Archive for octobre, 2008

Visiblement les censeurs sont en grande forme en cette fin d’année.
Un poète jordanien a été accusé d’insulte à l’islam pour avoir introduit des versets du Coran dans un recueil de poésies publié en juin sans l’approbation des autorités. La loi jordanienne interdisant la publication d’écrits qui pourraient être perçus offensants pour l’islam, Islam Samhan risque jusqu’à trois ans de prison et une amende pouvant s’élever à 20.000 dinars (environ 28.000 dollars).
L’éditeur de La joyau de Médine de Sherry Jones,  a été attaqué pour en empêcher la parution. Ce roman historique sur Aïcha, la dernière épouse du Prophète, n’est finalement pas encore sorti au Royaume-Uni, le domicile londonien de son éditeur, ayant été incendié au cocktail Molotov , fin septembre .
Aux Etats-Unis. Fin août, l’éditeur américain Random House renonçait «par mesure de sécurité» à sortir La Joyau de Médine.
«Quiconque lira le livre verra qu’il ne fait qu’honorer le prophète et son épouse favorite, avait répondu l’auteur. J’ai délibérément et consciemment écrit de façon respectueuse sur l’Islam et sur Mahomet. Estimer qu’il pourra provoquer des réactions violentes de certains musulmans est absurde.» ajoutait-elle.
Salman Rushdie avait alors dénoncé dans le Guardian une «censure par la peur»: «le fait que l’un des plus grands éditeurs du monde refuse de publier un livre à cause d’avertissements témoigne de l’état de la liberté d’expression aux Etats-Unis». (vu sur Fluctuat.net)
Le roman devrait également paraître au Brésil, en Italie, en Allemagne, en Russie et en Espagne. Reste à savoir si un éditeur français se risquerait à publier le Joyau de Médine qui s’annonce être un best-seller.
L’édition 2008 de la FIAC (Foire internationale d’art contemporain de Paris) a été le théâtre d’un incident impliquant les forces de l’ordre et dont a été victime le stand de la galerie moscovite XL. Sa directrice, Elena Selina, et son mari, Serguei Khripoun, ont été arrêtés par la police française en raison du “caractère violent et pornographique” de certains travaux présentés, rapporte Vremia Novosteï. Parmi les œuvres incriminées et saisies se trouve un grand classique de l’artiste russe Oleg Koulik. Il s’agit d’une vidéo-performance dans laquelle, nu et tenu en laisse, il imite un chien méchant aboyant contre les passants. En Russie, cette performance de l’homme-chien était jouée en direct devant le public.
En fait, les galéristes moscovites avaient rencontré des problèmes dès le passage de leurs œuvres à la douane française le 22 octobre. “Le lendemain, le comité d’organisation de la foire a réagi aux réclamations de la douane. On a demandé aux galéristes d’afficher à l’entrée du stand un avertissement sur la présence possible d’œuvres avec des scènes choquantes, ce qu’ils ont fait. Mais cela n’a pas empêché leur arrestation”, raconte le journal de Moscou.
L’affaire a créé un incident fâcheux qui a suscité une réaction immédiate en faveur des exposants arrêtés. Ces derniers ont été relâchés au bout de cinq heures, mais leurs œuvres sont restées entre les mains de la police. Pour Vremia Novosteï, ce “nouveau scandale de censure à Paris” a révélé une “triste tendance” : “Les néoconservateurs, avec leur morale faussement dévote, leurs complexes refoulés, leur jalousie face à la liberté et leurs rêves d’un contrôle total de l’ordre des choses ont partout le vent en poupe.” Néanmoins, le quotidien observe que, en comparaison avec la situation en Russie, les professionnels de l’art en France sont plus solides et ont les moyens de contrer la nomenclature. (vu sur Courrier International).
L’ère Sarkozy est propice à ces débordements où morale “officielle” ne fait pas bon ménage avec la liberté d’expression. Il n’est pas inutile de rappeler qu’en 2005 la Sacem censurait une chanson parodiant Sarkozy.

