le livre Vamos a Cuba (Une visite à Cuba).
«La marge est grande entre le fait de taire les détails troublants des histoires d’adultes et celui de donner une image faussement idéale de la réalité», a écrit le juge Ed Carnes dans son jugement.
Le livre publié en 2001 avait pour sujet la vie quotidienne des habitants de Cuba, et faisait partie d’une collection présentant divers pays aux enfants de moins de dix ans.
C’est Juan Amador, parent et ancien prisonnier politique à Cuba, qui a déposé une plainte à la commission scolaire quand il a appris que ce livre était offert par les bibliothèques de la commission scolaire. Amador était scandalisé par ce livre, affirmant qu’il traçait un portrait déformé et trompeur de la vie à Cuba sous la gouvernance de Fidel Castro.
Avec sa couverture illustrée d’enfants souriants, le livre donne une image positive du pays, mais ne mentionne ni la révolution de Castro, ni les tensions politiques et sociales, ni l’autoritarisme dont fait preuve le gouvernement envers ses détracteurs.
Après avoir procédé à un vote, la commission scolaire avait décidé de retirer des tablettes des bibliothèques les 49 exemplaires du livre.
Un juge de Miami avait ensuite déclaré que la décision de la commission scolaire était de nature politique, et qu’au lieu de censurer ce livre, ils auraient dû ajouter à leur collection des livres présentant d’autres points de vue.
L’American Civil Liberties Union (Union américaine pour les libertés civiles) était aussi en désaccord avec la décision de la commission scolaire, et a choisi de la contester.
«Nous ferons ce qu’il faut pour éviter que les tablettes des bibliothèques de la commission scolaire de Miami-Dade ne soient dépouillées des livres que certaines personnes jugent inappropriés», a dit Howard Simon, directeur général de la section floridienne de l’ACLU, après que le jugement de la cour d’appel ait été publié.

Nouvelle polémique entre certaines autorités de l’islam et la presse. Pour avoir écrit un livre intitulé L’Amour et le Sexe dans la vie du prophète, la journaliste Bassant Rashad est menacée de mort. On n’en finit décidément pas de ce conflit récurrent entre le respect de la foi des croyants les plus intégristes et la liberté de pensée et d’expression…
On pourrait sans doute se rappeler que dans les siècles passés de telles querelles n’avaient pas lieux. Histoire de se faire plaisir on peut aussi lire (relire) des ouvrages comme : Mouhammad Al-Nafzâwî, La prairie parfumée où s’ébattent les plaisirs, Éd. Phébus (Libretto), 2003

Voir la vidéo sur le sujet.

Nadine Gordimer, Beethoven avait un seizième de sang noir, Éd.Grasset, 2009

Recueil de quatorze nouvelles sur l’identité, le couple, le destin de l’Afrique du Sud, etc.
Au moment même où, dans ses écrits politiques, elle explorait les compromissions morales de l’apartheid, Nadine Gordimer faisait preuve d’une remarquable capacité à analyser le terrain plus intime des relations humaines. Dans ses romans, Le Conservateur, Fille de Burger ou Ceux de July, elle s’est ainsi attachée à décrire l’érosion des valeurs d’une société, en même temps que les explosions de violence qui caractérisent un système politique injuste - en plaçant toujours au centre de la narration l’individu, la relation, la famille. Cependant, c’est dans ses nouvelles, et en particulier celles où la politique ne joue pas un rôle de premier plan, que la romancière traite avec le plus d’intensité et d’imagination les personnages de femmes, de maris, de parents et d’enfants, d’amants aussi, et en extrait l’universalité, dans le désir, ou la douleur de la perte.

Leïla Sebbar, Mon Cher Fils, Éd. Elyzad (Tunisie), 2009 - ISBN : 9789973580153

Un vieil homme, ouvrier chez Renault, revient vivre à Alger après trente ans passés dans l’usine-forteresse de Boulogne-Billancourt, l’île Seguin.
Il vit seul, dans une petite maison aux volets verts, face à la mer.
Il a eu sept filles et un fils dont il est sans nouvelles depuis longtemps et à qui il n’a jamais réussi à parler.
Avec la complicité de la jeune Alma, écrivain public à la Grande Poste, il lui écrit, il tente de lui écrire.
Un roman sur les silences de l’histoire, du roman familial dans l’exil.
Le silence qui sépare un père de son fils.

