Archive for novembre, 2008

Un crapaud en quête d’un ami, un rhinocéros qui sauve son village des griffes d’un géant, un père et son fils face à la rumeur… Voici quelques-unes des nouvelles histoires du conteur Souleymane Mbodj. Pour poursuivre, avec humour et philosophie, un voyage en Afrique et au pays des contes.
Un cédé permet aussi de se prélasser bien au chaud sous la couette et d’écouter toutes ces merveilleuses histoires…

Souleymane Mbodj, Christian Guibbaud, et Laurent De Wilde, 10 Contes d’Afrique, Éd.Milan (De bouche à oreille), 2008

Un petit village sur les bords du fleuve Niger, une terrible malédiction plongeant dans la misère un peuple de cotonniers et, les hommes étant prompts à désigner des boucs- émissaires, une petite fille infirme, Koumen, accusée, bien évidemment à tort, d’être à l’origine de tous les maux.
Puisant sa force dans sa différence même, Koumen dépasse son handicap et part en quête du Vieux Sage de la Montagne qui seul peut sauver son village en faisant revenir la pluie.
Une petite fable écologiste amenant par l’émotion à la conscience d’un bien à préserver: les malédictions sont avant tout des blessures infligées par l’homme à son milieu naturel.
Christian Epanya, Koumen et le vieux sage de la montagne, Éd. Monde Global, 2006

Voici le répertoire entraînant des enfants d’Afrique de l’ouest ou centrale réuni ici pour la première fois sur un livre et sur un cédé.
30 berceuses, chants de mariage ou de travail, danses et jeux chantés, collectés par Chantal Grosléziat, musicienne et pédagogue.
10 pays et 11 langues (wolof, bambara, peul, lingala, susu, etc.) sont représentés.
Les paroles sont transcrites et toutes sont traduites en français. En annexe, l’auteur a réuni une mine d’informations sur l’origine, le contexte culturel, la gestuelle et l’instrumentation de chaque comptine.
Le cédé, propose un univers musical riche et varié, respectueux de la tradition, mais ouvert à la modernité, aux saveurs et aux styles multiples. On y retrouve les voix de nombreux chanteurs, adultes et enfants, hommes et femmes. L’instrumentation associe la kora, le piano à pouces, le bala, la flûte… au rythme de nombreuses percussions.
Chantal Grosléziat et Elodie Nouhen, Comptines et berceuses du baobab, Éd. Didier Jeunesse (Comptines du monde), 2003

Conté, le conte reçoit plusieurs parures qui lui sont données par le grain de la voix du conteur, par ses gestes et ses éventuelles mimiques, par la magie du lieu où il est dit aussi. En Afrique. quand la nuit tombe, c’est dans les cours des concessions, dans les campements ou sous l’arbre à palabres que l’on entend la parole traditionnelle. Le conte peut être dit par n’importe qui, jeune ou vieux, homme ou femme. L’écriture fixe le conte, mais l’écriture c’est du silence qui parle !
Notons qu’ils existe dans cette collections d’autres ouvrages présentant les contes de différentes région africaines.
Yves Pinguilly et Florence Koenig, Les six frères : Et autres contes de l’Afrique de l’Est, Éd. Oskar jeunesse (Contes d’ici et d’ailleurs), 2008

Connais-tu l’Afrique ? Ses chants ? Ses légendes ? Écoute le chant des souris… Admire l’oiseau de la cascade… Sais-tu d’où vient le vent ? Veux-tu suivre le petit poussin qui va voir le roi ? Connaître l’histoire du peuple des orphelins ? Celle du pays qu’on appelle l’Écho-l’Écho ? Tends l’oreille, Blaise Cendrars va te les raconter… Des contes africains à savourer à voix basse ou à voix haute.
Cendrars raconte aux enfants blancs des histoires qu’ils ne peuvent pas connaître : celle du caïman que l’on portait autrefois pour le mettre à l’eau, du petit poussin devenu roi, de l’oiseau de la cascade, du vent qui fait tant d’exercice qu’il a toujours faim et gobe tout ce qui se trouve sur son passage… Dix courts récits qui parlent de l’Afrique, de ses animaux, de ses enfants et de ses forêts. Un ouvrage dans lequel on retrouve toute la sagesse et la malice des conteurs africains.Blaise Cendrars et Jacqueline Duhême, Petits contes nègres pour les enfants des blancs, Éd. Gallimard Jeunesse (Folio Cadet), 2002