L’Afrique du sud en littérature on connait depuis longtemps : Brink, Coëtze, Gordimer, … En polar moins. Portant depuis quelques temps le pays de Nelson Mandela s’affirme comme un acteur de choix sur la place du roman policier. On se souvient de Wersel Eberson qui eut le courage de publier des polars dans une Afrique du sud sous le joug de l’apartheid. A découvrir maintenant trois bons polars bien noirs(sans jeu de mot) et sans concessions quant aux problèmes sociaux politiques et raciaux. Meyer et Despreez sont africains et Ferey français. Despreez écrit en français et Ferey à séjourné en Afrique du sud. Tous les trois nous parlent d’une Afrique du sud actuelle, qui gére son passé et prépare son avenir. Ce n’est pas simple et parfois douloureux.

L’inspecteur Zondi, surnommé ” Bronx ” par ses collègues à cause de son bref passage au FBI, a commencé sa carrière en coursant la racaille de Johannesburg et des townships du Gauteng.
Lui qui s’est toujours conduit en profiler, qui a toujours cherché à comprendre ce qui pouvait bien se passer dans la tête des criminels, va devoir aujourd’hui plus que jamais user de ce talent : c’est la cinquième disparition d’enfant signalée à Pretoria depuis la rentrée des classes. Aucune demande de rançon, et pas la moindre piste.
Louis-Ferdinand Despreez, Le noir qui marche à pied, Éd. Phébus, 2008

A la Body Armour, société de protection des puissants, les gorilles sont chargés d’intimider les malfaiteurs - les invisibles, qui ne paient pas de mine, étant des gardes du corps bien plus redoutables.
Invisible, Lemmer a fait quatre ans de taule pour meurtre et tente de refaire sa vie lorsqu’on lui confie une nouvelle mission: protéger la belle et frêle Emma Le Roux, patronne d’un cabinet de consultants. Il va la voir et écoute son histoire. Elle lui dit avoir vu son frère à la télé. Il est soupçonné d’avoir tué un sorcier et des braconniers dans la province de Mpumalanga et serait en fuite. Seul problème: ce frère est censé être mort depuis longtemps.
Emma appelle la police et accepte l’idée qu’il s’agirait d’une erreur. Mais, deux jours plus tard, trois hommes essaient de la tuer. Lemmer, qui la prenait pour une folle, décide de l’aider dans son enquête. Qu’elle lui mente sûrement n’a plus d’importance: lui aussi veut savoir.
Deon Meyer, Lemmer, l’invisible, Éd. Seuil (policiers), 2008

Enfant, Ali Neuman a fui le bantoustan du KwaZulu pour échapper aux milices de l’Inkatha, en guerre contre l’ANC, alors clandestin.
Même sa mère, seule rescapée de la famille, ne sait pas ce qu’elles lui ont fait. Aujourd’hui chef de la police criminelle de Cape Town, vitrine de l’Afrique du Sud, Neuman doit composer avec deux fléaux majeurs : la violence et le sida, dont le pays, première démocratie d’Afrique, bat tous les records. Les choses s’enveniment lorsqu’on retrouve la fille d’un ancien champion du monde de rugby cruellement assassinée dans le jardin botanique de Kirstenbosch.
Une drogue à la composition inconnue semble être la cause du massacre. Neuman qui, suite à l’agression de sa mère, enquête en parallèle dans les townships, envoie son bras droit, Brian Epkeen, et le jeune Fletcher sur la piste du tueur, sans savoir où ils mettent les pieds. Si l’apartheid a disparu de la scène politique, de vieux ennemis agissent toujours dans l’ombre de la réconciliation nationale.
Caryl Férey, Zulu, Éd. Gallimard (Série noire), 2008

Jacques Rancourt, Anthologie de poésie antillaise et guyanaise de langue française, Éd. Le temps des cerises, 2006
L’anthologie que voici propose une lecture décloisonnée de la poésie martiniquaise, guadeloupéenne et guyanaise, allant des premiers aînés novateurs et authentiques, nés dans les années 1880 et 1890, jusqu’aux contemporains, dont les plus jeunes sont apparus aux abords des années 1960.
Le lecteur pourra ainsi observer comment les mêmes thèmes, d’un lieu ou d’une génération à l’autre, se trouvent repris, modifiés, abandonnés ou enrichis, qu’il s’agisse de préoccupations collectives touchant l’histoire, la culture et l’identité, ou de méditations plus intimes de l’individu devant sa propre vie, devant la vie elle-même.
En savoir plus : le site des éditions Le temps des cerises

