Archive for août, 2008

Francis Lacassin est décédé dans la nuit du 12 août. Journaliste, essayiste, et éditeur, il demeura surtout un inconditionnel des oeuvres oubliées, des auteurs déclassés et un dénicheur de trésors littéraires.
Né en 1931 dans le Gard, il apprend à lire dans Le Journal de Mickey, entre les étalages de l’épicerie-bazar que tiennent ses parents dans un petit village près d’Alès.
Il commence à lire, à troquer des cigarettes contre des ouvrages d’Edgar Rice Burroughs, père de Tarzan, et très certainement l’un des tout premiers mentors de Lacassin. Après de brèves études de littérature à Montpellier et diverses collaborations dans des journaux locaux, il monte à Paris, et passe ses journées à la Cinémathèque française. Sa passion du grand écran l’amène à travailler en tant que scénariste, notamment avec Georges Franju pour Judex (1963), et à publier un brillant manifeste en 1972, Pour une contre-histoire du cinéma.
En Algérie, pendant la guerre, il cède un Sagan contre La mort est du voyage et Faux et usage de faux de Thomas Narcejac, l’un des maîtres du roman policier qu’il admire autant que Pierre Boileau.
Mais sa carrière prend un tour décisif en 1961, lorsqu’il crée avec deux nostalgiques de l’enfance, le cinéaste Alain Resnais et la sociologue Evelyne Sullerot, « le Club des bandes dessinées », qui devient bientôt le Centre d’études des littératures d’expression graphique (CELEG). Jean-Claude Forest, le futur créateur de Barbarella, Federico Fellini, Pierre Lazareff, Umberto Eco, et Morris entre autres collaborent activement à la revue du club, Giff Wiff, tentant de légitimer un art encore marginalisé. Lacassin le premier montera au créneau en lançant dans ces colonnes la notion de «neuvième art». Son audace lui vaudra la première chaire d’histoire de la bande dessinée à la l’Université de la Sorbonne (Paris I) en 1971. L’année suivante, il publie Pour un neuvième art : la bande dessinée.
Les années soixante sont pour lui celles des rencontres. «Il faut avoir le goût des êtres exceptionnels» Ce sera Jean-Jacques Pauvert en 1964, éditeur de la revue Bizarre avec qui il noue un lien privilégié et réalise un numéro historique sur Tarzan. En 1969 il rencontre Simenon.
Tout en exerçant son activité de journaliste à l’Express et au Point, il se consacre pleinement à l’édition aux côtés d’Eric Losfeld, de Christian Bourgois (pour la collection «10/18» à partir de 1971 et jusqu’en 1990), et de Guy Schoeller (pour la collection «Bouquins» au sein de Robert Laffont de 1982 à 2000), avec la volonté de révéler les auteurs méconnus, ou de défricher les oeuvres inconnues d’auteurs trop connus… Aux politiques d’éditeurs, «croque-morts qui enterrent leurs auteurs avant qu’ils ne soient morts pour pouvoir les remplacer plus vite, selon les besoins de la société de consommation», il oppose un anticonformisme fondateur.
L’oeuvre intégrale de Jack London (dont il racontera la vie dans Jack London ou l’aventure vécue, éd. Christian Bourgois), les inédits de Lewis Carroll, Robert-Louis Stevenson, jusqu’aux Mémoires de Casanova , tout en enquêtant sur Léo Malet aux Etats-Unis, Francis Lacassin favorise l’essor du genre policier et fantastique, faisant figure de pionnier (il réédite Boileau-Narcejac, les aventures de Fantomas), et façonnant petit à petit son idée de la littérature, synonyme de partage et d’échange. Outre de nombreux essais, parmi lesquels Mythologie du roman policier (éd. Christian Bourgois, 1974), Mythologie du fantastique (éd. du Rocher, 1991), Le Cimetière des éléphants (Encrage éditions, 1996), il revient en 2006 sur son formidable parcours d’homme de lettres avec le 1er tome de ses mémoires Sur les chemins qui marchent (éd. du Rocher). Evoquant sa passion de la littérature, il confiait : «Je me suis retranché de ce monde. Je ne suis plus de ce monde, je suis entre les livres».
Ce qu’il faut aussi retenir c’est son engaggement sans faille pour le livre, la littérature et les auteurs. Ce fût un passeur de mots…