Patrick Deville, Équatoria, Éd. Seuil, 2009

Voici comment, après des mois de voyages erratiques, après avoir navigué sur le fleuve Ogooué, flâné en Angola et à São Tomé e Príncipe, traversé les plateaux Batékés, je me suis retrouvé, le 3 octobre 2006, à Brazza au-dessus du cercueil de Brazza, un cercueil tout neuf Fabriqué par EGPFC Wilaya d’Alger, en compagnie du président de la république gabonaise Omar Bongo Ondimba, du président de la république congolaise Denis Sassou Nguesso, du président de la république centrafricaine François Bozizé, des ci-devants concitoyens Douste-Blazy et Kouchner, du nonce apostolique Monseigneur Andres Carrascosa Coso, et du roi des Tékés Auguste Nguempio.
D’hôtels en hébergements de fortune, j’ai consigné les vies de contemporains de Brazza, celles de David Livingstone ou de Henry Morton Stanley, mais aussi celles d’Albert Schweitzer et de Jonas Savimbi. À Kigoma, sur les rives du lac Tanganyika, j’ai cherché les traces de la guerre congolaise de Che Guevara. Afin d’écrire les vies d’Emin Pacha et de Tippu Tip, je me suis rendu à Zanzibar.

Philippe Delisle, Bande dessinée franco-belge et imaginaire colonial : Des années 1930 aux années 1980, Éd. Karthala (Tropiques),2008

Née dans le sillage d’Hergé, la bande dessinée dite “franco-belge”, qui s’est imposée par le biais des hebdomadaires  Spirou  et  Tintin , a largement fait écho aux préjugés coloniaux. Le cas de  Tintin au Congo , publié en 1930, est assez bien connu. Le présent ouvrage analyse la production franco-belge de manière plus générale, pour faire notamment ressortir des convergences.
A travers la bande dessinée franco-belge “classique”, se dévoile tout un imaginaire colonial, qui fait écho à l’idéologie officielle développée outre-Quiévrain, mais aussi à des romans ou au cinéma. Le lecteur observera cependant que le genre étudié, imprégné de valeurs catholiques et scoutes, cultive parfois un idéal de fraternité entre les peuples et de rejet des préjugés.

D’un voyage au Congo belge qui l’a bouleversé, Joseph Conrad a tiré le célèbre Coeur des ténèbres, et Un avant-poste du progrès, qui n’est pas une version préparatoire de l’autre, mais son reflet inversé, encore plus étrange et plus trouble à certains égards.
C’est une peinture terrible de l’entreprise coloniale et de son échec, C’est également le portrait inquiétant d’une humanité en grand désarroi dès qu’elle est transplantée loin de ses bases familières. Le lecteur ne trouve aucun manichéisme à quoi, se raccrocher : hommes blancs et hommes noirs suscitent tout autant l’inquiétude et la pitié. Sombre et ironique, le style de Conrad rappelle celui de Flaubert et de Maupassant, auxquels il fait ici de nets clins d’oeil.
Dans cette nouvelle, on peut ainsi observer, comme sur le vif, la naissance d’un immense écrivain européen - Polonais écrivant en anglais dans l’inspiration d’écrivains français - pour qui la littérature devait traiter du monde entier.
Auteur d’une très réussie traduction, Maël Renouard nous offre une préface (pour une fois) utile qui éclaire ce texte de 1896. On rencontre Conrad posant déjà la question du bienfait, de l’œuvre civilisatrice, de la colonisation : Cela parlait en long et en large des droits et des devoirs de la civilisation, du caractère sacré de l’œuvre civilisatrice, et cela chantait les mérites de ceux qui s’en allaient portant la lumière, la foi et le commerce dans les zones ténébreuses de la terre. Propos qu’il précisa un peu plus tard (1903) en parlant de la plus infâme ruée sur le butin ayant jamais défiguré l’histoire de la conscience humaine.
Un petit livre fort utile à notre époque où certains veulent imposer l’image d’une colonisation bienfaitrice.