Suite d’ouvrages sur le thème : des contes pour les petits (et les grands aussi) 2 et des contes pour les petits et (les grands aussi ) 3

“Le Cameroun, c’est le Cameroun”.
Une fois posée cette sentence circulaire, émanation du plus haut de l’Etat, a t-on pour autant totalement fait le tour de la question ? Que nous propose la voix singulière qui s’exprime dans ce livre ? Elle nous dit que dans la grande débâcle qui noie le Cameroun dans un désespoir au long cours, où les silences restent la règle, rémanences d’une peur toujours entretenue, surnagent, ici et là des lucioles; Elle nous dit que les artistes, plasticiens sont porteurs de messages. Elle nous dit que ces lucioles sont fragiles, vacillantes. Que le Soleil des indépendances ne s’est pas levé sur des jours radieux et, qu’au final, mille lucioles peuvent éclairer la voie plus efficacement qu’un seul soleil qui stagne désespérément au raz de l’horizon.
Cette Ivresse du papillon, c’est un vol aléatoire et poétique, qui ignore barrières et interdits, balaie les champs du possible, sollicite en même temps tous les appels à la vie, au plaisir, à la jouissance, au désir de découvrir, d’explorer, au sentiment de liberté soudain ressenti comme un vertige, à l’urgence surtout, urgence de vivre, de s’élever au dessus des contingences et des pesanteurs afin de leur témoigner du peu de cas qu’on en fait, de s’émerveiller une dernière fois avant la chute, avant la fin prochaine, mais en laissant derrière soi des traces d’arabesques de liberté que déchiffreront aisément ceux qui les attendaient.
“Il y a tant à dire du Cameroun : un profond puits rempli de silences. Si peu d’hommes et de femmes écrivent, si peu de gens témoignent, osent parler. Écrire à corps perdu, à cœur ouvert, s’épancher pour la gouverne des uns et des autres, pour ceux qui sont encore là, autant que pour ceux qui viendront. Ecrire comme une source coule, ou comme un torrent impétueux. Écrire contre vents et marées.
Et faire hurler les mutismes à la pleine lune. Écrire la mort dans l’âme pour la vie qui continuera encore et encore”.
Lionel Manga est un voyageur de l’esprit.
Il navigue transversalement entre les disciplines, bousculant sans vergogne les barrières de la science, de la sociologie, de l’analyse politique, de l’écologie, d’autres encore pour les intégrer toutes dans une écriture où rigueur et poésie cohabitent en toute harmonie.

Lionel Manga, L’ivresse du papillon, Edimontagne, 2008

Le site de l’éditeur : Edimontagne
Lire des poèmes de Lionel Manga : D’aujourd’hui (pages 187 à 198)