Que serait Tintin s’il vivait dans le monde d’aujourd’hui ? C’est ce qu’a tenté d’imaginer le professeur de littérature Antonio Altarriba, qui a publié en espagnol Tintin et le lotus rose . Aujourd’hui, Tintin travaille pour la presse people, le capitaine Haddock est alcoolique (c’est pas nouveau) et le Professeur Tournesol est à l’asile. Et Milou est mort.
« Je dépeins un héros crépusculaire, dit l’auteur. Dans ma fiction, Tintin est en crise existentielle, il suit une psychanalyse car il souffre du syndrome du protagoniste déchu. Il est surtout condamné à travailler comme reporter pour la presse sensationnaliste ! ». Avec tout cela, on s’éloigne du petit journaliste asexué des anciennes aventures. Dans le Lotus rose, Tintin est un amant insatiable, dragueur et va même jusqu’à connaître bibliquement Catherine Deneuve. Là où les héritiers d’Hergé, de la société Moulinsart, accusent Antonio Altarriba de pervertir l’essence même du personnage celui ci explique : “Les héritiers imposent une lecture unique du récit. Leur censure est une atteinte à la créativité”. Moulinsart a obtenu très récemment le retrait du Lotus rose des ventes.

Il y a quelques temps c’est Tintin au Congo qui posait problème.
Le Mrap (Mouvement contre le racisme et pour l’amitié des peuples) a adressé une lettre aux Editions Casterman. Dans ce courrier, est demandée la publication d’un appel à la vigilance contre les “préjugés racistes” dans toute nouvelle édition de l’album Tintin au Congo.
Attaché “à la liberté d’expression”, le Mrap considère que Tintin au Congo, bien qu’il soit un document historique, contient des préjugés racistes. C’est pourquoi, “pour toute nouvelle édition, un avis aux lecteurs éclairant le contexte historique de l’ouvrage et signalant les préjugés racistes qu’il contient doit être inséré”.
Mais si l’on reconsidère les aventures de Tintin et Milou que penser de Tintin au pays des soviets, de Tintin en Amérique ? Et plus généralement de la place des femmes dans la plupart des histoires, et de l’image quelles renvoient ? Et quand à pousser le bouchon plus loin il suffit de relire les BD des années d’après guerre pour s’apercevoir, qu’à part celles publiées par Vaillant/Pif, il n’y aurait pas grand chose à garder aujourd’hui.

Tintin a déjà subit moult censures mais souvent pour des raison économiques plutôt qu’idéologiques. Hergé a sans cesse remanié ses histoires pour des raisons commerciales (Il ne fallait pas que l’on voit le capitaine Haddock boire à la bouteille, le même Haddock ne pouvait pas être battu par un noir pour l’édition américaine : le personnage fut remplacé par un arabe. Et aujourd’hui pour la prochaine édition américaine, en pleine croisade bushienne anti “terroristes”, le personnage ne va t’il pas paraitre trop bronzé ?).
Ce qui nous ramène à Tintin et le lotus rose. Les héritiers sont beaucoup plus intéresses par les matelas de billet plutôt que par une quelconque éthique “tintinesque”. Sinon autoriseraient-ils tous ces produit dérivés, souvent de mauvais goût, que l’on peut trouver dans les boutiques à touristes ?