Abdellatif Laâbi, La poésie palestinienne contemporaine, Éd. Le temps des cerises (poésie poche), 2002
Les poètes palestiniens ne peuvent écrire qu’avec ce qu’on leur a usurpé. Le monde est pour eux celui qu’ils ont à réinventer en partant de ce qu’il y a de plus enfoui et de plus douloureux en eux. Dans la premère éditions, parue en 1990, Abdellatif Laâbi concluait son introduction ainsi : “Les poètes palestiniens sont peut-être des poètes de l’urgence, mais l’urgence qui est la leur n’est pas celle qui s’arrête à la cause immédiate du poème. C’est une urgence de la poésie.”
En savoir plus : le site des éditions Le temps des cerises

Bernard Magnier, Poésie d’Afrique au sud du Sahara : 1945-1995, Éd. Actes Sud/Unesco, 2000
Bernard Magnier, a réuni ici, par-delà les frontières territoriales, des textes de l’ensemble du continent africain, à l’exception du Soudan et des pays situés au nord du Sahara. Écrits en français, traduits de l’anglais, du portugais, de l’espagnol mais aussi du swahili, du haoussa, du yoruba, du wolof… ou du pidgin-english, de l’afrikaans et du créole cap-verdien, les poètes se suivent, se côtoient, sans autre forme de classement linguistique, national ou régional si ce n’est celui de l’ordre alphabétique de leurs patronymes. Et de cette incroyable diversité naît une mosaïque vivante qui est aussi une première éditoriale.
En savoir plus : le site des éditions Actes Sud

Bruno Essard-Budail, Anne Cillon Perri, Fernando d’Almeida, D’aujourd’hui, 15 poètes camerounais, Éd. du CCF de Douala/Les cahiers de l’estuaire,2007
D’Aujourd’hui est une anthologie de quinze poètes camerounais en toute liberté.«Nous ne donnons qu’un relevé de ce qui s’écrit dans le domaine de la poésie camerounaise d’expression française. Des voix singulières s’imposent dans le cliquetis des images hardies. Par leurs sténographies de la réalité, les poètes camerounais prêtent leurs oreilles aux grammaires identitaires, anthropologiques qui soulèvent leur existence méditante. Ce sont des écrivains toujours capables de rentrer dans le répertoire oral tout en s’ancrant dans la modernité bavarde.
Ils sont prompts à fédérer l’antan et l’anthume en faisant rentrer l’oeuvre produite sous la loi du merveilleux, en participant à l’écriture du monde.»
En savoir plus : L’intégralité de D’aujourd’hui dans la bibliothèque numérique

Faisant preuve d’une ignorance de l’histoire, ou avec la volonté cynique de la falsifier, le discours de Nicolas Sarkozy sur l’Afrique se veut l’écho d’une opinion répandue : les Africains sont les premiers responsables de leurs malheurs. (”l’homme africain n’est pas assez entré dans l’Histoire” et il est donc le premier agent de sa propre marginalisation).
Une telle assertion sert à justifier le refus d’un discours de vérité sur la colonisation (quelques temps plus tôt des députés de droite avançaient des effets “positifs” de la colonisation) et la stagnation ( pour ne pas dire la baisse) de l’aide publique au développement ; elle explique aussi la perpétuation d’une mentalité de conquérants chez certains “humanitaires”.
Nicolas Sarkozy évoque la rencontre de la culture africaine avec la modernité et développe le vieux discours du ” continent sans Histoire “.
Le discours de Dakar a provoqué une onde de choc en Afrique, en Europe et particulièrement dans la communauté des historiens. Après le temps de l’indignation vient celui de la réflexion. Cinq universitaires africains et français ont décidé de réagir pour s’opposer à un véritable déni d’histoire. Chacun des auteurs a choisi son angle d’attaque ; la place de l’Afrique dans l’histoire universelle, la persistance de l’imaginaire colonial, les pesanteurs de la tradition raciste à l’égard des Noirs, l’absence remarquable de l’Afrique dans le contenu de l’enseignement en France et la richesse du débat historiographique en Afrique.
Si les réactions d’indignation prises à chaud ont été salvatrices, le discours de Dakar méritait des réponses documentées. Le premier livre de la collection Disputatio réunit les meilleurs historiens français et africains et apporte un regard croisé sur le discours de Dakar. Afin de remettre les choses à leur juste place et de montrer qu’en France aussi le discours du président n’est pas un sentiment partagés par tous, loin s’en faut !