Lagos, début des années soixante.
L’avenir paraît sourire aux sœurs jumelles : la ravissante Olanna est amoureuse d’Odenigbo, intellectuel engagé et idéaliste ; quant à Kainene, sarcastique et secrète, elle noue une liaison avec Richard, journaliste britannique fasciné par la culture locale. Le tout sous le regard intrigué d’Ugwu, treize ans, qui a quitté son village dans la brousse et qui découvre la vie en devenant le boy d’Odenigbo.
Quelques années plus tard, le Biafra se proclame indépendant du Nigeria. Un demi-soleil jaune, cousu sur la manche des soldats, s’étalant sur les drapeaux : c’est le symbole du pays et de l’avenir. Mais une longue guerre va éclater, qui fera plus d’un million de victimes. Evoquant tour à tour ces deux époques, l’auteur ne se contente pas d’apporter un témoignage sur un conflit oublié ; elle nous montre comment l’Histoire bouleverse les vies.
Bientôt tous seront happés dans la tourmente. L’autre moitié du soleil est leur chant d’amour, de mort, d’espoir.
Chimamanda Ngozi Adichie, L’autre moitié du soleil, Éd. Gallimard (Du monde entier), 2008
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Une capitale de bord de mer.
Après un coup d’État militaire, le portraitiste, le coiffeur et le chef cuisinier du Président déchu sont retenus dans sa résidence d’été. Alors que dans la vallée le chaos s’empare des rues, depuis les jardins alanguis de la villa des hauteurs, les femmes - une fiancée, une fille, une épouse - observent une nouvelle tyrannie se substituer à l’ancienne. Prenant tour à tour la parole, les protagonistes dévoilent les liens du sang qui les unissent, comment le pouvoir exacerbe les instincts les plus vils et pervertit jusqu’au plus intime.
Ici, chaque geste de complicité est aussi acte de séduction. Ici, le despotisme associe cruauté et désir, vanité et trahison. Ceridwen Dovey orchestre magistralement son récit en une spirale hypnotique et poignante qui précipite l’intrigue vers une issue dévastatrice. Sous la brutalité étouffée de sa prose fluide et sensuelle résonnent des échos de Garcia Marquez et de Coetzee.
Ceridwen Dovey, Les Liens du sang, Éd. Héloïse d’Ormesson, 2008
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1958.
Alors que l’apartheid règne en Afrique du Sud, la jeune Koba, onze ans, membre d’une tribu nomade du Kalahari, assiste au meurtre de ses parents par deux chasseurs blancs. Recueillie par Marta et Deon, un couple d’Afrikaners, Koba s’adapte peu à peu à sa nouvelle vie, tout en ayant conscience qu’elle est source de conflit entre les époux, dont les opinions divergent sur l’éducation à lui donner. Mannie, leur fils, éprouve d’abord un sentiment de culpabilité à l’égard de Koba, qui n’empêche pourtant pas une amitié de naître entre eux, jetant un pont fragile par-delà les différences raciales.
Mais la réalité les rattrapera lorsque cette amitié - qui s’est au début forgée grâce au troc : ” Je te donne du sel ; tu me donnes du miel ” - se transformera en amour. Pour rédiger ce roman, comparé outre-Manche à ceux de Karen Blixen et de Nadine Gordimer, Candi Miller a passé de longues semaines dans le désert du Kalahari, à la rencontre de ses habitants, afin de s’imprégner de leur culture. Un texte dont l’écriture sensible et poétique fait ressentir le charme envoûtant de l’Afrique.
Candi Miller, Le Sel et le Miel, Éd. L’ Archipel, 2008
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L’un est âgé de neuf ans.
C’est encore un enfant. Pourtant, il comprend : la misère, la solitude et la relégation sociale de sa mère, diplômée en lettres mais condamnée à n’être qu’une voix répondant au téléphone. L’autre est un jeune footballeur prometteur. Il a quitté sa ville natale - Douala - et les siens pour réussir en France. De l’Hexagone, il ne connaît pas les vertes pelouses, seulement la rue et l’exclusion. Et puis, derrière la porte noire du 166, rue de C., il y a Amélie, Sophie, Maya et les autres. On ignore leur présence. Elles vivent à Paris, dans un centre d’hébergement d’urgence. Par touches successives, ces récits dessinent les visages de celles et ceux que l’on croise sans les voir. Levant le voile sur leurs parcours, ils les sauvent de l’oubli. Le volume réunit cinq nouvelles inédites de Léonora Miano.
Léonora Miano, Afropean soul, Éd. Flammarion (GF Etonnants classiques), 2008
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« Dans la pirogue, Mama serrait mon corps sous son boubou. Je tétais quelques gouttes de lait. Son mamelon tout maigre calmait mes peurs mais pas ma faim. Elle le collait dans ma bouche pour éviter de m’entendre crier. Quand elle était fatiguée de m’allaiter, elle me tirait par les jambes et me demandait de m’en aller. Je revenais, malgré ses coups de pied sur mon ventre, pour me recoller à ses seins. Je voyais ces hommes dans la pirogue qui se collaient à elle chacun leur tour. Quand elle me reprenait sous son boubou, son corps sentait l’odeur du citron vert et des clous de girofle pourris par le soleil. »
C’est Nasser, un enfant malien, qui raconte. Sans papiers, il débarque en France : Paris, les squats, les marabouts, la police, la peur. Il erre sans fin dans un monde hostile, celui des Blancs, le nôtre.
Fadéla Hebbadj, L’arbre d’ébène, Éd. Buchet-Chastel, 2008
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Le récit de Samantha, journaliste, en mission à Kinshasa où elle prendra une grande leçon de vie et d’humilité.
Il faut lire Marie-Louise Mumbu (alias Bibish pour les Kinois et les proches) comme on fait un voyage inoubliable. Grâce à son humour subtil, son style ciselé et un vocabulaire efficace, Bibish nous prend par la main pour nous entraîner à la suite de son héroïne Samantha, journaliste de profession, à travers les quartiers de Kinshasa.
C’est alors à une grande leçon de vie, d’humilité, mais aussi de dérision, que nous convie l’auteur, un rendez-vous pour un repas littéraire savoureux. Mais on ne se contente pas de déguster, on se dit surtout qu’après ça, plus rien n’est vraiment grave… ni la montre brisée, ni le temps qui passe…
Marie-Louise Mumbu, Samantha à Kinshasa, Éd. le Cri, Bruxelles, 2008
Savoir+