Lire la suite des aventures de Tintin au pays de la censure

Pour le plaisir une petite vignette tirée d’un album pastiche :
Le mariage de Tintin

L

Voilà bien longtemps (trop ?) que je n’avais pas lu un Très bon polar. Pas un bon polar, ça heureusement tout les mois j’en déniche plusieurs (bien que depuis la mort de Fajardie cela devient forcement plus rare), mais un Très bon c’est assez exceptionnel. D’autant que c’est un vieux polar écrit il y a quarante ans. D’une histoire classique (un privé enquête sur le passé d’une femme pour le compte d’un richard qui songe l’épouser), Howard Fast fait un chef d’œuvre. Pas de coup de poing à chaque détour de page (juste une bagarre évoquée), pas de coup de pistolet (à la rigueur quelques coups de couteau), pas de rebondissements spectaculaires (même en cherchant bien), juste une histoire banale dans l’Amérique des années cinquante mais peuplée de personnages vivants, de ceux que l’on peut croiser au coin de la rue. Le détective privé n’a rien du type alcoolique en marge de la société, ses rapports avec la police ne sont pas forcement conflictuels.Ce n’est pas un fier à bras, une grande gueule ou un cynique mais quelqu’un de fragile, de sensible, de solitaire égaré dans la grande société américaine de l’après guerre. L’histoire ne comporte même pas d’intrigue. Le reçit nous entraine à Los Angeles, Pittsburg, El Paso, New York à travers une Amérique loin des clichets établis. C’est là toute l’originalité du livre. Fast, par petites touches délicates, se pose en témoin engagé de son époque. Même l’ “happy end” finale montre que la vie n’est pas faite de rêve américain mais d’incertitude, de choix, de volonté à s’engager… Oui, un Très bon livre.

Suite aux ennuis avec l’administration bien pensante des états unis d’Amérique et à un séjour en prison pour activités anti-américaines Howard Fast pend le pseudonyme d’E.V. Cunningham et écrit une vingtaine de polar. Il a aussi publié un livre de mémoires fort intéressant : Mémoires d’un rouge (en poche chez rivages/noir).
En savoir plus
sur Howard Fast


Howard Fast, Silvia, Ed. Rivages (noir, n°85), 1992 (encore disponible)

Régulièrement, suite aux heureuses idées de Francis Lacassin à partir des années 70 (chez 10/18 puis chez Laffond dans la collection bouquins), Jack London est publié, re-publié (voir la collection Libretto éditée par Phébus) ; les anciennes traductions du méritant Louis Postif, qui fit connaître London en France, sont revisitées, dépoussiérées, augmentées ; on découvre même quelques (trop) rares nouveaux écrits comme Les carnets d’un trimard sorti des oubliettes par une jeune biographe partie sur les traces du grand Jack.
Cette jeune biographe, Jennifer Lesieur, vient d’ailleurs de sortir une somme chez Tallendier.
J’ai pour ma part une certaine tendresse pour le Jack London ou l’aventure vécue publié naguère (et aujourd’hui épuisée, sauf, peut être chez les -très bons- bouquinistes) chez Bourgois (excusez du peu !) par Francis Lacassin.
Sans oublier le livre hommage de Charmian, le femme et complice de Jack avec de somptueux dessins de Baudouin. Il faut aussi signaler le numéro  de la revue Europe.
Réduit trop souvent à un auteur d’historiettes pour jeune public, ses  écrits (romans, nouvelles, récits) analysent la société, l’homme, la vie, avec une acuité et une pertinence bien dérangeante pour ses compatriotes américains et leur chauvinisme bien pensant teinté de bondieuseries sectaires. A tel point que les lecteurs américains qui veulent lire les ouvrages de London on tout intérêt à apprendre le … français.