Jean-Pierre Chrétien , Pierre Boilley , Achille Mbembe , Ibrahima Thioub , et al., L’Afrique de Sarkozy : Un déni d’histoire, Éd. Karthala (Disputatio), 2008

Passées les réactions vives et indignées qu’a suscitées, chez les Africains, le discours de Nicolas Sarkozy, ses déclarations sur l’immobilisme du continent africain ou encore la non responsabilité de la France dans ses problèmes actuels nécessitaient une riposte argumentée, dépouillée de toute considération émotive. C’est dans le but d’éclairer le président Sarkozy, mais aussi son entourage et, plus généralement, le grand public sur la réalité de l’histoire africaine qu’Adame Ba Konaré a lancé, en septembre 2007, un appel remarqué à la communauté des historiens.
Cet ouvrage est le résultat de cette mobilisation : une vingtaine de contributions de spécialistes de notoriété internationale ou de plus jeunes chercheurs, africains et européens, qui abordent chacun avec rigueur et précision un pan de l’histoire riche, complexe et trop souvent méconnue du continent. La construction à la fois chronologique et thématique de l’ouvrage permet de réfuter point par point les poncifs hérités de l’ethnologie coloniale véhiculés par le discours de Dakar et de prodiguer plus largement une véritable leçon d’histoire pour enfin changer le regard porté sur l’Afrique. Cette riposte n’est pas une affaire d’Africains blessés dans leur dignité, mais une affaire d’historiens, ceux du Nord comme du Sud. Un fédéralisme intellectuel qu’illustrent notamment l’ouverture de l’ouvrage sur la préface d’un des historiens africains les plus connus, Elikia M’bokolo, et sa clôture sur le témoignage de la philosophe Catherine Clément.

Adame Ba Konaré (dir.), Précis de remise à niveau sur l’histoire africaine à l’usage du président Sarkozy, Éd. La Découverte, 2008

Lire les premières pages de Précis de remise à niveau sur l’histoire africaine à l’usage du président Sarkozy
Lire
un interviou d’Elikia M’Bokolo dans Le Monde Diplomatique parlant de l’histoire et de l’esclavage.

Pour faire suite à Fernando d’Alméida qui a publié Dans l’ailleurs de l’ailleurs : Tombeau d’Aimé Césaire que opoto a mis en ligne dans sa bibliothèque numérique.

Le poète Jean-Pierre Siméon parle de Césaire et de sa poésie  brûlante actualité dans un article publié par L’Humanité :
« J’écris dans les silences de l’action »
Ce que dit en effet la formule de Césaire, inscrivant le travail d’écriture dans l’intervalle d’une action continue qui signifie présence pleine et entière dans le débat actif de la cité, c’est que la poésie a partie liée avec le geste de l’homme, qu’elle est l’anticipation et l’écho de l’engagement dans les affaires humaines, leur intériorisation et leur validation à la fois.
…/…
À l’heure par exemple des centres de rétention et des directives pleutres de la Commission européenne en matière d’immigration, derniers avatars de ce colonialisme qui nous colle à la conscience comme une mauvaise glu, il nous faut être poètes, oui, plus que jamais, c’est-à-dire rebelles et solidaires, et que forgée dans les silences de l’action, notre écriture tremble du bruit du monde, que la rumeur multiple de nos poèmes soit cette « arme miraculeuse » dont rêvait Aimé Césaire.
Lire l’article de Jean-Pierre Siméon