Le problème avec les (gros) moteurs de recherche c’est le bruit ! il faut souvent chercher dans des centaines de pages avant de trouver les bonnes informations. Avec le moteur “littérature d’Afriques” d’Opoto  il y a les infos sans les pub ou autres propositions commerciales. Alors un sujet, un auteur, un livres d’Afriques ? Il suffit d’écrire se requête pour que les (bonnes) idées apparaissent. Surprenant, non ?
En cliquant sur le titre “moteur de recherche littérature d’Afriques” ont peut aussi copier un lien et l’installer facilement sur son blog, son site…
Le moteur est installé sur la colonne de droite, juste au dessous des routes d’Opoto.

Et naissent odes
Et débordent sentences
Sacramentaires
A l’entrejambe
De la rue publique

Après Ratures, publié le mois dernier, Édouard Kingué nous offre son nouveau recueil : Dictames de la rue publique.

Lire Dictames de la rue publique
Le plein d’info
sur  Édouard Kingué
Le blog poésie d’ Édouard Kingué

Dans l’actualité le Kivu se fait encore remarquer : assassinats, viols, pillages et autres combats entres militaires/miliciens/mercenaires. Les enfants soldats sont aux premières loges mais ce n’est pas nouveau ! Pour aider à comprendre la situation il n’est pas inutile de plonger dans l’histoire de Salva le traducteur dont John le Carré nous raconte l’histoire dans Le chant de la mission qui vient de sortir en édition de poche.
Bruno Salvador, alias Salvo, est le fils d’un missionnaire irlandais et d’une villageoise congolaise.
Devenu un éminent interprète, il est envoyé en mission sur une île perdue où une conférence secrète doit décider de l’avenir du Kivu, et donc du Gongo. Témoin involontaire des cyniques machinations organisées pour piller l’Afrique, il s’engage dans une lutte dangereuse et effrénée pour sauver le Congo. Particulièrement bien documenté, ce qui ne gâche rien, John Le Carré prouve encore une fois qu’il est un écrivain majeur et un témoin pertinent des ravages causés par la cupidité de quelques uns.
John le Carré, Le chant de la mission, Éd. du Seuil (Points), 2008

John le Carré avant précedemant présenté un autre visage de l’Afrique dans La constance du jardinier : Tessa Quayle, jeune avocate anglaise, a été sauvagement assassinée dans le nord du Kenya.
Son compagnon et amant supposé, médecin africain d’une organisation humanitaire, a disparu. Justin, l’époux de Tessa, diplomate de carrière et jardinier amateur, se lance dans une quête solitaire à la recherche des tueurs et de leur mobile. Sa quête l’entraîne à Londres puis à travers l’Europe et au Canada, pour le ramener en Afrique jusqu’au Sud-Soudan et se terminer sur les lieux même du crime.
Une odyssée pleine de violence et de fureur où se trament les sombres machinations de multinationales pharmaceutiques, où se nouent d’étranges alliances politiques.
John le Carré, La constance du jardinier, Éd. du Seuil (Points), 2002

Le dernier ouvrage de John le Carré : Un homme très recherché

L’actualité du Kivu : Le Kivu, paradis des groupes armés par Jean Chatain de l’Humanité.

Le prix Renaudot vient d’être attribué à Tierno Monénembo pour son roman Le roi de Kahel. Malgré que ce soit (encore) un livre de l’écurie gallligraseuil qui reçoit un prix, c’est un choix pertinent qui récompense un auteur  originaire de Guinée. C’est aussi après Mabanckou (Renaudot en 2006), ou Léonora Miano (Goncourt des lycéens en 2006) une preuve supplémentaire qui montre que les (bons) livres écrits en français ne sont pas seulement le fait d’écrivains français.
Cette année fait d’ailleurs part belle aux écrivains qui écrivent en français puisque le prix Goncourt est attribué à l’auteur afghan Atiq Rahim.