Voici ce que l’on peut trouver en ce moment sur les étals des (bonnes) librairies :

Le trés beau et émouvant livre de Charmain Kittredge London, son épouse et complice, illustré par Baudouin.
Jack London, Charmian Kittredge London et Baudouin, Éd. Pierre Terrail, 2006

Jack London (1876-1916) fut l’écrivain le plus lu et le mieux payé des Etats-Unis au début du XXe siècle. Mondialement connu grâce à Croc-Blanc et à L’Appel sauvage, on lui colla hâtivement l’étiquette d’écrivain pour enfants, alors qu’il n’a pratiquement rien écrit pour la jeunesse. Mort à quarante ans en pleine gloire, il aura vécu mille vies en une : ouvrier en usine dès son plus jeune âge, pilleur d’huîtres, patrouilleur des mers, chasseur de phoques, chercheur d’or, reporter, correspondant de guerre, agriculteur… Mais surtout, il fut un écrivain autodidacte doué d’une énergie folle, prolifique comme peu d’autres. Il s’est servi de sa notoriété pour servir la cause socialiste, dont il fut l’un des premiers militants actifs.

Jennifer Lesieur, Jack London, Éd. Tallendier, 2008

Un grand roman d’aventures, qui séduit par son exotisme et son féminisme.
Un tableau sans concession du monde austral: climat malsain, exploitation des autochtones par les Blancs, racisme…
Roman d’aventures et d’action, L’Aventureuse (1911) se déroule dans les îles Salomon, à Guadalcanal notamment. Confronté aux pires difficultés – perte de son navire, révoltes des indigènes –, un planteur anglais, David Sheldon, voit un naufrage faire échouer sur son rivage une jeune Américaine, Joan Lackland, au comportement bien indépendant, et aux idées bien novatrices… qu’il finit néanmoins par accepter pour associée. La jeune femme n’étant pas du genre à jouer les seconds rôles, les frictions sont nombreuses. Mais quand un troisième larron chercheur d’or entre en scène, et que l’amour s’en mêle… la situation devient explosive !
Jack London, L’aventureuse, Éd. Phébus (collection Libretto), 2008

Mars 1894, Jack London a 18 ans. Il traverse les États-Unis avec « l’Armée de Kelly », une marche de protestation constituée de chômeurs et de laissés-pour-compte d’un 1929 avant l’heure. Entre raisin et colère, il bifurque, puis vagabonde seul, apprend, découvre. Ce texte est le premier écrit attesté de London. Composé comme le journal d’un chemineau dans un argot novateur et savoureux, il radiographie les États-Unis en pleine crise économique (1894-1895) et contient en germe une découverte du socialisme.

Jack London, Le carnet d’un trimard, Éd. Tallendier, 2007

Dans Le Rêve de Debs, une nouvelle d’anticipation, Jack London ranime le spectre de la grève générale. Un matin, les notables de San Francisco s’éveillent et constatent qu’ils n’ont plus aucun employé pour les servir. Chauffeurs, cuisiniers, jardiniers, femmes de ménage, tous se sont mis en grève illimitée à l’appel du syndicat. Bientôt, les vivres manquent et la détresse des possédants progresse. Mais l’armée veille au grain. La Révolution attendra…
Au sud de la Fente, raconte les péripéties de Freddie Drummond, un sociologue de l’université de San Franscisco, qui étudie le monde ouvrier. Régulièrement, le très conventionnel habitant des quartiers riches troque son costume pour le bleu de travail et devient « Big Bill », le camionneur syndicaliste. Cette « observation participante » lui offre de la matière pour rédiger des ouvrages bien-pensants. Mais progressivement, Freddie « glisse » et se sent irrémédiablement attiré par cette société ouvrière dans laquelle les rapports sont plus francs, où la solidarité n’est pas un vain mot… Docteur Jekyll et Mister Hyde sur les piquets de grève…
En ces temps de reculs sociaux et d’arrogance des possédants, la verve unique de l’auteur de Martin Eden et de Le talon de fer a en effet un aspect rassérénant.

