mar 26 août 2008
Francis Lacassin est décédé dans la nuit du 12 août. Journaliste, essayiste, et éditeur, il demeura surtout un inconditionnel des oeuvres oubliées, des auteurs déclassés et un dénicheur de trésors littéraires.
Né en 1931 dans le Gard, il apprend à lire dans Le Journal de Mickey, entre les étalages de l’épicerie-bazar que tiennent ses parents dans un petit village près d’Alès.
Il commence à lire, à troquer des cigarettes contre des ouvrages d’Edgar Rice Burroughs, père de Tarzan, et très certainement l’un des tout premiers mentors de Lacassin. Après de brèves études de littérature à Montpellier et diverses collaborations dans des journaux locaux, il monte à Paris, et passe ses journées à la Cinémathèque française. Sa passion du grand écran l’amène à travailler en tant que scénariste, notamment avec Georges Franju pour Judex (1963), et à publier un brillant manifeste en 1972, Pour une contre-histoire du cinéma.
En Algérie, pendant la guerre, il cède un Sagan contre La mort est du voyage et Faux et usage de faux de Thomas Narcejac, l’un des maîtres du roman policier qu’il admire autant que Pierre Boileau.
Mais sa carrière prend un tour décisif en 1961, lorsqu’il crée avec deux nostalgiques de l’enfance, le cinéaste Alain Resnais et la sociologue Evelyne Sullerot, « le Club des bandes dessinées », qui devient bientôt le Centre d’études des littératures d’expression graphique (CELEG). Jean-Claude Forest, le futur créateur de Barbarella, Federico Fellini, Pierre Lazareff, Umberto Eco, et Morris entre autres collaborent activement à la revue du club, Giff Wiff, tentant de légitimer un art encore marginalisé. Lacassin le premier montera au créneau en lançant dans ces colonnes la notion de «neuvième art». Son audace lui vaudra la première chaire d’histoire de la bande dessinée à la l’Université de la Sorbonne (Paris I) en 1971. L’année suivante, il publie Pour un neuvième art : la bande dessinée.
Les années soixante sont pour lui celles des rencontres. «Il faut avoir le goût des êtres exceptionnels» Ce sera Jean-Jacques Pauvert en 1964, éditeur de la revue Bizarre avec qui il noue un lien privilégié et réalise un numéro historique sur Tarzan. En 1969 il rencontre Simenon.
Tout en exerçant son activité de journaliste à l’Express et au Point, il se consacre pleinement à l’édition aux côtés d’Eric Losfeld, de Christian Bourgois (pour la collection «10/18» à partir de 1971 et jusqu’en 1990), et de Guy Schoeller (pour la collection «Bouquins» au sein de Robert Laffont de 1982 à 2000), avec la volonté de révéler les auteurs méconnus, ou de défricher les oeuvres inconnues d’auteurs trop connus… Aux politiques d’éditeurs, «croque-morts qui enterrent leurs auteurs avant qu’ils ne soient morts pour pouvoir les remplacer plus vite, selon les besoins de la société de consommation», il oppose un anticonformisme fondateur.
L’oeuvre intégrale de Jack London (dont il racontera la vie dans Jack London ou l’aventure vécue, éd. Christian Bourgois), les inédits de Lewis Carroll, Robert-Louis Stevenson, jusqu’aux Mémoires de Casanova , tout en enquêtant sur Léo Malet aux Etats-Unis, Francis Lacassin favorise l’essor du genre policier et fantastique, faisant figure de pionnier (il réédite Boileau-Narcejac, les aventures de Fantomas), et façonnant petit à petit son idée de la littérature, synonyme de partage et d’échange. Outre de nombreux essais, parmi lesquels Mythologie du roman policier (éd. Christian Bourgois, 1974), Mythologie du fantastique (éd. du Rocher, 1991), Le Cimetière des éléphants (Encrage éditions, 1996), il revient en 2006 sur son formidable parcours d’homme de lettres avec le 1er tome de ses mémoires Sur les chemins qui marchent (éd. du Rocher). Evoquant sa passion de la littérature, il confiait : «Je me suis retranché de ce monde. Je ne suis plus de ce monde, je suis entre les livres».
Ce qu’il faut aussi retenir c’est son engaggement sans faille pour le livre, la littérature et les auteurs. Ce fût un passeur de mots…




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