Le roi Kahel.
Au vu début des années 1880, Aimé Victor Olivier, que les Peuls appelleront Yémé et qui deviendra le vicomte de Sanderval, fonde le projet de conquérir à titre personnel le Fouta-Djalon et d’y faire passer une ligne de chemin de fer.
On a presque tout oublié de lui aujourd’hui: il fut pourtant un précurseur de la colonisation de l’Afrique de l’ouest et ses aventures faisaient le régal des gazettes de l’époque. Au cours de ses cinq voyages successifs, Sanderval parvient à gagner la confiance de l’almâmi, le chef suprême de ce royaume théocratique qu’était le pays peul, qui lui donne le plateau de Kahel et l’autorise à battre monnaie à son effigie.
De ce personnage haut en couleur, Tierno Monénembo nous offre une foisonnante biographie romancée. L’épopée solitaire d’un homme, Olivier de Sanderval, qui voulut se tailler un royaume au nez et à la barbe de l’administration française… et des Anglais.

Bio et biblio de Tierno Monénembo

A découvrir aussi son superbe et terrible roman sur le génocide au Rwanda

Lire un interviou de Tierno Monénembo à propos de Le roi Kahel

La cour d’appel d’Orléans en a décidé ainsi : l’album Porto Farneze, de Pierre Veys et Rodolfo Torti édité chez Robert Laffont, n’est pas une parodie mais une copie illicite de Corto Maltese. Les 20 000 exemplaires de ce qui était à la base un « hommage à Hugo Pratt » selon ses auteurs doivent donc être détruits.
Ce sont les éditions Casterman, titulaires des droits des aventures du marin, qui avaient déposé plainte, trouvant que cet album sous-titré L’homme de Hong-Kong et racontant l’épopée de Korto Maltose, un marin poursuivant des aventures à Macao et à travers la Chine, avec pour compagnon un certain Kraspoutine, à la recherche d’un trésor et tombant amoureux d’une femme nommée Pondéral, ressemblait trop à l’original.  (Les éditions Casterman sont coutumière du fait. Dernièrement un site proposant à chacun de parodier les couvertures des Claudine à du fermer).
La justice a en effet considéré que ces similitudes avec la vie du héros original étaient préjudiciables à l’éditeur, signalant entre autres que « l’ambiguïté de la couverture ne [peut] que conduire à une confusion dans l’esprit du public » et que « certains dessins sont tellement approchants des dessins originaux que seul un spécialiste averti peut en déceler les différences ». Face à cette décision, Robert Laffont a décidé de plaider l’exception de parodie devant le tribunal de Paris. (vu sur neuvieme-art)
A juste raison car des parodies (ou des hommages) de Pratt existent déjà et Casterman n’a jamais levé le petit doigt pour les interdire. Par exemple le numéro d’octobre 1995 du magasine de BD A suivre publie un spécial Hugo Pratt, avec des parodies (ou des hommages) de Comes, Prado, Tardi, Boucq…Seulement un petit détail : en 1995, A suivre appartient à … Casterman.
Loin de penser à l’intégrité du héros de Pratt, Casterman pense surtout à protéger la rente que constitue les aventures du maltais. Il suffit de voir comment les albums originaux de Pratt sont massacrés par les nouveaux tirages, découpages, colorisations (sans compter les produits dérivés) avec comme seul but inavoué : remplir les poches des propriétaires de la maison d’édition. Belle mentalité !

Pour le plaisir quelques couvertures des Claudine parodiées que l’on peux encore trouver sur le net.

Un livre primé puis censuré par le conseil général du Doubs.
Alors que l’ouvrage de Karine Epenoy, Demain je reviendrai,  a obtenu un prix du conseil général, ce dernier refuserait de l’éditer et de le présenter lors de la manifestation littéraire les « Mots Doubs ».
C’est le Réseau Éducation Sans Frontières 25 (RESF) qui a révélé l’affaire et qui s’élève « contre la censure du livre du lauréat du concours littéraire  organisé par le Conseil Général du Doubs».
Intitulé Demain, je reviendrai, l’ouvrage traite du parcours et de la souffrance d’un immigrant clandestin. Il a été choisi par le jury mais «sa publication est refusée au motif ahurissant dans un pays démocratique qu’il serait trop engagé et qu’il pourrait déplaire à la Préfecture et nuire aux négociations en cours avec elle!», explique RESF.
Explication du Conseil Général : le jury à bien choisi le livre mais «le jury ne fait que proposer et l’exécutif dispose». On se demande bien à quoi sert un jury ! Il eut mieux valu que le prince-président décide lui même.