Jack London, Grève générale, Éd. Libertalia, 2008

Et enfin une belle BD de Chabouté tirée de Construire un feu.
Un homme en quête de fortune ou d’aventure, perdu en plein milieu du grand nord, tente de rejoindre ses compagnons… Dans ce désert de neige et de glace, rien d’autre que lui et un chien… Il lutte contre un froid effrayant de moins soixante degrés. Confronté aux forces de la nature, sa vie ne dépend que de quelques allumettes avec lesquelles il pourrait se faire un feu… Christophe Chabouté nous livre ici, avec talent une adaptation libre d’une des plus terribles nouvelles de l’auteur de Croc Blanc et de L’appel de la Forêt. Une histoire à l’intrigue très dépouillée, mais dont le moindre geste, simple et banal prend une dimension inquiétante et fantastique. Un récit où chaque situation devient démesurément oppressante.
Construire un feu , nous présente un homme livré à lui-même, face à un univers hostile et luttant jusqu’au bout de ses limites physiques et mentales !
Jack London et Chabouté, Construire un feu, Éd. Vents d’ouest, 2007

Dans la bibliothèque numérique du blogue des bibliothèques du Pays Marennes Oléron, bibliopmo, on peut aussi (re)découvrir Le peuple de l’âbime de Jack London

« Chez moi, le regard de la tête, c’est le rêve. Chez l’autre, ça
veut dire une chose ou une autre ou peut-être rien. Les langues
sont tellement compliquées qu’elles me font mal à la tête. Pour une

phrase dite en sango, écrite en français, la grammaire
francophone m’a taxé d’“argoteur” ou “Connais-pas-Français”.»

Benoît Kongbo,né en septembre 1979 à Bangui (Centeafrique), s’est intéressé aux arts plastiques (dessinateur et sculpteur il a participé à plusieurs expositions à Bangui) avant de se tourner vers l’écriture. Il est l’auteur de nombreux poèmes, nouvelles, romans et pièces de théâtre.
Il réside à Bangui où il a fondé et dirige l’Acrétat (Atelier de Création Tamtam Théâtre) et le Centre Baobab (maison des jeunes). En 2005 il est remarqué comme “plume émergente”par Notre Librairie, Revue des littératures du Sud.
Actuellement il est en résidence à l’Assoumiére (Yaoundé-Cameroun), dans la loge poétique du poète Anne Cillon Perri et prépare un roman.

Bibliographie (mais plein de textes attendent dans le tiroir de son bureau…)
Sous les tropiques du pays bafoué, roman, L’Harmattan, collection “Encres Noires”, 2005.
Balenguindi, recueil de nouvelles, L’Harmattan, août 2003.
Automate, poésie, extraits publiés dans la revue “Indicible frontière”, n° 5/6 juin 2003.
Siriri, adaptation du conte Il n’y a pas de petite querelle d’Amadou Hampâté Bâ, mise en scène par Hurel Régis Béninga, création à Bangui en novembre 2003.
L’Ombre et la vanité, mise en scène : Kocou Gbenakpon Yemadjé, festival “Déplaçons-nous” / Collectif 12 à Mantes la Jolie, en novembre 2007.
Paroles du coeur de l’Afrique. Edition bilingue français-sango, textes de : Michel Ouedane, Benoît Kongbo, Albert Kangbo, Pascal Roda. Editions du Jasmin, 2007.

Quelques mots sur deux de ses ouvrages disponibles en librairie :

Sous les tropiques du Pays Bafoué

La République du Fleuve était dirigée par le président Oligacha. Il était le premier président démocratique élu et se considérait comme le nouveau Moïse qui devait conduire son peuple longtemps opprimé par ses prédécesseurs à la Terre promise. Trois ans après son élection, des soldats de l’armée nationale se rebellèrent contre son régime. Comme un miroir à multiples facettes, ce livre présente cette période de troubles où Rapido la capitale du Fleuve a sombré dans la confusion, la haine, la division, la folie destructrice et meurtrière.
Benoît Kongbo

Balenguindi
A travers ce recueil de nouvelles, l’on découvre la vie des Centrafricains, enfants de la rue, chasseurs, chercheurs de diamants, pêcheurs des rives de l’oubangui. Une vie où se mêlent étroitement modernité et tradition, réalité et mystères .
Ce recueil exprime aussi la révolte d’une jeunesse contre la corruption, contre la misère des enfants de la rue et contre certaines pratiques héritées du passé comme l’excision.

