James Crumley est mort le 17 septembre, à Missoula dans le Montana, où il vivait depuis quarante ans.
Né en 1939, James Crumley est le fils d’une famille modeste. Au départ peu passionné par la littérature, le jeune James va découvrir la chose romanesque au cours d’un séjour dans l’armée. Au terme de son engagement, il reprend ses études, devient professeur de littérature et rejoint l’université de Missoula en 1966.
C’est ici qu’il va écrire son premier roman, Un pour marquer la cadence (1969) qui sera ignoré à la fois par la critique et par le public. Il écrira dix autres romans et un recueil de nouvelles qui seront pour l’essentiel édités ou réédités dans la Série Noire. Aujourd’hui il est aujourd’hui considéré comme l’un des maîtres du roman noir américain. La plupart de ses romans a pour personnages principaux des héros désabusés, Milo ou Sughrue, toujours en route pour des batailles perdues d’avance dont ils se sortent en général par miracle et en mauvais état. Crumley décrit une Amérique profonde, plongée dans des univers sordides fait de magouilles et d’horreurs, hantée par la guerre du Vietnam et toutes les saloperies dont l’homme est capable, définitivement perdue dans son rêve de grandeur.
James Crumley aimait dans le désordre les bars, la bagarre, l’alcool, les drogues, les femmes, parler de livres et de poésie. Les bons vivants font rarement de beaux vieux.
On ne croisera plus de nouvelles aventures de ces deux détectives Milo et Sughrue. Faudra s’y habituer. Dommage, mais il nous reste ses livres, et on peut toujours faire tourner la calebasse en discutant de ses anti-héros et de son bouledogue alcoolique, qui siphonne de la bière dans des cendriers.
La contrée finale, Éd. Gallimard (Folio policier), 2004
La contrée finale, c’est le pays des mensonges. À Gatlin County, Texas, les choses et les gens ne sont jamais exactement tout à fait ce qu’ils paraissent. Milo Milodragovitch est enfin riche. Il s’ennuie et son couple bat de l’aile. Aussi, pour passer le temps, accepte-t-il de reprendre du service comme privé. Retrouver une épouse en fuite lui fait croiser la route d’Enos Walker. Énervé, black, un mètre quatre-vingt-dix-huit, cent soixante kilos et le crâne luisant comme le chemisage d’une balle blindée, ce dernier est le sésame pourri qui ouvre sur toutes les corruptions. Un premier cadavre et Milo devient à son tour une cible. Les ennuis ne font que commencer.
Folie douce : Une enquête du privé C.W. Sughrue, Éd. Gallimard (Folio policier), 2007
L’increvable C.W. Sughrue, après s’être ramassé une balle dans le ventre au Mexique, est revenu dans sa bonne ville de Meriwether, Montana, pour se refaire une santé. C’est sans compter sur ses ennemis de toujours, police, mafia ukrainienne ou psychopathes locaux, bien décidés à lui faire la peau. Le pire danger, pourtant, est ailleurs. Un ami très proche, psychiatre ambigu connu sur les champs de bataille du Vietnam, lui demande d’identifier la personne ayant piraté les dossiers confidentiels de ses patients. L’enquête vire au cauchemar. Gavé d’alcool, de drogues et de sexe, Sughrue se bat pour garder à distance la folie qui le guette. Une première femme se décapite sous ses yeux. Une autre se mutile. Entraîné dans une quête crépusculaire et insensée, le privé devra exhumer des pans entiers d’un passé plus que trouble. Rien ne lui sera épargné : pas même sa propre histoire…
Les serpents de la frontière, Éd. Gallimard (Folio policier), 2000
Milo et Sughrue sont réunis dans la même galère. Milo demande à Sughrue de l’aider à récupérer son héritage subtilisé par un banquier, Sughrue accepte à condition que Milo l’aide à démasquer la bande de Mexicains qui a mis un contrat sur sa tête. Les deux héros parcourent les États-Unis du Montana au Sud -Texas en portant sur les années 90 un regard désabusé.
Extraits :
Les temps et les gens changent, même les lois changent, et là, aucune indemnité n’est prévue. Durant presque quatre-vingts ans, la seule façon de divorcer chez nous, c’était d’accuser sa moitié d’adultère ou mieux, de la prendre sur le fait. Rien d’autre ne valait, pas même la folie ou les violences physiques. Et depuis dix ans que j’avais démissionné de mon poste d’adjoint au shérif, j’avais bien gagné ma vie grâce à cette législation antédiluvienne. Mais un jour, pris de frénésie à la clôture d’une cession extraordinaire, les législateurs de l’État me retirèrent mon gagne-pain en humanisant cet article du code civil. A présent, l’annulation du mariage peut-être prononcée pour incompatibilité d’humeur manifeste. Tenants et adversaires de la nouvelle loi furent frappés de la même stupeur devant l’initiative inattendue de nos représentants, mais personne ne fut aussi sidéré que moi. Je passai les deux jours qui suivirent à broyer du noir dans mon bureau, picolant sec et admirant la vue depuis mes fenêtres en évaluant les affligeantes perspectives d’un avenir soudain bien compromis. (in Fausse piste)

Je considérais un instant le joint, puis décidai de tirer une petite taffe, juste pour me décontracter. Je pourrais toujours m’arrêter au Willomot Hill Bar pour y prendre une bière, avaler deux amphés, fumer un pétard ou deux pour trouver dans la défonce un ersatz au courage qui me manquait.
Selon la bonne vieille tradition américaine. (in Fausse piste)
Quand j’ai finalement rattrapé Abraham Trahearne il était en train de boire des bières avec un bouledogue alcoolique nommé Fireball Roberts dans une taverne mal en point juste à la sortie de Sonoma, en Californie du Nord ; en train de vider le coeur d’une superbe journée de printemps. (in Le dernier baiser)