La réaction de Karine Epenoy (lue sur le blog cbp.bernard-putz).
Bonjour !
J’ai participé cette année au concours littéraire “Litteratura Jeunesse” organisé par le conseil général du Doubs. Comme vous le savez déjà peut-être, ce concours est national et aussi ouvert aux frontières pour les pays limitrophes francophones. Le lauréat se voit publié par le conseil général et participe au salon du livre “Les mots doubs” en septembre.
Le jury composé de professionnels du livre et de membres du conseil général m’a désignée lauréate en cette année 2008 à ce concours.
Or, le président du conseil général a refusé que mon manuscrit soit publié malgré le vote. C’est la 1ère fois que le lauréat n’est pas publié depuis 5 ans que le concours existe ! Mon ouvrage s’intitule “Demain, je reviendrai” et raconte le parcours et la souffrance d’un immigrant clandestin, reconduit à la frontière en fin d’ouvrage. Il raconte une réalité sociale de souffrance qui existe notamment tout près de chez nous puisqu’il en est très question en ce moment à Besançon et Montbéliard. Il a été écrit pour raconter ce fait d’actualité à des enfants de 12 ans, mon objectif étant que l’actualité, aussi terrible qu’elle soit, soit accessible dès le plus jeune âge.
Les raisons de cette non publication : « votre ouvrage est trop engagé », « votre ouvrage pourrait nuire aux négociations entamées actuellement entre les élus locaux et la préfecture pour ne pas renvoyer certaines familles habitant actuellement à Besançon et Montbéliard qui sont menacées d’expulsion ». «Le conseil général est une institution qui ne peut en aucun cas prendre parti, elle se doit de rester neutre et la publication d’un tel ouvrage pourrait provoquer une grande polémique qui irait à l’encontre de ces familles».
Les membres du jury ne comprennent pas…
J’essaie de comprendre les motivations de cette non publication mais l’ampleur de leurs propos m’échappe : de quoi les élus ont-ils peur exactement ? D’une répression de qui ? D’une réaction négative de qui ? En quoi un ouvrage destiné aux enfants peut-il aller à l’encontre de négociations ?
Outre le fait que je sois déçue par la non publication de mon ouvrage alors que je suis la lauréate, je suis surtout effrayée par une telle réaction : en effet ne peut-on plus à l’heure actuelle publier un ouvrage (qui ne fait que relater une vérité sans prendre en aucun cas position) destiné à des enfants sans avoir peur de représailles ?
L’histoire que j’ai écrite a eu vote unanime des membres du jury professionnels du livre, je pense qu’il mérite donc certainement d’être publié. Suite à cette histoire, ma volonté de le publier est d’autant plus forte. Je voudrais qu’il soit publié pour imposer le respect et la liberté de l’expression lorsqu’il s’agit de la défense des droits de l’Homme et de l’enfant. Je souhaite que mon livre soit publié et que toutes les recettes de la vente soient destinées à une ONG qui défend ces droits. J’attends une réponse mi septembre des éditions Syros en collaboration avec Amnesty International.
Merci de l’attention que vous aurez portée à cette histoire, je pense qu’il est important que beaucoup de gens soient au courant… A diffuser auprès de qui vous voudrez !
Karine Epenoy

Lire le livre censuré

Lorsqu’ils recherchent pouvoir et argent, les requins se retrouvent : ceux d’occident, richissimes et respectables, qui rentrent du conseil d’administration caresser leur chères petites têtes blondes, ceux des pays sous-développés en voie de développement, qui citent la bible à longueur de journée et achètent des palaces grâce à l’aide humanitaire. Et les autres, tous les autres, actionnaires, cadres supérieurs, députés de démocraties libérales, présidents de républiques nauséabondes aux ministres nombrilistes assoiffés de notoriétés, militaires avides et policiers corrompus. La liste n’est pas clause, loin s’en faut. Tous ceux donc qui regardent ailleurs faignant ne pas savoir, de ne pas vouloir s’ingérer dans les affaires d’autrui, mais sont ébahis par les prouesses de leurs rejetons.
A ceux là on doit le pire que l’homme en quelques millénaires de barbarie ait pu produire : armer des enfants pour faire la guerre à leur place.