Lire un texte de Benoît Kongbo : Naloléon (paru dans Notre Librairie, n° 158, 2005)

Voilà déjà un bon bout de temps que je pensais publier un petit quelque chose, modestement, pour saluer Marie-Claire Dati.
Marie Claire Dati Sabze est née à Edéa au Cameroun. Elle a fait des études à l’Ecole normale supérieure et à la faculté de Lettres de Yaoundé et elle les a poursuivies à l’étranger, en Angleterre, en Allemagne et aux États-Unis.
Connue pour sa poésie, elle est aussi comédienne et a monté plusieurs spectacles avec la troupe “Les Perles noires” puis avec celle du “Podium d’Or”. Marie Claire Dati a travaillé comme traductrice-interprète à l’Assemblée nationale du Cameroun. Mère de quatre enfants, elle vit ente Addis-Abeba et  Yaoundé.
Dati, pour qui « la femme d’Afrique est l’Afrique sans détours » a une force rebelle, par le mot juste, la couleur, le son de la nature et l’émotion humaine qui « dépasse en intensité les paroles de tendresse et les caresses des époux pendant la lune de miel ». Elle est sans doute l’une des meilleures figures de la poésie camerounaise. Son écriture, sans cesse nourrie par son audace stylistique et langagière, exprime le vécu amer d’un continent exsangue. Avec toutes les couleurs de l’Afrique ses dernières œuvres portent l’esthétique du français parlé au Cameroun.
René Philombe, à la fin du printemps des poètes 2000 à Yaoundé, la sacre princesse de la poésie Africaine.

Ses recueils de poèmes publiés :
Les écarlates, Éd. Sopécam, (collection espaces littéraires), Yaoundé, 1992
Les caillots de vie, Éd. Presses Universitaires de Yaoundé, Yaoundé, 2001
C’est comment, non ?, Éd. du CCF de Douala, Éd. Les cahiers de l’estuaire, Douala, 2006

Ainsi que les ouvrages collectifs :
Boulevard de la liberté, Éd. du CCF de Douala, Douala, 2005
D’Aujourd’hui : 15 poètes camerounais, Éd. du CCF de Douala, Éd. les cahiers de l’estuaire, Douala, 2007

Lire Marie-Claire Dati :
Poèmes dans la bibliothèque numérique
Une nouvelle : Le préfet et les maquisards

Le poète s’en est allé. Une nouvelle fois, loin de sa Palestine. Il semble que l’exil soit définitif. Mahmoud Darwich nous laisse ses textes en héritage. A le relire on comprend, qu’ancré dans le combat de toute une vie, il est parti bien trop tôt, bien trop jeune.
Mahmoud Darwich est né en 1941 à Al-Birwah, en Galilée, en Palestine sous mandat britannique, aujourd’hui Israël. Après l’établissement d’Israël en 1948, le village fut rasé entièrement et la famille Darwich s’enfuit au Liban, où elle resta un an, avant de rentrer clandestinement en Israël où elle découvre que leur village a été remplacé par une colonie juive. La famille s’installe alors à Dair Al-Assad.
Darwish a commencé ses études primaires à Dair Al-Assad, tout en vivant sous la menace constante d’être découvert et exilé par les autorités israéliennes. Son premier recueil de poésie fut publié quand il avait dix-neuf ans (Oiseaux sans ailes, 1960). En 1964, il sera reconnu nationalement et même internationalement comme une voix de la résistance palestinienne grâce à Feuilles d’olives.
En 1961, il rejoint secrètement le Parti Communiste d’Israël, et commence à travailler comme rédacteur adjoint de Al-fajr.
Il sera plusieurs fois arrêté et emprisonné pour ses écrits et activités politiques entre 1961 et 1967.
Assigné à résidence à Haïfa où il travaille comme journaliste, il s’exile au Liban de 1971 à 1982, rejoignant Beyrouth.
Après l’invasion du Liban par les israéliens, en 1982, le poète repart en exil, au Caire, à Tunis puis à Paris. En 1987, il est élu au comité exécutif de l’OLP.
Un an plus tard, en 1988, un de ses poèmes, En traversant les mots passants, est discuté à la Knesset; il est accusé de souhaiter voir partir les Juifs d’Israël. Mahmoud Darwich s’en défendra en expliquant qu’il voulait dire qu’ils devaient partir de la Bande de Gaza et de Cisjordanie. Le poète écrivit :