Joseph Conrad, Un avant-poste du progrès, Éd. Payot & Rivages (Rivages poche/petite bibliothèque), 2009

Continuer le voyage au Congo avec Conrad

Une pétition est en cours pour soutenir le dessinateur Barly Baruti, dont le centre culturel qu’il a crée à Kinshasa est menacé de destruction. Voici la pétition qui sera envoyée au gouvernement congolais ainsi qu’à différents médias locaux ou francophones. Pour ceux qui veulent voir leur nom apparaître en signe de soutien, il suffit d’envoyer votre nom ou pseudo à l’adresse suivante (et vous pouvez également faire suivre à vos contacts) :
soutien.asuivre@gmail.com
La pétition :
«Soutien au Centre Culturel “New Espace à Suivre”.
Depuis des années, le dessinateur Barly Baruti (auteur de Eva K et Mandrill chez Soleil et Glénat) initie des stages de formation en bande dessinée à Kinshasa (République Démocratique du Congo), au sein du Centre Culturel New Espace, ateliers fréquentés par de nombreux jeunes en difficulté, et ceci sans jamais avoir reçu une quelconque aide des des autorités locales.  Ce centre abrite également une bibliothèque, et accueille des artistes dans d’autres domaines que la BD (musique, ballets, théâtre…).
Barly Baruti a pu acheter en toute légalité des terrains dans le quartier «ENAC » à Kasa Vubu et y construire, après avoir passé deux ans à rassembler les fonds et à en financer lui même une partie,  cet espace culturel qu’est le « New Espace à Suivre ». Mais voilà : profitant de la réhabilitation de l’Hôpital IEM, les autorités de la Ville ainsi qu’un comité « interministériel » décident de démolir le site qui se trouve bien au delà de la concession réservée au dit hôpital.
Ainsi vont voler en éclats les fruits de longues années d’efforts consentis par l’un des artistes et opérateurs culturels majeurs de la RD Congo et de l’Afrique noire en général. Cette démolition pourrait aussi comporter le risque de désistement des partenaires étrangers qui le soutiennent (AFRICALIA (Belgique) ; Coopération Technique Belge, Centre Wallonie Bruxelles de Kinshasa ; Centre Culturel Français de Kinshasa ; La Fondation Prince CLAUS (La Haye, Pays Bas); Cour Pénale Internationale (La Haye, Pays Bas) ; Formation et Education pour le Développement «Revue Mwana Magazine » (Kinshasa, RD Congo, MONUC (RD Congo).
Nous demandons donc que le gouvernement Congolais reconsidère sa décision et renonce à l’expropriation et à la destruction de cet espace culturel».

L’image montre Barly Baruti en compagnie des personnages de la BD Le monde selon Agbo réalisée avec Alain Brézault. (je vous parlerai bientôt de cette superbe BD se déroulant dans un futur proche tantôt en Occident (Europe, Amérique du Nord), tantôt en Afrique de l’Ouest et Centrale ; pour l’instant l’urgence c’est la pétition).

Le polar

Alain Brézault, La noce des Blancs cassés, Éd. Fayard (Fayard Noir), 2009
Un certain vendredi, sur la piste qui relie Bangala, la capitale du Bangali, à Niamkadougou, la Mercedes du secrétaire national du PUB, le Parti unique bangalais, est la cible d’un dramatique attentat. L’homme était chargé de mettre de l’ordre à Tortuga, une ville fantôme où des milliers de clandestins travaillent encore à l’extraction des diamants d’une mine prétendument abandonnée.
Sur les lieux, parmi les carcasses des zébus fauchés par la voiture, l’inspecteur Colombo et son adjoint Shériff, deux inénarrables flics bangalais, découvrent que sa main droite a été tranchée d’un coup de machette. Qu’a-t-on ainsi voulu lui dérober ?
Menée tambour battant, cette enquête déjantée, à laquelle vient s’ajouter une noce dérisoire de « Blancs cassés », réunit tous les ingrédients de la réalité sociale africaine contemporaine. Celle que doivent subir les populations soumises aux diktats des puissants : politique véreuse, corruption, détournements de fonds, banditisme, prostitution, sectes, pillage économique…
Romancier, essayiste et scénariste de bande-dessinée, Alain Brezault a vécu de nombreuses années en Afrique. Avec ce polar picaresque, adapté chez Glénat en trois albums hilarants, il rend un hommage à peine déguisé à Chester Himes, chantre de la condition noire américaine, dont le Harlem des années cinquante est ici remplacé par le Bangali, un petit pays imaginaire d’Afrique de l’Ouest dans les années quatre-vingts, symbole d’un continent livré à la rapacité d’escrocs noirs et blancs venus de tous les horizons.