« Je ne suis pas un méchant garçon. Ah non. Moi je ne suis qu’un soldat, et un soldat c’est pas méchant quand il tue. Je me dis tout ça dans moi-même à cause qu’un soldat doit tuer, tuer encore et encore sans pauser. Si moi je tue c’est que je fais ce que je dois faire. Alors je me chante à moi-même un petit chant à cause qu’y a dans ma tête trop de petites voix qui disent que moi je ne suis qu’un méchant garçon. Ces voix elles arrivent vers moi, elles résonnent dans mes oreilles on dirait c’est des moustiques, et chaque fois que moi je les entend elles piquent mon cœur, elles retournent mon estomac. » Pour avoir croisé la route de soldats rebelles alors qu’il était en fuite devant l’ennemi, Agu a perdu sa famille et est devenu un enfant soldat. Sous les ordres du Commandant, appelé l’homme qui pousse l’ennemi à la folie, il marche, dort à la belle étoile et apprend à tuer. Sans rien comprendre, il participe à des attaques de villages, à des massacres, à des exécutions et à des viols. Il obéit. Parce qu’il n’est encore qu’ « un tout petit minimum d’homme », Agu n’a qu’un couteau. Mais il apprend vite. Comme il apprend à se taire quand le Commandant l’appelle la nuit auprès de lui. Bientôt, il veut tuer. Comme les autres. Il ne sait pas pourquoi : il veut simplement tuer. Un jour, Agu devra parler pour sortir de ce cauchemar sans fin. Premier roman de Uzodinma Iweala, Bêtes sans patrie s’impose comme une dénonciation terriblement efficace de la guerre et de ses folies.
Uzodima Iweala, Bêtes sans patrie, Ed. de l’olivier, 2008
Lire l’interviou d’Alain Mabanckou et un extrait

Congo, en ce moment même. Johnny, seize ans, vêtu de son treillis et de son T-shirt incrusté de bris de verre, armé jusqu’aux dents, vole, viole, pille et abat tout ce qui croise sa route. Laokolé, seize ans, poussant sa mère aux jambes fracturées dans une brouette branlante, tâchant de s’inventer l’avenir radieux que sa scolarité brillante lui promettait, s’efforce de fuir sa ville livrée aux milices d’enfants soldats.
Dans ce roman qui met en scène des adolescents à l’enfance abrégée, Dongala montre avec force comment, dans une Afrique ravagée par des guerres absurdes, un peuple tente malgré tout de survivre et de sauvegarder sa part d’humanité. (en savoir plus)
Emmanuel Dongala, Johnny chien méchant,  Éd. Le serpent à plume (motifs), 2008

En Ouganda, où sévit la «maladie du sommeil», l‘ONG Guérir sans frontières perd contact avec l‘un de ses médecins.
Envoyé sur place, le docteur Abraham Van Tang le recherche en vain. C‘est alors qu‘une cargaison de médicaments disparaît, dans une région où la population vit terrorisée par une armée d‘enfants-soldats. Van Tang va devoir s‘y rendre et se confronter à une terrible violence…

Patrick Bard, La quatrième plaie, Éd. Seuil (points), 2008

(En savoir plus et donner votre avis)

“Allah n’est pas obligé d’être juste dans toutes les choses qu’il a créées ici-bas.” Telle est la maxime favorite du jeune Ibrahima pour justifier l’avalanche de malheurs qui s’est abattue sur lui depuis sa naissance.
Armé d’un Larousse, d’un Petit Robert, de l’Inventaire des particularités lexicales du français en Afrique noire, il entreprend de conter son histoire sur un mode tragi-comique : celle d’un orphelin qui, envoyé chez sa tante au Liberia par le conseil du village, s’enfoncera dans la guerre civile en devenant enfant-soldat. En lui prêtant sa plume, Ahmadou Kourouma, l’une des plus grandes voix de la littérature africaine, fait surgir avec maestria toute l’horreur des destins arrachés à l’enfance par les affres de l’histoire contemporaine. Un livre bouleversant.
Ahmadou Kourouma, Allah n’est pas obligé, Éd. Seuil (points), 2002

Voir aussi : Plongée dans l’horreur des enfants soldats