Alors quittez notre Terre
Nos rivages, notre mer
Notre blé, notre sel, notre blessure

En 1993, après les accords d’Oslo, Mahmoud Darwish quitte l’OLP, protestant contre l’attitude conciliante de l’Organisation dans les négociations et préfèrant une paix mais une paix juste.
Il continue à être rédacteur en chef du magasine Al-Karmel, et vit à Paris avant de retourner en Palestine en 1995, ayant reçu un visa pour voir sa mère. Il eut ainsi la permission de retourner en Palestine pour les funérailles de son ami l’écrivain Emile Habibi et de visiter la ville où il a vécu mais pour quelques jours seulement. Il reçoit une autorisation de séjour des autorités israéliennes et s’installe dans une ville de Cisjordanie, Ramallah, ville où Yasser Arafat avait ses quartiers. La ville deviendra un champ de bataille en 2002.
Il est décédé le 9 août 2008 aux États-Unis.

Lire un texte de Mahmoud Darwich : Identité, sans doute le plus connu de ses poèmes.

Les liens : l’entretien de Mahmoud Darwich dans l’Humanité, un site sur le poète en français. Découvrir la poésie palestinienne.

De son Vrai nom TCHEUKAM TCHAMOU Stéphane,PIAZO DETCHEUK est né le 16 Mars 1981 à la Maternité d’Edéa, Province du Littoral au Cameroun.

Comment es-tu venu à prendre le crayon et le pinceau ?

Comme tout gamin ce fut au départ juste une passion d’enfance. A partir de la classe de 6ième jusqu’en Terminal Scientifique (Tle S) où j’avais de très bonne notes Scolaires, j’étais entouré de fils de ’’BOSS’’ (plus nantis) qui disposaient de beaucoup de gadgets publicitaires du genres ; Games, Jouets, Livres Scolaires au programme Brochures de journaux, Télévision et autres…  Avec le salaire de commerçant de mes parents (Buyam Sallam- Buy and sale), je ne pouvais pas avoir droit à ce genre de distraction de mes copains, mais j’avais quelque chose de très précieux qu’ils me donnaient et qui caractérise ma personne aujourd’hui, c’est l’enseignement et l’éducation. Alors je profitais de mes connaissances scolaires que mes copains n’avaient pas, pour avoir accès à leurs gadgets.  En un mot une sorte d’échange entre étude et gadgets.
Alors Imaginez vous entrain de passer nuit avec le jouet d’un camarade, et que le lendemain vous devez le lui rendre à l’école…  Une seule chose vous passe par la tête : soit vous la filmez, soit vous la conservez (pour après avoir des problèmes avec le propriétaire), soit vous la reproduisez afin qu’un jour Votre Papa puisse aussi vous acheter le même jouets ; ce dernier choix est plus fiable et simple car il demande pas d’investissement, juste le derrière de son cahier de classe, le crayon du voisin qu’on dérobe et surtout de la volonté, c’est ainsi qu’à ce jour, j’ai pris goût.
Lorsqu’on prend goût, on est amené à faire assez de bricole, puis s’ensuit la sérigraphie et plus tard de la peinture pour vraiment faire carrière dans l’Art plastique.