Le Nègre fondamental s’en est allé…La Martinique et tous les Damnés de la terre lui rendent hommage… : exposition en ligne sur le poète, sa vie son œuvre et son emprise dans l’histoire. Voir l’expo

Hommage BD par Serge Diantantu
Voir son site

Enfin le site hommage, avec des témoignages, des vidéos …

Remember Ruben, publié en 1974, est un roman important. D’une histoire individuelle, celle de Mor-Zamba l’enfant abandonné, Mongo Beti raconte l’histoire complexe et douloureuse de la décolonisation du Cameroun.
Écrit dans un style fluide et attachant, ce roman nous entraîne en Afrique entre les années 30 et 60. Le lecteur se retrouve plongé au milieu des populations, de leur vie et de leurs préoccupations. On découvre que la guerre fratricide des blancs pourtant mondiale (le “monde” se pensait-il déjà sans l’Afrique ?) ne présente que peu d’intérêt pour l’homme de la brousse. Mais également que la politique coloniale française d’après-guerre, comme toute colonisation, est profondement injuste. Et malgré tout, qu’il faut bien vivre au quotidien dans les villages et les bidonvilles, au rythme des petits trafics, des sales boulots et de la débrouille.
Mor-Zamba était un enfant sans racines lorsqu’il arriva à Ekoumdoum. Et la peine qu’il eut à se faire adopter par le village témoigna que l’époque basculait dans un monde nouveau, aux règles brouillées par la colonisation. Raflé par les Blancs avec des milliers d’autres, il découvre Fort-Nègre, l’immense ville coloniale, et son pendant noir, Kola-Kola, fabuleux bidonville où il participera à la lutte contre l’occupant Blanc. Dans ce livre majeur de la littérature africaine, Mongo Beti, romancier féroce, mais pas dénué d’humour, conte avec ferveur les bouleversements de l’Afrique à la veille des Indépendances au moment où le mouvement indépendantiste prend de l’ampleur sous l’impulsion de Ruben Um Nyobé, la figure emblématique du combat, sorte de Che Camerounais dont les partisans peignent le nom, la nuit à la peinture rouge sur les murs de la ville.
Écrivain Camerounais francophone décédé en 2001, Mongo Beti, fait partie de ces consciences de l’Afrique, de ces intellectuels qui ont préféré la vérité aux compromissions. La vérité sur les colonisateurs Français, mais également la vérité sur les dictateurs qui leur ont succédé.
Dans son Dictionnaire de la négritude Mongo Béti parle de Ruben um Nyobé en ces termes : “Si le mot miracle peut s’appliquer à une destinée, c’est bien à celle du fondateur du nationalisme radical camerounais [...]. Sa prédication n’a duré que dix années. Les notables se sont rarement mêlés aux foules qui l’escortaient, composées pour l’essentiel de jeunes, de miséreux, de femmes, d’exploités, en somme de victimes.”
Remember Ruben est un moment de notre histoire commune méconnue, et qu’importe la couleur de peau, à découvrir avec intérêt.
Lire un entretien de Mongo Béti dans l’Humanité à propos de la réédition de Remember Ruben.
En savoir plus sur Mongo Béti.

Le 13 septembre 1958, il y a cinquante ans, était tué Ruben Um Nyobè. C’est dans une forêt de Sanaga Maritime, dans le sud du Cameroun, qu’une patrouille française qui traquait depuis des mois le secrétaire général de l’Union des populations du Cameroun (UPC) repérera son objectif. Et l’abattit comme un animal sauvage. Son corps fut traîné jusqu’au chef-lieu de la région, où il fut exhibé, défiguré, profané. « Le Dieu qui s’était trompé » est mort, annoncera triomphalement un tract tiré à des milliers d’exemplaires. Le corps de Ruben Um Nyobè fut coulé dans un bloc de béton.
Cinquante ans après son assassinat, le nom de Ruben Um Nyobè est presque oublié en France. Au Cameroun, en revanche, il reste l’objet d’une immense admiration. Mais cette admiration populaire est restée longtemps contrariée, toute référence à Um Nyobè et à son parti, l’UPC, ayant été interdite par la dictature d’Ahmadou Ahidjo mise en place en 1960 avec le soutien de l’ancienne métropole. La moindre évocation de Um Nyobè était considérée par le pouvoir en place comme « subversive » et sévèrement réprimée. Sa mémoire ne put être perpétuée que dans la clandestinité ou dans l’exil.
Lire le suite de la formidable histoire de Ruben sur Le monde Diplomatique.

