sam 28 jan 2012
Récits, fictions, documentaires, témoignent ici de l’horreur dans laquelle un continent surnage. Pas la peine d’en rajouter les textes suffisent amplement. Restent à ne pas se tromper et d’être bien conscient des responsabilités de chacun. (image tirée du film Johnny mad dog lui même adapté du roman d’Emmanuel Dongala : Johnny chien méchant. Découvrir le site de la fondation Johnny mad dog).
R
yszard Kapuscinski, D’une guerre l’autre : Angola, 1975, Éd. Flammarion, 2011
Angola, 1975.
Au lendemain de l’indépendance accordée par le Portugal, le pays s’enfonce dans la guerre civile. Une guerre sale, opiniâtre et cruelle, qui met aux prises plusieurs partis de libération, armés jusqu’aux dents. Chacun est l’ennemi de chacun, personne ne sait qui va mourir, entre les mains de qui, quand et où. Ni pourquoi. Dans cet enfer, inaccessible de l’extérieur, un témoin de l’intérieur raconte : l’écrivain reporter Ryszard Kapuscinski, correspondant de l’agence de presse polonaise, installé d’abord à Luanda, comme un prisonnier dans une ville assiégée, puis naviguant au péril de sa vie entre les différents fronts d’une guérilla sans nom.
Avant la réflexion sur les mécanismes du pouvoir qui nourrira Le Négus et Le Shah, Kapuscinski nous livre ici son récit le plus personnel et le plus attachant, en spectateur effaré de l’agonie d’une ville abandonnée aux chiens errants et d’un conflit absurde. Un conflit de bric et de broc où les soldats sont des enfants mais où l’on meurt pour de vrai.
Junior Nzita, Si ma vie d’enfant soldat pouvait être racontée, Éd.Persée, 2012
“Au moment où le chauffeur démarra, notre camarade était encore au sol, tenant avec ses deux mains la ridelle du véhicule pour monter.
J’ai essayé de l’attraper par les deux mains pour le tirer parmi nous. Les rebelles, nous voyant, ont tiré une roquette qui le toucha au niveau de la hanche et… le fendit en deux. A bord du véhicule, je suis resté avec la partie supérieure de son corps, c’est-à-dire la tête, les mains et le tronc… Lorsque le chauffeur s’est arrêté, nous sommes descendus avec les parties du corps de notre compagnon et les avons emballées dans un sachet que nous avons jeté en pleine brousse.
J’avais à peine 13 ans, c’était vraiment horrible ! J’ai même failli craquer ; toutefois, j’ai fait un effort pour me consoler et implorer le Bon Dieu d’agir tel qu’il l’avait fait avec David devant Goliath…”. Terrible témoignage d’un enfant soldat.
Esther Mujawayo, Souâd Belhaddad, SurVivantes : édition revue et augmentée, Éd. Métis Presses (Imprescriptible), 2011
Génocide : comment cela peut-il arriver ? Et si on en réchappe, comment peut-on y survivre ? A travers le destin d’Esther, Rwandaise, Tutsi, c’est le destin collectif de tout le Rwanda qui nous est dévoilé.
Esther, fille de pasteur, sociologue, mariée, mère de trois filles, échappe à la tuerie avec ses enfants alors que sa famille et celle de son mari - lui compris - sont décimées. Pour ces femmes et ces enfants qui ont survécu comme elle, Esther a repris ses études. Aujourd’hui, elle poursuit inlassablement sa mission de thérapeute spécialisée dans les traumatismes psychiques d’après-génocide. Extraordinairement forte, belle, lumineuse, vivante, Esther raconte son parcours -depuis sa naissance dans un village tutsi jusqu’à sa vie actuelle, en Allemagne.
Si nous serrons les poings d’incompréhension devant les horreurs que l’homme peut imposer à l’homme, jamais Esther ne nous laissera tomber dans le pathos.
Léonard Vincent, Les Erythréens, Éd. Rivages, 2012
C’est une contrée qui borde la mer Rouge.
Au nord le Soudan, au sud l’Éthiopie. À première vue, le bout du monde parfait. Mais Issaias Afeworki règne sur ce pays, l’Érythrée, depuis vingt ans. Après avoir conduit la guerre d’indépendance, l’homme s’est mué en dictateur alcoolique et paranoïaque. Il dirige son État comme une caserne. Chaque parcelle est verrouillée, la police est omniprésente, les prisons sont pleines. Tous cherchent à s’enfuir.
Grâce aux trafiquants et quelques centaines de dollars économisés au fil du temps, certains y parviennent. Pour la première fois, dans ce récit d’une grande justesse, les Érythréens ont la parole. Ils lèvent le voile sur un peuple pris en otage. En attendant le jour de la délivrance.

