Pour toi à quoi sert ton travail ?  As-tu un message à faire passer ?

Le prendre comme un Travail c’est trop dire, malgré les formations que j’ai suivies au CIBDI en France et à Bologne en Italie sur la BD, je me classe toujours dans le camp d’un autodidacte. En un mot je suis juste un passionné de l’Art en général.
Alors j’exploite juste cette passion pour véhiculer de très fort message qui mine la société africaine dont je suis aussi victime…
Dans cette messagerie, je fais plus appel à la place de la tradition Africaine dans note société.  Des causes de l’immigration des jeunes dont nous sommes victimes, au départ de la zone rurale à jusqu’a l’étranger. Et enfin de la Liberté d’expression et des droits de l’homme.

Comment juges-tu la BD au Cameroun ? Et en Afrique ?

De part le système que j’ai vu à l’étranger, La Bd au Cameroun est encore très embryonnaire, néanmoins grâce à des Associations de dessinateurs existants et des ONG bien installés, à l’exemple des Centres Culturels Français, elle est entrain de prendre son envol.
Je connais personnellement la majorité des dessinateurs camerounais, nombreux sont obligés de faire des travaux parallèles pour espérer eux même financer leur propres BD, comment voulez vous qu’ils parviennent à produire plus de 10 numéros, c’est difficile.
C’est le même problème qu’on trouve dans tout l’étendu de l’Afrique.
Nous souffrons juste d’un problème d’Edition et de Diffusion permanent.  Pour la production il n’y a rien à dire, les gars sont callés
Particulièrement dans le cas du Gouvernement Camerounais, le problème d’Edition et de Diffusion n’aurait pas place si le Football n’existait pas.

La BD de Piazo est dans la bibliothèque numérique

Voir le blogue de Piazo

Fernando d’Almeida vient de publier Parages du langage chez Écrits des Forges (Québec) et aux éditions Henry (France).

Que de mots nomades
Réinventent
Sous l’épiderme des choses
Le vacarme de l’existence

Né à Douala en 1955, Fernando D’Almeida est considéré comme l’une des voix majeures de la nouvelle poésie africaine. Son tout nouveau recueil, Parages de langage, emploi le temps comme incontestable mesure de vérité :
Le Temps en secret restaure
Les masques
Aux fossettes
Tatoués
D’étranges hiérophanies

Écrits des Forges s’associe au Éditions Henry, de France, afin de présenter une poésie dans laquelle se côtoient érotisme et concupiscence. Fernando d’Almeida harmonise naturalité et corporéité :
Aux parenthèses de tes cuisses
Nous recueillons
Dans le noir des rivières
Le tumulte que fait ton corps
Lorsque t’ennoblit toute jouissance

Enseignant en littérature  française, belge et québécoise à la Faculté de l’université de Douala, au Cameroun, Fernando D’Almeida a été journaliste pendant une vingtaine d’années. Dans ce recueil, le langage «solennise le banal», «réunit dans l’inaccompli», «éventre la réalité» et «réinvente le vacarme de l’existence».

Rien ne s’éternise sinon
La tension de l’être vers la chair
Que de mots nomades
Réinventent

Commander le livre (12 € port compris) : éditions Henry

Opoto revient mais dans une nouvelle version. La précédente doit errer entre le pot au noir et la mer des Sargasses. Qui sait, au hasard de votre navigation, si vous ne l’appercevrez pas dans l’immensité de la toile…

Je vais petit à petit remettre l’essentiel du contenu d’Opoto (snif) et plein d’autre choses. Sur les livres et les livres. Enfin presque…