Des infos, des livres, de la culture, etc…, voici l’univers netvibes d’opoto. Il est centré sur le livre et la lecture. Les mises à jour sont automatique dès qu’une actualité parait. Plus la peine de passer un temps infini sur big brother google pour suivre vos sites et blogues préférés : créez votre netvibes personel et vous pourrez rajouter vos propres choix ou/et piocher sur Les routes d’opoto.

Le poète camerounais Anne Cillon Perri était en Centrafrique, en début d’année, à l’invitation de l’alliance franco-centrafricaine. Des rencontres et ateliers d’écritures organisés à Bangui il est revenu avec un projet : éditer cinq poètes centrafricains (Romain Bally-Kenguet Sokpe, Jeanne de Chantal Wodobode, Georgette Koyt Deballe, Honoré Douba, ). Son travail acharné est récompensé. Aujourd’hui les éditions Ifrikiya publient Dans le buisson de l’espoir : Cinq poètes centrafricains à Yaoundé (Cameroun). Après D’aujourd’hui : 15 poètes camerounais (publié aux éditions du CCF de Douala en 2007), c’est un nouvel opus de la poésie contemporaine d’Afrique Centrale que nous pouvons découvrir.

Quelques extraits en guise de mise en bouche :

Jeanne de Chantal Wodobode
La part du rêve
Tu n’as pas compris
Tu ne comprendras jamais rien
Trêve de malices
De toi je ne désire rien
A quoi servirait un cadeau
Qui conduit à la haine
Arrêtons la ruse et les mesquineries
Chaque chose a son temps
Un espace une dimension
Le passé est vraiment passé
Tournons nous vers l’avenir
A quoi servirait un geste de toi
Quelle est la part du rêve
Quand il y a inconscience
Et lorsqu’il n’y a plus d’espérance

Georgette Koyt Deballe
Drôle de saison

Drôle de saison dans ma conscience en friche
Putain d’existence
Je beugle
En rêvant d’un ailleurs
Drôle de saison dans ma conscience en friche
Soucis et errance
Absence de pluie
Pour laver mes jours
Drôle de saison dans ma conscience en friche
Je marche comme un mendiant
Toujours badigeonné de kaolin
Drôle de saison dans ma conscience en friche
Grisaille qui mitraille
Grisaille qui cisaille

Sur les ailes des sens
Chaleur moite
Douceur chaude
Caresses furtives
Contacts subtils
Toucher suave
Froufrous soyeux
Odeurs fleuries
Baisers fondants
Repos électrique
Senteurs âcres
Images troubles
Fièvre abdominale
L’amour s’envole
Sur les ailes des sens
Et bouleverse leurs rôles
Sans aucune décence
Frétillement avide
Rencontre idyllique
Veille survoltée
Fatigue assouvie

Honoré Douba
Matin d’un jour radieux

Le soleil glisse nonchalant et jovial,
Sur la colline à la crête sombre
Où rivalisant avec les singes,
Les oiseaux annoncent le jour radieux.
Sur la pointe des pieds
La nuit honteusement s’en va
Charognards et éperviers affamés
Tourbillonnent planent et guettent
Dans une gigantesque villa blanche
René frénétiquement danse
Il rêve de manger sous un tamarinier
Un dimanche bien garnie
Le chat tourne en miaulant
Vers l’horizon lointain et infini
Le soleil poursuit sa glissade torride
Entraînant ses rêves dans le cul de l’utopie

Plus sur les éditions Ifrikiya.
D’autres nouvelles sur le blogue d’Anne Cillon Perri.