La BD

Alain Brézault, Jean-Denis Pendanx, Loopings (Les Corruptibles,Tome 3), Éd. Glénat (Grafica), 2004
Colombo et Shériff poursuivent leur folle enquête dans les bas-fonds du bidon-ville où complotent l’Ambigu et le sous-préfet Sangaré entouré de ses sbires. Les deux inspecteurs ont la preuve que le Maire de Niamkadougou est mouillé jusqu’au cou dans l’attentat qui a provoqué la mort de Battiono, l’émissaire du PUB, et que Mangou, le Secrétaire de la Section du Centre-Nord, détourne pour son propre compte une partie des diamants collectés par les clandestins pratiquement réduits en esclavage. D’autre part, Colombo a été prévenu que des militaires dissidents sont en train de préparer un coup d’État pour renverser le Président Papy Bastos… Comment nos deux flics de choc vont-ils parvenir à sauver leur peau au cours du délirant jeu de massacre qui se prépare ? Dans le dernier épisode de la série, dont les deux premiers volumes furent salués unanimement par la critique, Brezault et Pendanx nous offrent un dénouement (sur)réaliste au bout de la nuit africaine éclairée par des éclats de rire vengeur. Polar tropical fortement épicé d’humour, cette trilogie sanglante et immorale nous démontre que si l’avenir des corruptibles dépend du cynisme des corrupteurs, l’addition est toujours salée au moment de régler les comptes…

On peut les voir maintenant. On peut les voir marcher à travers les trouées fléchées dans le paysage pour guider les derniers dérivants que la forêt recrache. Par petites échappées. On peut les voir arriver jusqu’à la ligne de démarcation, entrer dans la Zone neutre…, ainsi débute le roman Solo d’un revenant.
Tranche d’histoire d’un pays africain (on pense évidement au Rwanda, au Soudan, au Mozambique des années 80, et plus loin encore au Congo-déjà-, au Biafra…), mais aussi quotidien du Kivu et on ne peut s’empêcher de songer à la Palestine et à tous les conflits du monde actuel. Ceux où la folie des possédants broient les populations.
Histoire d’un retour à la recherche de ses années d’insouciance où au sortir de l’adolescence le narrateur fonde une troupe de théâtre avec ses amis. Le narrateur, on ne connaitra de lui qu’un nom générique : le revenant, cherche à comprendre pourquoi son ami Mozaya est mort alors qu’il avait trouvé refuge avec ses derniers élèves dans une école. C’était une saison où l’on fuyait beaucoup. (…) C’était au début de ce mois pourri de mars qui présidera à la saison des fuites. Mozaya ne se décidait pas à partir.
Il part en même temps à la recherche d’ Asafo Johnson, le comédien qui, sur les ondes radiophoniques, attisait la haine.
La guerre passée, faisant de l’un une victime et de l’autre un complice, le revenant retrouve un monde qui n’existe plus et dont il doit faire le deuil tout en essayant de vivre dans l’aujourd’hui.
Le roman est traversé de personnages forts décrits avec économie, comme pour indiquer que l’on ne parle pas d’un individu mais d’un type de personnage que cette guerre a forgé, telle Xhosa-Anna qui se promène en robe de mariée et fume la pipe, une jeune fille peule sourde et muette, échappée d’un convoi de bergers, Marlène l’humanitaire abandonnée par la direction d’une ONG cynique ou Maïs : Il s’appelle Maïs Seize-dix-sept ans. M’appelle Frère ami depuis que je suis là. Il ne faut pas l’écouter. M’en aurait vendu des lots, si je l’avais écouté : lots de médicaments, lots de talismans porte-clés, lots de logiciels piratés en Inde, lot de quatre roues pour la moitié du prix d’une.
Au delà de la quête le sujet du livre est plus dans les conséquences, l’après massacres et les bouleversements qui ont radicalement transformé les êtres. Quant à savoir à qui la faute revient… Et même si l’on trouve quelqu’un à juger.
Les accusés, il faut dire qu’ils ne comparaîtront pas. D’abord un témoin s ’est rétracté. Un autre a disparu. Ce genre d’affaire dépend de qui on achète. Le juge ou le témoin. Au moins un homme sur deux à un prix.
Dire que tout est vain ? Le passé et le présent ne sont-ils pas les deux yeux d’un même regard ?
Écrit dans une langue que l’on peut aux premiers abords trouver déroutante (mais le sujet ne l’est-il pas lui même) Solo pour un revenant nous entraine entre poésie et théâtre dans un voyage sans retour.
Kossi Efoui raconte une histoire de bruits de fureur et de terreur. Le livre refermé on à l’impression avec le revenant d’être sur une barque qui s’éloigne de la rive et d’être en même temps l’homme debout sur la rive qui regarde la barque s’éloigner, d’être le même homme sur le point de disparaître de l’autre côté de l’horizon.

Kossi Efoui, Solo pour un revenant, Éd. Le Seuil, 2008

Écouter un interviou de Kossi Efoui :